Skip to main content

Full text of "Revue des études juives 1903"

See other formats


«w. 



«*» 







•r : -v 












** 



\ 



REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



TERSÀILLES — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS 



1Ç/ REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME QUARANTE-SIXIÈME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER slfi^ 

83 hu , RUB LAFAYETTE ** i Jf~ 

1903 * 



101 

t.Z+U 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 



Marseille a toujours été une grande cité marchande, sa popula- 
tion a donc toujours été mêlée, puisque son port était le rendez- 
vous des marchands venus de tous les points du bassin de la Médi- 
terranée. Il ne pouvait pas ne pas s'y trouver des Juifs, et, en effet, 
il semble que, de très bonne heure, il y a eu à Marseille une impor- 
tante communauté israélite. Bien plus, il parait résulter des docu- 
ments qui nous mettent sur la trace de cette communauté, à l'ori- 
gine de son histoire, que, non seulement elle était nombreuse, 
mais encore qu'elle jouissait, par le fait de cette importance 
numérique, d'une sorte de privilège qui mettait la foi reli- 
gieuse de ses membres à l'abri des tentatives de conversion aux- 
quelles les Juifs étaient exposés ailleurs. A deux reprises, en effet, 
Grégoire de Tours a l'occasion de parler incidemment des Juifs 
de Marseille et, par deux fois, il montre leur communauté servant 
de refuge aux Juifs des autres pays de la Gaule, échappant aux 
menaces des évoques chrétiens et des rois Mérovingiens qui pré- 
tendaient les convertir l . 

A plus forte raison, cette sécurité dut-elle être plus grande 
quand, les troubles qui avaient agité la Gaule du v c au x° siècle 
étant enfin calmés, les pays occidentaux purent jouir de la tran- 
quillité relative à la faveur de laquelle se sont formées et établies 

1 Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Francs, V, 11, et VI, 17. — Nous 
ferons toutefois remarquer qu'une erreur nous paraît avoir été commise dans l'inter- 
prétation du dernier texte cilé par quelques savants qui ont eu à s'en occuper, no- 
tamment par J. We.yl, Revue des Études juives, XVII, 96. J. Weyl écrit : « Grégoire 
de Tours appelle Marseille la ville hébreue. » Or, cetle expression ne se tiouve 
pas daDS Grégoire de Tours. On y lit, en effet, que de nombreux Juifs furent bap- 
tisés sur l'ordre du roi Chilpéric ; mais que le Juif Priscus, qui vivait dans l'intimité 
du prince, ayant refusé de recevoir le baptême, aurait été emprisonné, et qu'il au- 
rait alors demandé un délai, pour déférer aux ordres du roi, jusqu'à ce que sou fils 
ait épousé une Juive de Marseille, « donec filius ejus massiUensem Hebraeam acci- 
piat ». Ce sont ces deux mots « massiUensem Hebraeam » qui ont été traduits à 
tort « Marseille la ville hébreue », sans qu'on se soit préoccupé du sens général de 
la phrase où ils étaient placés. 

T. XLVI, n° 91. t i 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les coutumes de la période féodale. Marseille gagna à cette paix 
ses institutions municipales, qui en ont fait de bonne heure une 
ville libre, sorte de république indépendante, vivant de son com- 
merce, et cherchant à se dégager le plus possible des préoccupa- 
tions politiques qui agitaient les terres immédiatement voisines de 
son territoire. Les Juifs devaient y trouver une résidence plus 
agréable que celle que leur offraient les villes ou les provinces 
voisines, puisque, par suite des nécessités de leur commerce et 
du libéralisme de leurs institutions, les Marseillais accueillaient 
volontiers chez eux les étrangers et leur accordaient facilement 
droit de cité 1 . 

Il paraît bien que la communauté juive, qui existait à Marseille 
à l'époque mérovingienne, y a persisté sans interruption pendant 
toute la durée du moyen âge et qu'elle a joui d'une prospérité 
éclatante tant que la République de Marseille et le Comté de Pro- 
vence, auquel elle était rattachée, furent indépendants. Cette 
prospérité s'évanouit quand la Provence et Marseille furent réu- 
nies au royaume de France, en 1481, et on peut assigner comme 
terme à l'histoire de cette communauté la fin du xv e siècle, qui vit 
l'expulsion et la dispersion des Juifs de Provence sur l'ordre du 
roi de France Charles VIII 2 . 

Des documents nombreux permettent de retracer les principales 
péripéties de cette histoire et surtout d'indiquer quelle fut la con- 
dition des Juifs de Marseille pendant cette période. Ils n'ont jus- 
qu'à présent fait l'objet d'aucun travail d'ensemble : c'est à peine 
si les historiens de Marseille en ont signalé quelques-uns au pas- 
sage et suivant les besoins de leur œuvre. Quelques rensei- 
gnements épars dans YHistoire de Marseille de Ruffi ont permis 
aux historiens marseillais du xix e siècle de parler de la com- 
munauté juive de Marseille : malgré son érudition apparente, en 

1 Tant que la constitution de Marseille demeura en vigueur, même modifiée par les 
empiétements de la royauté absolue, il suffisait d'avoir séjourné à Marseille pendant 
dix années consécutives ou bien d'avoir épousé une Marseillaise pour acquérir le 
droit de cité. Il est vrai que, au xvn« siècle, même avant la révocation de l'Edit de 
Nantes, les protestants ne pouvaient pas être admis à revendiquer cette faveur. — 
Voir Archives municipales de Marseille, Registres des délibérations du Conseil de 
ville, passim, et notamment Reg., 47, f'° 4 et 143 v°, etReg., 55, f° 15. 

1 Gela ne veut pas dire que, une fois exécutée la mesure prise par Charles VIII, 
il n'y ait plus eu officieusement de Juifs à Marseille jusqu'en 1789. De certains do- 
cuments, trouvés de-ci de-là, aux Archives municipales, il semble, au contraire, 
résulter qu'il n'a pas cessé d'y avoir dans cette ville des Juifs, qui y étaient le plus 
souvent tolérés, au même titre que les marchands étrangers, chrétiens ou musul- 
mans, qui s'y trouvaient également. Voir notamment J. Weyl, La résidence des 
Juifs à Marseille, Revue des Études juives, t. XVII, p. 96, et Ad. Crémieux, Un 
droit perçu sur les Juifs étrangers venus en France au XVII e siècle, ibid., t. XLIX, 
p. 301. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 3 

effet, Augustin Fabro, soit dans son Histoire de Marseille, soit 
dans ses Anciennes Elues de Marseille, ou dans ses Rues de Mar- 
seille, — du moins pour ce qui concerne les Juifs, — n'apporte 
rien de plus que l'historien du xvn° siècle. Plus précis sont les 
savants qui, au cours de recherches particulières, ont eu la bonne 
fortune de découvrir des documents inédits sur les Juifs : tel 
Octave Teissier, dont la Marseille au Moyen Age fournit de pré- 
cieuses indications, extraites pour la plupart des archives quasi- 
privées des notaires marseillais, sur la topographie des anciens 
quartiers et notamment de la Juiverie; tel encore Blancard, qui, 
dans ses Documents inédits sur le commerce de Marseille au 
Moyen Age, nous a fourni un certain nombre d'actes passés par 
des Juifs et nous a permis ainsi de connaître avec assez de pré- 
cision le commerce auquel se livraient les membres de la com- 
munauté marseillaise. Nous pourrions ajouter, pour être complet, 
les deux brochures du D r Barthélémy, Les médecins à Marseille 
avant et pendant le Moyen Age et la Savonnerie marseillaise, 
son origine et son développement pendant les xv e et xvi e siècles, 
si les lecteurs de cette Revue n'en connaissaient déjà les conclu- 
sions essentielles concernant ce qui doit être le fonds de cette 
étude. 

Mais ce sont surtout des documents inédits qui nous ont servi. 
Ils proviennent tous des Archives municipales de Marseille et ils 
présentent à nos yeux une réelle valeur, puisqu'ils vont nous per- 
mettre de montrer une communauté juive, d'une très grande 
importance numérique, vivant au milieu d'une population en très 
grande majorité chrétienne, sans que rien ou pas grand chose, 
sinon les pratiques de la religion, distingue ces deux groupe- 
ments l'un de l'autre 4 . 



C'est de 1257 que datent dans leur forme définitive les Statuts 
de la République marseillaise. Cette année-là le Comte de Pro- 
vence, Charles d'Anjou, imposa par la force la reconnaissance de 
sa suzeraineté à la ville de Marseille, qui, jusqu'alors, avait formé 

1 Nous sommes particulièrement redevable à notre excellent ami, M. J.-Ph. Ma- 
billy, archiviste de la ville de Marseille, qui, avec une inépuisable bonne grâce, nous 
a facilité nos recherches au milieu d'un dépôt encore aux trois quarts inexploré et où, 
pour se reconnaître, il est indispensable d'avoir recours au guide sûr qu'il est. Qu'il 
en reçoive ici l'expression de noire sincère gratitude. 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

une cité souveraine~et indépendante. En échange de l'hommage 
que les Marseillais étaient contraints de lui prêter, le Comte jura 
les Chapitres de paix, libertés, franchises et privilèges de la 
Tille qui formèrent la constitution dont ne cessa de se réclamer la 
population de Marseille jusqu'à la veille de la Révolution de 1^89. 
Les Statuts de Marseille, virtuellement confirmés dans les Cha- 
pitres de paix, sont à la fois un recueil de droit public et un re- 
cueil de droit privé. Ainsi un. certain nombre d'articles s'applique 
aux Juifs résidant à Marseille et détermine quelle sera leur condi- 
tion dans la cité à côté des autres habitants. 

Il ne semble pas que les Statuts fassent une grande différence 
entre le Juif et le Chrétien. Tous deux paraissent être citoyens 
au même titre : la religion constitue la seule distinction que les 
Statuts reconnaissent entre eux. Ainsi, nous trouvons à différentes 
reprises dans divers chapitres des Statuts cette formule, qui ne 
nous laisse aucun doute à cet égard, « Givis Massilie, Christianus 
vel Judeus » * : l'opposition du terme Judeus au terme Christia- 
nus suivant la qualité de Civis Massilie nous permet d'affirmer 
d'une manière catégorique que, en principe, la constitution mar- 
seillaise reconnaissait aux Juifs les mêmes droits civiques qu'aux 
Chrétiens. Du reste, un autre chapitre des Statuts va nous mettre 
en mesure de préciser à ce sujet. « Constituimus ut. . . nullus nisi 
civis Massilie possit esse corraterius », dit ce chapitre, qui, après 
avoir énuméré les différentes obligations imposées aux courtiers, 
ajoute : « Hoc eciam statuentes quod aliquis Christianus vel 
Judeus seu aliquis alius, masculus vel femina, non possit vel 
debsat seu audeat esse corraterius in Massilia vel ejus districtu, 
etc.. " 2 . » Le Juif est donc également apte comme le Chrétien à 
exercer des métiers qui nécessitent de la part de ceux qui les 
exercent des obligations particulières et qui sont pour ainsi dire 
des charges municipales. En effet, les obligations imposées aux 
courtiers sont particulièrement étroites : il leur faut annuellement 
prêter serment devant la Cour du Palais et s'engager a observer 
rigoureusement les prescriptions des Statuts relatives à leur pro- 
fession. Pour que le Juif soit ainsi admis à remplir semblable 
charge, il faut que la coutume du pays n'établisse aucune diffé- 
rence entre lui et le Chrétien. 

Mais pouvons-nous savoir quelle est au juste la signification de 
ce titre de Civis Massilie, que les Statuts accordent au Juif comme 
au Chrétien et qui, dans de nombreux documents, suit le nom du 

1 Archives municipales de Marseille. Livre des Statuts, IV, 32. De homagio non 
faciendo. 
% Archives municipales de Marseille. Livre des Statuts, I, 40. De Corrateriis. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE b 

Juif à qui le document se rapporte? Entraîne-t-il avec lui des 
privilèges politiques, ou comporte-t-ii seulement des droits civils 
pour celui qui en est investi? Un acte du 21 janvier 1308 va nous 
fournir peut-être les moyens de répondre à cette question. C'est un 
acte de citadinage ' , dressé par le notaire Pascal de Mayrargues, en 
faveur du Juif Bonizac qui habite la ville inférieure 2 , et qui com- 
paraît devant le Juge de la Cour royale de la ville supérieure, de- 
mandant l'autorisation de transporter son domicile de la ville in- 
férieure dans la ville supérieure. Après lui avoir fait remplir les 
formalités nécessaires et notamment après avoir reçu son serment : 
« ad sanctam legem mosaycam per eum corporaliter manu 
tactam », le juge proclame Bonizac « in subjectum fîdelem, civem 
et habitatorem Civitatis superioris predicte, concedens eidem 
omnes libertates, immumtates, franquesias, consiietudines et 
antiqnitates quas habent et qaibus gaadent alii cives et habita- 
tores Civitatis superioris predicte. » 

Il n'est pas possible de déterminer si ces « libertés, immunités, 
franchises, coutumes et usages », dont les Juifs, citoyens de Mar- 
seille, sont admis à jouir au même titre que les autres citoyens, 
comportaient avec eux l'exercice de droits politiques. La qualité de 
citoyen de Marseille ne paraît pas, en effet, avoir conféré à celui 
qui en était investi, même chrétien, le droit de prendre une part di- 
recte au gouvernement de la cité. Ce n'était pas par le suffrage uni- 
versel que les magistrats municipaux étaient désignés annuellement 
et, à moins d'appartenir aux familles nobles de la ville, le simple 
citoyen ne pouvait ambitionner ces hautes fonctions. Tout au plus 
prenait-il part aux Assemblées générales des citoyens qui avaient 
lieu dans des circonstances exceptionnelles et où, à l'exemple de 
ce qui se passait dans certaines cités grecques, il manifestait par 
ses seules acclamations l'approbation ou la désapprobation qu'il 
donnait aux propositions que les magistrats portaient devant l'As- 
semblée. Il y avait aussi, dans des cas extraordinaires, des réunions 
de citoyens par turbes, c'est-à-dire par quartiers ou par corps de 
métiers. On peut supposer que les Juifs y étaient admis comme les 
autres citoyens avec d'autant plus de vraisemblance qu'ils avaient 
une organisation particulière qui parait se rapprocher des con- 
fréries ou des corps de métiers, entre lesquels étaient répartis les 
citoyens chrétiens. 

1 Voir Pièces justificatives, n° I. 

* Marseille forma, jusqu'en 1348, trois villes : la ville supérieure ou ville épis— 
copale, la ville de la Prévôté ou de l'Œuvre et la ville inférieure ou ville vicomtale. 
C'est seulement en 1348 que les trois villes furent réunies et placées sous une ad- 
ministration commune. Voir J.-Pb. Mabilly, Histoire de la ville supCrieure de 12o7 à 
1348, en manuscrit. 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Les Juifs de Marseille formaient, en effet, V Universitas Judeo- 
rum. Elle avait à sa tête trois syndics ou bayions, et son existence 
était reconnue à la fois par l'Administration municipale et par les 
Comtes de Provence '. Cette communauté agissait comme une 
véritable personne morale, contractant des obligations, adminis- 
trant des biens, faisant des démarches auprès du 'Corps de Ville, 
des officiers du Comte et du Comte lui-même. On ne voit pas 
bien ce qui, hormis la religion, pouvait la distinguer des autres 
communautés qui existaient en même temps à Marseille. 

Une ordonnance de la reine Marie, régente dans le royaume de 
Sicile et dans le Comté de Provence pour son fils, le roi Louis II, 
est particulièrement caractéristique à ce sujet. Le 23 janvier 1387, 
la reine sur la prière de la communauté des Juifs de Marseille 2 , 
et probablement sur les instances de son familier Bonjuzas Bon- 
davin 3 , confirme à ladite communauté ses « libertés privilèges et 
immunités, usages et coutumes », en possession desquels elle se 
trouve depuis longtemps. Ces privilèges consistent dans le droit 
reconnu aux Juifs* de Marseille de « se congregare, concilia facere 
et tenere, statuta et capitula inter se condere et ordinare, et in 
cdnciliis ipsis eligere talliarum et capassagii collectores, computa- 
tores, auditores et diversa alia eis necessaria exercere ». Ce sont 
bien là les éléments essentiels du groupement du moyen âge et 
même des temps modernes, puisque nous y relevons le droit de 
se réunir et de voter des décisions, de nommer des agents finan- 
ciers et de prendre, en un mot, toutes les mesures que nécessite 
l'administration d'une importante communauté. On s'explique 
comment, avec de semblables franchises, les Juifs de Marseille ont 
pu posséder dans cette ville trois synagogues, des écoles, une 
aumônerie, louer à bail un bain de femmes 4 , en un mot s'orga- 
niser librement et complètement sans craindre de se voir opposer 
des prescriptions ou des usages contraires à leur liberté. 

Les Juifs étaient individuellement admis à exercer les différents 
métiers qui se pratiquaient à Marseille. Ne pouvaient-ils pas, au 
même titre que les Chrétiens, entrer dans les différents corps de 
métiers, et jouir des privilèges attachés à la qualité de membres 
de la corporation? Nous avons vu plus haut qu'ils pouvaient être 

1 Voir diverses pièces justificatives, citées en appendice, passim. 

* Voir Pièces justificatives, n° II. — Ordonnance de la reine Marie, du 23 janvier 
1387 : « Notum facimus universis quod ad humilem supplicationem Majestati nostre 
noviter factam pro parte ÏJniversitatis Judeorum re^ic civitatis Massilie... » 

* « . . . Juxta voluntatem et ordinationem magistri Bonjuze Bondavini f'amiliaris 
regii atque nostri. . . » 

4 Eu ce qui concerne ces différents établissements, voir, plus loin, chapitre in. 



LES JUI^S DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 7 

courtiers, à condition de se conformer aux prescriptions des sta- 
tuts relatives à ce métier et de prêter notamment un serment 
annuel. Or, nous avons les actes de serments prêtés en 1351, en 
1366 et en 1367 par les courtiers alors en charge entre les mains 
du viguier de la ville l . Les notaires qui ont dressé les actes ont 
indiqué en regard du nom du courtier qui prêtait le serment le 
nom du personnage qui se portait caution pour lui. Nous avons 
relevé sur ces trois listes de nombreux noms de Juifs et de Juives, 
et nous avons constaté que beaucoup de ces noms n'étaient pas 
accompagnés du qualificatif Judens, qu'il est d'usage de rencon- 
trer dans la plupart des documents du moyen âge se rapportant à 
des Juifs. Bien plus, quelques noms de courtiers chrétiens sont 
accompagnés de la mention Christianus, ce qui laisserait suppo- 
ser que, dans l'esprit des Marseillais du xiv e siècle, il n'existait 
aucune arrière-pensée contre les Juifs qui étaient véritablement 
considérés comme des concitoyens 2 . Nous pouvons faire la même 
observation à propos d'une liste de drapiers et de tailleurs dressée 
en 1350 pour exécuter une décision du Conseil ordonnant un ser- 
ment particulier des membres de ces deux corps de métiers 3 . 
Puisque donc on ne cherche pas à distinguer d'une façon métho- 
dique et régulière le courtier juif du courtier chrétien ou le 
tailleur juif du tailleur chrétien, c'est qu'il n'existe entre eux 
aucune différence, ni de fait, ni de droit et que le Juif exerce sa 
profession au même titre que le Chrétien. 

Ainsi, rien ne distingue à proprement parler le Juif du Chrétien 
pour tout ce qui concerne Texercice de son métier. Pourquoi le 
Juif n'aurait-il pas été admis à prendre sa part de la vie exté- 
rieure du corps de métier auquel il appartenait, puisqu'il remplis- 
sait déjà toutes les obligations professionnelles? Il aurait joui de 
la plénitude des droits attachés à la qualité de citoyen et rien 
n'aurait distingué le Civis massiliensis judens du Civis massi- 
liensis christianus. 

Rien dans la pratique journalière de la vie ne différenciait d'ail- 
leurs le Juif du Chrétien, celui-là participant aux charges publiques 
et jouissant indistinctement de tous les privilèges attachés à la 
qualité de citoyen de Marseille. 

En 1385, pour parer aux nécessités de la guerre rendues pres- 

1 Le viguier était, à Marseille, un magistrat annuel nommé parle comte de Pro- 
vence et choisi parmi les seigneurs de la Province. 11 exerçait des fonctions ana- 
logues à celles que remplissaient les Podestats dans les villes italiennes et gouvernait 
et administrait la ville de concert avec les magistrats municipaux. 

* Voir Pièces justificatives, n°« III, IV et V. 

* Voir Pièces justificatives, n° VI. 



3 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

santés par le siège des deux villes voisines de Roquevaire et 
d'Auriol, Marseille dut contracter un emprunt. La communauté 
des Juifs y participa pour cinquante florins et fit ensuite cession 
de sa créance â Giles Boniface '. De même en 1357, Marseille étant 
menacée d'un siège, le Conseil ordonna aux Juifs de porter des 
pierres aux remparts. En même temps, les habitants des bourgs 
voisins étant venus chercher un refuge dans la ville, on les logea 
dans la Juiverie, tandis que les Juifs étaient logés dans les quar- 
tiers de la Draperie, de Sainte-Marie des Accoules et de Saint- 
Jean 2 . 

Si les Juifs participaient aux charges parfois pénibles qui pe- 
saient sur les citoyens, ils prenaient aussi leur part des avantages 
matériels et moraux dont jouissaient les citoyens de Marseille. En 
cas de disette, ils participaient comme les autres citoyens aux 
distributions de blé faites sur l'initiative du Conseil. Une délibé- 
ration de ]384 ordonne de distribuer du blé aux boulangers, aux 
boulangères et aux Juifs, jusqu'à concurrence de trois mille 
émines et au prix çle vingt sous l'émine 3 . Dans de semblables cir- 
constances, on fait la distinction entre les Juifs de Marseille et les 
Juifs étrangers à la ville : le 24 avril 1323, une délibération du 
Conseil requiert le viguier de prendre des mesures pour empêcher 
que la foule des Juifs étrangers, arrivés récemment à Marseille, 
n'augmente la disette de blé et de vivres dont souffre la ville. 
Mais il n'est question dans cet acte que des Judei exlranei et tout 
laisse supposer qu'on n'entend pas confondre avec eux les Juifs 
demeurant à Marseille et citoyens de la ville 4 . 

Les Juifs citoyens ont les mêmes droits que les Chrétiens et on 
n'établit entre ceux-ci et ceux-là aucune différence, même lors- 

J Archives municipales de Marseille, Registre des délibérations, 1385-1386, f° 36 v». 
«... Item, la Universitat de Juezes havia en la dich emprest L flourins, des quais 
fes cession e vendicion à sen. Gili Bonit'azi. El dich sen. Gili na prestat de nou et 
pagat al dich thesaurier per la Universitat vint et e siex flourins... » 

* Archives municipales de Marseille, Conseil du 31 janvier 1357 {Reg. des déli- 
bérations, 1357-1359, i'° 115 v°) : «... Item placuit dicto Gonsilio relormare quod 
Judei lapides portent sine mora supra muros.. . ». — Voir plus loin les délibérations 
des 20 et 23 septembre 1357). 

3 Archives municipales de Marseille. Registre des délibérations, 1383-1384, fo 50, 
Conseil du 27 août 1384 : « Placuit dicto Consiho refbrmando ordinare quod de bla- 
dis ipsorum, Guillelmi de Montihis, Anthonii de Sarda et Anthonii de Jérusalem, 
dentur pistoribus et pistricibus et Judeis usque ad quantitatem trium millium ejus 
pretio cujuslibet emine viginti solidos. • 

k Archives munie, de Marseille. Reg. des délib., 1322-1323 ; f° 58, Conseil du 
24 avril 1323 : « ... Item placuit dicto Consilio quod diclus dominus vice-vicarius 
requiralur. . . per id ut super multitudine judeorvm extraneorum , qui noviter ad 
hanc civitatem Massilie accecisse dicitur, provideat de remedio oportuno sic quod 
propter congregationem eorum non augeatur in ipsa civitate bladi et victualium 
carestia. » 



LES JUIÇS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 3 

qu'il s'agit de revendiquer ces droits contre des personnages haut 
placés qui les ont violés . Nous pouvons en fournir des preuves 
caractéristiques. 

Le 1 février 1331, le Conseil général de la ville avait pris une 
délibération par laquelle il invitait tous les Marseillais qui croi- 
raient avoir à se plaindre du clavaire sorti de charge à se pré- 
senter au tribunal du viguier et à y porter leurs sujets de plaintes. 
L'enquête dura plusieurs semaines. Quelques Juifs y prirent part, 
en même temps qu'un certain nombre de Chrétiens, demandant au 
viguier de faire exécuter des engagements que le clavaire avait 
pris envers eux et auxquels il avait essayé de se soustraire. Bien 
que notre document soit muet sur la suite donnée à leurs récla- 
mations, nous pouvons supposer qu'ils obtinrent satisfaction, 
puisque aucun de leurs dires ne fut contredit et que le notaire 
atteste la sincérité des pièces qu'ils présentèrent au tribunal à 
l'appui de leurs plaintes '. 

De même, le 5 juin 1368, un certain nombre de citoyens de 
Marseille présentèrent au viguier Giraud Adhémar, baron de 
Grignan et des Alpes, des réclamations contre le sous- viguier, 
qui s'était probablement rendu coupable d'exactions. Sur la liste 
des réclamants figurent les Juifs Astruc Ferrier et ses associés, qui 
revendiquent pour leur part différents objets donnés à loyer et 
d'une valeur de six florins d'or 2 . 

Enfin, et c'est là, ce nous semble, un fait très important, il est 
dérogé en faveur des Juifs à certaines prescriptions rigoureuses 
des Statuts ou des règlements de police, afin de leur permettre de 
remplir comme il convient les obligations que leur impose leur 
religion. Un article des Statuts interdisait, sous peine d'une, 
amende de cinq sous royaux coronats, de circuler dans la ville 
sans lumière, une fois le couvre-feu sonné. L'amende devait être 
augmentée.aucas où les contrevenants seraient des gens mal famés; 
les Consuls et les autres magistrats ne pouvaient se dispenser de 
l'appliquer, même si le coupable appartenait à leur famille ou à 
celle du Recteur de la ville ou viguier. Le statut ne faisait d'ex- 
ception qu'en faveur des gens de bonne renommée revenant d'un 
voyage par mer ou par terre ou se trouvant dans certains autres 
cas déterminés 3 . Le statut est muet au sujet des Juifs à qui leur 

1 Voir Pièces justificatives, n° VU. 

* Arclî. munie, de Marseille. Carlularium Giraudi Adhemardi, militis, domini 
baroniarum Graynhani et Alpium, Mas&ilie vicarii, \ 367-1 368. Preconisationes. Ré- 
clamations contre le sous-viguier. « Eodem die (9 juin 1368), Astrugus Ferrarii 
et soeii sui, Judei, petunt a dicto subvicario unum matalatum et unum lodicem et 
unum pulvinar traditos eidem ad loquerium, que res valent ilorinos aurisex. » 

3 Arch. mun. de Marseille. Livre des Statuts, V, 4, De pena illorwm qui post so- 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

loi religieuse défendait d'allumer ou de porter une lumière les 
jours de fête, ce qui permet de supposer que, au xm° siècle, 
les Juifs de Marseille restaient chez eux le vendredi soir et les 
soirs de fête, s'ils ne voulaient pas courir le risque de payer 
l'amende. Ils eurent cependant la bonne fortune de se soustraire 
à cette obligation grâce au crédit dont leur coreligionnaire Bon- 
juzas Bondavin jouissait à la cour de la reine-régente Marie. En 
effet, dans son ordonnance du 23 janvier 1387, cette princesse 
ordonne que la prescription contenue au chapitre 4 du livre V des 
Statuts ne soit pas observée en ce qui concerne les Juifs, qui pour- 
ront circuler de nuit sans lumière dans les rues de la ville, les 
soirs de fête, à savoir « in diebus Sabbatii, Pascatis, Pentecostis, 
Cabannarum et Magni jejunii » * . 

On pourrait croire que ce fut là une faveur toute spéciale que 
la communauté de Marseille dut à la protection précieuse et 
exceptionnelle que lui prêta Bonjuzas Bondavin auprès de la reine 
Marie et de son fils. D'autres faits, toujours empruntés à l'histoire 
du xiv e siècle marseillais, qui paraît avoir été l'âge d'or de la 
communauté juive, nous montrent que la population tout entière, 
en la personne de ses magistrats, était empressée à favoriser par 
tous les moyens l'accomplissement des pratiques religieuses de 
leurs concitoyens israélites. Une criée du viguier Jacques Aube, 
du 20 novembre 1363, ordonne à chaque habitant de faire net- 
toyer et balayer tous les samedis le devant de sa maison ; elle 
fait exception en faveur des Juifs, qui devront exécuter cette pres- 
cription le vendredi 2 . Le viguier et les membres du Conseil qui 

num catnpane vadunt sine lumine. Statuimus hac presenti eonstitucione perpetuo 
observandum quod nullus de cetero vadat per civitatem Massilie vel suburbia civi- 
tatis continua de nocti ex quo campana que dicitur salva terra sonata fuerit sine 
lumine, etbocvolumus idem intelligi de familia reetoris vel consulum nisi forte irent 
pro comuni. Quod si quis contra fecerit solvat proinde pro banno V sol. reg. coron, 
et non ultra nisi forsan essetille qui sic esset inventus sine lumine homo vel mulier 
maie famé et opinionis qui similiter solutis V sol.puniri possit arbitrio reetoris Mas- 
silie vel consulum. Addentes similiter quod si aliquis de familia reetoris vel consu- 
lum aliquod delictum vel injuriarum commiserit sua propria authoritate, rector vel 
consules dicti teneanlur et debeant ipsum punire ut alios homines Massilie vel 
extraneos. Statuentes quod si forte contingeret quod aliquis bone famé tamen, 
venientes de aliquo viagio vel itinere per mare vel per terram, veniendo ad hospi- 
cium suum inventi fuerint sine lumine, non teneantur solvere penam V sol. Idem 
statuimus in illis qui forte iverint per civitatem sine lumine occasione incendii extin- 
guendi vel occasione subveniendi navibus et lignis vel occasione armorum, hoc est 
si civttas ad arma surrexerit. Idem statuimus ut nullus bone famé et opinionis tem- 
pore vindemiarum neque in vigilia natalis Domini dictam penam V sol. solvere te- 
neatur. — Statuentes similiter ut homines bone lame et opinionis possint esse in suis 
plateis et carreriis et ibi morari sine lumine de nocte, exceptis tamen de hiis omnes 
homines euntes pro comuni vel mandato comunis. 

1 Voir Pièces justificatives, n° II. 

1 Arch. mun. de Marseille. — Gartulaire de Jacques Aube, viguier de Marseille, 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 11 

avaient délibéré ce règlement étaient incontestablement guidés 
par le même esprit de bienveillance et de tolérance qui devait, 
vingt ans après, déterminer la reine Marie à lever en laveur des 
Juifs l'interdiction de circuler sans lumière la nuit dans les rues 
de Marseille certains jours déterminés. 

Le 24 février 1259, une autre infraction avait été faite en faveur 
des Juifs aux règlements de police de la ville de Marseille. Une 
criée du Conseil avait ordonné que la farine ne serait vendue 
que sur le port. Pourtant, à la prière du Juif Romudon Mossé, à 
cette occasion, porte-parole de ses coreligionnaires, le Conseil 
décida ce jour-là, contrairement à l'usage, que les Juifs pourraient 
acheter dans la Juiverie la farine qui leur serait nécessaire 
pour fabriquer leurs pains azymes 1 . La délibération invoque 
sans doute la nécessité de prévenir le tumulte qui ne man- 
querait pas de se produire si tous les Juifs de Marseille se ren- 
daient en foule sur le port pour acheter leur farine, cependant 
il nous paraît difficile de nous arrêter à cette considération. La 
délibération a été prise, en effet, à l'instigation et à la prière 
de la communauté. Si Romudon Mossé n'avait pas fait sa 
démarche, les officiers municipaux n'auraient probablement pas 
songé à provoquer une semblable décision. C'est donc uniquement 
pour être agréables aux Juifs qu'ils ont agi à cette occasion, quel 
que soit le prétexte dont il leur a plu de colorer leur conduite. 

Ces trois exemples nous paraissent suffisants pour démontrer 
que, à Marseille, les officiers royaux comme les officiers munici- 
paux respectaient la religion juive et en favorisaient l'exercice 
régulier. Même en cette matière qui aurait dû, semble- t-il, être 
indifférente sinon insupportable et odieuse à des Chrétiens, la 
population marseillaise se montrait bienveillante, prête, peut-être, 
à admettre que les mesures qui avaient pour objet de permettre 
aux Juifs de pratiquer leur religion étaient aussi légitimes que les 
prescriptions qui veillaient aux intérêts de la religion et de 
l'Eglise chrétiennes. 

A plus forte raison paraissait- il simple et juste aux Marseillais 
d'assurer aux Juifs la jouissance de tous les privilèges et de toutes 
les prérogatives qui étaient attachés à la qualité de citoyen de 
Marseille. Et quand, entraîné par un de ces mouvements de fana- 
tisme et de folie dont le Moyen Age fut coutumier et dont pâtirent 
parfois si cruellement la plupart des Communautés juives, le 

13G3-1364. Criée du 20 novembre 1363. « Ilem que tota persona fassa nedegar e es- 
cobar sa l'roniiara cascun saple, e Juzieits cascutn veudres, en pena de V sols et far 
enlevar encontenent. » 

1 Voir Pièces justificatives, n° VIII. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

peuple de Marseille et ses magistrats oubliaient ces nobles tradi- 
tions de généreuse tolérance qui avaient placé dans la cité le Juif 
sur le pied d'égalité avec le Chrétien, les Comtes de Provence 
savaient rappeler leurs sujets à une conception plus saine des 
choses, et sans peine, du moins en apparence, les magistrats de la 
ville se rendaient aux raisons de leurs souverains. 

Les Juifs étaient, en effet, placés à Marseille sous la protection 
absolue des coutumes de la Cité. Au mois de juin 1319, une criée 
du Conseil le proclame d'une façon catégorique. « Que neguna'per- 
sona privada ne strana non offendar negun mercadier strani ni 
negun Jusieu en la cieutat de Masselia ne en son destrech en 
pena del cors et de l'aver. » * Mais le Conseil ne se contentait pas 
de ces prescriptions vagues qui pouvaient passer inaperçues ou 
demeurer à l'état de lettre morte : il intervenait directement dans 
tous les cas particuliers, chaque fois qu'il en était requis par la 
victime et sans tenir compte de la qualité de ceux à qui il voulait 
imposer le respect des droits des Juifs. Ainsi, le 17 décembre 1322, 
le Conseil accueille la plainte d'un Juif, -citoyen de Marseille, qui a 
été frauduleusement dépouillé d'une somme de vingt florins d'or, 
et il charge le notaire Pierre Bonfils de porter au sénéchal du 
Comte de Provence la lettre par laquelle il lui demande de faire 
restituer l'argent volé 2 . 

En 1381, un Juif nommé Habrani se plaint au Conseil de procé- 
dés injustes commis à son égard par le bailli de Roquevaire. Le 
Conseil accueille cette plainte et charge trois de ses membres, 
dont un jurisconsulte, de seconder le viguier qui a déjà écrit au 
bailli de Roquevaire pour lui demander d'accorder la satisfaction 
à laquelle Habram a droit 3 . 

Mais ces réclamations, auxquelles le Conseil de ville s'efforce dé 
faire droit, ne portent que sur des préjudices matériels. Les Juifs 
lésés ne l'ont pas été à cause de leur qualité de Juifs et on pourrait 
comprendre à la rigueur l'empressement mis par les magistrats 
municipaux à les protéger, puisqu'ils participaient par leur 
activité et par leurs richesses à la prospérité du commerce de 
Marseille. Au contraire, les documents que nous allons analyser 
maintenant vont nous faire voir le Conseil de ville intervenant 
dans des affaires d'un ordre plus délicat, puisque la religion est en 
jeu, et tranchant ces affaires au profit des Juifs. 

Le 27 mai 1376, le Conseil est appelé à délibérer sur des plaintes 

1 Arch. raun. de Marseille.— Registre des délib., 1M8-1319, ('• 226. — Délib. de 
juin 1319. 

» Voir Pièces justificatives, n n IX. 
3 Voir Pièces justificatives, n° X. 



LES JUiyS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 13 

qui lui ont été portées contre l'official de la Cour épiscopale. Deux 
particuliers chrétiens ont été victimes de vexations, d'injustices et 
d'outrages de la part de ce dignitaire ecclésiastique, tandis que les 
Juifs ont subi, de leur côté et par son fait, des persécutions inusi- 
tées. Sans hésitation, le Conseil prend leur cause en mains : il 
nomme quatre Commissaires, qu'il choisit parmi les personnages 
les plus considérables de la ville, le sire G. de Montolieu, le sire 
Antoine de Sarciane, Amelius Boniface et Antoine Dieudé, qui se 
rendront auprès de l'évêque pour le prier de ne plus tolérer de 
semblables iniquités *'. 

Plus délicate encore est l'affaire dont eut à s'occuper un Conseil 
tenu le 8 août 1480 2 . Elle est si caractéristique qu'elle a été rele- 
vée par Ruffi et après lui par Fabre 3 . A ce moment-là, un scan- 
dale avait profondément ému les Juifs de Marseille. Une jeune fille 
juive avait été enlevée en pleine Juiverie par une jeune fille chré- 
tienne et elle avait été ensuite baptisée de force. Le lendemain du 
crime, deux Juifs, Salomon Botarelli et Baron de Castres, se pré 
sentèrent au Conseil lui demandant, au nom de la Communauté 
tout entière, de prendre les mesures nécessaires pour que de 
pareils faits ne pussent plus se reproduire à l'avenir. Le Conseil 
s'empressa d'accueillir leur plainte, et sa délibération requit le 
viguier et les officiers de la Cour royale de poursuivre tous ceux 
qui avaient été les complices de ce crime et surtout d'infliger un 
châtiment très rigoureux à la fille chrétienne qui s'en était rendue 
coupable, afin que de pareils excès pussent être évités désormais. 

On ne peut voir dans cette sollicitude bienveillante et équitable 
du Conseil et des magistrats à l'égard des Juifs marseillais que le 
souci qui les animait tous de ne pas permettre qu'on violât de 
quelque manière les privilèges et les franchises de leur cité. Ils se 
montraient intraitables en cette matière et les Juifs bénéficiaient 
tout naturellement de cette disposition d'esprit qui a, pendant de 
longs siècles, laissé de profondes traces dans l'histoire de Mar- 
seille et qui a fini par devenir un des traits essentiels du tempéra- 
ment marseillais. De nombreux documents vont nous montrer 
cette vigilance jalouse s'exercer à propos des Juifs, qui se trou- 
vaient ainsi en toutes choses complètement assimilés aux autres 
citoyens de Marseille. 

Les Comtes de Provence avaient créé à leur Cour un office de 
Conservateur des Juifs, dont le titulaire exerçait une juridic- 

1 Voir Pièces justificatives, no XL 
* Voir Pièces justificatives, n° XII. 

8 Rufû, Histoire de Marseille, XIII, 26, p. 308, et Aug. Fabre, Les anciennes rues 
de Marseille, p. 99. 



l'i REVUE DES ETUDES JUIVES 

tion effective sur tous les Juifs habitant le Comté. C'était parfois 
un grand personnage, qui devait nécessairement tirer profit de 
cette situation, puisqu'il cherchait par tous les moyens possibles 
à en étendre les prérogatives. Un document du xv e siècle nous 
montre, en effet, le Conservateur revendiquant la connaissance 
de tous les procès où des Juifs se trouvaient impliqués en qualité 
de défendeurs ou de demandeurs, prétendant les soustraire à la 
juridiction des prélats, barons et autres seigneurs dont ils habi- 
taient les domaines et obtenant du Comte satisfaction complète à 
cet égard l . 

Seuls peut-être de tous les vassaux ou sujets des Comtes de 
Provence, les magistrats municipaux de Marseille refusèrent, au 
nom des privilèges particuliers de leur ville, de laisser le Conser- 
vateur des Juifs exercer sa juridiction sur les Juifs de Marseille. 
Ils obtinrent même satisfaction complète quand, en 1403, la ques- 
tion fut portée devant le Comte de Provence, Louis. Le 3 mai 1403, 
ce prince avait mandé à un de ses sergents d'armes, Raynaud 
Hugues, de se transporter à Marseille et à Aix et de citer trois 
Juifs, habitant dans la première ville, et quatre, habitant dans la 
seconde, à comparaître, le 9 mai suivant, à Tarascon par-devant 
Mathieu de Belleval, conservateur des Juifs, afin de répondre aux 
questions qui leur seraient posées de la part de la Cour royale, 
sous peine de vingt marcs d'argent fin d'amende pour celui d'entre 
eux qui n'obéirait pas à cet ordre. 

Le Conseil général de Marseille fut saisi de l'affaire dans sa 
séance du 7 mai suivant. En effet, la citation aux trois Juifs mar- 
seillais avait été donnée en violation des statuts qui conféraient à 
tout citoyen de Marseille le privilège de non extrahendo, c'est-à- 
dire de ne voir juger les procès dans lesquels il se trouvait engagé 
à un titre quelconque que par les seuls tribunaux de la ville 2 . 
C'était là un privilège considérable qui devait être d'autant plus 
apprécié qu'il assurait aux Marseillais, en même temps qu'un gain 
de temps et d'argent, une justice équitable et bien informée. 
Aussi le Conseil, ému par l'ordonnance royale dont il venait de 
prendre connaissance, chargea le viguier d'envoyer au Comte des 
ambassadeurs qui lui demanderaient de révoquer une mesure qui 
faisait une telle brèche aux privilèges fondamentaux de leur ville. 
Le Conseil, ayant en même temps entendu la lecture d'une autre 
lettre royale remettant à la connaissance du même Mathieu de 
Belleval le procès de la Juive Florette, chargea les ambassadeurs 

1 Voir C. Arnaud, Essai sur la condition des Juifs en Provence, p. 28 et sq. 
* Arch. mun. de Marseille, Livre des statuts, Chapitres de Paix, XI. Dt non 
ewtrahendo. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 15 

de porter aussi aujComte une lettre contenant sa protestation et 
lui rappelant la teneur des Chapitres de paix qui se trouvaient 
ainsi violés 1 . 

Transmise au roi Louis II par les ambassadeurs de la ville, la- 
réclamation du Conseil obtint pleine et entière satisfaction. Le 
Roi-Comte de Provence adressa, en effet, au viguier de Marseille, 
le 12 mai 1403, une lettre par laquelle, considérant le préjudice 
que son ordonnance précédente avait porté aux privilèges, liber- 
tés et chapitres de paix de la ville de Marseille, il annulait tout 
ce qui dans ladite ordonnance pouvait être contraire à ces privi- 
lèges. Il s'engageait aussi à l'avenir à ne rien décider qui pût être 
contraire à ces privilèges 2 . 

Les Juifs de Marseille se trouvaient ainsi placés dans une situa- 
tion meilleure que celle à laquelle étaient soumis les autres Juifs 
du Comté de Provence Dans Marseille même, le Conseil ne souf- 
frait pas qu'il fût dérogé à leur préjudice de quelque façon aux 
prescriptions des Statuts. Deux exemples vont, en effet, nous 
montrer le Conseil s'interposant entre les officiers du Comte pour 
exiger d'eux qu'ils respectent l'intégrité des droits garantis aux 
citoyens de Marseille, même lorsque les citoyens qui avaient souf- 
fert de cette violation se trouvaient être des Juifs. 

Le 15 février 1339, on porta à l'ordre du jour du Conseil la 
question de savoir ce qu'il convenait de faire au sujet de deux 
Juifs, citoyens de Marseille, Abraham de Berre et Mossé Maurel, 
qui avaient été arrêtés à Aix sur l'ordre du sénéchal'de Provence. 

1 Voir Pièces justificatives, n° 3 XIII et XIV. Cette délibération du Conseil a été 
publiée pour la première fois, — imparfaitement, il est vrai, et nous la donnons de 
nouveau pour cette raison, — par Octave Teissier, dans Marseille au moyen âge, 
p. 43-46. L'auteur la donne comme exemple de la façon dont les Marseillais pré- 
tendaient faire respecter par leur suzerain le privilège de non extrahendo. H ne s'ar- 
rête pas à cette circonstance que, en l'espèce, cette revendication est faite au profit 
de quatre Juifs. On peut se demander si, parmi tous les documents qu'il a eus entre 
les mains, O. Teissier n'a pas trouvé d'actes revendiquant au nom du Corps muni- 
cipal le bénéfice de non extrahendo pour un citoyen de Marseille de religion catho- 
lique, ou bien s'il n'a pas regardé ces actes comme suffisamment caractéristiques 
pour les publier dans un recueil où il n'a réuni qu'un très petit nombre de docu- 
ments, ceux qui lui ont paru être particulièrement démonstratifs. Dans le premier 
cas, celui de l'absence de tout autre document, nous pourrions conclure que le Corps 
municipal ne se contentait pas seulement de faire respecter les privilèges de la ville, 
lorsqu'ils étaient violés aux dépens d'un citoyen catholique, mais qu'il apportait un 
égal souci à en assurer le bénéfice aux citoyens juifs. Dans le second cas, celui de 
multiplicité d'actes analogues moins significatifs pourtant que celui qui nous occupe, 
nous conclurions de même au soin vigilant que prenaient les magistrats de Marseille 
de donner à leurs concitoyens juifs le maximum de garanties pour qu'ils pussent 
jouir complèlement des privilèges et immunités attachés à la possession du droit de 
cité marseillaise. Des deux façons, c'est la preuve que la condition juridique du citoyen 
juif était exactement la même que celle du citoyen chrétien, 

* Pièces justificatives, n° XV, 



16 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Le Conseil décida à l'unanimité que deux envoyés iraient en son 
nom représenter au sénéchal ou à son lieutenant le préjudice qui 
avait été porté aux libertés de la ville. Ils demanderaient aussi 
que les deux prisonniers fussent ramenés à Marseille, où ils com- 
paraîtraient prochainement devant le tribunal du vice-viguier. Le 
sire Montolieu de Montolieu et Laurent Ricaud se rendirent alors 
à Aix pour remplir la mission dont ils avaient été chargés par le 
Conseil. Ils en rapportèrent, le 21 février, la réponse du sénéchal. 
Celui-ci différait sa décision jusqu'à ce que, au cours d'un voyage 
qu'il se proposait de faire à Marseille, il eût pris connaissance des 
articles des Chapitres de paix qu'on avait invoqués contre lui ; mais 
il promettait aussi qu'aucun désagrément ne serait causé aux 
Juifs prisonniers tant qu'il n'aurait pas pris de décision à leur 
égard l . 

En 1350, ce fut aux agents financiers du comte de Provence que 
le Conseil s'en prit pour faire respecter également les privilèges 
des citoyens marseillais violés en la personne des Juifs. Cette 
année-là, — c'est une délibération du 3 septembre 1350 qui en 
témoigne 2 — ,leviguier de Marseille reçut des maîtres des comptes 
d'Aix un ordre relatif aux Juifs de Marseille, contre lesquels 
avait déjà instrumenté le clavaire royal, qui les avait forcés à lui 
remettre des gages. 

Par une décision énergique, le Conseil proclama d'abord que 
le viguier n'avait d'ordre à recevoir de personne, et qu'il était, au 
contraire, de son devoir d'administrer la justice à chacun confor- 
mément aux Chapitres de paix. Libertés et Statuts de la ville aux- 
quels il a prêté serment en entrant en charge. Il est clone requis 
par le Conseil de ne pas exécuter les prescriptions contenues dans 
la lettre des maîtres des comptes, mais d'assurer aux Juifs, dont 
il est question, la justice à laquelle ils ont droit en leur qualité 
de citoyens. S'il se dérobe à cette réquisition, les Syndics et le 
Conseil prendront contre sa personne et contre ses biens les ga- 
ranties légitimes pour punir les contempteurs des franchises et 
libertés de la ville. 

La vengeance du Conseil ne s'arrêta pas à cette vaine menace. 
Le clavaire royal était convaincu d'avoir provoqué la mesure 
prise par les maîtres des comptes. Le Conseil requit donc le 
viguier de le condamner à payer aux Juifs qui avaient été ses 
victimes une amende convenable, et même de l'arrêter, de le 
détenir dans la prison royale et de le poursuivre rigoureusement 

1 Voir Pièces justificatives, n os XVI et XVII. 
* Voir Pièces Justificatives , n° XVIII. 



pour avoir enfreint et transgressé les libertés municipales. Enfin, 
les Juifs incriminés étant en mesure de fournir une caution, le 
viguier devait, conformément aux prescriptions des statuts, leur 
faire restituer les gages qu'on les avait injustement contraints de 
fournir. 

Non seulement le Conseil entend faire respecter par les diffé- 
rents agents du Comte les privilèges de la ville violés en la per- 
sonne des Juifs, mais il prétend imposer le même respect aux 
dignitaires de l'Eglise qui seraient tentés de s'y soustraire. En 1350, 
en effet, quelques Juifs avaient formé le projet de quitter Mar- 
seille et d'aller s'installer ailleurs ; mais l'Inquisiteur de la foi 
s'était opposé à ce projet et les avait empêchés de sortir de la 
ville. C'était un attentat contre les libertés de la ville et contre 
les prérogatives de ses citoyens et de ses habitants que le viguier 
n'avait pas su ou voulu prévenir. Le Conseil informé ne voulut pas 
qu'il fût accompli jusqu'au bout. Après avoir rappelé au viguier 
que, de par ses fonctions; il lui incombait le devoir « omnes in 
civitate Massilie cives et quoscumque alios ibidem habitantes et 
etiam intrantes et exeuntes defendere... et salvare personaliter et 
in bonis », il lui enjoignit de choisir dans son sein quatre hommes 
sages pour aller faire en son nom des représentations à l'Inquisi- 
teur et en obtenir la promesse qu'il n'agirait plus de la sorte à 
l'avenir. Le Conseil ne se gênait pas d'ailleurs pour qualifier sévè- 
rement sa conduite : l'attentat qu'il avait commis contre les privi- 
lèges de Marseille était une chose « prejudicialis et damnosa ». Il lui 
signifiait même indirectement qu'il ne se contenterait pas de cette 
protestation rétrospective et presque platonique, mais qu'il en- 
tendait, au contraire, tenir l'affaire en suspens jusqu'à une entière 
et légitime satisfaction, puisqu'il était enjoint aux quatre délégués 
de rapporter le résultat de leur entretien au Conseil, qui, sans 
doute, se réservait de statuer définitivement à ce sujet l . Ainsi, les 
magistrats municipaux de Marseille ne craignaient pas d'entrer 
en conflit même avec les représentants les plus ombrageux de 
l'Église, pour assurer aux Juifs eux-mêmes la protection efficace 
que leur promettaient les Statuts de la ville. 

Aucun doute n'est donc possible après l'examen de documents 
aussi catégoriques : la condition légale des Juifs de Marseille était 
la même que celle des autres citoyens. A la fin du xv c siècle, à la 
veille de la réunion de Marseille et de la Provence au royaume de 
France, il en était encore de même. En 1472, le médecin juif 
Bonjues Orgier présenta au Conseil, au nom de la Communauté 

1 Voir Pièces justificatives^ a° XIX. 

T. XLVI, n° 91. 2 



18 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des Juifs, une réclamation contre l'exacteur du péage d'Orgon 
qui prétendait contraindre les Juifs à acquitter ce droit, bien qu'ils 
dussent en être affranchis au même titre que les autres citoyens de 
Marseille. Le Conseil ne fit aucune difficulté pour reconnaître la 
légitimité de la réclamation et, par sa délibération du 21 juin, il 
donna mandat aux syndics d'obtenir du comte de Vaudémont, sei- 
gneur du lieu, de défendre à l'exacteur de rien exiger des Juifs, 
sinon ils l'y contraindraient « vi privilegii » ' . 

Il arriva parfois cependant que les habitants de Marseille et 
même les officiers municipaux oublièrent les droits que les Statuts 
de leur ville reconnaissaient aux Juifs et usèrent à leur égard 
de procédés malveillants. Enrces circonstances, les victimes 
s'adressèrent aux Comtes de Provence, qui intervinrent en leur 
faveur et rétablirent les choses dans l'état où elles se trouvaient 
avant les événements qui avaient nécessité leur intervention. 
Malheureusement, nous ne sommes informés de ces événements 
que par les décisions des princes qui ordonnent d'y mettre fin et 
nous ne trouvons dans les préambules de ces actes que des indi- 
cations vagues, des expressions imprécises, qui ne nous permettent 
pas de nous rendre un compte exact de la nature, de l'importance 
et de la légitimité des griefs que les Juifs de Marseille avaient 
contre leurs concitoyens chrétiens. Il est d'autant plus difficile de 
se faire une opinion à ce sujet que, parfois, les dates des actes dont 
il s'agit coïncident presque avec celles de décisions favorables aux 
Juifs prises par les magistrats municipaux, de sorte qu'on ne peut 
pas dire si les désagréments arrivés aux Juifs et auxquels les rois 
s'efforçaient de porter remède étaient le fait de la population de 
Marseille tout entière ou bien de quelques particuliers surexcités 
par le fanatisme ou par d'autres mobiles. 

Il se pourrait même que les violences dont les Juifs de Marseille 
étaient les victimes n'eussent pas toujours été commises par des 
Marseillais. Rufîi rapporte, en effet, que, en 1320, les Juifs redou- 
tèrent de subir des persécutions de la part des Pastoureaux, qui 
avaient déjà maltraité leurs coreligionnaires dans d'autres pro- 
vinces de France 2 . C'est certainement à des actes de ce genre que 
veut remédier une lettre du roi Robert du 8 juillet 1320. Elle est 
transcrite au procès-verbal d'une séance du Conseil général de 
Marseille tenue le 12 juillet suivant 3 , et elle nous est, d'ailleurs, 
parvenue en fort mauvais état. Le roi recommande aux destina- 
taires de la lettre, dont il ne nous a pas été possible de découvrir 

1 Voir Pièces justificatives, n° XX. 

1 Ruffi, Histoire de Marseille, XIII, 26, p. 308. 

• Voir Pièces justificatives, n° XXI. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 19 

le nom ou la qualité, d'accorder une protection particulière aux 
Juifs, de les assister en toutes occasions et au besoin de recueillir 
leurs personnes et leurs biens soit dans ses châteaux ou forte- 
resses, soit dans les leurs. Peut-être cet ordre s'appliquait-il aux 
Juifs de tout le Comté de Provence, ainsi que parait l'indiquer la 
recommandation que nous venons d'y relever. Toutefois, les Juifs 
de Marseille crurent bon de s'en servir, puisque c'est sur leur 
réquisition que la lettre royale fut enregistrée au procès-verbal du 
Conseil du 12 juillet. Ce jour-là, en effet, les trois Juifs de Mar- 
seille, maître Bonfils, médecin, Isaac Dieulogart et Marnin Mérite, 
s'étaient présentés par-devant le figuier Gilles de Villeneuve et le 
juge François Cayse pour leur remettre la lettre du roi, comme 
s'ils avaient demandé l'observation des prescriptions qui s'y trou- 
vaient contenues. 

La protection royale était peut-être alors nécessaire puisque 
moins de deux ans après, le 7 décembre 1322, le Conseil eut de 
nouveau à délibérer sur une autre lettre du même roi donnée à 
Àix le 18 novembre précédent. Celle-ci s'adressait exclusivement 
aux différents officiers de Marseille, viguier, juges et membres du 
Conseil, et elle s'appliquait uniquement aux Juifs de cette ville. 
Ceux-ci souffraient de la part de « laïques » des désagréments et 
des exactions si insupportables que beaucoup d'entre eux, effrayés, 
redoutaient même d'en porter plainte. Le roi n'entend pas qu'il 
en soit ainsi et il ordonne de prendre les mesures légitimes pour 
empêcher qu'une semblable situation se continue et pour que les 
Juifs ne soient plus molestés et ne soient pas ainsi forcés de se 
transporter ailleurs. 

Sur une semblable mise en demeure, le Conseil prit une délibé- 
ration catégorique qui donnait satisfaction aux Juifs, mais dont 
certaines dispositions semblent accuser chez lui le souci de dé- 
montrer au roi que les Juifs ne furent pas seuls victimes de ces 
vexations contre lesquelles il avait voulu les protéger. 

On peut, en effet, reconnaître trois parties différentes dans cette 
délibération du 1 décembre 1322. La première partie contient une 
réquisition faite au viguier d'avoir à exécuter dans toute sa teneur 
la prescription royale. Le viguier protégera donc dans leurs per- 
sonnes et dans leurs biens tous les Juifs de Marseille. Il les aidera 
de son appui et de sa faveur contre les injures, violences, vexa- 
tions et offenses dont ils pourront être les victimes ;. il veillera 
aussi à ce qu'ils soient également défendus par ses auxiliaires, le 
sous-viguier, les juges et les autres officiers de la ville. 

Mais d'autres individus peuvent aussi avoir à se plaindre des 
mêmes injustices et le Conseil prétend étendre à ceux-là la même 



20 REVUE DES ETUDES JUIVES 

protection qu'il vient d'accorder aux Juifs. Le viguier devra donc 
veiller, et c'est là l'objet de la seconde partie de notre délibération, 
à ce que les autres marchands, tant juifs que chrétiens, venus à 
Marseille, en sortant ou y demeurant, soient également secourus 
et défendus afin de pouvoir circuler librement et sûrement dans 
Marseille et à travers son territoire. 

L'avenir ainsi assuré, le Conseil donne mandat au viguier de 
faire une enquête sur les faits dont les Juifs ont eu à se plaindre. Il 
fera venir les syndics de la Communauté et tous les autres Juifs 
qu'il jugera bon d'entendre ; une fois qu'il sera suffisamment 
éclairé, il châtiera les coupables comme il convient. Le Conseil 
décide, en outre, que six prudhommes seront désignés pour l'assis- 
ter de leur présence et de leurs conseils au cours de l'enquête 
qu'il doit poursuivre 1 . Malheureusement, nous ignorons quels en 
furent les résultats. 

Quoi qu'il en soit, il semble qu'en cette occasion le Conseil ait été 
ému à la pensée que sa vigilance avait été trouvée en défaut, 
puisque la lettre royale, en prétendant que les Juifs avaient été 
tellement terrifiés qu'ils n'avaient pas osé se plaindre, paraissait 
supposer que les magistrats et le Conseil avaient manqué à leur 
devoir de protection. Aussi s'efforce-t-il d'abord de démontrer que 
tous les marchands quels qu'ils soient, chrétiens ou juifs, ont eu 
à se plaindre des mêmes désagréments, puisqu'il prescrit au 
viguier de veiller sur leur sécurité à tous dans toute l'étendue du 
territoire de Marseille. Il veut aussi se laver de tout reproche pu- 
blic ou secret de négligence ou d'indifférence et il institue une 
véritable commission d'enquête qui entendra les doléances des 
Juifs, les vérifiera et leur donnera satisfaction, s'il y a lieu. On 
dirait que l'idée qu'ils auraient pu, de quelque façon que ce soit, 
laisser les Juifs, leurs concitoyens, souffrir de la malveillance de 
quelques Marseillais, leur est insupportable, à moins qu'ils n'aient 
eu des soupçons sur la conduite du viguier en cette circonstance 
et qu'ils n'aient voulu prendre des garanties contre lui en le fai- 
sant surveiller par six citoyens de leur choix. 

Il en était peut-être ainsi, comme semblerait l'indiquer une lettre 
du sénéchal de Provence, Philippe de Sanguinet, adressée le 
11 février 1331 aux Officiers des Cours royales de Marseille et lue 
au Conseil le 10 mars suivant 2 . Plainte a été portée au sénéchal 
que des Juifs, habitant dans toute l'étendue du Comté, ont été 
gravement molestés par quelques personnes c< tam nobiles quam 

1 Voir Pièces justificatives, n* XXII. 
* Voir Pièces justificatives^ n» XXIII. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 21 

alii », dont la conduite paraît exciter au plus haut point l'indigna- 
tion du sénéchal. Il ne peut, en effet, s'empêcher d'apprécier leurs 
actes de la façon suivante : « Quorum vita minime laudabilis ac 
perversa conversacio decorem nobilitatis eorum obnubilant et red- 
dunt verisimiliter ipsos prodiges famé sue. » Sa colère est d'au- 
tant plus légitime que la qualité des coupables en a empêché le 
châtiment, par suite d'une indulgence blâmable des officiers de 
justice. Le sénéchal entend qu'il n'en soit plus ainsi et il donne 
des ordres en conséquence : dans toute l'étendue du comté, les 
Communautés juives en général et tous les Juifs en particulier de- 
vront être à l'abri de toute espèce de désagréments ; leurs biens 
seront placés sous la sauvegarde des officiers royaux, qui devront 
châtier rigoureusement tous ceux qui enfreindront ces ordres. Le 
châtiment devra être exemplaire afin d'inspirer une crainte salu- 
taire à ceux qui seraient tentés de désobéir. 

Le Conseil général de Marseille prit acte de la décision du séné- 
chal, recommandant au viguier de veiller attentivement à l'exé- 
cution de ses ordres, afin que les Juifs puissent être défendus 
« viriliter et potenter » contre les injures, incommodités, vexa- 
tions et oppressions dont ils pourraient être victimes à l'avenir. Il 
ne faisait ainsi que renouveler la décision qu'il avait prise précé- 
demment, sans apporter toutefois le même soin à préciser les me- 
sures qu'il attendait du viguier, sans doute parce que le souvenir 
de cette délibération n'était pas encore complètement effacé et 
probablement aussi parce que la lettre du viguier se rapportait 
à des faits qui s'étaient passés dans toute la Provence et auxquels 
les Marseillais n'avaient peut-être pas une part bien grande l . 

Quoi qu'il en soit, il semble que, de tout un siècle, les Comtes 
de Provence n'eurent plus à intervenir en faveur des Juifs de 
Marseille, si nous nous en rapportons du moins aux documents 
qui sont parvenus jusqu'à nous. Le 4 avril 1422, la reine Yolande 
de Naples, comtesse de Provence, prit une décision qui ne laisse 
pas que de paraître fort importante, puisqu'elle semble avoir pour 
but de réprimer des pratiques répréhensibles de divers officiers 
royaux de Marseille à l'égard des Juifs de cette ville. Contraire- 
ment à une ordonnance de la reine Marie, les officiers royaux de 

1 Les faits auxquels prétendent remédier les deux lettres du roi Robert de 1320 et 
de 1322 et celle du sénéchal Philippe de Sanguinet de 1332 se rapportent à une 
époque pendant laquelle séjourna à Marseille un inquisiteur, Michel le Moine, dont 
les documents municipaux attestent l'ardeur rtÀ^e au service de la mission dont il 
était chargé. Les Juifs de Marseille, nous le verrons plus loin, eurent à souffrir de 
son intervention contre eux. Peut-être est-il responsable d'avoir provoqué les vio- 
lences auxquelles les Comtes de Provence veulent mettre un terme d'après les docu- 
ments que nous venons d'étudier. 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la ville de Marseille ont contraint les Juifs à leur remettre certains 
objets mobiliers. Le figuier en exercice même s'est rendu cou- 
pable de cette exaction. La reine défend d'agir de la sorte à l'ave- 
nir, menaçant les coupables de la privation de leurs offices et 
d'une amende de cent marcs d'argent fin t . 

Ainsi, il paraît évident que ceux-là mêmes qui menaçaient les 
privilèges que tout le monde se plaisait à reconnaître aux Juifs de 
Marseille étaient précisément les agents du gouvernement chargés 
de faire respecter ces privilèges. Il semble bien, en effet, que les 
comtes de Provence ne sont intervenus que toutes les fois que, 
par faiblesse, complaisance ou complicité, leurs agents directs ont 
négligé d'appliquer aux Juifs le droit commun établi par la cons- 
titution marseillaise. Leur intervention en faveur des Juifs paraît 
avoir eu également une autre raison. Us n'ont jamais voulu, en 
effet, se désintéresser des affaires des Juifs de Marseille, malgré le 
soin jaloux des officiers municipaux d'éviter en ceci, comme en 
toutes choses d'ailleurs, l'intervention trop active ou trop fré- 
quente du pouvoir suzerain. Néanmoins, les Comtes ne se lais- 
sèrent jamais rebuter, comme en témoignent les différentes 
ordonnances que nous venons d'analyser, qui ont, du moins, 
l'excuse de s'appliquer à des faits précis et particuliers, et comme 
en témoigne également une ordonnance du roi Louis II, du 9 oc- 
tobre 1389, qui confirme, d'une façon générale, en termes vagues, 
les privilèges et libertés accordés aux Juifs de Marseille par sa 
mère, la reine Marie, et par ses prédécesseurs 2 . 

La raison qui a poussé ce prince à prendre cette mesure est in- 
diquée dans le préambule de ses Lettres-Patentes : c'est parce qu'il 
pense que le prince doit une protection particulière à ceux de ses 
sujets qui sont placés par le fait de leur religion dans une condi- 
tion inférieure à celle des autres habitants de ses États. Mais ce 
n'est là, ce nous semble, qu'une raison sans consistance, mise en 
avant pour en cacher une autre plus plausible et plus importante. 
Le roi dit, en effet, que la démarche faite auprès de lui par les Juifs 
de la Communauté de Marseille a été appuyée par un de ses fami- 
liers, Gigonet Jacens, sieur de Montclar, maître des Comptes 
et membre de son Conseil. C'est cette intervention bien plus que le 
souci de rétablir l'équilibre entre ses sujets chrétiens et ses sujets 
juifs, qui a déterminé la décision de Louis II. Les familiers de la 
Cour de Provence devaient, en effet, trouver un profit matériel 
considérable en accordant leur protection à qui en avait besoin. 

1 Voir Pièces justificatives, n° XXIV. 

* Voir Pièces justificatives, n° XXV. — Voir aussi l'ordonnance de la reine Marie 
du 23 janvier 1387, Pièces justificatives, n° II. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 23 

Protéger les Juifs devait être particulièrement avantageux, si l'on 
en juge par le peu que nous savons du Conservateur des Juifs, de 
ses prétentions et de ses exactions 1 . C'est probablement pour cette 
raison, et pour cette seule raison, que les Comtes de Provence, 
poussés par leur entourage, n'ont jamais cessé de s'intéresser au 
sort des Juifs de Marseille, qui, en principe, n'avaient pas plus 
besoin de leur protection que n'en avaient besoin les autres 
citoyens de religion chrétienne 2 . 



II 



Les documents nombreux que nous avons analysés nous ont 
conduit à cette quasi-certitude que, au point de vue du statut 
juridique, rien ne distinguait à Marseille le citoyen juif du citoyen 
chrétien. Dans la pratique quotidienne des affaires, en effet, les 
magistrats municipaux, et même les agents du Comte de Provence, 
assuraient à l'un comme à l'autre la jouissance complète des droits 
garantis par les Statuts et les Coutumes de Marseille aux citoyens 
de cette ville. Nous n'avons même pas été éloigné de conclure 
que les Juifs de Marseille participaient au gouvernement de la 
cité, du moins dans la mesure où la masse du peuple était admise 
à exercer de bien fragiles droits politiques. 

Cependant les répugnances que le moyen âge tout entier 
éprouva à l'égard des Juifs se manifestèrent aussi à Marseille, 
malgré la douceur et l'équité de la législation générale, qui tendait 
à faire des Juifs les égaux des autres habitants. Nous en avons la 
preuve dans certaines prescriptions des Statuts : elles restreignent 
la iiberté que paraîtrait devoir assurer aux Juifs la qualité de 

1 Voir C. Arnaud, loc. cit. 

' II ne paraît pas que cette protection particulière accordée aux Juifs de Marseille 
par les Comtes de Provence ait été gratuite. En eifet, Arnaud [loc. cit., p. 14-15) 
parle d'une contribution levée sur la communauté juive de Marseille au profit des 
comtes de Provence. Cette contribution, qu'on appelait talhia judeorum ou taille 
des Juifs, s'élevait en 1303 à 300 livres, qui furent alors affectées è la construction 
du monastère de Sainte-Marie de Nazareth d'Aix. Elle aurait été ensuite réduite à 
100 livres, pour être ramenée enfin à 200 livres, et paraît avoir été payée moitié à 
Pâques et moitié à la Toussaint. Comme le dit Arnaud, elle peut avoir été établie, 
ainsi que le furent la plupart des tailles au xm e et au xiv° siècle, pour racheter, ou 
plus exactement, pour abonner des droits perçus arbitrairement, qui avaient dégénéré 
souvent en intolérables exactions. Il est à remarquer, en terminant, que la Commune 
de Marseille n'avait établi aucune imposition spéciale sur les Juifs qui demeuraient 
sur son territoire, et à qui elle accordait cependant une protection tout aussi large 
et tout aussi efficace, sinon plus large et plus efficace, que celle qui leur était ac 
cordée par les Comtes de Provence. 



24 REVUE DES ETUDES JUIVES 

citoyens et elles leur imposent des obligations odieuses qui ne con- 
cordent pas avec les privilèges dont on prenait tant de soin d'autre 
part à leur assurer la jouissance. 11 est vrai que ces prescriptions 
sont maintes fois renouvelées, ce qui permet de supposer qu'elles 
tombaient en désuétude presque aussitôt après qu'elles avaient 
été promulguées. Ainsi, la pratique rendait aux Juifs la liberté que 
les rigueurs d'une législation,, certainement inspirée, par l'exalta- 
tion religieuse, prétendaient leur ravir. 

Les Statuts imposaient aux Juifs de Marseille l'obligation de 
porter un signe distinctif, sous peine d'une amende de cinq sous au 
moins. Ce signe consistait en une large roue d'étoffe de couleur, 
qu'il fallait porter sur la poitrine et qui devait avoir la grandeur 
de la main. Les hommes y étaient tenus depuis l'âge de sept ans ; 
quant aux femmes juives, mariées, il leur fallait aussi se distin- 
guer des femmes chrétiennes au moyen d'un voile, qu'elles de- 
vaient porter sur la tête sous peine d'un même châtiment ». 

Mais les Juifs ne semblent pas avoir beaucoup redouté les effets 
de cette menace, du moins au xiv e siècle, car, à deux reprises une 
première lois en 1376, et une seconde fois en 1381, le Conseil eut 
à s'occuper des infractions commises à ce statut. 

Une délibération du 8 avril 1376 enjoint au viguier de ne pas 
supporter qu'un seul Juif, fût-il médecin, circule dans la ville sans 
porter la grande roue rouge -. Il est évident, d'après cela, que les 
Juifs s'étaient soustraits à cette obligation. Les médecins juifs 
avaient dû jadis en être officiellement ou officieusement dispen- 
sés, puisque la délibération de 1376 spécifie qu'ils doivent être 
ramenés sous la loi commune. Mais une pareille décision ne pa- 
raît pas particulièrement rigoureuse ; on dirait que le Conseil 
s'est acquitté, en la prenant, d'une obligation à laquelle il n'a pu 
se soustraire et qu'il n'ajoute pas une grande importance à son 
exécution, puisqu'il ne prescrit aucune peine contre les contre- 
venants. 

Nous en avons la preuve quasi-certaine dans la seconde délibé- 
ration du 28 novembre 1381, beaucoup plus intéressante d'ailleurs 

1 Arch. mun. de Marseille. Livre des Statuts, V, 14. De signo quod debent port are 
Judei : « Statuimus quod omnes judei, a septem annis, supra portent iu pectore 
unam rotam latam et magnam ad modum palme hominis, ita quod eam nullatenus 
cooperiant. Et similiter omnes judee maritate, undecumque sint, portent orales. Et 
6i quis contra f'ecerit solvat proinde qualibet vice pro pena V sol. vel plus ad libitum 
rectoris. > 

* Arch. mun. de Marseille. — Reg. des Délibérations, 1375-1376, i'° 46 v°, délibé- 
ration du 8 avril 1376. «... Item placuit dicto Gonsilio reformare et ref'ormando re- 
quirere dominum vicarium quod prohibi faciat et cum pena quod aliquis judeus non 
incedat per civitatem presentem nisi cum ruta ordiuala magna rubea, utrum sint ipsi 
judei medici vel non. » 



' LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 25 

par son dispositif que la précédente. Ce jour-là, le Conseil fut in- 
formé que les juges des Cours de Marseille, s étant rendus « ad sco- 
las judeorum », y ont trouvé réunis des Juifs et des Juives, contre 
qui ils ont ouvert une instruction, « quod rote ipse portabantur 
aut nimis basse aut nimis traverse a pectore ». Requis de prendre 
une décision à ce sujet, le Conseil ordonne au viguier de faire 
rayer des registres de la Cour où elle a été transcrite l'instruc- 
tion faite contre ces Juifs, parce qu'il la considère comme por- 
tant atteinte à leur antique liberté. Et pour que, à l'avenir, ils 
ne soient plus victimes d'une semblable vexation, il est décidé que 
les Juifs porteront la roue rouge comme ils voudront, même 
« ab embellico sive emborigol », à condition toutefois qu'on 
puisse la voir. Quant aux Juives, elles porteront à leur gré, 
sur la tête, un voile de soie ou de lin 1 . 

Incontestablement, le Conseil n'a ajouté aucune importance au 
délit qui lui a été dénoncé : la plaisanterie qu'il se permet à la fin 
de sa délibération en fait foi. Le zèle des magistrats qui l'ont dé- 
couvert lui a été insupportable : aussi leur inflige-t-il un blâme 
indirect en décidant que la procédure qu'ils ont ouverte contre les 
coupables sera nulle et non avenue. Après une semblable décision, 
les Juifs de Marseille pourront, à leur aise, porter ou ne pas por- 
ter le signe infamant : probablement, il ne sera jamais plus ques- 
tion au Conseil d'aviser aux moyens de les y contraindre et les 
registres des criées ne mentionneront plus de décisions à ce sujet. 

D'autres prescriptions des Statuts aussi exclusives que celle 
qui contraignait les Juifs à porter un signe apparent pour se dis- 
tinguer des Chrétiens, ne furent pas mieux observées quand les 
Chrétiens et les Juifs, ayant pendant de longues années vécu côte 
à côte, eurent appris à se mieux connaître et à s'estimer récipro- 
quement. 

Les historiens de Marseille, pour montrer qu'une séparation 
profonde exista toujours dans cette ville entre les Chrétiens et les 
Juifs, et que ceux-ci furent toujours placés vis-à-vis de ceux-là 
dans une situation inférieure et humiliée, ont toujours fait état 
d'un article des Statuts qui prescrivait que les Juifs ne pourraient 
jamais témoigner contre des Chrétiens, si leur témoignage était 
récusé 2 . Une semblable prescription était impossible à observer 

1 Voir Pièces justificatives, n° XX. VI. 

a Arch. muu. de Marseille. Livre des Statuts, II, 9. Qui non admittantur ad tes- 
timontium : t (Jonstituimus ut nullus hereiicus manifestas contra fidelem volentem 
vel iuvitum, vel pagauus aut sarracenus veljudeus contra christianuai, invito eo sci- 
licet fideli vel christiano, in testimoniutn admittantur. Judeus vero contra judeum et 
paganum vel sarracenum et e converso ad mvicem sive inter se admittantur. » 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

puisque, dans la pratique journalière du commerce, Juifs et Chré- 
tiens vivaient dans un contact incessant qui pouvait rendre pré- 
cieux en certaines occasions le témoignage d'un Juif contre un 
Chrétien ou réciproquement. Aussi relevons-nous dans le Registre 
des Judicatures, à la date du 6 septembre 1421, la mention d'un 
Juif, Mancipet Maurel, exerçant la profession de courtier, appelé 
en témoignage dans un procès entre dame Alaiete, veuve de maître 
Audivet, et les associés de la Grande Boutique de draperie, 
Antoine Malet, Bertrand de Roquefort et Guillaume Lourde. Man- 
cipet Maurel a été assigné au nom d'un des trois associés, Ber- 
trand de Roquefort, et, en comparaissant, il a prêté le serment 
« more judaico * ». 

On croirait que, à certains moments, les Marseillais aient voulu 
effacer toutes les distinctions que la religion, ou plus exactement 
peut-être, l'influence de l'Eglise, avait fait maintenir entre les 
Chrétiens et les Juifs. Un autre chapitre des Statuts interdisait 
aux Juifs de travailler les dimanches et les jours de fêtes chré- 
tiennes 2 . Cette prescription avait dû, comme les précédentes, tom- 
ber en désuétude puisque, à maintes reprises, le Conseil avait été 
amené à la renouveler, soit sur l'initiative spontanée de ses 
membres, soit à l'instigation des gens d'Eglise, ainsi que le rap- 
porte Ruffi 3 . Une criée de 1340 avait même ordonné qu'une 
amende de vingt sols serait appliquée aux contrevenants, que le 
travail interdit soit accompli en public ou dans leurs maisons, et 
que les portes de ces maisons soient ouvertes ou fermées 4 . C'était 

1 Arch. mun. de Marseille. Reg.des Judicatures, 6 septembre, 1421 ; notaire : Mar- 
quis Raynaud : « Mancipetus Maurelli, iudeus, corraterius dicte civitatis Massilie, 
testis pro parte Antonii Maleti, Bertrandus de Roqueforti et Guil. Lurdi, consocio- 
rum... juravit ad sanelam legem Moysi, scripturis hebraicis corporaliter manu tac- 
tis... » Nous n'avons eu entre les mains qu'un très petit nombre de registres des 
judicatures ; aussi ne pouvons-nous invoquer qu'un seul document pour établir que 
la prescription des statuts écartant le témoignage des Juifs contre les Chrétiens était 
tombée en désuétude au xiv e et au xv« siècle. Nous croyons, malgré cela, que notre 
opinion n'est pas établie à la légère et nous faisons reposer notre conviction, d'un 
côté, sur l'impression générale que nous a laissée l'étude des documents dont nous 
exposons ici les résultats, et, d'un autre côté, sur l'impossibilité où se serait trouvée, 
à notre sens, la juridiction commerciale pour statuer dans les différends où étaient 
engagés des Chrétiens et des Juifs et qui devaient être nombreux, si nous nous re- 
portons à la multiplicité des opérations commerciales qui avaient lieu entre Marseil- 
lais des deux religions. Voir aussi sur cette question notre développement sur la 
Boucherie ) in fine. 

a Arch. mun. de Marseille. Livre des Statuts, V, 8, Ne Judei operentur diebus 
prohibitis : « Statuimus ut cuiïa teneatur prohibere judeis ne operentur aliquid vel in 
operto diebus dominicis vel aliis lèstis solempnibus que a christianis observantur vel 
coluntur. El si contra lecerint puniantur inde arbitrio curie. » 

8 Ruffi, Histoire de Marseille, X1I1, 26, p. 308. 

* Arch. mun. de Marseille. Reg. des Délibérations, 1339-1340, f 191 v° : € Que 
negum Jusieu in Jusieva, stant ou habitant en la cieutat de Masselha ho en son des- 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 27 

évidemment là une prohibition d'autant pins insupportable qu'elle 
contraignait les Juifs, naturellement soucieux d'observer les pres- 
criptions de leur propre religion, à ne plus travailler que cinq jours 
par semaine, puisqu'il leur fallait chômer successivement le samedi 
et le dimanche. Aussi devaient-ils attendre l'occasion qui leur 
permettrait de se soustraire à une obligation aussi onéreuse. 

Cette occasion se présenta quand l'un d'entre eux, Bonjuzas Bon- 
davin, disposa d'un crédit suffisant à la cour de la reine Marie. Ils 
en profitèrent heureusement et la Reine consentit à lever cette in- 
terdiction dans son ordonnance du 23 janvier 1387, dont nous 
avons déjà eu l'occasion de parler 1 . Il fut donc ordonné que, à 
l'avenir, les différents officiers royaux résidant à Marseille ne 
pourraient pénétrer, les jours des fêtes chrétiennes, dans les mai- 
sons des Juifs qui recevaient expressément la permission de se 
livrer chez eux à leurs occupations domestiques. Ce n'était sans 
doute pas la liberté complète de travailler ou de ne pas travailler, 
en particulier ou en public, que désiraient probablement les Juifs : 
c'était, en tout cas, la reconnaissance du droit de ne pas agir 
comme les Chrétiens et surtout de ne pas être soumis aux prescrip- 
tions d'une religion dont ils se refusaient à reconnaître les dogmes. 

Malgré tout, cependant, les Chrétiens n'entendaient en aucune 
façon se mêler aux Juifs, vivre de leur vie matérielle, et la répul- 
sion que l'Eglise avait eu l'habileté de faire naître se manifestait 
par toute une série de prescriptions dont nous allons maintenant 
étudier les dispositions. 

Ces prescriptions semblent toutes se rattacher à un même état 
d'esprit, celui qui cherchait à faire aux Juifs des conditions d'exis- 
tence différentes de celles qui étaient faites aux Chrétiens. Ainsi 
un Statut interdisait à tout propriétaire d'étuves ou de bains d'y 
recevoir les Juifs et les Juives plus d'une fois par semaine 2 . En 

treg, no obri non deia obrar en son hostal ni en autres luecx, a pales ho a rescos, 
portas uberlas ho serradas, a jorn ho a jorns de dimenegue, ni a jornr, de las Quatre 
Maire de Dieu que son cascun an, ni lo jorn de Calenas, ni de Pascas, ni de Pande- 
costa, ni de Sant-Johan, ni de Totz-Sans, solz pena de XX sols per cascun et per 
cascuna ves ; e qui ho accusara n'aura la mitât. » 

1 Voir Pièces justificatives, n° II. 

2 Arch. mun. de Marseille. Livre des Statuts, V, 13. De prohibitione facta judeis 
et meretricibus ut sinl in stupàis prohibiti, Constituimus inviolabiliter observandum 
ne aliquis a modo tenens stuphas vel balnea recipiat in diclis stuphis vel balueis ad 
balneanduni vel stuphandum judeum vel judeam nisi tantuin una die singulis sep- 
timanis, scilicet die veneris, nec similiter recipiat meretricem publicam seu manci— 
pam nisi dunlaxat una die, videlicet in singulis septimanis die lune, et si quis contra 
hec t'ecerit det pro banno communi LX sol. et plus arbitrio rectoris. Statuentes si- 
militer ne predicti judei nec judee nec meretrices dicte ullo temerario ausu intrent 
stuphas sen balnea nisi in diebus supra concessis. El quicumque ex eis contra lecerit 
puniatur inde arbitrio rectoris vel consulum. 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cela, les Juifs étaient assimilés aux courtisanes et aux esclaves, à 
qui l'accès des bains n'était également permis qu'une fois par 
semaine. Le vendredi était le jour réservé aux Juifs et aux Juives, 
à qui il était interdit, sous la menace d'un châtiment laissé à l'ar- 
bitraire des magistrats, de chercher à pénétrer un autre jour dans 
les établissements de ce genre. 

C'est une prohibition de même ordre que celle qui limite à quatre 
le nombre des Juifs qui pourront s'embarquer ensemble sur un 
même navire. Encore ne pourront-ils pas prétendre faire tous les 
voyages, celui d'Alexandrie leur étant interdit pour une raison qui 
nous échappe. Une fois embarqués, d'ailleurs, les Juifs étaient sou- 
mis à un régime que le même chapitre des Statuts détermine : il 
leur faut être munis d'armes et d'une armure; — cette prescription 
s'applique aussi aux voyageurs chrétiens, — probablement pour 
être à même de combattre en cas d'attaque de la part des pirates, 
musulmans ou autres, dont les barques sillonnaient aussi la Médi- 
terranée. De plus, le Juif passager sur un navire doit s'abstenir de 
manger de la viande le jour ou les passagers chrétiens s'en abs- 
tiendront *. 

Les Juifs étaient enfin obligés de résider dans un quartier d'où 
il leur était interdit de sortir. Il est vrai que les Statuts sont muets 
sur cette obligation et que, bien que nous sachions par de nom- 
breux documents qu'il existait à Marseille une Juiverie, les Juifs 
ne paraissent pas avoir été rigoureusement contraints d'y habi- 
ter. Les actes officiels, parvenus entre nos mains, mentionnent 
une seule prescription à ce sujet, et encore il apparaît clairement 
qu'elle a été dictée par l'Eglise aux magistrats municipaux. C'est 
une criée du 10 mars 1320 enjoignant à tout Juif ou Juive, habi- 
tant hors de la Juiverie, d'avoir à réintégrer leur quartier dans un 
délai de dix jours, sous peine d'une amende de dix livres 2 . Kuffi 
dit que cette mesure fut prise sur la demande du père Michel le 
Moine, Inquisiteur apostolique de la foi, pour empêcher que par 

1 Arch. mua. de Marseille. Livre des Statuts, IV, 22. De judeis, quot debeant vehi 
m singulis navibus. Statuiraus quod usque ad quatuor judeos tantum ad plus et non 
ultra possint. Et debeant navigare mercando seu aliter in qualibet seu una nave Mas- 
silie in quolibet viagio ubicumque eat vel undecumque veniat navis illa excepto viagio 
Alexandrie in quo ire non possint nec debeant ; et unus quisque dictorum judeorum 
habeant semper et portent secum unam garnizonem f'erream in eundo et redeundo in 
viagio, et quod dicti debeant tune cessare et cessent in nave dicta qua ibuiit a carnibus 
jnanducandis in quibus Cbristiani cessabunt inde. . . » 

* Arch. mun. de Marseille. Reg. des Délibérations, 1319-1320, f° 163. Criée du 
10 mars 1320 : Mandamentum. . . Que Negum Juszieu ne Juszieva non auszet estar 
en ne<jun luec fora Juszateria ayci com acoustumat es e aquo en pena de X hbras ; 
e que tôt Juszieu e Juszieva que estât fora de la Juszateria sia tornat en la Jusza- 
teria per entar denfra X jors sot aquella mesma pena. — Voir Ruffi, loc. cit. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 29 

leur voisinage immédiat, ils ne corrompent les Chrétiens « par 
leurs mauvaises moeurs ». Mais, dès le lendemain, une première 
dérogation était apportée à cette mesure sur la prière de Michel le 
Moine lui-même. Le 11 mars, en effet, le Juif Habram de Narbonne 
était autorisé à demeurer, comme il en avait l'habitude, « prope 
fontem judaycam », et à faire son commerce, comme il le faisait 
depuis longtemps, « prope Jusateriam » *. A coup sûr, puisque 
celui qui avait provoqué la mesure en suspendait lui-même les 
effets dès le lendemain en faveur d'un Juif, il n'y a pas de doute 
que les magistrats municipaux à leur tour n'aient usé d'indulgence 
à l'égard de l'ensemble des membres de la Communauté et ne les 
aient laissés à leur gré habiter dans les autres quartiers de la ville . 

Ils pouvaient, d'ailleurs, être propriétaires ou locataires de 
biens dans toute l'étendue delà ville et de son terroir. Les registres 
des notaires en font foi et nous en pourrions citer quelques 
exemples. Mais la plupart de ces biens paraissent consister en 
terres plutôt qu'en maisons -. 

Cependant, les Juifs devaient trouver plus commode d'habiter 
tous dans un même quartier : ils pouvaient ainsi notamment suivre 
plus aisément les prescriptions très étroites de leur religion. Et, 
en effet, les différents actes de propriété concernant les Juifs qui 
nous sont parvenus s'appliquent à des biens situés dans le quar- 
tier de la Juiverie en plus grand nombre que ceux qui s'appliquent 
à des biens situés dans les autres quartiers de la ville. 

1 Arch. raun. de Marseille. Reg. des Délibérations, 1319-1320, f° 163. Conseil du 
11 mars 1320 : « Religiosus vir dominus t'rater Michael, Inquisilor heretisse pravi- 
tatis, requisivit dictos dominos Vicarium et Judicem ut Habram de Narbona, ju- 
deum, qui a lougo tempore morari consueverit prope fontem Judaycam et mercari 
ibidem prope Jusateriam, morari suslineant et patiantur ibidem, non obstante preco- 
nisatione suprascripta, ut sit et esse debeat a dicta preconisatione et pena in ea con- 
tenta exemptus maxime cura iu ejus iuora. . . » 

2 Arch. mun. de Marseille. — Registres des Judicatures, notaire Pierre Elziar, 
1316, G des Ides de mai : Testament d'Abraham de Draguignan, Juif, fils de feu Bo- 
nizac : il laisse à Abramet, son petit-fils, fils de Bondavin de Draguignan, son fils, 
une vigne franche et libre, située < in loco qui dicitur Rocha Ancha ». — Registre 
des Censés de Bernard Garnier, 1315, novembre : le médecin juif Vitalis possédait un 
casai à Roquebarbe. — Même Reg., 1316/8 Kal. de juin: Isaac Mayrane possédait une 
terre à Aygues-Bonnes (quartier de la Rose), sous la seigneurie dudit Garnier. — 
Même Reg., 27 nov. 1320 : le même Isaac Mayrane reconnaît tenir sous la seigneurie 
du même Bernard Garnier un casai situé « ad scallonum de Rochabarbola ». — Même 
Reg., 24 décembre 1334 : Vinon Cordier reconnaît tenir dans les mêmes conditions 
que le précédent une maison située à Roquebarbe. — Même Reg. ,9 janvier I334(v.s.), 
même reconnaissance de David Crescas pour une maison située au même endroit. — 
Même Reg., 27 mars 1338 : Mossé de Valta reconnaît devoir au même six palmes 
et demie pour une maison sise rue des Olliers. — Même Reg., 27 juillet 1338 : Le juif 
Crescas Pesât, procureur de Bondavin de Draguignan, reconnaît tenir sous la sei- 
gneurie du même Bernard Garnier une maison située rue des Olliers. — Même Reg., 
Mossé Maurel reconnaît tenir dans les mêmes conditions une maison située à Roque* 
barbe. 



30 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Octave Teissier, qui a essayé, dans ses études sur Marseille au 
Moyen Age, de fixer la topographie de l'ancienne ville, s'exprime 
ainsi à propos de la Juiverie * : « Le quartier qui fut occupé par 
les Juifs pendant le Moyen Age a été profondément bouleversé. Il 
était limité par la Grande-Rue, — de la Croix-d'Or à la rue Saint- 
Victoret, — par la rue du Grand-Puits 2 , les rues Saint-Martin et 
Sainte-Marthe, et une ligne Tenant aboutir à la rue actuelle du 
Chevalier-Rose. Le couvent et l'église des Prêcheurs n'existaient 
pas, et le. monastère des religieuses de Sion, l'hôpital de Saint- 
Jacques de Galice, l'église de Saint-Martin, qui longeaient ce quar- 
tier et où se trouvait la Porte de la Juiverie, ont été successivement 
démolis 3 . » 

Le quartier de la Juiverie avec sa rue principale, qu'on appelait 
la Carreria Jusatarie et peut-être aussi la Carreria Judeorum, 
avec ses traverses et ses ruelles 4 , formait une sorte d'île qu'on 
désignait sous le nom à'Insula Juzatarie et qui occupait une 
étendue assez considérable. Il faut bien d'ailleurs qu'il en ait été 
ainsi pour qu'il ait été possible, en 1357, de loger dans la seule 
Juiverie tous* les habitants des bourgs du terroir de Marseille ve- 
nus se réfugier dans la ville, comme nous l'avons déjà dit, pour 
échapper au danger que leur faisait courir l'approche de l'ennemi. 
Le 23 septembre 1357, le Conseil décide, à cette occasion, sur le 
rapport de Commissaires nommés spécialement à cet effet, qu'une 

1 Octave Teissier, Marseille au mçyen âge, p. 152. 

' On l'appelait Carreria Fontis Judaice. Voir Oct. Teissier, loc. cit., p. 139. 

8 La plupart de ces rues ont disparu pour faire place à la rue Colbert. — Remar- 
quons que ces indications de Teissier s'appliquent a la Juiverie du xiv e et du xv e siè- 
cles. Auparavaut, en effet, et tant que Marseille se trouva divisée en plusieurs villes, 
il y eut plusieurs juiveries, notamment la juiverie de la ville supérieure et la juiverie 
de la ville inférieure. C'est cette transformation qu'accuse Fabre {Anciennes rues de 
Marseille), sans paraître d'ailleurs s'en rendre compte. Il rapporte (p. 102j, d'après 
, a relation de Benjamin de Tudèle, que, en 1160, la communauté juive de Marseille 
comptait 300 membres, répartis entre « deux synagogues, situées au bord de la mer, 
l'une dans la ville haute et l'autre dans la ville basse ». 11 dit aussi (p. 109) que, au 
xiv° siècle, ces deux synagogues a avaient changé de situation. La principale était 
placée entre l'église Saint-Martin et celle des Prêcheurs; l'autre un peu au delà de 
cette dernière église.» ; ce renseignement provenant de Ruffi. 11 est doue évident que, 
après 1348, époque à laquelle les trois villes furent réunies en une seule, les deux 
juiveries de la ville supérieure et de la ville inférieure se confondirent en une seule, 
qui fut située comme le rapporte Teissier. Malheureusement, les documents que nous 
possédons ne nous permettent pas de déterminer quelle était la position de ces deux 
quartiers. 

4 Teissier cite comme dépendant du quartier de la Juiverie plusieurs rues ou 
ruelles, notamment la Transversia Cancel, la Carreria Fetida ou Carreria Fetida Ju- 
satarie, la Carreria Ferroul, nom vulgaire de la Carreria Judeorum, la Carreria de 
Grollaria et la Carreria del Laùset. Les actes qui mentionnent ces rues sont relatifs 
à des maisons appartenant à des chrétiens et confrontant à d'autres maisons qui 
appartiennent à des Juifs, ou bien ces actes se rapportent à des immeubles vendus ou 
achetés par des Juifs. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 31 

barrière sera faite qui enceindra la partie de la Juiverie affectée au 
logement des fugitifs: la seule énumération des points par où de- 
vra passer cette barrière donne l'impression de la grandeur du 
quartier. Ce qui permet encore de conclure à l'étendue de la Jui- 
verie et, par conséquent, au nombre des Juifs qui la peuplent, 
c'est que le Conseil doit répartir entre les trois sixains de la Dra- 
perie, de Sainte- Marie des Accoules et de Saint-Jean, les Juifs 
dépossédés momentanément de leurs maisons par la décision qui 
assigne la Juiverie comme domicile aux réfugiés ' . 

Les Juifs avaient réuni dans leur quartier les différents édifices 
qui leur étaient nécessaires pour la célébration de leur culte et 
pour les différents besoins de leur vie en commun. Ils y avaient 
deux synagogues, désignées par les documents sous le nom de Sco- 
lae. L'une était la Scola major : elle était située entre l'église Saint- 
Martin et l'église des Prêcheurs ; l'autre était la Scola minor et elle 
se trouvait placée un peu au delà de l'église des Prêcheurs. C'est 
peut-être pour obtenir la permission d'élever et d'entretenir ces 
deux synagogues sur le territoire de Saint-Martin que la Com- 
munauté payait au prieur de cette église la redevance annuelle 
dont parle Ruffi, mais dont il ne nous a pas été possible de véri- 
fier l'existence. Il paraît, cependant, que les Juifs avaient une 
troisième synagogue, placée dans un quartier tout différent, celui 
de l'Evêché et de l'église de la Major. Nous lisons, en effet, dans 
le registre des Censés des frères Antoine et Ludovic Dieudé, fils 
et héritiers de Pierre Dieudé, chevalier, à la date du 18 mai 
1386 2 : « Dulcieta Faracio, uxor Jacobi Faracio. . . recognovit se 
tenere et possidere velle ortum... confrontatum cum Carreria 
Sancti Cannati 3 , in quo est quoddam moririus et cum carreria 
que tendit versus episcopatum et versus portale vocato (?) Joh. de 
Massilie et ante menia curie episcopalis et ante synagoga Judeo- 
ram, -carreria in medio. . . » Ne serait-ce pas là la synagogue de la 
Juiverie de la ville supérieure qui aurait subsisté lorsque les Juifs 
de la ville supérieure se furent réunis à leurs coreligionnaires 
de la ville inférieure après le changement de 1348? L'évêque de 
Marseille n'aurait-il pas voulu la conserver pour continuer à exer- 
cer son contrôle sur les Juifs de Marseille, qui lui échappaient en 
passant sous l'autorité des magistrats municipaux? Il nous paraît 
difficile, vu l'absence de documents, de répondre à ces questions. 
Nous pouvons cependant conclure de l'existence de cette syna- 

* Voir Pièces justificatives, n° XXVII. 

' Arch. mun. de Marseille. — Registre des Censés des frères Antoine et Ludovic 
Dieudé, tome II, f° 23. 
1 Oct. Teissier, loc. cit., p. 155. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gogue en dehors de la Juiverie que les prescriptions qui ordon- 
naient aux Juifs de ne pas sortir du quartier particulier où on les 
reléguait étaient loin d'être rigoureuses, puisque l'un de leurs 
principaux lieux de réunion était hors de ce quartier. 

Les Juifs avaient aussi un hôpital et des aumôneries. Leur hôpi- 
tal était situé dans le voisinage de la grande synagogue : il est cité 
dans un acte de 1426 provenant du protocole du notaire G. Gilly *. 
Quant aux aumôneries, leur existence est attestée par Ruffî, qui 
dit qu'elles étaient administrées par des Recteurs ou Probi Ele- 
mosyna Piscalorum et qui mentionne un testament fait par le 
Juif Bonias Salemas. L'une de ces aummieries s'appelait Saraca; 
le testateur lui lègue annuellement et à perpétuité quatre mesures 
de vin pur ; l'autre s'appelait Mahor (luminaire) : elle reçoit une 
mesure d'huile, qui doit lui être distribuée tous les ans la veille 
du jeûne de Kippour. 

Les Juifs avaient enfin dans la Juiverie un bain de femmes : le 
15 décembre 1490, les syndics de la Communauté, Isaac Orgier, 
Josse de Salon, Samuel Abraham et Crescas Botarelli, arrentent 
à René d'Orgon, marchand de Pertuis, une maison située dans la 
Juiverie et appelée : « Lo Banhador de las Fennas, et in ebraico 
nominatum micve 2 » . 

La Juiverie contenait aussi un marché, dont l'existence a 
d'ailleurs été contestée par Fabre, du moins en tant que ce marché 
aurait été situé dans la Juiverie même. Il dit, en effet, que ce 
marché aurait été situé à la place de Lauret 3 ; mais Teissier fait 
remarquer, avec raison, que Fabre a dû confondre la place de 
Lauret, qui était en dehors de la Juiverie, avec la rue de Lauset, 
qui était située dans ce dernier quartier 4 . Il est incontestable, 
en effet, qu'il y eut un marché dans la Juiverie, ou tout au moins 
une boucherie. Lo masel de los Jusieus (le marché des Juifs) est 
mentionné dans un acte du notaire Barnabe Cépède de 1490 5 ; une 
criée du 1 avril 1331 parle des bouchers « que venda carn en la 

1 Ruiu, Histoire de Marseille, XIII, 26, p. 307-308. — Voici le texte du testa- 
ment, tel que le transcrit Ruf'fi. « Bonias Saleraas lego Elemosinrc Judeorum quœ vo- 
catur Saraca, annis singulis et perpetuis temporibus, quatuor melretas vini puri ; 
item lego Elemosinse Judeorum quœ vocatur Mahor unum escandalum olei annis 
singulis distribuendum, in qualibet vigilia inagni Jejunii judeorum quem vocatur Jom- 
quinpurim, proprie vocatur Jomhakepurim, id est dies expiationis et reconciliationis 
universse, quae celebratur die décima mensis Tirsi, id est septembris, qui primus est 
Ilebrseorum. » 

s Cité par Teissier, loc. cit., p. 155, d'après le Protocole du notaire Barnabe 
Cépède. 

3 Voir Aug. Fabre, Anciennes rues de Marseille, p. 107. 

* Oct. Teissier, loc. cit., p. 154, note 3. 

5 Cité par Teissier, loc, cit., p. 154. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 33 

Jusataria » ; enfin, une autre criée du 22 décembre 336T parle de 
« los mazels de la Jusataria ». Ce marché était surtout, semble- 
t-il, un marché de "viandes; du moins, tout ce que nous en savons 
ne s'applique guère qu'aux bouchers. 

Le commerce de la viande juive était assez sévèrement régle- 
menté, comme parait avoir été aussi réglementé le commerce de 
la boucherie en général. Tout d'abord, on voit dans ces règle- 
ments la préoccupation d'empêcher le mélange de la viande des- 
tinée aux Chrétiens et de la viande tuée selon la loi juive. Aucun 
boucher ne pouvait vendre, en effet, dans la ville, sur le marché 
public ou en dehors du marché, de la viande juive, pas plus qu'il 
ne pouvait vendre d'autres espèces de viandes jugées malsaines 
qui sont énumérées dans un statut de Macellariis l . 

Mais ces dernières prescriptions sont surtout des prescriptions 
d'hygiène que prenait le Conseil poussé par un égal souci de la 
santé de ses concitoyens juifs ou chrétiens. En effet, quelques 
criées imposent aux bouchers juifs des prescriptions analogues. 
Le 26 avril 1323, défense est faite aux bouchers juifs ou à tout 
marchand de viande juive de vendre une viande qui aura passé 
trois jours, ou de vendre aux Juifs du porc pour du mouton, sous 
peine d'une amende de vingt sous et de la perte de la viande 2 . La 
même prescription est faite, à peu près dans les mêmes termes, 
par une autre criée du 7 avril 1331 \ Ainsi paraît s'affirmer le 
souci du corps municipal d'accorder aux Juifs comme aux 
Chrétiens la même protection contre les surprises des marchands 
malhonnêtes. 

C'est le même souci qui a dicté la délibération du 6 décembre 
1365, plus intéressante d'ailleurs que les deux criées que nous 
venons d'analyser. Ce jour-là, le Conseil entendit l'exposé fait 
par l'un des syndics, Gille Boniface, qui dénonça un accord frau- 
duleux passé entre des bouchers chrétiens et des bouchers juifs, 

1 Arch. mun. de Marseille. — Livre des Statuts, II, 33. De Macellariis. Constitui- 
mus ut nullus macellarius vendat in Massilia scienter carnes urcinias vel caprinasaut 
carnes judeas, vel carnes de moria nec carnes leprosas vel carnes infirmas infra ma- 
cellum cuicumque nec carnes i'ede vel arietis pro multone nec carnes scofre pro car- 
nibus porci infra macellum vel extra alicubi in Massilia. 

* Arch. mun. de Marseille. — Reg. des Délibérations, 1322-1323, 1° 116 v°. Criée 
du 26 avril 1323. Que negun Juszieu mazellier o autra persona, que venda carn 
juzayca en la ciutat de Masselha, non venda neguna carn juzayca posque auria pas- 
sât III jorns, et que negun non venda a alcun Juszieu feda per mouton, ez aquo sotz 
pena de XX sols e de perdre la carn, e qui o accusara naura la mitât. 

3 Arch. mun. de Marseille. — Reg. des Délibérations, 1331-1332, f° 124. Criée du 
7 avril 1331. « Que negun Mashelier ne autra persona que venda carn en la Jusataria 
non deia vendre carn d'anhel ni de cabrit d'un jorn tro a l'autre, ni carn de t'eda ni 
de mouton mas très jours, en pena de XX sols e de perdre las carns, et qui o acus- 
zara aura la mitât de las carns. » 

T. XLVI, N° 91. S 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

grâce auquel les premiers vendent à leurs clients chrétiens des 
viandes qui, pour diverses causes, ne peuvent pas être vendues 
au marché de la Juiverie. Il arrive même que des bouchers juifs 
reçoivent de bouchers chrétiens, qui les y engagent d'ailleurs 
« quodam latente compulsione et minis », des viandes qu'ils ne 
devraient pas vendre à des Juifs. Le Conseil prend acte de la com- 
munication et il ordonne au viguier de publier une ordonnance 
qui interdira un semblable trafic, en menaçant tous ceux qui 
continueraient cependant à s'y livrer d'un très sévère châ- 
timent ■ . 

Probablement, les bouchers tant juifs que chrétiens de Mar- 
seille ne trouvaient pas leur compte à observer de si rigoureuses 
prescriptions et il devait se faire sur les marchés un mélange 
fréquent de viandes juives et de viandes chrétiennes, puisque, le 
22 décembre 1367, le viguier Giraud Adhémar crut nécessaire de 
promulguer une longue ordonnance, qui précisait les devoirs 
réciproques des bouchers juifs et des bouchers chrétiens et qui 
nous montre en même temps, une fois de plus, combien étaient 
factices ces divisions tranchées que la coutume, inspirée par les 
lois de l'Eglise, essayait de maintenir entre les Juifs et les 
Chrétiens 2 . 

Les bouchers chrétiens recevaient désormais le droit de tuer 
des viandes de tout genre et de les exposer sur le marché juif à 
condition de les soumettre, avant de les mettre en vente, à l'examen 
de deux Commissaires, Montolieu de Montolieu et Pierre Ricard 
le jeune. La viande reconnue pour être « de loi » pourra être 
vendue dans la Juiverie et non ailleurs, sous peine d'une amende 
de cent livres pour chaque contravention et de la confiscation de 
la viande. Au contraire, la viande qui ne sera pas reconnue 
comme étant « de loi » devra être incontinent, et par les soins du 
boucher, portée au marché du Portail du Lauret, où elle sera 
mise en vente, sans qu'elle puisse être vendue sur d'autres points 
de la ville. Toute contravention à cette prescription sera égale- 
ment punie d'une amende de cent livres et de la confiscation de la 
viande objet du délit. 

La même peine devait être appliquée à tout boucher juif qui 
aurait vendu de la viande de loi ailleurs qu'en la Juiverie. Si les 
bouchers juifs avaient entre leurs mains de la viande qui ne serait 
pas de loi, ils devaient, incontinent et sous la même peine, la faire 
porter au Portail du Lauret, où elle serait mise en vente. Le soin 

1 Voir Pièces justificatives, n« XXVIII. 
* Voir Pièces justificatives, n* XXIX. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 35 

de veiller à l'exécution de cette ordonnance était confié aux bou- 
chers chrétiens, d'une part, et aux syndics de la Communauté 
juive de l'autre : ils étaient tenus les uns et les autres de notifier 
à la Cour royale les contraventions qui pourraient être commises, 
les premiers toutes les fois que des bouchers juifs s'en rendraient 
coupables, et les seconds, quand des bouchers chrétiens commet- 
traient le délit. 

Ainsi le viguier ne faisait aucune différence entre les bouchers 
juifs et les bouchers chrétiens, et certainement il n'était en cela 
que l'interprète de la volonté du Corps de ville. Celui-ci ne voyait 
donc aucun empêchement à ce que des Chrétiens vendissent à des 
Juifs de la viande tuée selon les prescriptions de la loi juive; en 
revanche, il ne voyait pas davantage de difficultés à autoriser des 
Juifs à vendre à des Chrétiens une viande qui aurait été re- 
connue comme n'étant pas de la viande juive. Ainsi, bouchers 
juifs et bouchers chrétiens pouvaient librement aller et venir 
d'une boucherie à l'autre et les règlements municipaux les astrei- 
gnaient aux mêmes obligations. Bien plus, et cela présente un 
intérêt plus général, le viguier, interprète du Corps de ville, 
plaçait également les Chrétiens sous la surveillance des Juifs et 
les Juifs sous celle des Chrétiens, sans avoir l'air de se souvenir 
qu'un article des Statuts proscrivait le témoignage du Juif contre 
le Chrétien quand celui-ci le récusait 1 . 

Tout semblait donc devoir atténuer les distinctions que la reli- 
gion créait entre le Juif et le Chrétien, et les prescriptions des Sta- 
tuts de Marseille paraissent être tombées le plus souvent en désué- 
tude. Certaines ne sont plus appliquées, telle celle qui interdit au 
Juif de témoigner en justice contre un Chrétien. D'autres sont 
maintenues en principe, mais l'obligation où se trouve le Conseil 
de les renouveler assez fréquemment montre que, dans la pratique, 
on négligeait aussi de les observer. L'Eglise seule ne se départait 
pas de ses rigueurs vis-à-vis des Juifs : la Synagogue devait, si 
nous en croyons Ruffi, envoyer à la Major, pour assister aux 
vêpres les dimanches et jours de fêtes chrétiennes, un Juif qui avait 
sa place dans le chœur à côté du sacristain et qui payait une rede- 
vance annuelle de cinq sous 2 . C'était peut-être là la seule con- 
trainte qui était faite à Marseille à la conscience des Juifs. A cette 
époque, où la foi religieuse était si profondément ancrée dans le 
cœur des hommes, quelle que fût la nature de leurs croyances, 
cette obligation aurait été importante, voire même quelque peu 

1 Voir plus haut ce que nous disons de l'admission du témoignage des Juifs en 
justice contre les Chrétiens. 

* Ruffi, Histoire de Marseille, XIII, 26, p. 309. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

odieuse. Nous ferons remarquer cependant que Ruffi ne donne pas 
l'origine de son information, qui serait, si elle était exacte, en 
contradiction avec tout ce que nous savons de la condition des 
Juifs à Marseille, à moins que cette obligation n'ait été imposée 
aux Juifs de la ville épiscopale et avant 1257. 



III 



Placés sous la protection des Statuts de la ville, qui les assimi- 
laient aux autres citoyens, soumis à des obligations qui, nous 
l'avons vu, étaient loin d'être nombreuses et étroites et qu'on lais- 
sait souvent tomber en désuétude, les Juifs ne pouvaient pas ne 
pas vivre heureux à Marseille. Ils ne pouvaient pas non plus ne 
pas s'y trouver en grand nombre. Les dimensions du quartier de 
la Juiverie nous autorisent à affirmer l'exactitude de notre hypo- 
thèse, en même temps que l'existence de deux et peut-être de 
trois synagogues. Malheureusement, aucune donnée statistique ne 
nous permet d'indiquer par des chiffres à combien s'éleva, à dif- 
férents moments du xm e , du xiv e et du xv e siècles, le chiffre de 
la population juive de Marseille l . 

Nous savons seulement par des documents assez nombreux de 
nature diverse que les Juifs se livraient à Marseille à de multiples 
occupations, dont l'usure ne parait pas avoir été la plus impor- 
tante. 

Et d'abord, un certain nombre des Juifs paraissent s'être tenus 
à l'écart des opérations commerciales : ce sont ceux qui exerçaient 
la médecine. Un érudit marseillais, le docteur Barthélémy, a 
dressé une liste des médecins juifs qui vivaient à Marseille 
au xm e , au xiv e et au xv e siècle 2 . Cette liste est complète, et les 

1 La seule donnée numérique certaine dont nous puissions nous servir nous est 
fournie par les listes dressées par le viguier des courtiers qui ont prêté entre ses mains 
le serment prescrit par les statuts. — Voir Pièces justificatives, n 09 III, IV et V. — 
D'après ces listes, nous constatons qu'il y avait, au mois de février 1351, quatre-vingt- 
deux Juifs ou Juives exerçant la profession de courtier. La liste de 1366 est incom- 
plète, par suite du mauvais état dans lequel se trouve le registre où elle a été trans- 
crite : nous y avons cependant relevé trente-huit noms de Juifs et de Juives. Enfin, 
la liste dressée le 23 décembre 1367 renferme soixante-seize noms. De ce que tous 
les Juifs n'étaient pas courtiers, mais exerçaient diverses autres professions, nous 
pouvons conclure que la Communauté était nombreuse et que le chiffre de ses 
membres était probablement supérieur à celui de trois cents que Fabre a adopté 
d'après la relation de Benjamin de Tudèle. 

* D r L. Barthélémy, Les Médecins à Marseille avant et pendant le moyen âge, Mar- 
seille, 1883. — La liste des médecins juifs qui exerçaient à Marseille au xiv e et au 
XV e siècle et que le docteur Barthélémy a donnée en appendice, a été reproduite 
dans la Revue des Emd.es juives, VUI, p. 203, 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 37 

noms que nous avons trouvés aux Archives municipales s'y trou- 
vent, à part de rares exceptions *, avec nombre d'autres que le 
docteur Barthélémy a eu la bonne fortune de trouver dans des 
documents provenant des Archives des notaires, où il ne nous a 
pas été donné de poursuivre nos recherches. Il n'y aurait peut- 
être pas lieu de revenir sur les indications qui sont contenues 
dans la brochure du docteur Barthélémy, si les textes que nous 
nous proposons d'employer ne nous apportaient sur certains 
points des notions plus précises que celles qu'elle nous fournit et 
si certaines de ses conclusions ne nous paraissaient mériter d'être 
discutées. 

Nous constaterons que les médecins juifs se trouvaient à Mar- 
seille dans une situation singulièrement privilégiée, puisqu'on les 
y tolérait et qu'on les chargeait même parfois de remplir des em- 
plois municipaux, alors que, dans le reste du Comté de Provence, 
ils étaient exposés au bon plaisir du Comte ou de ses conseillers, 
qui leur permettaient ou leur interdisaient à leur gré d'exercer 
leur profession. Arnaud 2 cite une Constitution du 6 mai 1306 
interdisant d'appeler auprès d'un malade un médecin juif, défen- 
dant au sénéchal et autres officiers royaux de délivrer la licence 
à un Juif, ordonnant de révoquer cette licence au cas où elle aurait 
été déjà accordée, prononçant contre le Juif qui contreviendrait 
à ces prescriptions une amende de dix livres, le menaçant d'un 
châtiment corporel au cas où il essaierait de se soustraire à cette 
peine pécuniaire. Sans doute, on peut opposer à cette décision 
quasi-draconienne d'autres décisions plus douces et plus bienveil- 
lantes prises par les Comtes de Provence en faveur des Juifs, et 
l'on cite volontiers le médecin juif Bendich-Hahim, qui, en 1310, 
fut au service de la reine Jeanne. Cependant, à Marseille, il 
semble qu'il y ait eu sans interruption une même pratique à l'égard 
des médecins juifs, qui y ont librement exercé leur art et ont 
même joui de privilèges supérieurs à ceux dont jouissaient le 
reste de leurs coreligionnaires. 

1 Aux deux médecins juifs que Barthélémy cite comme ayant vécu à Marseille au 
xiii« siècle il convient d'ajouter Dieulosal, à qui Guillaume Roubaud, travailleur de 
terre, Teconnaît devoir 4 livres 10 sous par un acte du 3 des Ides de lévrier 1254 
(Arch. mun., Reg. de GuilL Faraud, notaire). — Aux médecins du xiv° siècle cités 
par Barthélémy ajoutons « Ma^ister Abraham de Posqueriis » [Cart. d'Augier 
Aycard. notaire, 14 décembre 1304); — Vitalis de Nîmes {Cart. de Barthélémy de 
Salims, not., 17 août 1318 , que l'on peut peut-être identifier avec Vitalis Abraham 
(Î320-1349) cité par Barthélémy; - maître Maurel [Reg. du Palais, Raym. Rosier, 
not. Pridie Kal. Julii, 1310); — maître Habram [Cart. de Bernard Blancard, not., 
12 juillet 1333) ; — maître Salomon Mossé (1369). — Au xv° siècle, un seul nom est 
a ajouter : c'est celui de maître Vitalis, 1476. 

1 C. Arnaud, loc. cit., p. 37. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce traitement de faveur était dû au besoin dans lequel se trou- 
vait la ville, par suite de fréquentes épidémies de peste, de recourir 
à leurs services, car les médecins chrétiens étaient plutôt peu 
nombreux. De préférence, en effet, en cas d'épidémie et lorsqu'il 
s'agissait d'investir un médecin de la charge de médecin de la 
ville, on s'adressait à des Chrétiens, et ce n'est que lorsqu'on n'en 
trouvait pas qu'on désignait un Juif. C'est d'ailleurs ce qu'éta- 
blit une délibération du Conseil général du 16 août 1368 : « Quia 
humana corpora non possunt sine medicorum consilio salubriter 
gubernari, ideo placuit dicto Consilio reformare quod omnibus 
modis et viis quibus melius fieri potuerit provideatur quod ma- 
gister Petrus Gilaberti, phisicus de Massilia, habitator Grassis, 
seu, in ejus deffectu, alius sufficiens et ydoneus Christianus sive 
Judeus retineatur ad gagia civitatis l . » 

Nous aurons l'occasion de voir plus loin que, cette année-là, un 
Juif fut choisi à défaut de Chrétien. Mais ce ne fut pas par excep- 
tion, car une autce délibération du 20 octobre 1383 montre quel 
traitement particulièrement doux le Corps municipal dut faire 
aux médecins juifs pour s'assurer leur concours, faute de méde- 
cins chrétiens en nombre suffisant. Cette année-là, la ville avait 
un besoin pressant de médecins, physiciens et chirurgiens juifs. 
Pour se les attacher plus sûrement, le Conseil décida qu'ils pour- 
raient désormais aller par la ville sans porter sur leurs vêtements 
la roue d'étoffe rouge, qu'ils pourraient remplacer par une roue de 
fil ou de soie, sans tenir compte de toutes les décisions contraires 
qui auraient pu être prises à ce sujet. Bien plus, toute instruction 
qui aurait été ouverte pour une contravention à ces décisions par 
devant la Cour royale devait être rayée des registres et les con- 
damnations prononcées pour ce fait annulées 2 . 

La nécessité où les épidémies fréquentes plaçaient Marseille 
explique les raisons pour lesquelles les officiers municipaux 
usaient d'une semblable tolérance à l'égard des médecins juifs. 
Ils avaient besoin de leur concours, et des documents nous mon- 
trent, en effet, un certain nombre de médecins juifs engagés au 
service de la ville. C'est un ordre donné, le 1 janvier 1369, au 
Trésorier de la ville, d'avoir à payer à maître Salomon Mossé une 
somme de seize florins d'or, vingt-et-un sous et quatre deniers 
royaux, représentant le premier tiers de sa deuxième année de 
gages, commencée le 9 novembre et finissant le 9 mars suivant 3 . 

» Arch. mun. de Marseille. — Reg. des Délibérations, 1367-1368, £• 93. Délibéra- 
tion du 16 août 1368. 

* Voir Pièces justificatives, n° XXX. 

3 Arch. mun. de Marseille. — Cartulaire des six hommes de guerre, 1369. — Die 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 39 

Ainsi, non seulement M e Mossé a été engagé une première fois au 
service de la ville, mais encore son engagement a été renouvelé 
une fois expirée la première année de charge, sans doute parce 
qu'il avait rempli sa fonction à la satisfaction générale ! . 

Le 26 février 1396, il est ordonné à Honoré de Monteil, trésorier 
des revenus de la ville, de payer à maître Crescas, médecin au 
service de la ville, une somme de vingt florins d'or « de la Reine », 
représentant la moitié des gages qu'il recevra pendant son année 
de charge, commençant ce jour, et fixés à quarante florins d'or 
« de la Heine 2 » . 

Le 15 août 1403, le Conseil décide que l'engagement qui a été 
passé entre les officiers municipaux et maître Salomon Orgier, 
retenant celui-ci pendant une année au service de la ville, étant 
expiré, il sera renouvelé pour une deuxième année et que maître 
Orgier recevra cinquante florins*. 

Enfin, le 12 août 1476, maître Vitalis, ayant fait offrir ses ser- 
vices au Conseil par l'entremise de noble Etienne Vincens, le 
Conseil décide, en considération de l'épidémie qui sévit alors, que 
maître Vitalis sera engagé pour un an aux gages de trente six 
florins 4 . 

Le docteur Barthélémy affirme que jamais un médecin juif 
n'exerça seul l'emploi de médecin de la ville 5 , dont furent succes- 
sivement chargés maître Salomon Mossé, maître Crescas, maître 

VII mensis predicti januarii, predicti sex et sindicus Massilie mandaverunt dicto 
thezaurario q[uod] solvat et tradat magistro Salomoni Mosse, judeo, phisico, ordi- 
nato et dedicato de voluntate Consilii generalis dicte civitatis ad serviendum huic 
civitati pro medico, videlicet pro stipendiis sive gagiis suis primi tercii secundi anni, 
incepti die noua mensis novembris proximi preteriti, et finiti huic ad diem nonam 
instanter mensis marcii proximi i'uturi, videlicet sexdecim flor.auri quolibet computato 

pro XXXII solidos regalium, et XXI solidos et IIII or den. regalium 

XVI fl. XXI s. 1III d. 

1 C'est, selon toute apparence, maître Salomon Mossé, qui lut engagé au service 
de la ville, en exécution de la délibération du 16 août 1368, citée plus haut, et pro- 
bablement à la suite du relus de maître Gelabert de quitter Grasse pour venir soigner 
ses compatriotes. Il ne faut pas s'arrêter à la difficulté qui paraît résulter de ce que 
le mandat parle du premier tiers de la seconde année de service de M e Mossé, alors 
que, la délibération citée plus haut ayant été prise le 16 août 1368, il semble ne s'être 
écoulé que cinq mois et demi entre ce jour et celui où le mandat a été délivré (7 jan- 
vier 1369). En réalité, il s'est bien passé, comme le mandat l'indique, près d'une 
année et demie, puisqu'on suivait alors l'ère de l'Incarnation, qui plaçait à Pâques le 
commencement de Tannée : donc, la date de la première délibération étant toujours 
le 16 août 1368, celle du mandat devient le 7 janvier 1370, si nous revenons à l'usage 
de faire commencer l'année au 1 er janvier, au lieu de la faire commencer à Pâques 
suivant la coutume qui fut longtemps en vigueur à Marseille au moyen âge. 

* Voir Pièces justificatives, n° XXXI. 

3 Voir Pièces justificatives, n° XXXII. 

*• Voir Pièces justificatives, n° XXXIII. 

5 Docteur L. Barthélémy, loc. cit., p. 15. 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Salomon Orgier et maître Vitalis 1 , qu'il y avait toujours deux 
médecins remplissant ensemble ces fonctions et que l'un des deux, 
toujours le second, était juif. Les deux délibérations que nous 
avons citées plus haut semblent au contraire, indiquer que c'était 
parfois dans des limites très étroites que s'exerçait le choix des 
officiers de la ville et qu'il se portait indifféremment sur des Chré- 
tiens ou sur des Juifs, pourvu que le candidat agréé offrît toutes 
les garanties désirables. 

De plus, le médecin juif au service de la ville aurait toujours 
reçu moitié moins de gages que son confrère chrétien - . Il semble 
bien, en effet, qu'il en ait été ainsi, d'après deux documents d'ori- 
gine différente, mais qui se complètent parfaitement l'un l'autre. 
Le docteur Barthélémy cite, en effet, dans ses pièces justificatives 3 , 
un contrat passé le 24 novembre 1396 par devant le notaire Pierre 
Calvin, par les deux syndics de Marseille et trois des six hommes 
de guerre d'une part et le médecin chrétien, maître Raymond 
Mercorin d'Aix, d'autre part. Aux termes de ce contrat, maître 
R. Mercorin est engagé pour une année au service de la ville 
aux gages de quatre-vingts florins d'or, payables par tiers. Or, 
au mois de février suivant, le médecin juif, maître Crescas, nous 
l'avons vu plus haut, touche une somme de vingt florins, repré- 
sentant ta moitié de ses gages annuels en qualité de médecin 
attaché au service de la ville. 

Le médecin juif pouvait non seulement remplir l'emploi de 
médecin municipal, mais il pouvait encore être chargé de remplir 
les fonctions plus délicates d'expert. Le docteur Barthélémy dit 
encore à ce propos que « on ne les (les médecins juifs) voit que 
très rarement appelés à faire des rapports de médecine légale », 
mais il nous faut constater qu'il ne donne aucune preuve de ce 
qu'il avance et que la rareté des documents de ce genre ne per- 
met pas de se faire une opinion exacte à ce sujet 4 . Quoi qu'il en 
soit, nous possédons un de ces rapports de médecine légale rédigé 
par un médecin juif, ce même maître Salomon Orgier qui fut en- 
gagé au service de la ville en 1402 et en 1403. Il avait été commis 
en même temps qu'un médecin chrétien, Barthélémy Vitalis, par 
le viguier royal, Pierre de Borne, pour examiner si un pêcheur, 
nommé Jean Thoesco, était oui ou non atteint de la lèpre. Con- 
formément à la prescription qui leur en avait été faite, les deux 

1 II est probable que notre "liste serait plus longue s'il n'y avait de nombreuses 
lacunes dans la série des Registres des Délibérations du Conseil général de la ville. 
* Docteur L. Barthélémy, loc. cit., p. 15. 

3 Docteur L. Barthélémy, loc. cit., Appendice, pièce n° 3, p. 32. 

4 Docteur L. Barthélémy, loc. cit., p. 15. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE /,i 

médecins présentèrent, le 21 juin 1409, le procès-verbal de leur 
enquête et conclurent que le malade était atteint du mal conta- 
gieux et devait être écarté du reste de la population. Ils avaient 
appuyé leurs conclusions d'un serment prêté par le Chrétien « ad 
sancta Dei Evangelia ah eo corporaliter manu tacta », et par le Juif 
« ad sanctam legem Moysi, tactis per eum hebraicis scriptis » l . 

Nous ne relevons dans ce procès-verbal aucun terme qui puisse 
faire présumer qu'il existe une différence quelconque entre le 
médecin chrétien et le médecin juif. Tout au plus pourrions-nous 
constater qu'ils n'étaient pas pourvus des mêmes grades universi- 
taires : Barthélémy Vitalis est qualifié « magister in artibus medi- 
cinae », tandis que le nom de Salomon Orgier est simplement 
suivi de la qualification de « physicius » . Y a-t-il là de quoi justi- 
fier l'opinion du docteur Barthélémy, qui croit pouvoir affirmer la 
supériorité scientifique des médecins chrétiens sur les médecins 
juifs, en s'appuyant justement sur ce que ceux-ci ne paraissent 
pas avoir eu « les titres universitaires de maître ès-arts, de bache- 
lier, de licencié et de docteur en médecine, tandis que la plura- 
lité des médecins chrétiens est qualifiée de ces grades universi- 
taires 2 » ? 

Il est évident qu'aucun des médecins juifs de Marseille n'avait 
de diplôme délivré par une Université. Est-ce là une preuve d'in- 
fériorité scientifique? Nous ne le croyons pas. Il nous semble, en 
effet, qu'il faut ignorer l'organisation à peu près complètement 
ecclésiastique des Universités du moyen âge pour supposer que 
les Juifs aient pu y être admis comme étudiants. Comment, dans 
ces conditions, aurait-on pu en trouver pourvus d'un grade uni- 
versitaire ? 

D'autre part, la possession d'un grade universitaire était-elle 
absolument indispensable pour garantir la valeur scientifique d'un 
médecin? Sans doute, elle supposait un certain nombre de con- 
naissances, mais ces connaissances toutes théoriques faisaient- 
elles un bon médecin? D'ailleurs, les statuts de Marseille ne 
paraissent pas s'en être inquiétés. Ils n'exigent pas la produc- 

1 Voir Pièces justificatives, n° XXXIV. — Un document publié par F. Portai, Un 
procès en responsabilité' médicale (Marseille, Huât, 1902) et provenant des Registres 
des Judicatures, carton 81, nous montre encore deux praticiens juifs, le médecin 
Dieulocrescas et le chirurgien Marnan Ferrior, que Portai lit Fraranius Marmans, 
appelés en témoignage devant la C-nir rovale de Marseille, dans le procès intenté en 
1389 au médecin Abraham liondaviu, poursuivi pour avoir manqué aux devoirs de sa 
profession. Ils paiaissent être seuls charges de l'expertise, puisque le médecin chrétien, 
M e Lambertin Kamaudou, entendu avant eux, a soigné le malade après qu'il a eu 
remercié Abraham Bondavin. 

2 Docteur Barthélémy, loc. cit., p. 13. 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tion de diplômes de la part de ceux qui demandent l'autorisa- 
tion d'exercer la médecine dans cette ville. Sans s'inquiéter des 
titres qu'ils peuvent avoir, ils les soumettent à l'examen d'un 
jury de trois médecins choisis parmi les plus capables et les plus 
probes de la ville et c'est sur leur rapport qu'est délivrée l'auto- 
risation de pratiquer l'art médical l . 

Cette autorisation paraît s'être appelée la licence, et celui qui 
l'avait reçue avait le droit de se dire licencié. Un document nous 
permet de croire que, à ce point de vue, les médecins juifs étaient 
licenciés comme les médecins chrétiens. Le 15 novembre 1389, le 
médecin juif Abraham Bondavin comparaissait devant la Cour 
royale de Marseille pour répondre à une poursuite en responsabi- 
lité médicale. Il avait prescrit à un de ses clients, qu'il avait cru 
atteint de la lèpre, une ordonnance dont le libellé nous a été 
d'ailleurs conservé et qui avait eu pour conséquence de rendre le 
malade impotent pour le reste de ses jours, au lieu de le guérir 
comme Abraham Bondavin s'y était engagé. Or, il paraît que la 
maladie dont souffrait le patient était du domaine de la chirurgie 
et non de celui de la médecine. La plainte reprochait donc à Bon- 
davin, outre la négligence commise en ordonnant un remède qui 
n'était pas indiqué en la circonstance et qui avait fait plus de mal 
que de bien à son malade, de ne pas s'être récusé puisqu'il n'était 
pas chirurgien, mais seulement médecin capable, praticien expert 
et même licencié-. Nous voyons donc ici que, contrairement à 
l'opinion de Barthélémy, les médecins juifs pouvaient être licen- 
ciés. La différence qu'il prétend établir à ce sujet entre eux et leurs 
confrères chrétiens n'existe pas. Leur science, aux uns comme aux 
autres, est égale, ou dans tous les cas équivalente, puisque, quelle 

1 Arch. mun. de Marseille. — Livre des Statuts, II, 35. Dé tnedicis, phisicis et 
chirurgis. — 1. Decernimus ut omnes phisici et chirurgi teneantur speciali sacra- 
mento... — 2. Statuentes similiter quod duo vel très probi viri de melioribus medi- 
cis Massilie et qui periciores sint in arte physicali debeant eligi et eligantur annua- 
tim a rectore vel consulibus Massilie infra duos menses inicii sui regiminis quod 
jurati debeant inquirere et inquirant ac scrutentur diligenter omnes alios medicos 
Massilie practicantes quicumque sint et illos quos inter eos invenerint non esse ido- 
neos vel sufficientes sciencie physice sive non esse tolerandos ad utilitatem comunis 
seu bominum Massilie nominent et dicant eos in scriptis redigendo nomina eorum 
omnium atque tradant rectori vel consulibus supradictis; quo facto rector vel con- 
sules predicti prohibeant sub sacramento predictis nominatis omnibus quod inde 
abstineant ab exercicio vel practica supradictis in civitate Massilie prorsus ab eis fa- 
ciendis. Et si quis contra bec practicando non admissus pnmo et eciam comprobatus 
a predictis tribus vel duobus viris pbysicis venire presumpserit puniatur inde in 
LX sol., et nicbilominus a tota civitate Massilie vtlut perjurus expellatur. . . 

* Voir Portai, loc. cit., p. 5. — « ...Super eo quod dictus delatus non obstante 
quod sentiret se penitus ignarus de arte surgie, licet in arte physice sit expertuf, 
praticus atque Ucentiatus, propria auctoritate, ofticium. magistratus in se assumendo 
usus fuit ...» 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 43 

que soit leur origine, ils doivent avant de professer à Marseille 
justifier de leurs capacités devant un jury local. 

Il est donc difficile de déterminer si les médecins juifs de Mar- 
seille valaient mieux que leurs confrères chrétiens. Mais, pas 
plus qu'il ne nous paraît possible de conclure à leur infériorité de 
ce qu'ils ne possédaient pas de titres délivrés par une Université, 
il ne nous paraît possible de tirer une indication défavorable 
de ce que nous apprennent deux documents publiés par le 
docteur Barthélémy sur la façon dont ils se préparaient à la car- 
rière médicale. 

L'un de ces documents l est l'engagement passé entre Salvet de 
Bourgneuf et Sara de Saint-Gilles, veuve du médecin Abraham 
de Saint-Gilles, par lequel Salvet promet de rester pendant sept 
mois au service de Sara, qui, de son côté, s'engage à lui enseigner 
« artem medicine et phisice ». L'autre document est un contrat 
passé, le 19 septembre 1443, entre le médecin Vitalis Cohen et 
Ferrier Marnane, Abraham Astruc et Vitalis Amulhet d'une part, 
et le médecin Salomon Gérondin de l'autre, par lequel ce dernier 
s'engage, moyennant certaine somme d'argent, à enseigner son 
art, avec la langue et la loi hébraïques, aux fils des trois premiers 
et au gendre du dernier. La durée du contrat doit être d'une 
année 2 . 

Le docteur Barthélémy conclut de ces deux documents que les 
Juifs mettant une seule année, et quelquefois sept mois seulement, 
pour étudier la médecine, devaient acquérir un « bagage scien- 
tifique.. . bien léger ». Mais il ne nous semble pas possible de con- 
clure ainsi par la raison que ces deux contrats ne disent pas qu'ils 
ne seront pas renouvelés, aux mêmes conditions ou à d'autres si 
cela est jugé bon, quand le temps pour lequel ils ont été faits sera 
écoulé. Ils ne disent pas non plus si les contractants n'ont pas fait 
d'études antérieures auprès d'autres maîtres. L'un des contrac- 
tants est justement fils d'un médecin , de maître Vitalis Cohen : 
n'a-t-il pas fait un premier apprentissage sous la direction de son 
père? Cette réunion de cinq jeunes Israélites se plaçant, par un 
même contrat, à l'école de maître Salomon Gérondin, ne permet • 
elle pas de supposer qu'ils ont été déjà réunis à une autre école j 
peut-être à celle de Vitalis Cohen ? 

Enfin, le docteur Barthélémy voit dans ces documents la preuve 
que « un certain nombre de Juifs marseillais ne se déplaçaient pas 
pour étudier les sciences médicales » ; cette opinion est encore 

1 Voir Barthélémy, loc. cit., p. 13 et 14, et Pièces justificatives, n°I, p. 31. 
4 Voir Barthélémy, loc. cit., Pièces justificatives, n° II, p. 31. 



44 REVUE DES ETUDES JUIVES 

contestable, car rien ne prouve que, une fois qu'ils avaient profité 
des ressources que leur communauté leur offrait à ce point de vue, 
ils ne soient pas allés dans les communautés voisines, dont les 
Ecoles de médecine avaient acquis une juste célébrité, pour y 
compléter leurs études et revenir ensuite exercer leur art dans 
leur ville natale. 

Le docteur Barthélémy veut enfin que les médecins juifs de 
Marseille se soient aussi livrés à des opérations commerciales qui 
leur auraient procuré plus de profits que l'exercice de leur pro- 
fession. Nous ne savons trop sur quoi il fait reposer cette opinion, 
car la note qui accompagne le paragraphe où elle est énoncée, au 
lieu de citer un document, a pour but de réfuter l'opinion de 
M. Bardinet sur l'usure des Juifs. Nos recherches ne nous ont 
mis sur la trace d'aucun document qui puisse nous permettre de 
confirmer cette assertion du docteur Barthélémy. Parmi les 
nombreux actes commerciaux intéressant les Juifs que Blancard 
a publiés, un selil intéresse un médecin juif : c'est un contrat de 
commande passé, le 31 mars 1248, entre Bonnom, fils de Vital de 
Châteauneuf, Bonisacet le médecin Bonet, d'une part et Guillaume 
Albin jeune d'autre part ' . Lors même, d'ailleurs, que des médecins 
juifs auraient consacré les loisirs que leur laissait le soin de leur 
clientèle à des entreprises de commerce, on ne saurait y voir une 
cause de distinction entre eux et leurs confrères chrétiens, ni un 
motif de discrédit à jeter sur eux. 11 y eut, en effet, à Marseille, au 
xv e siècle, un médecin chrétien, Jean Biaise, qui passa sa vie à 
faire du commerce, tout en se consacrant à l'exercice de son art, 
puisqu'il fut médecin du roi Robert, et qu'il acquit une grosse for- 
tune dont il fit don à sa mort à l'Hôpital du Saint-Esprit-. Il est 
vraisemblable, d'ailleurs, que d'autres médecins chrétiens ou juifs 
demandèrent aussi au commerce le moyen d'augmenter leur for- 
tune et qu'il ne faut pas rechercher dans les actes de ce genre 
l'occasion d'établir entre les médecins marseillais juifs et chré- 
tiens une comparaison peu favorable aux Juifs. 

Cependant, les médecins ne devaient former qu'une faible par- 
tie de la population juive de Marseille. Le reste de leurs coreli- 

1 Blancard, Recueil de documents relatifs au commerce de Marseille au moyen âge, 
I, 2 e partie, n»314, p. 392. 

2 Jean Biaise, médecin du roi Robert, « discretus vir magister Johannes Blasii, 
medicus domini nostri reg's Roberti, civis civitatis vice-comitale Massilie », faisait 
le commerce du tan et de l'huile, qu'il achetait à Aiguës-Mortes et ailleurs et qu'il 
vendait à Marseille. Il fit construire un navire, qu'il vendit ensuite. Il prêtait même 
sur gages, et les prêt-; de ce genre qu'il fit sont nombreux. — Voir les deux cahiers 
manuscrits des comptes de ce médecin, dans lesquels on ne trouve que des inven- 
taires et des affaires de commerce. (Note communiquée par M. Mabilly, archiviste de 
la ville.) 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 45 

gionnaires se livraient à d'autres professions, y trouvant peut-être 
cette source de profits qui, d'après Barthélémy, aurait si fortement 
sollicité les médecins. 

Au xm e siècle, un Juif était magister lapidis, c'est-à-dire tail- 
leur de pierres f ; mais c'est le seul exemple de Juifs exerçant un 
métier de ce genre que nous ayons rencontré, et on peut dire que, 
d'une manière générale, la plupart des Juifs de Marseille faisaient 
du commerce. Quelques-uns même se livraient avec succès au 
commerce maritime. Les uns commanditaient des patrons de 
navires, tandis que d'autres, au contraire, faisaient des voyages au 
long cours, recevant de leur côté des commandites de négociants 
marseillais, juifs ou chrétiens. C'est en Sicile, en Espagne et sur les 
côtes d'Afrique, au Maroc et en Algérie, et même en Egypte et en 
Syrie, que les uns et les autres faisaient leurs principales opéra- 
tions, probablement parce qu'ils avaient dans ces pays des coreli- 
gionnaires qui leur servaient de correspondants " 2 . Aucun document 
ne nous montre un Juif de Marseille en relation d'affaires avec 
les pays de la France du Nord ; bien plus aucun Juif n'a l'air 
de participer aux importantes transactions auxquelles donnaient 
lieu les grandes foires qui se tenaient tous les ans dans certaines 
villes françaises. C'est que, sans doute, les Juifs ne trouvaient pas 
dans les provinces du royaume de France les facilités qu'ils ren- 
contraient à Marseille et en Provence, où ils pouvaient compter 
sur la protection des magistrats municipaux ou sur celle du Comte. 
Les rois Capétiens n'étaient pas tolérants en matière religieuse et 
leur législation impitoyable pour les Juifs les écartait nécessaire- 
ment de leurs Etats. Au contraire, les Juifs marseillais pouvaient 
librement embrasser les différentes carrières du commerce mari- 
time : nous relevons, en effet, le nom de l'un d'entre eux, Salvet 
Durand, sur une liste de citoyens marseillais â qui une délibéra- 
tion du Conseil de la ville, du 10 mars 1331, accorde des lettres de 
marque contre les Génois 3 . 

1 Voir Mabilly, Histoire de la ville supérieure de I3!o7 à 1348, en manuscrit. 

2 Ces renseignements nous sont fournis par un certain nombre d'actes de com- 
mandes publiés ou analysés par Blancard dans son Recueil de documents relaltifs au 
commerce de Marseille au moyen âge. Ces actes sont tous du xin» siècle, et ceux qui 
concernent les Juifs ne diffèrent en aucune façon de ceux qui concernent les Chrétiens. 
Ils nous ont permis de dresser une liste des Juifs se livrant au commerce maritime à 
cette époque que nous publions dans nos Pièces justificatives , n° XXXV. 

3 Arch mun. de Marseille. Reg. des délibérations, 1331-1332, f° 44 v°, Délibé- 
ration du 10 mars 1331. Guillaume Bernard demande des lettres de marque ou de 
représailles contre les Génois. Le Conseil les lui accorde « sub eodem modo, forma, 
tractatu et ordinatioue quam aliis Massiliensibus inferius nominatis perdentibus lau- 
dum habentibus contra Januenses per probos homines dicto civitatis ad id deputatos 
faciendis. — Nomina Massiliensium lauda et marcamenta habentium sunt : P. de 
Sepeda, Salvelus Durantijudeus, Bertrandus Atanulphi, P. Artaudi, Hugo Vermelhi. 



46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les Juifs qui exerçaient la profession de courtiers et de vendeurs 
à l'encan étaient également très nombreux. Le courtier était à 
Marseille un personnage de quelque importance à qui les Statuts 
de la ville imposaient des obligations particulièrement étroites. La 
plus connue de ces obligations était le serment que le courtier devait 
prêter tous les ans entre les mains du viguier. Il en était de même de 
l'incantator. Le viguier dressait le procès-verbal de cette presta- 
tion de serment où figuraient avec les noms des courtiers et des 
vendeurs à l'encan les noms des personnes qui leur servaient de 
garants et qui avaient été agréées en cette qualité. Nous avons ces 
procès-verbaux pour les années 1350, 1365 et 1367 et nous y trou- 
vons quantité de noms de Juifs ou de Juives, car les femmes étaient 
également admises à exercer ces deux professions, à condition 
de se conformer aussi aux prescriptions des Statuts ! . 

C'est aussi pour satisfaire aux prescriptions du Conseil que le 
viguier imposa, en octobre 1350, aux marchands drapiers et aux 
tailleurs de Marseille l'obligation de prêter un serment particu- 
lier. Nous possédons aussi le procès-verbal dressé par le viguier 
après la prestation de ce serment. Les drapiers et les tailleurs 
qui l'ont prêté y sont énumérés; quelques Juifs figurent parmi 
eux, principalement parmi les tailleurs 2 . 

Nous ajouterons que les entreprises industrielles n'étaient pas 
indifférentes aux Juifs de Marseille. L'un d'entre eux, Crescas 
Davin, surnommé Sabonerius, est considéré comme ayant intro- 
duit dans cette ville , au xiv e siècle, l'industrie de la savonnerie 
qui devait, dans la suite, si fortement contribuer à sa fortune. 
Après lui, son fils continua l'œuvre paternelle, et peut-être leur 
exemple à tous deux fut-il suivi nar d'autres coreligionnaires 3 . 

Les Juifs participaient donc de toute manière à l'activité et à la 
prospérité d'une ville qui les avait libéralement accueillis. A 
coup sûr, beaucoup des opérations auxquelles ils se livraient 
étaient fructueuses pour eux, et un certain nombre pouvait avoir 
acquis quelque fortune. 

Des registres des notaires, déposés aux Archives municipales 
et que nous avons eus entre les mains, il résulte, en effet, que 
d'assez nombreux Juifs possédaient, à la fin du xin e siècle et au 
commencement du xiv% des immeubles ou des terres dans le 
territoire de Marseille et particulièrement dans le quartier de la 
Juiverie. Certains Juifs étaient même propriétaires de plusieurs 

1 Voir Pièces justificatives, n os III, IV, V. 
* Voir Pièces justificatives, n° VI. 

3 Voir D r L. Barthélémy, La savonnerie marseillaise, son origine et son développe- 
ment pendant les XV* et XVI* siècles (Marseille, 1883), p. 8. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 47 

maisons à la fois, tel Ferrier Marnane, qui, possédant déjà une 
maison dans la Juiverie, en acheta deux autres contiguës qui 
confrontaient à celle dont il était déjà propriétaire ' . Abraham Ca- 
pelle possédait également, en 1304, deux maisons dans la Juiverie 
de la ville inférieure*. De même, nous avons vu précédemment 
que quelques Juifs avaient acquis, vers la même époque, des 
biens fonds dans d'autres parties de la ville. 

Cela dénotait donc l'existence, dans la communauté juive de 
Marseille, de quelques fortunes particulières assez grosses. 
Avaient-elles été toutes acquises suivant des procédés réguliers, 
et quelques-unes, sinon la totalité, n'avaient -elles pas eu, au 
contraire, une origine illicite ou frauduleuse? L'opinion publique, 
peu favorable aux Juifs à partir du xv e siècle, paraît l'avoir 
supposé, et son sentiment s'est perpétué jusqu'à nos jours, 
puisque nous en avons retrouvé la trace dans l'étude du docteur 
Barthélémy sur les médecins de Marseille. 

Les documents que nous avons entre les mains nous per- 
mettent-ils de confirmer ou de contester ces conclusions ? C'est 
ce que nous nous proposons d'examiner maintenant. 

Ad. Crémieux. 
(A suivre.) 

1 Arch. mua. de Marseille, Registre du notaire Guillaume Farand, 8 Ides de 
mai 1304. 

* Arch. mun. de Marseille, Registre du notaire Augier Aycard, acte du 22 nc~ 
vembreM304. 



LE POÈTE JUIF EZÉCHIEL 1 



Eusèbe (Prœp. evang., liv. IX) nous a conservé d'après le wepl 
'Iouoa-'wv d'Alexandre Polyhistor un petit nombre de fragments 

— courts pour la plupart et sans grande valeur — d'ouvrages 
écrits en grec .par des Juifs. Les fragments d'historiens, Démé- 
trius, Malchus, Artapan, Hécatée, non seulement fourmillent 
d'impostures — plusieurs même portent un faux nom d'auteur, 

— mais encore ont été tellement abrégés par Polyhistor qu'il ne 
nous est plus possible aujourd'hui de porter un jugement quel- 
conque sur leur style et leur valeur littéraire — si l'on peut vrai- 
ment parler ici de valeur littéraire. Freudenthal, dans ses Hel- 
lenislische Studien, a disserté avec beaucoup de science sur les 
écrits, le mérite et le plan des historiens juifs, et il a traité ce 
sujet , d'apparence misérable , avec une exactitude et un zèle 
si grands qu'il n'a presque rien laissé à faire après lui. Mais 
l'objet des recherches de Freudenthal ne l'invitait pas à étu- 
dier avec le même soin les fragments des poètes. Pourtant, ils 
sont bien dignes de retenir notre attention. Mais nous ne devons 
pas nous flatter, en les lisant, de retrouver dans leurs imitations 
l'empreinte brillante de l'art qui fut un jour le plus considé- 
rable de la Grèce. Celui qui aborderait leur étude avec cette 
préoccupation jetterait bien vite son livre de côté, à mon senti- 
ment. Il y a eu certainement, et pendant longtemps, en Asie, des 
poètes qui ont su si bien allier aux dons de leur génie propre 
l'élégance innée de l'art grec qu'il en est sorti un genre nouveau, 
résultant du mélange du tempérament et du caractère de l'une et 
de l'autre races. Les vers de Méléagre de Gadara, agréables, 
bien que souvent licencieux, plaisent à la façon d'un vin rare et 
exquis qu'on boit les jours de fête. Les chants de la Sibylle sont 

1 Mnemosyne, nova séries, vol. XXVI11, p. 237-280, traduit avec l'autorisation de 
l'auteur. 



LE POÈTE JUIF EZECIIIEL 49 

brûlants d'éloquence, mais l'esprit qui les anime est étranger à 
la Grèce. Il ne faut pas s'attendre à rencontrer rien de pareil 
chez Philon, le poète épique, ni chez Ezéchiel, le tragique. Ils 
sont plats, ou, ce qui est encore plus insupportable, ils essaient 
de cacher sous l'emphase de leur style le vide de leur inspiration. 
Ils valent cependant la peine qu'on examine de près leur art à 
tous les deux. Cette étude nous apprendra à quel point exact les 
lettres grecques étaient cultivées chez les peuples vaincus, et, 
particulièrement, combien à l'époque antérieure à Josèphe et à 
Philon d'Alexandrie les Juifs aimaient à lire, à commenter et à 
imiter les poètes grecs. 

Il n'est pas nécessaire que je m'étende longuement sur l'état 
de mutilation et de corruption des extraits tirés d'Alexandre qui 
nous sont conservés dans les mss. d'Eusèbe 1 . Pour cette partie de 
la Préparation le ms. d'Àrethseus (Parisinus A) nous fait défaut, 
puisqu'il ne contient que les cinq premiers livres. Bien qu'il 
soit rempli de fautes de tout genre (passages corrompus, lacunes, 
erreurs provenant de l'iotacisme, etc.), ce ms. est bien préfé- 
rable cependant au fatras de manuscrits d'où dépend le texte des 
livres suivants. Il suffit de parcourir, même rapidement, l'édition 
de Gaisford pour constater que les copistes d'Eusèbe ont commis 
toute sorte d'erreurs (omissions, répétitions, corrections non fon- 
dées) ; quant au Marcianus I, s'il est vraiment, comme Heikel s'est 
efforcé de le démontrer, notre seul guide sûr à partir du commen- 
cement du livre VI, il ne semble pourtant digne de foi qu'en ce 
qu'il reproduit avec plus d'exactitude que tous les au très les fautes 
innombrables de l'archétype. Ce serait donc, à mon avis, une 
injustice de croire que les poètes juifs ont parlé aussi mal et 
d'une façon aussi barbare que les livres d'Eusèbe les font parler. 
Il faut un peu d'audace à un éditeur des fragments d'Ezéchiel, 
et il est bon d'user de remèdes plus énergiques que ceux qu'ont 
cru devoir employer Gaisford et Dindorf dans leur édition d'Eu- 
sèbe, ou Dubner dans l'édition Didot du drame d'Ezéchiel (à la 
suite des fragments d'Euripide). 

A l'appui de ma thèse je ne saurais apporter d'argument plus 
décisif qu'un exemple emprunté à Eusèbe lui-même, dont l'ou- 
vrage contient des fragments de trois poètes juifs, tous extraits 
du 7rspt 'Iouoauov d'Alexandre. 

Voici un fragment de Philon, le poète épique (Prœp. evang., 
IX, p. 421 c): 

1 J. A. Heikel a soigneusement traité la question des mss. d'Eusèbe dans son livre 
De Prœparationis evangelicœ Eusebii edendœ ra^îowe/llelsingf'ors, 1888. 

T. XLVI, n° 91. . 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ExXuov ap^syôvotat ib (xuptov wç 7tote bev^oïç 
'AêpàafJL xXuTOTj^sç u7repT£pov a[i.jxaxi Seafxwv 
7caf/.cpaÈç 7rX^[ji[/.upe [XEyau^TjTOUJi Aoyi^cuç 
6eto^iX^ ÔÉXyïjTpa. 

Est-ce assez inintelligible? Vraiment, on peut s'attendre à tout 
dans des manuscrits qui renferment des textes si complètement 
dépourvus de sens. 

Heureusement tous les vers de Philon ne nous sont pas parve- 
nus en aussi mauvais état — ceux que cite ensuite Alexandre, pour 
n'être pas bien clairs, n'en sont pas moins à peu près intelligibles 
— et, en outre, le fragment du poème de Théodote sur la ville de 
Sichem n'est pas absolument obscur. Arthur Ludwich a donné 
récemment une édition critique de ce morceau dans un pro- 
gramme de Kœnigsberg. Ce savant, qui n'est point suspect de 
mépriser plus qu'il ne convient l'autorité des mss.,a pensé qu'il 
fallait s'écarter souvent de la leçon reçue, et il me semble que, 
grâce à son flair particulier, il a restitué avec plein succès la vé- 
ritable leçon de bien des vers de Théodote. Pourtant il y a des 
points sur lesquels je me sépare de lui, comme, par exemple, 
dans le passage suivant : le poète, après avoir décrit le site de la 
ville de Sichem en des termes empruntés à Homère, dit : uaxEpôv 
<p7j<jiv — c'est Alexandre qui parle — ocùttjv bizb 'Eêpouwv xaxa<7/£- 
6^vat 8uvacT£uovToç 'E^jAcop' tov yàp 'E[i.p.wp ulbv YEWTjaai Su/é(x* 
^Tjffï 8è* 

'EvÔevSe £ev£ 7cot|X£vd6t tcoXiv ïjXuô 'Iaxwê 
eûpeïav Sixijjudv £7Ù 8' avSpàci toÎciv tTTjenv 
àp^bç 'Efxwp aùv 7rai8ï Su^èjjl, (/.àX' otT£ip££ cpwx£. 

Il est évident que le premier vers est corrompu. 

La conjecture de Ludwich, judicieuse autant que fine, a, au pre- 
mier abord, une grande apparence de raison; Ludwich se con- 
tente, en effet, de changer la division des mots et lit : 

£VÔ£V 8' £^£V£7lOt[X£V Ô'ÔSV 7rbXtV 7]Xuô' 'ioCXtoê 

et il ajoute en note : « IvGévSe £év£ 7ioi(X£v60t, telle est la leçon vul- 
gaire, l'adverbe iroijxévoôi inadmissible suffirait à lui seul à faire 
condamner cette leçon (7coi[xv7i6sv, conjecture de Vigier, 7tot{/.£vdÔ£v 
de Heinichen) ; à cela s'ajoutent la faute de métrique, le vocatif 
£év£ plus qu'étrange à cette place et le premier adverbe 
ÉvÔ£vo£, très difficile à construire avec le second. Toutes ces diffi- 
cultés sont écartées par ma correction bien simple. » — Soit, mais 
cette « conjecture très simple » ne va pas sans soulever de nou- 



LE POETE JUIF EZECHIEL 51 

velles difficultés. Tout d'abord, le premier vers : « Maintenant 
donc disons d'où venait Jacob quand il arriva à la ville des 
Sichémites » se rattache mal, semble-t-il, aux vers suivants : 
« Alors régnaient, entourés de leurs parents, Emor et son fils. » 
Mais, ce qui est plus grave, ces paroles sont en contradiction 
avec le commentaire qui les précède, car Alexandre dit expres- 
sément : « Le poète affirme que cette même ville a été dans la 
suite occupée parles Hébreux, à l'époque où Emor régnait, et que 
Sichem était son fils; au reste, voici ce qu'il dit... », et il cite 
les vers qui font l'objet de cette discussion, vers qui ne disent 
pas d'où venait Jacob (ô'ôev ttoXiv tJXOe), mais simplement qu'il 
arriva et qu'ensuite — ce dont Alexandre ne parle pas — il 
occupa la ville. Alors seulement le poète raconte les voyages an- 
térieurs de Jacob et nomme le pays d'où il vient : « ehcc -rrepï 

'Iaxwê xaî ttjv eîç MsaoTiOTafJuav aùxou Trapou<7i'av ». Puisqu'il en est 

ainsi, il faut lire d'après une conjecture qui m'est venue au- 
trefois à l'esprit : 

evÔevSe Êjùv 7coi[j(.vi6<piv ttoXiv 7JAuO' 'Iaxwô 
supsîav Scxtjxwv. 

Il va de soi que Jacob n'emmena pas seulement avec lui quand 
il retourna dans son pays natal, ses richesses et ses femmes, mais 
encore ses troupeaux, et il importait de le dire ici, puisque Ixttq- 

«TÛCTO TYjV (/.Epi 8 OC TOU CtypOU OU £(7T7J(7£V EX Et TïjV (7X'^V7]V OCÙxOU 7TGCpà E[X[J.03p 

-rcaTpoç Su/e[jl Éxarbv ocjjlvwv (Genèse, XXXIII, 19). 

Il est inutile d'insister davantage sur le poème de Théodote. 
Mon intention est d'étudier en détail le drame d'Ezéchiel ; car, 
parmi les fragments un peu étendus qu'on en possède, il y en a 
qui sont de nature à éclairer en une certaine manière l'histoire 
assez obscure par elle-même de l'hellénisme juif. Mais comme 
il est intéressant de chercher à déterminer au moyen de la 
langue, du style de l'auteur et de l'économie de son drame, sa 
contrée d'origine et l'époque où il vivait, il m'a paru commode 
de reproduire ici tout ce qui reste de lui, de façon à ne pas ren- 
voyer à chaque instant à Eusèbe. Je tenterai de rétablir les pas- 
sages corrompus, je donnerai en note les raisons qui justifient 
mes corrections, et je ferai toutes les citations qui sont de nature 
à éclairer le texte d'Ezéchiel, ou à faire connaître les modèles que 
le poète a suivis. 

Il introduit d'abord Moïse qui parle ainsi (Eusèbe, Prœp. ev., 
IX, 28, p. 437) : 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Acp ' où 8' 'Ioouoê yrjv )t7uov Xavavatav 
xaxrjX6' £/a)v At'yu7ixov £7rxàxtç osxa 
t]/u^à; crùv aUT(S, xà7r£y£VVY]ff£V -jroXùv 
Xabv xaxwç TrpaTaovxa xat X£OXt[jt.|X£vov, 
5 êaa^pt xouxwv tcov ypovtov xaxou([i.eOa) 
xaxwv G-jr' àvBpwv xat Buvaoretaç J^P^* 
tSwv yàp 7)(/,Sv yÉvvav aXtç Y}UÇT)|X£VT|V. 
BoXov xa6' tjjjuov 7coXùv i^yav/jc-axo 
(3a<7i)v£tjç <ï>apaw, xoùç jxsv èv 7rXtvGcU|j.aGriv 
10 oixo8o[/.taç x£ p7.p£(7tv àtxt'Çojv ppoxoùç 

"TToXeiÇ X£ (TTUpycov) <7CpO)V ÊXOCTl 00(7|x6pOJV, 

[àXXouç 0£ xpùycov Tcoxajjuotç £V yojjj.as'.v]. 
£7i£txa XTqpuarff£t jj.lv 'Eêpauov ysvet 
xàp<7£vixà pi7ix£iv Troxajxbv eiç (3aÔuppoov 
Ivxauôa (J-Vjxrjp 7] x£xou(j' £xpu7ix£ [xe 
15 xp£Ïç [xfjvaç coç £cpadX£v* où XaÔouaa Bl 

U7T£^£6yiX£, XOCJJLOV 0C[JLCp 1 sTcOC JJUOt 

(TroxafjLO'u 7iap' àxx7)v) Xào-tov, eiç l'Xoç Bacù' 
Maptàjx S' àSsXcprj (xou xaxojTtxsusv TiÉXaç. 
xa7T£ixa OuyàxTjp ^adtXéojç àêpatç ôfxou 
20 xaxY|X6s Xouxpotç ypcoxa cpatBpiïvat vÉov. 
cBouca o' £Ù8ùç xat XaSoUa' àvsi'XeTO, 
eyva) 8' 'Eêpatov ovxa' xat XÉy&t xào£ 



I. yyjv )>t7twv Kavavatav. On sent a quel point ce début rappelle l'allure et le style 
des prologues d'Euripide. Comp. les Troyennes, Electre, ffécube, le commencement 
à^Oenomaûs (fr. 558 N.) ou celui de Phrixos (fr. 819). Les vers d'Ezéchiel ne res- 
semblent complètement à aucun de ces prologues en particulier, mais ils sont du 
même ton qu'eux tous. — La diphtongue av dans Kavavatav est brève ; Ezéchiel 
suit en cela l'exemple des tragiques eux-mêmes. 

2-3. euTaxiç ôéxa tyvyjxs — ^X^ a déjà ce sens dans l'Ancien Testament. Cf. 
Exode, i, 1, if.aav Se -narrât ty\jya.ï ï\ 'Iaxwê Tce'vxs xai éê3ou.Y)xovTa. Ezéchiel est 
d'accord avec le texte hébreu en comptant soixante-dix âmes seulement. 

5. Touxtov râv /povcov. C'est à tort, qu'après Gaisford, les éditeurs ont adopté la 
leçon toutov tov ypovov (Cod. Paris, C), qui n'est qu'une correction. Les poètes de 
cette époque atlèctionnent des locutions de ce genre (ê^éxi, siffén) ; et quand ils em- 
ploient le composé io êcâxpi, ils mettent au génitif le substantif qui dépend de à/pt; 
cf. Apollonius, Arg., I, 604, eaàxpt MvpCvYjç ; Léonidas de Tarente, Anth. Plan., 
307.3, èaàxpi yuttov; quand à/pt joue le rôle d'un adverbe, les poètes le mettent de 
préférence après le substantif; cf. Callimaque, 111, 11, le, yovv uixpt; VI, 130, 7TOTI 
ràv 6eôv àypt;. 

5. xaxou(xs0a (Dûbner). Mss. xaxouu.svov. 

6. Suvaffteiaç. Dûbner, sans raison, lit £vva<7Tsia. Des périphrases telles que ouvaa- 
reîa; X e 'P» ^ e même sens que yt\o ouviatou, pour 8uvàary]Ç, so'it très fréquentes dans 
l'Écriiure Sainte et se rencontrent même chez les anciens écrivains grecs; cf. Eschyle, 
Suppl., 604 : ôviu.ou xpatovcja X £ ^P-. 

II. Je lis 7iupytov (mss. 7rvpyou;) et j'ajoute de mon propre fonds un vers, après le 
vers 11, mais pour marquer seulement la lacune qu'il me paraît bien y avoir dans le 
texte. L'apodose de la phrase manque en elïet, puisque rien ne correspond au v. 9 



LE POÈTE JUIF EZECH1EL 53 



TRADUCTIONS 

(C'est Moïse qui parle.) 

« Depuis que Jacob, quittant la terre de Chanaan, descendit en 
Egypte, emmenant avec lui soixante-dix âmes, et qu'ensuite il en- 
gendra un peuple nombreux, malheureux et opprimé, jusqu'au 
temps présent, nous n'avons cessé d'être malmenés par des hommes 
mauvais et le bras de la tyrannie. Voyant notre race accrue démesu- 
rément, le roi Pharaon trame contre nous un cruel artifice. Les uns, 
il les épuise à préparer des briques, les accable sous le poids des 
constructions, entoure des villes de tours pour tourmenter ces mal- 
heureux; (d'autres il les harasse à dresser des digues le long des 
canaux). Ensuite il ordonne, par la voix du héraut, à la race des 
Hébreux de noyer leurs enfants mâles dans le fleuve profond. Alors 
la mère qui m'a enfanté me cacha trois mois durant, me dit-elle; 
puis, ne pouvant dissimuler davantage, elle nTexposa, après m'avoir 
paré, près de la rive herbeuse du fleuve, dans un épais marais. 
Ma sœur Mariam guettait tout auprès. Or, la fille du roi des- 
cendit au même endroit avec ses servantes pour laver son jeune 
corps dans un bain; elle me vit aussitôt, et m'ayant pris, elle 
m'éleva en l'air et reconnut que j'étais un Hébreu; et ma sœur 
Mariam, ayant couru vers la princesse, lui parle ainsi : « Veux-tu 

xoùç uiv. La leçon des éditions courantes 7co>.etç xe £7tupyou (mss. icoXei; xe 7rupyo\j;, 
ce qui ne vaut pas mieux que le izôlzai xe 7tupyouç de Clément) ne peut pas répondre 
au v. 9, puisque les briquetiers dont il est question v. 9 sont les mêmes que les ou- 
vriers du v. 10. Que, du reste, Pharaon n'ait pas occupé les Hébreux seulement 
à fabriquer des briques et à construire des villes, c'est ce que nous savons par 
Exode, i, 14 xai xaxooSuva>v aùxôov xr,v Çoùyjv èv xoïç epyoïç xoù; <7xX?]potç, xû Tir\\(h 
xai Tïjj 7rXiv6eîa (cf. v. 11) xai rcàcat xoïç ëpyoïc xoïç èv xoïç TreSiotç. Josèphe, II, 9, 1, 
nous explique la nature de ces travaux : xov xe yàp 7toxau.ôv eîç oiwpu/aç TroÀXàç 
aùxocç Trpotféxdjav ôiaxeu-elv. 

13 et suiv. 11 est inutile de citer le livre de l'Exode toutes les fois qu'Ezéchiel se 
sert des termes mêmes de l'Écriture Sainte, ce qu'il fait autant que possible. Il est à 
remarquer que, tout en suivant FExode, — n'en retranchant que ce que les règles de 
l'art dramatique l'obligent de supprimer — il évite soigneusement de commettre des 
fautes graves contre le gf"ec. 11 rejette l'hébraïsme de l'Exode, ttôcv dcpcrsv ô eàv xe^O^, 
(Exode, i, 22) et écrit ëxpu7rxe(v. 14) quand Fauteur de l'Exode dit eo-xeTraaav (est-ce 
par hasard qu'Ezéchiel a conservé le singulier du texte hébreu ?) ; en même temps, le 
souvenir de la langue tragique est manifeste dans ces mots : pïiQTYip y] xexoùja, ttoxoc- 
(jlov eîç (3a8uppov, etc. . . 

17. Les mss. corrompus en cet endroit portent : uap' àxpa 7roxau.ou, var. xoO 
7COX'Xu.où. Je pense que le vers a élé écrit primitivement comme je le donne, qu'en- 
suite un copiste par négligence a écrit uap' àxxrjv 7roxap.où , ce que les copistes d'Eu- 
sèbe ont, pour rétablir le mètre, audacieusement changé en Ttap' àxpa. 

20. Le souvenir des poètes grecs poursuit notre auteur, alors même qu'il décrit une 
scène de l'Exode; cf. Hésiode, 7'rav., 753, ;j,Y]ô*è yuvaixsup Xouxpw ypôa ^aiopûvea-ôai; 
Callimaque, I, 32; de même il rend, pour ainsi dire sans y penser, le xaxeaxoTreuev 
7] àôeXcp?) aOxoù ^axpoôev par « xaxomxeuev rcéXaç » (v. 18) ; cette expression sent, 
en effet, le style tragique et rappelle par le rythme des passages tels que Sophocle, 
Ajaw, 824, xaxo7txev6eiç uàpoç, ou Philoctète, 124, xaxoTtxeuOcô 7iapu)v. 



54 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Maptàpi àSeXcpT) 7rpo(78pa|xou(7aJ3a(7tXt8r 
« ÔÉXstç Tpoœbv aoi 7tat8î tcoS' supw Ta^ù 

25 £X TÏOV *EPpai03V » ; 7] 8' £7l£(7T:£U(7£V XOpY)V. 

(xoXou<ja 8' sItte [XYjxp't, xat Tcapriv Tav^ù 
aux?] T£ (xtjttjp xat eXaêév [x' eç àyxàXaç. 
eIttev 8s 6uyàx7]p ^aatXÉooç' « toutov, yuvat, 
Tp6a>£U£, xàyw puc6bv ocTroScoaco csÔev ». 
30 ô'vofxa 8s Mioa-^v (ôvo^aÇ' [ô']tou vaptv 
uypaç [(/.'] àvsTXs 7roTa[j.taç Itt' tjovoç. 

Toutoiç [X£Ô' sTspa ETrtXÉyst xat 7rspt xouroiv 6 'EÇ£xt7^Xoç ev tyj Tpayco- 
8ta, tov Mojucyjv 7rapsi(jày(ov Xsyovra" 

'E-TTSt 8s XatpOÇ V7]7rtO.)V 7iapY|X0£ jxot, 

Yjyév [xs [X7]T7]p (3a(7iXtooç$7rpbç ooSjxaTa, 
onravTa p.u£>£uca(7a xat Xs^acà [jt.ot 
35 yÉvoç Traxpajov xat ®£oiï 8top7][xaTa. 

£(i)Ç (JLSV OUV TOV TratOOÇ St^O(X£V j(povov, 

TpocpaTat pacrtXtxaT(7t xat 'TratSsupuxatv 
a7ravô' uiziayeW toç aTcb (77rXàyyvoav swv. 

6TCSÎ 8È 7rX7]p7]Ç XoX7TOÇ 7){l.SptOV TTapT^V, 

40 s^Xôov ot'xoov ^aatXtxwv — 7:pbç spya yàp 

6u[xbç jjt.' àvcoys xat Ts^vaajjia [iaatXsojç — 

bpw 8s 7rpwTov avSpaç sv ;/£tp<j5v vbp-co, 

tov jx£v [to] ysvoç 'Eêpaïov, tov 8' Atyu7rrtov. 

ISojv 8' sprjjxouç xat TrapbvTa pv/}8sva 
45 lppuffà[XTfjv à8sX<pbv, ov 8' sxTstv' syoS. 

exposa 8' à[xp,co toutov, wœts [ay] sctSsïv 

STspov Ttv' 7j[/.aç xat a7toyufjt.vw(7at tpovov. 

tv; s7rauptov 8s rcàXtv î8wv àv8paç 8uo, 

25. îi 8' sTreCTTceuffEv xopviv. De mauvais mss. portent f\ 8' ÈTréveuasv xopyj, ce qui est 
contraire au mètre et en désaccord avec le texte sacré, vers. 8 : r) 8' eïuev ^ Ouyarrip 
«Êocpaw « rcopeuou ». 

26. toc^u. On sait que, chez Euripide principalement, le vers, à défaut du terme 
propre, se termine souvent par xayù, a>ç Tay^oç, Tayoç; Ezéchiel a volontiers recours 
à cet artiBce. Cf. vs. 24, 29, 55, 119, 121, 150. 

27. xat èXa6év p.' èç àyxàXaç. Encore un substantif fréquent chez Euripide. Cf. Aie., 
190, ),ap.êàvoucr' èç àyxaXà;. Ezéchiel imite le procédé très connu du même poète, 
quand il termine le v. 29 par créôev ; pourtant, c'est s'écarter des lois de la langue 
grecque que d'employer le génitif à la place du datif; peut-être, cependant, le génitif 
creôev dépendait-il dans sa pensée du substantif u,kj6ôv. 

30. Je lis otou au lieu de tgu ; les écrivains postérieurs disent assez souvent otou 
X<xpiv au lieu de 66ouvexa. 

31. J'intercale le pronom ps, absolument nécessaire ; peut-être se cache-t-il dans 
le àvsEUv (= àvètXe (xe) des mss. 

32. On pourrait penser que les mots toutoiç — Xeyovxa qui précèdent le v. 32 sont 
de trop, puisque rien ne manque entre 31 et 32, et c'est, à ce qu'il semble, l'avis du 
copiste de Paris. B, car il ne les a pas reproduits. Mais l'autorité de ce ms. est très 



LE POETE JUIF EZECH1EL 55 

que je te trouve bien vite une nourrice pour cet enfant parmi les 
Hébreux? » La princesse presse la jeune fille d'y pourvoir; elle vint 
le dire à ma mère, et ma mère elle-même fut là dans un moment et 
me prit dans ses bras. Et la fille du roi lui dit : « Femme, nourris 
cet enfant, et je te donnerai un salaire. » Et elle me nomma du nom 
de Moïse parce qu'elle m'avait retiré du bord bumide du fleuve. » 

« Quand le temps de ma première enfance fut terminé, ma 
mère me conduisit dans la demeure de la princesse, après m'avoir 
tout raconté et m'avoir dit la race de mon père et les bienfaits de 
Dieu. Tant que dura mon jeune âge, nourri et élevé comme un 
prince, la princesse me promettait tout comme si j'étais sorti de ses 
entrailles. Lorsque le sein des jours fut rempli, je sortis de la 
demeure royale — car mon cœur et l'artifice du roi me poussaient à 
agir — et je trouve d'abord des hommes aux prises, l'un de race 
hébraïque, l'autre Égyptien. Les voyant seuls et sans nul témoin, 
je délivrai mon frère, et l'autre, je le tuai; et je le cachai dans le 
sable pour que personne d'autre ne nous vît et ne découvrît le 
meurtre. Le lendemain, ayant encore vu deux hommes, tous deux 

faible; on y constate de nombreuses lacunes t provenant du parti pris du copiste de 
supprimer tout ce qui n'est pas de première nécessité » (Heikel, l. cit., p. 17). D'un 
autre côté, plusieurs faits montrent que le poète a ajouté ici quelque chose. C'est à 
dessein, en effet, qu'il renverse l'ordre des événements : ainsi, il imagine que Moïse 
reçut son nom de la fille du roi, dès qu'il eut été recueilli par elle, alors que l'auteur 
de l'Exode raconte que ce fut, lorsque àSpuvôsvToç toO tcouSi'ou èiariya^zv ccùto (i\ [xr|- 
TY]p) Trpàç ty]v ôuyaxepa <ï>apaa) ; ensuite, après le v. 31, il ajoute quelques détails, 
bien a leur place dans une tragédie, sur la tendre sollicitude de la mère de Moïse 
pour son fils; or l'Exode dit simplement, v. 9 : eXa^sv Ss yj yuvr) io uaiStov xai è6yjXa- 
Çev aùxo. Pour ce qui est de la langue, le poète a tort d'employer xaipoç dans le sens 
de XP 0V °Ç ou &P a > à l'exemple des écrivains postérieurs. C'est par analogie avec l'ex- 
pression très correcte T7)v yjXixiav eyeiv tyjv âpxi è£ noaScov qu'il se sert du pluriel vrjTritov. 
36. ëtoç [xèv ouv, et, v. 39, èizsl 8s. Cette façon d'indiquer les intervalles de temps 
est très fréquente chez Euripide, voir, par exemple, ITeL, 60. L'emploi qui est fait 
ici de ex£iv rappelle, de même, Euripide, Ion, 1373, fieXàOpotç dypv oixéty)v (3£ov. 

38. Diibner, s'appuyant sur Hom., K., 39, a cru pouvoir défendre l'emploi assez 
étrange qui est fait ici de vTcier^veïaôai. 11 faudrait tout corriger pour améliorer ce 
vers, qui est totalement dépourvu d'élégance* et qui renferme presque un solécisme. 

39. Le désaccord des manuscrits semble indiquer que x6>7roç est corrompu (B. C. F. 
xôXxoç). Nous savons ce que veut dire xatpô; Tr£7rXr)pa)Tat ; mais 7tX?ipY]ç voX-rco; 
yjfxepwv ne signifie rien. Peut-être faut-il lire xuxXoc? On pourrait alors songer à une 
imitation d'Euripide (Or., 1645, evtauToO xùxXov ; Hel., 112, xau,7iiu.ouç ètùW xvxXovç.) 
Le rythme des mots èuel 8è TtXrjpyjç rappelle Euripide, Or., 884, èniX Se TrXrjpyiç èye- 
vei' 'Apyeiwv o/Xoç. 

42. iv x £t pûv v6[xw. Le Juif helléniste s'écarte une fois de plus de l'usage. Héro- 
dote, Polybe, d'autres encore ont dit: xeipwv v6u.to xpvjaôou, èv xeipwv v6[A(o [j.£TaXXà^at, 
mais ôpâv àvSpaç èv x^P^v v6|xa) est nouveau. 

43. J'intercale l'article pour restituer le mètre. (Dindorf, yeyw6' 'Eêpaïov.) 

45. 6; 8è ne peut avoir, même chez les écrivains postérieurs, le sens démonstratif 
que s'il est précédé soit de ôç \iev, soit de ô ëtepoç ; ici, cependant, ôç Se paraît être 
un pronom démonstratif, et il ne faut pas mettre de point; le Se qui vient après 
ëxpu-^a ne permet pas. en effet, de prendre oç pour un relatif. 

47. Si on lit r\[ià.ç, on aboutit à ce sens absurde : « J'ai caché le cadavre, de peur 
qu'on ne nous aperçût ». Je pense que le poète a écrit y)u.à>v, « un autre que nom ». 



56 REVUE DES ETUDES JUIVES 

{xaXt(7Ta 8' aùxoùç ffuyyÊve'tç, xaxouu.£vouç 

50 Xéyw" « Tt TU7CT£'.Ç àffGcV£(7TcCOV cteÔêv » ; 

ô 8' ei7C£V « yj txTv xiç c' aTrÉ^TetXsv xptTTjv 
7] eTucffTaTTjV evTauOa ; f/.ï) xtevsTç au u*£ 
(0<T7C£p tov £//J£ç àvopa )> ; xat B.etcraç àyà) 
IXeça' « ttwç lyévsTO <7uu*a<aÈç tooe » ; 
55 xal Tràvxa paatAsT Taux' (à7rr,yy£XT|) tcc/u. 
Çtjtei os <ï>apa« ttjv ifXTjv ^uvï)V XaêeTv. 
iya) S' axouaaç éx7ioo(ov [XEÔiarajJiai, 
xal vïïv 7iXavwjj.at yvjv ett' àXXoT£pu,ova. 
Etta Tcspl twv tou 'PayouYjX Ouyarsoojv outcoç £7rtêàXXef 

Opw oà rauraç &7crà 7uap0£vouç Ttvàç. 
'EpcoTTJaavTo'ç T£ aÙTou ti'vêç £rr i aav al TrapOcvai «pTjcriv 7] S£7ra>o6pa - 
60 AtêuYj [xàv 7] yrj 7ra<ya xX/^erat, Ç£V£, 
o'txou<7t o' auTYjV (puXa TravTOuov y£vwv, 

Atôt07T£Ç àvBp£Ç |J.£XaV£Ç" ap/COV S' £<7Tl yY[Ç 

slÇ xat Tupavvoç xal CTpaTY)XàT7)ç jjiovoç. 
ap^ei 8è 7rdX£wç r/jcSe xal xptv£t [Bporoùç 
65 tepeùç, oç e<tt' êjjlou te xat toutojv 7caT7)p. 

ElTa 7T£pi TOU TTOTtCJXOU TCOV 6p£U.[X(XT(OV 8'.£X8(OV 7T£pt TOU TT,Ç E£7T<p(Opaç 

e7ttêàXX£i yau-ou, ot' àfxotêatiov 7rap£to-<xyojv tov te Xoiïfx xal t^v S£7icpc6pav 
XÉyovxaç" 

X. f '0{X(OÇ XaT£t7C£ÏV ^pV] <7£ S£7l(pOjpa Ta8E. 
S. £éVo TraTTjp (Jl£ Tq>8' 'ÉSoJXEV EUVETtV. 

Suit un extrait du livre de Démétrius sur les Juifs, où est ex- 
pliqué le lien de parenté qui unissait Raguel à Abraham ; puis 
Alexandre continue en ces termes : 

AÉy£t 8à 7T£pl Tourtov xal 'EÇexc^Xoç Iv tyj 'E^ayojyYj, 7rpO(77rap£'.XTjCpojç 

TOV OVEtpOV TOV U7TO MoJUCT£0)Ç |XÈv £(OpaU£VOV UTTO 8È 7t£v6£pOU 8taX£Xpt[J.£VOV . 

Xéyet oÈ auTOç 6 Mtouc-^ç ot' àaotêatwv Ttpoç tov 7T£v6£pov outw ttcoç' 
("E8o£') opouç xaT' àxpa (Stvatou) Ôpôvov 
[xÉyav Ttv' £tvat u-£/p'.ç oùpavoiï titu^oç,' 

49. xaxouuivouç. Dindorflit Tvaxou^évouç, ce qui ne me semble pas beaucoup meil- 
leur, xaxoùoôat, chez uotre poète, pourrait s'entendre de ceux qui Sta7rXy]XTtÇ6u.£voi 
èxàxouv àXXyjXouç. Du reste, le talent d'Ezéchiel est peu heureux dans ces vers-ci. Je 
laisse de côté à7toyuu.vô5oat, que les écrivains anciens auraient difficilement employé 
métaphoriquement; je n'insiste pas non plus sur t^ èuaùptov (grec tî) aùpiov) ; mais le 
|jux),i<TTa du v. 49 trahit le demi-barbare. Ce mot chez notre auteur répond a peu près 
à « et ceci aussi » xai toùto ; c'est ainsi qu'il écrit an v. 71, avec moins de bonheur 
encore : « cuoovOu.tp u-dXiaxa >, et il n'est pas beaucoup plus heureux quand il rend, 
au v. 50, les paroles de l'Exode « XÉytû tû àôixoùvTi - Già Tt TUTiretç tov 7r),y]oiov » 
par Tt TÛ7tT£iç àoOevéoTepov oéôev. 

52. p.?) xTsvetç ou \j.e. Exode, v, 14, \j.r, àveleiv jj.s où ÔeXeiç, nous empêche d*écrire 

|XY) XTcVSÏÇ gjxé. 



LE POETE JUIF EZEGH1EL 57 

cette fois de notre race, qui se maltraitaient, je dis : « Pourquoi 
frappes-tu un plus faible que toi? » Il me répondit : « Qui t'a envoyé 
vers nous pour nous juger ou nous surveiller ici? vas-tu me tuer 
comme l'homme d'hier? » J'eus peur et je dis : « Gomment la chose 
a-t-elle été découverte? » Le tout fut bientôt rapporté au roi, et Pha- 
raon chercha à m'eulever la vie ; moi, l'ayant appris, je m'enfuis au 
loin, et maintenant j'erre sur une terre étrangère. 

[Arrivent les filles de Raguel.) « Mais voici que je vois s'avancer 
sept jeunes filles. » (Il les interroge; Sepphora répond :) « Toute cette 
terre, étranger, s'appelle la Libye; des tribus de races diverses l'ha- 
bitent, Éthiopiens à la peau noire; un seul commande tout le pays, 
un seul est roi et chef de l'armée. Celui qui gouverne cette ville 
et y juge les hommes est un prêtre; il est mon père et celui de ces 
jeunes filles. » 

(// est question ensuite de l'abreuvoir, du mariage de Sepphora. Dia- 
logue entre Choum et Sepphora): 

a Choum : Il faut pourtant, Sepphora, que tu répondes là-dessus. 

Sepphora : Mon père m'a donnée comme épouse à cet étranger. » 

Dialogue entre Moïse et son beau-père au sujet du songe de Moïse. 
(68) Moïse : « Il m'a semblé voir au sommet du mont Sinaï un 



55. Je lis àTTYiYyéXri. Tous les mss. portent àTtyJYyeiXev ; le copiste du ms. B lui a 
donné comme sujet tiç. 

56. ÇoTet 8s <l>apaw. — Cod. B : àxouoocç 8è ÇyiteÏ <I>apaà). Ce participe provient du 
vers suivant, à moins peut-être qu'à cause d'Exode, v. 15, « yjxoucrsv Se ( t>apato », il 
ne faille lire « yj.uwv oà ÇyjTeï », en supprimant 4>apato ; en effet, si 4>apaà> a le second 
a long (comme au v. 9), on aurait ici un anapeste peu correct au deuxième pied; il 
est. vrai que, au v. 149, 4>apatb 8è (3a<7i),£Ûç, cet a est bref. 

57. èx7to5tov p.£6îaxau.at. Cf. Eur., Phén., 40, xupàvvoi; èx7iooà)v [le^iaraao. 

58. àMoxE'paova, assez heureux: si le mot est de la composition d'Ezéchiel, il l'a 
formé sur le modèle de l'adjectif ày/ix£pp.o)v, qui appartient a la langue tragique. 
Apollonius de Rhodes : ô|j.0TÉpu.<jûv. 

60 et suiv. De temps a autre, Ezéchiel s'écarte de l'histoire sacrée et il semble 
qu'alors il réussisse mieux que d'ordinaire à écrire en grec. D'où lui vient cet éton- 
nant renseignement sur la situation du pays de Madian, de qui tient-il ce que Sep- 
phora raconte sur le roi unique, maître de la Libye tout entière? je ne le cherche pas 
à présent ; nous y reviendrons plus tard. Que Choum fût le frère de Sepphora, c'est 
peut-être là une invention de sa part; il aura emprunté ce nom, qui désigne ordinai- 
rement en hébreu la nation éthiopienne, soit à la Bible, soit à quelque autre source. 
Cf. Genèse, x, 6, et Anonym., uspl f Eêo., dans Eusèbe, Prœp. Evanr/,, IX, 17, 
419 ô. 

68. Restitué par Dûbner, d'après la leçon de quelques mss.: ï\ opovs xax' àxpaç 
Ivov, var. ïvou. 

69. iZTuyô;, leçon de Cod. Mareiauus I, ms. qui, à partir du livre 111, est l'autorité 
la plus considérable d Eusèbe, comme l'a démontré lleikel, op. cit., p. 20-27 (voir 
plus haut) ; même ieçon cod. D; E, qui est copié sur 1, porte Tixr^ô; ; tous les autres 
ont TtTÛya:. Quoique, a la rigueur, uiypt; tttij/7.; puisse si: soutenir, la lecture reste 
douteuse. Ezéchiel, quand il mute Euripide, conserve fidèlement l'expression de son 
modèle; mais Euripide naturellement, emploie le pluriel: àiOipo; izxûya:, oupàvoO 
utu/aç (cf. HeL, 42,605; Or., 1631; Phén., 83). Peut-être Ezéchiel a-t-il écrit, eu 



58 REVUE DES ETUDES JUIVES 

70 sv tw xaÔYicôat cpo>xa y£vvatôv xtva 

SiàSvijJL* tyovxoL xat [xéya <7XTi7cxpov yept 

eÙo)vu[juo [xdcXtffTa* 8e£ta 8e [xot 

£V£uc£, xat eyw 7rpoffG£v £(7xà6Y|V ôpovou' 

<7XT|7rTpov 8e jjloi 7rapé8a>xe, xat etç 6povov [Jiéyav 
75 el7cev xaG^côat, (taatXtxbv 8' eBcoxé pt.oi 

8tà87](j.a, [xat] aùxbç èx Opovoov ^wpt'Çexat. 

eyà> 8' èae'toov yrjv a7ra<7av eyxuxXov 

xàvepOe yataç xat e£u7C£pÔ£V oùpavou, 

xat (jloi xt 7tXy|6oç àcxepwv 7rpbç youvaxa 
80 licwtr', Iyw 8e Tràvxaç 7)pt6p.7)<7à[X7jv. 

xat èjxot 7rapYiy£v wç 7rap£[xêoXv] (Spoxojv. 

etx' £{Jupoê7)6£tç l^avtcrxajx' è£ imvou. , 

'0 81 7T£v6£pOÇ aUXOU XOV OV£tpOV £7TtXptV£t OUXCOÇ* 

'Q ^£V£, XaXoV COI XOÏÏx' £(77J[ATjVeV ©eôV 

Çojtjv 8' oxav (soi xauxa <7ufji.(3atvYi tzot£. 
85 àpa y£ piéyav xtv' è£ava<mrç<7etç Opbvov 

xat aùxbç (Spaêeuaetç xat xaÔTjyVjffvi [3poxaW. 
xb 8' etaôeacrOat y^v 6Xt|V x' otxou|xevT|V 
xat xà urcévepôev xat uirèp oùpavbv ©eoo, 
o<|»ei xà x' ovxa xà x£ Tipb xoiï xà 6' u<rx£pov. 

Tlept 8è xtjç xato[X£V7|ç [3àxou, xat xyjç à7ro<rxoX7)ç aùxou xtjç 7upbç <î>apaoj 
7ràXtv 7rap£t<7ày£t xbv MoouffYjv xco 6eto 8taXeyb[A£vov. <p7jfft 8è 6 Mwikt^ç* 

usant d'une élision peu fréquente : uixp' èç oOpavoù 7rcuxaç — d'autres disent 
{iiffop' iç. 

70. èv tw. Dindorf lit, d'après Cod. Paris. G., êv <o, leçon due, sans aucun doute, 
a un correcteur. Tous les autres inss. donnant la même leçon, il vaut mieux ne rien 
changer; nous savons, en effet, qu'Ezéchiel se trompe assez souvent dans l'emploi 
des pronoms. 

73. Iveuers... x et P' ^euetv T ' vt es ' assurément d'une langue douteuse, et c'est écarter 
quelque peu le mot vevetv de son sens primitif. Mais c'est peut-être, une fois de plus, 
l'exemple d'Euripide qui a amené Ezéchiel à se croire autorisé à écrire x 81 ?" 1 veùcrat, 
du même droit qu'Homère a dit veùcre Se' o? xecpa),^ ou ère' ôçpùat veOoe ; Euripide, 
en effet, se sert parfois de veûeiv dans des cas tels que ce mot paraît avoir exacte- 
ment le même sens que e>y]u.aiveiv ; ex. : Hec, 543, veavîatç 8' eveuae irapGevov Xaêeïv, 
ou Iphig. T., 1330, riu.àç u,ev. . . è^éveua' àTioat^vat itçôauy. 

76. Vers corrompu dans les mss. — I et les mss. qui en dérivent portent éxwv de- 
vant èx 6poviov, ce qui fait un ïambe de trop; xai manque dans tous les mss. S'il 
fallait retrancher du vers o*iàoY]u.a < xat > aùxôç èxà>v èx 6p6vwv x^pi^èTat ce qu'il y a 
de trop, je supprimerais Opovwv plutôt que tout autre mot, car, lorsque le roi ordonne 
à Moïse de s'asseoir sur le trône (v. 74), il est censé se tenir lui-même debout à ce 
moment-là ; donc il n'est plus nécessaire d'indiquer (v. 76) que le roi s'est levé de 
son trône, mais qu'il s'en est allé complètement. Il se peut que éxwv et èx Ôpôvtov soient 
tous les deux une corruption d'un même mot; le vers tout entier se lirait alors : ôidc- 
orjjxa xai aùtoç èx7Coôwv ■/biçi^trcr.i. 

77. eyxuxXov. Quand Ezéchiel écrit yr,v aTraaav eyxuxXov, je ne sais pas si c'est un 
souvenir du vers d'Aristophane, Cher., 70, xai xàxtôe xàç vtqctou; a7càaaç èv xtxXw. Je 



LE POETE JUIF EZECH1EL 59 

grand trône qui s'élevait jusqu'aux replis du ciel. Sur ce trône était 
assis un être de noble apparence, tenant un diadème et un grand 
sceptre dans sa main gauche. De la droite il me fit signe, et je me 
plaçai debout devant son trône; il me tendit son sceptre, me dit de 
m'asseoir sur le grand trône et me donna le diadème royal; puis il 
s'éloigna du trône. Et moi je vis tout autour de moi la terre et ce 
qui était au-dessous de la terre et au-dessus du ciel, et une multi- 
tude d'étoiles tombaient à mes genoux, je les comptai toutes, et elles 
passaient devant moi comme un défilé de mortels. Alors, saisi d'ef- 
froi, je me réveille. »... 

Raguel : « Ce sont de bons présages, étranger, que Dieu t'envoie. 
Puissé-je vivre encore lorsqu'ils se réaliseront pour toi! Tu renver- 
seras certainement un grand trône. Et tu seras toi-même arbitre 
et conducteur des mortels. Quant à ce que tu as contemplé toute la 
terre habitée et ce qu'il y a au-dessous d'elle et au-dessus du ciel de 
Dieu, cela veut dire que tu verras ce qui est, ce qui a été et ce qui 
sera. » 

Épisode du buisson ardent.) 

Moïse : « Ehl quel signe me donne ce buisson, miracle incroyable 
aux mortels? Soudain le buisson disparaît dans une grande flamme, 
et pourtant ses rameaux restent tout verdoyants. Qu'est-ce à dire? 
Je vais m'avancer et regarder de près ce merveilleux prodige, car 
c'est une chose incroyable pour un homme. 

Dieu : Arrête- toi, homme excellent, ne t'approche pas, Moïse, 
avant d'avoir détaché les sandales de tes pieds. Sainte est la terre 



n'ai pas osé cependant corriger ce vers ni restituer au vers suivant, avec Toupe, xai 
yyjç ëvspôs, quoique ces mots rappellent le début du v. 505 des Phéniciennes : xod yy); 
Ivepôe ôuvaxô; wv. Dans cette partie du poème on rencontre plus de mots appartenant 
à la xoivtj que de vestiges de la langue tragique; du moins au vers 81 le mot (Jpoxô; 
(langue tragique) est accolé de façon bizarre aux termes militaires propres à cette époque, 
7tape[xëo).yi et uapàyeiv ; mais au vers 82, i\LyoÇjrfiz\c, (c'est ainsi, en effet, qu'avec la 
plupart des mss. le mètre nous oblige de lire) remplace le cpoêrjOeiç tout court des 
Septante. Le datif du v. 81 — à la place duquel Dùbner propose de lire xai 7tou — 
ne me choque nullement. 

84. Je restitue Guu.ëaîvy] d'après Cod., I. Les éditeurs lisent, d'après tous les autres 
mss., <7U(a6ouy]. 

85. àpa : donc. Les tragiques anciens placent rarement cet adverbe ainsi au début 
d'une proposition; pourtant je n'ai point changé àpa en v\ pa, car àpa est employé 
dans ce sens par les tragiques; cf. Eur., Iphig. AuL, 311, c>xy]7rrpw xà^' àpa aov 
xa6ai[xâ^6) xàpa. 

Ibid. è!java<7T<Q<reiç. Vigier a traduit, inexactement, en donnant d'ailleurs un tour 
élégant, aux vers plats d'Ezéchiel : « Eia âge » ( préférait-il lire àp àye ?) Superbum 
nate tu solium ériges ». Le songe, en effet, vise le trône du roi que Moïse renversa. 
Cf. Eur., Suppl., 1198 (passade où le même mot occupe la même place dans le vers) : 
ôv 'IXiou ttot' £|ava<7TYi<7a; (3à6pa. 

88. Je me demande si, à la place des premiers mots (dans quelques mss. l'article 
manque), il ne faut pas lire quelque chose comme xai rcàv-r' èvspOsv. Mais je préfère 
ne pas toucher à un vers dépourvu d'élégance. Si Ezéchiel a écrit oOpavov, non 
odpavoO, il est en cela d'accord avec les écrivains postérieurs; cf. Thom. Mag., i. v. 
Û7T£p. -irpô; y£vtxr;v âxcpspoucriv 'Aruxoî. "EX/.ï]v£; Se 7rp6ç aÏTiaTtxrjv. 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

90 "Ea, Tt fXOt (TYj[JL£T0V £X (3(XT0U TÔ8e 

T£pà<7TCOV T£ Xat [BpOTOÏç a7Ct(7Tta ; 

àcmo pàxoç (xév xatETat 7toXXa> Trupt, 
aÛToiï 8e yltooov ttocv fxsvei to (3Xaoràvov. 
ti oVj ; (7cpo<r)sX8à)v o'|o[jt.at TÉpaç (tooe) 

95 {JLÉyiffTOV OÙ yàp 7TtC7TtV àvOpGJTTOtÇ <pÉp£t. 

E!ra 6' L ©£oç auTco 7rpoaopuX£?' 

'Etzig'/zç oj (pÉptdTE, [xyj 7rpoc£Yyta"i f iç, 
Mcocrj, 7cptv y] twv acov 7ro8wv Xuerat SêCIV. 
àyta yàp tj yYj (icp' vjç) è<pé<rnrjxaç izilei, 

6 8'eX pàTOL» (TOt 6eT0Ç IxXàjJLTTEt X6yOÇ. 

100 ôàpcïjffov o) TiaT, xat Xoytov axou' epuSv' 

I8eïv yàp ètyiv tïjv £[XY|V à^yavov 

Ovyjtov yeyôrra, twv Xoycav 8' IÇeori crot 

êjjuov àxouetv, tov £xax' IXv]Xu6a. 

lyw ©Eoç (7(ov, â)V Xsystç, y£VVY,TOpOJV 
105 'Aêpaàjx te xai 'Iaaàx xat 'Iaxu>êou toitou. 

(XVYjCÔEtÇ 8' EXEtVOJV Xal £T' ÊfJUOV 8(007] [/.CfcTGOV, 

7rap£i[xi excoaat Xabv 'Eêpatojv l[i.bv, 
î8à)V xàxojcrtv xat Ttovov ooùXtov È[j.wv. 
àXX' £p7i£, xat o*ï)|jt,atv£ toIç IfxoTç Xdyotç 
110 7rptoTOV jjlèv aÙToTç Traatv 'Eêpatotç ôjxou, 
£7T£tTa ^acrtXEÎ, Ta u7r' Ijxoïï TETaytjiÉva 
07ra)Ç (TU Xaov tov ejj.ov è^àyotç yiïovôç. 
EtTa u7roêàç Ttva à[A0t6a?a aÙToç ô Moxtyjç Xsyei* 

Oùx EuXoyoç TiÉcpuxa, yXtoao'a 8' ê<m [J.ot 

90. la, ti pot. Ezéchiel commence à la façon des tragiques anciens , les héros d'Eu- 
ripide expriment souvent leur admiration soudaine par des exclamations telles que 
« ea xi XP^/* a '. * sari Isdaaio ». 11 est vrai que, dès le vers suivant, le grec de la 
décadence se trahit, car les poètes anciens ne disent pas xepàcmov et n'emploient pas 
l'abstrait (âTUcrxîot) à la manière d'Ezéchiel (et aussi de beaucoup d'écrivains posté- 
rieurs). Cette raison, cependant, ne conduira personne, je pense, à adopter la leçon 
du Cod. B : octtictov ôv. 

95. Je lis 7Cpoas).9(ov, car ce participe s'adapte mieux à la phrase que le 7rpOc),6wv 
que portent tous les mss., et il se rapproche davantage du récit de l'Exode, que notre 
poète suit de près dans ces vers. Comp. avec v. 91 Exode, m, 2, ôpà ôti ô pixoç 
xaiexai Trupt, avec v. 94 et suiv. — Exode, in, 3 TtapeXôtov o4>opat to opapa xoOxo* 
p.éya cm où xaiexai ô (Botxoç. Les derniers mots indiquent pour quel motil le poète a 
ajouté le v. 95, si languissant. Je lis xépaç tooe, à la place du TSpotemov des mss., 
parce que le pronom est indispensable ; il y a dans l'Exode : xô ôpàu.a xoOxo. 

96 et suiv. Vou'ant agrémenter le récit de l'Exode d'images empruntées au style 
tragique, Ezéchiel commence à la façon d'Euripide. Que de vers d'Euripide, en ellet, 
débutent par enivrez ou inlays. ! Voir, par exemple, Ion., 1320, iulaytç îo izaï\ Andr., 
432, MevéXa' iizlayzç p.9) xà/uve (ajoutez EL, 758, 962; Phén. s 92;" Hél., 1142 ; en 
cherchant bien on en trouverait encore d'autres exemples). A la fin du vers, ce n'est 
plus les anciens qu'il imite, mais Exode, m, 5 : prj syytayi; wôe; de même qu'au vers 



LE POETE JUIF EZECHIEL 61 

sur laquelle tu marches, et du buisson jaillit à tes yeux la flamme 
de la parole divine. Rassure -toi, mou fils, et écoute mes paroles. 
Né mortel, il ne t'est pas possible de voir ma face, mais tu peux 
entendre les paroles que je suis venu te dire. Je suis le Dieu de tes 
pères, comme tu les appelles, Abraham, Isaac et Jacob. Me souve- 
nant d'eux et de mes bienfaits passés, je viens sauver mon peuple, 
le peuple des Hébreux, car j'ai vu les malheurs et les souffrances 
de mes serviteurs. Va donc et signifie d'abord à tous les Hébreux 
ensemble, au roi ensuite, mes ordres dans les termes mêmes dont 
je me servirai, afin que tu fasses sortir mon peuple de cette terre. . . 
Moïse : Je ne suis pas éloquent, ma langue est embarrassée, ma 
voix est grêle; je ne saurais parler devant le roi. 

suivant on retrouve les mots du livre sacré, >0crat xo 07i6o?i[xa £x xu>v crcôv tcoSwv. Mais 
Ezéchiel évite assez habilement un solécisme, en remplaçant eyyio-at w8s par rcpo- 
<j£yYiffoa; au contraire, c'est à tort qu'il ne se sert pas du moyen Xv(ja<j8ai; le 
mètre, si je ne me trompe, l'en a empêché. Le terme Û7rôôy)u.a lui paraissant bas, il 
lui a préféré ôéctv, inusité dans ce sens. Quant à ÛTroôeaiv, plus fréquent chez les 
écrivains postérieurs, il ne pouvait l'écrire, a cause du mètre. 

98. Je lis ètp' rj; ; les éditions porlent onov au, d'où résulte un hiatus (yrj ôtïou), que 
nous ne devons pas imposer à Ezéchiel, très scrupuleux en matière de prosodie. 
Dubner lit : àyia yàp 9JÇ cru yrjç èçÉoxYjxaç rcéXei, vers plus élégant, mais qui s'éloigne 
davantage du texte traditionnel et de la manière d'Ezéchiel [étp' rjç sera tombé de- 
vant ètpéç et aura été remplacé arbitrairement par ôttou. T. K.] 

99. Je doute qu'on ait raison de prendre Osto; ),6yoç dans le sens exclusif de voix 
divine, bien qu'il soit correct de dire èx>à|xweiv de la voix. Car Exode, ni, 2, to^ôy] 
6s' aùxôi àyyeXor Kupiou nous invite presque à penser qu'Ezéchiel n'ignorait pas ce 
que les philosophes juifs entendent par ô Xoyoç ô xov 6so0, bien qu'il lût complète- 
ment étranger à la philosophie juive. 

100 et suiv. Ezéchiel renverse l'ordre du récit de l'Exode, mettant en tête ce qui 
dans le livre sacré vient en second lieu; les vers 100 et suiv. se rapportent à Exode, 
in, 6, airs crr p£<]/£ v oè MtouaTJs xo TcpôcrcoTrov aùxoù, sOXaëôïxo yàp xaxs|xë>i4/ai evwtuov 
xoO 6eoù — les paroles évoquent immédiatement le souvenir d : Eunpide (par ex. : 
Hipp., 68, xKicov [xev oaicrjv, ôu.(xa S' où/ 6pà>v xo crov), et rappellent aussi, en une 
certaine mesure, le ton et le rythme de la langue d'Euripide. Car ÔàpGYjffov w uat res- 
semble beaucoup à eaaov w Trou (Hipp., 521) ou à criyncrov u> -rcat (ibid., 603), et le v. 
102, 6vy]xov ysywxa, ne se ressent pas moins de i'intluence d'Euripide {lpkig. Taur., 
68", <pt).ov yeywxa; Ion., 1535, auxoû yeyàixa). A partir du v. 10'i, Ezéchiel ne suit 
plus de nouveau que le récit de l'Exode, tout en l'abrégeant et en y apportant çà et là 
quelques changements; noter qu'il emploie le pluriel yevvrix6po)v, en quoi il est bien 
plus correct que Exode, 6, xoù 7taxp6ç crou, et est d'accord avec le texte samaritain. 

106. £[xô)v ôtopy][jiâru)V. Cf. Exode, n, 24, è|AWj<jOY) ô Oeoç; xfjç ôiaOyjxr]: aùxoO xrjç 
7tp6; 'Àëpaàu, x.x.X. Les ôcop^u.axa sont donc les promesses de Dieu. Cf. le songe 
d'Amram, dans Josèphe, II, 9, 3. 

109. A partir de ce vers, Ezéchiel reproduit le récit de l'Exode, souvent confus, 
plein de contradictions et de répétitions; mais il l'abrège beaucoup et y opère de fré- 
quentes modifications ; cependant, les expressions du livre saint reviennent souvent, 
il suffira de les signaler; le v. 109 lui-même est imité d'Euripide dont bien des vers 
commencent par : à>X' spTis (cf. Ipkig. Taur,, 699; And., 432 ; Héc, 1019); la lin 
du vers est encore euripidéenne (cf. Héc, 699, xto at}> tovto <7Y]u.av£Ï; >6yw). 

112. è^âyoïç. C'est ainsi qu'avec raison lit Dubner, d'après la plupart des mss. 
(bien que ce ne soit pas la leçon de Cod. 1), car èijàyoi; dépend de x£xayuiva. 

113. u.oi. Leçon de CoJ. I. Dubner lit p.01 d'après les autres mss. 

114. Pour îo-^vôcpiovoç, cf. Exode, iv, 10; je ne pense pas que £ÙXoyoç et 80crcppacr- 
xoç se rencontrent avec ce sens chez les écrivains anciens. 



62 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ou(7cppa<7xoç, icyvboiovoç w(7T£ [XY] Xoyouç 
115 é[xoùç y£vé<jOai paffiXsojç Ivavxiov. 
Elxa Ttpbç xaiïxa 6 ®sbç aùxco àiroxpivexai' 

'Aàpiova TcejjL'I'to cbv xawfyvTrjTOV xayù 

(o 7iàvxa Xéçstç xà Èç s|xoïï XsXsyjji.sva. 

xaî aûxoç XaXirçffst [iaaiXÉco; Ivrçvttov, 

au f/.£v Tipbç (Tjpiwv), o ok Xaêcov céôev xcàpa. 
Hs.pt Se XY[; pàêSou xai. xwv àXXtov x£pàx(ov ouxoo 8i' à[/.oiêat(ov sipvjxe* 

120 ©. Ti 8' sv yspoïv coTv xoùV £/£tç; XÉ^ov xàyoç. 

M. c Pà68ov X£xpa7r6otov xaï [ipoxcov xoXaaxpiav. 

®. 'Pï^ov Tcpbç oû8aç, xa x t à7royu>p7]<70V xà^oç, 
opàxtov yàp saxai cpoêepbç waxs 0auj/.à<rai. 

M. 'Iooù ^ÉêXïixat* — 8£<77roô' ïXecoç yEvou. 
125 d)ç cpoêspbç, wç TcéXcopoç* ot'xxetpov <7U [X£' 

7t£<ppix' lOtoV, JXsXt} 8è (TOJJXaXOÇ Xp£[X£l. 

(5). MyjBsv (poêvjôyjç, y^pa ^' SK^sivaç Xaês 

oùpàv, 7ràXiv 8s pàê8oç sccsô' to<77rsp T|V. 

svôsç 8s ys?p' sic x6X7cov, ê|evsyxe xe. 
130 M. 'I8où xb xayôéV ysyovsv axyjtepet yia>v. 

®. 'Evôsç TràXtv 8' sic xoXtcov* serai 8' uxTTisp tjv. 

Touxotç S7ràysi, [/.sxà xiva xà jj.sxa^u aûxto s!p7|^.£va, Xsyoov. Tauxa 8è 
^Yjfftv ouxoj xai 'EÇsxirjXoç sv xr| 'E£ayojyy| Xsycov Tcept [asv xtov cnrj[xsiojv 
xbv ©sbv 7rapst(jàycov Xsyovxa ouxwç* 

'Ev T7|8s pàêSto uavxà tcoi^csiç xaxà. 
Tipwxov p.£v ai[jia 7roxàfJuov puVjc£xai 

115. J'ai des doutes sur ce vers. Faut-il penser à Exode, vi, 12, tcwç eîtfaxoudeTat 
[xou <ï>apaa), ou lire tiare u.9] )6yov èjxou yeve'sôai? 

116. Je restitue tté^w d'après les mss. B C F G, car la leçon tc|ia|>ov que donnent 
les meilleurs mss. IOE, bien qu'acceptée par Gaisford, Dùbner et Dindorf, me paraît 
bien peu probable. En effet, un ordre tel que : « Envoie ton frère » n'est pas du tout 
de mise ici, puisque Moïse doit s'approcher du roi, accompagné d'Aaron. Ajoutez que 
Tceu.'l'w est confirmé par le récit de l'exode (iv, 13) : xai evrcev Mtoutrrjç- « âéou,ai Kûpte, 
7cpoy£ipi(iai ôuvà[t£vov àllov ôv à7ro<TTe),eTç ». [izÉ[l<\iov paraît être né sous l'influence 
de <rov qui suit. T. R.] 

119. Le texte a ^u.àç : vers obscur, mais qu'il ne faut cependant pas corriger, car il 
exprime ce que la version des Septante n'expose pas beaucoup mieux, Exode, iv, 
16 : xai auxoç eroi la\r\ae'. Trpoç tov Xaov, xai aûxoç ea-rci crou «TTOU.a' av 8è aurai ëtrfl 
ta upoç xov fleôv (en hébr. : • tu lui seras un dieu »). [Nous croyons la correction 
■fjfjuov, due à Dûbner, très bonne. T. R.] 

120. Ici seulement intervient le dialogue qui, dans l'Exode, se trouve au commen- 
cement du chap. iv. 

121. xo).acrptav, terme nouveau, mais correctement composé. Ce n'est pas à Homère 
que cette périphrase est empruntée (àxovtoc xuvtôv àXxxrjpa xai ïwrciov, £, 531), mais, 
à des tragiques attiques qui depuis Euripide et Critias, se servent volontiers de locu- 
tions de ce genre. 

122. De nouveau, des souvenirs très précis d'Euripide. Exode, iv, 3, p*ï<|/ov aO-rriv 



LE POETE JUIF EZECHIEL 63 

Dieu : Je t'enverrai bientôt ton frère Aaron et tu lui répéteras tout 
ce que je t'aurai dit ; ce sera lui qui parlera en présence du roi. Tu 
recevras la parole de moi, et lui de toi. 

[Épisode de la verge.) 

Dieu : Que tiens-tu là dans tes mains; dis-le moi vite. 

Moïse : C'est la verge avec laquelle je châtie les bêtes et les hommes. 

Dieu : Jette-la sur le sol et retire-toi vite, car il y aura là un ser- 
pent merveilleux et terrible. 

Moïse : Voici, je l'ai jetée. — 0, Maître, sois-moi secourable! qu'il 
est terrible et monstrueux ! Aie pitié de moi. Je frémis en le voyant, 
et mes membres sont tout tremblants. 

Dieu: Ne crains rien, tends la main, saisis sa queue, et il rede- 
viendra la verge qu'il était auparavant. — Mets maintenant ta main 
dans ton sein et retire-la. 

Moïse: C'est lait. La voici devenue blanche comme neige! 

Dieu : Mets-la de nouveau dans ton sein, elle sera comme au- 
paravant. . . 

Dieu: Avec cette verge tu déchaîneras tous les maux. D'abord le 
sang coulera dans le fleuve et dans les sources et dans les étangs. Je 
jetterai sur leur contrée une multitude de grenouilles et de mouche- 
rons. Ensuite je répandrai sur les Egyptiens une cendre semblable à 
celle des cheminées, et des ulcères cruels naîtront sur le corps des 
hommes. Puis la mouche des chiens viendra, et fera souffrir de nom- 
breux Egyptiens ; après cela il y aura de nouveau une peste et ceux 
qui ont le cœur dur mourront. Je rendrai le ciel amer; il tombera 
une grêle mêlée de flammes qui fera mourir les hommes. Les fruits 
périront, et les bestiaux. Je ferai trois jours entiers de ténèbres, et 
j'enverrai une foule innombrable de sauterelles qui dévoreront les 
moissons et la verdure des plantes. Et après tout cela je ferai périr 
les premiers-ués des hommes. Je mettrai fin à l'insolence des mé- 

èVi x9)v yr,v. Des expressions telles que Bacch., 1112, tcmttei upôç ouoaç; Med., 1195, 
Tci7iT£i 8' iiz 9 oôSaç, obsèdent ici l'esprit d'Ezéchiel. 

123. ôpàvcwv yàp serrai. Bacch., 1330, ôpàxtov ysvrjciY). 

124. ôécnroft 5 ïXeioç ^evoù. Iphig. Taur., 270, ôécnvoxa IIaXoûu.ov l'Xecoç t?)u,Tv ftvov. 

125. oïxxetpov cru u.s. Iphig. Taur., 584, oixxipaç i\xi ; Phén., 1414, oixxîpto oé u.e. 
Voir aussi Ion., 618; Troy., 403, vers qui se terminent presque de la même façon. 

127. {JL7)8àv <poêï]8^c rappelle immédiatement Eschyle, Prom., 128; mais Ezéchiel 
imite peut-être aussi Euripide, Andr. y 994. Du reste, dans ces vers, Ezéchiel évite 
les formes barbares de l'Exode : iijsveyxe, au lieu de etcevsYxov, et, v. 128, oùpoc, au 
lieu de xépxoç. 

132. èv, solécisme plus grave que ceux qu'on rencontre habituellement chez Ezé- 
chiel ; ce qui l'a induit en erreur, dans l'emploi de cette préposition, c'est Exode, iv, 
17 : xai xrjv pàêôov Taùxiqv xrjv crxpacpeîcrav sic ôcptv \iyvtyz\. èv t^ X £t P' aox> > £V T ^ foirj- 
creiç èv aùx^j xà cnr]u,eïa. 

133. On voit par le vers suivant que tcox6cu,iov est un substantif et joue le rôle 
de sujet; c'est à cause du mètre qu'Ezéshiel emploie le diminutif (forme peu appro- 
priée quand il s'agit du Nil !) Ce n'est pas a l'exemple d'Euripide (qui emploie seule- 
ment le datif et dans un sens différent, peï Se Y a ^ aXTt tcsÔov) qu'il construit p'eïv avec 
l'accusatif (aïfxot), mais il se conforme, ce faisant, à i'usage de son époque. Cf. le vers 



64 REVUE OKS ETUDES JUIVES 

TtTjya'' ts Traçât xat uoàxov (ruoT^aTa. 
135 |3aTpaya)v ts tcXy|0oç, xat cxavtTuaç £tx6aX(o yOovt. 

ÉTîô'.xa récppàv o ; .ç xajxtvatav tc7.g-o>, 

avaêXuçei os ev [Bpoxotç êXxïj TCixpà. 

xuvô;xi»ia 8' Tj^et xat (3poxobç AtY^Tcxtiov 

TroXXofjç xaxcocct. jjLsxà Se Taux' scxat TraXtv 
140 Xot[xbç, ôavouvxat o' olç svsaxt xapSta 

tyxXïjpà. TCtxpavô o' oùpavbv, yâXa;a vuv 

<7UV 7CUGI TC£(j£Txai. Xa't VSXGOUÇ O'/j'TS'. [jpoxoùç, 

xap-rcot x' bXoù'vxat XcXoaTcoocov xô ctoaaxa. 

axoxoç 8è O'/jCto xG£tç Icp' 7]jjt.epaç ô'Xaç, 
145 àxptBaç xs 7i£[X'J;(o xat 7C£pt(7(7à [ipcoaaxa 

aîcavx' àvaXoSaouct xat xapTrov yXoifjv. 

£7tt 7ca<7t xouxotç xÉxv' aTcoxx£vo) (iipoxwv 

Tcpcoxoyova, 7raucrco o' uëpiv àvôpwTcwv xaxoW. 

<ï>apao) 0£ [iJac-Xeùç TTEtcEx' oùoev cbv Xéya), 
1,50 tcXtjv xÉxvov aùxou Trpcoxoyovov sljei vsxpov, 

xat xox£ (poêTjôslç Xabv ëxTcépc^et xayu. 

Ilpbç xoT(jO£ XÉç£tç Tcacrtv 'Eêpaioiç bao-j' 

« b [/.£tç ôo' 0[xlv Tcpwxoç IvtauxoO' ttsàc'. " 
èv xcoo' àjràçoj Xabv elç <xXXy|V yObva, 

155 £tç rjv utc£(7xTjV 7caxpà(7iv 'Eêpauov yÉvouç. » 

XÉ^£tÇ 0£ XatO TCaVXt, [XYjVOÇ Q'j XÉyco 

8i^oj/.ï)Vta, xb Tcàc/a Guaavxaç ®e<2 
xy) 7cpdff8e vuxxt, a't'jxaxt ^aucrat Oùpaç, 
ottojç TtapsXÔYj CYjtxa 8eivbç àyyeXoç. 
160 ôfxsïç o£ vuxxbç oTcxà Satarea-ôe xpea. 

ctcouoy) oè paatXsùç éxêaXsï TcpoTcavx' o/Xov. 
oxav 3s [xÉXXyjt' a7roxp£y£tv, ocogoj yàptv 
Xaco, yuvYj x£ Trapà-yuvatxbç Xy^etom 

GXSUYj, XOG-JXOV X£ TtàvQ' OV àvÔGOJTCOÇ CpÉpSt, 

165 ^puaov x£ xat àpyupov 7j8è xat crxoXàç, tva 
àvO' ojv £7rpaçav fjuaûbv aTroowctv [ipoxoTç. 
oxav 8' èç t'otov ywpov s'ccréXÔTiô', otuoç 

très connu de Théocrite, v, 126, penrw x^ Suêapïitç ejjlîv piXi. [Je ne crois pas pos- 
sible que -rcoTau-iov soit un diminutif, j'aime mieux y voir un adjectif et admettre en- 
suite une anacoluthe poétique. T. K.] 

134. OSdcxtov r>uaTY)u.aTa. Exode, vir, 19, 7ràv auveGTYjxb;; vôwp oairàiv. 

136. oT; joue le rôle d'un pronom personnel. Cf. Exode, ix, 8, àvavtîov <ï>apaà> xài 
èvavTtov tûv Û£pa7ibvToov ocvtûù. 

137. L'hiatus 8è èv indique certainement que le passage est corrompu; les copistes 
de Cod. F. G. ont déjà, de leur propre initiative, essayé de le supprimer, en écri- 
vant àvaêpUY)(jst. Il porte àvaêX^asi, qui dérive sans doute de àvaëXvyjasi; on pourrait 
prétendre que àvagXrjffei figurait, en réalité, dans l'archétype, si cette forme du futur 



LE POÈTE .UHF EZÉCHIEL 65 

chants. Mais le roi Pharaon ne se laissera persuader par aucun 
de ces maux; seulement lorsque j'aurai fait périr son premier-né, 
épouvanté, il se hâtera de faire partir le peuple. 

Et tu diras encore à tous les Hébreux réunis: Ce mois-ci est le pre- 
mier de l'année pour vous : c'est dans ce mois que je conduirai le 
peuple dans une autre terre que j'ai promise aux pères de la race 
hébraïque. Et tu diras à tout le peuple qu'à la nouvelle lune du 
mois dont je parle, après avoir fait le sacrifice de la Pâque en l'hon- 
neur de Dieu la nuit précédente, ils teignent de sang leurs portes 
pour que l'ange terrible, voyant ce signe, passe outre ; vous, pen- 
dant la nuit, vous mangerez des viandes cuites. Mais le roi fera 
partir en toute hâte le peuple tout entier. Et lorsque vous serez sur 
le point de vous enfuir, je donnerai ma faveur au peuple, et la 
femme prendra à la femme ses ustensiles et toutes les parures que 
porte l'homme, l'or et l'argent et les vêtements afin que les Egyp- 
tiens payent aux Hébreux le salaire de tout ce qu'ils leur ont fait. 

se rencontrait ailleurs [et si le mètre le permettait, T. R.]. Dùbner, pour éviter l'hiatus, 
lit < 8e(v 9 > èv, alléguant, en laveur du double adjectif Seivà 'ù:/.i\ Tuxpà, les vers 17, 
220, 221, 249; mais ces vers sont ici d'un faible secours, car les premiers sont cor- 
rompus et Ton sent combien le v. 249, Sa'LOr; /topo; (foQuc, diffère du vers qui nous 
occupe. Je proposerais de lire âvî Ppôxotc, s'il était sûr qu'Ezéchiel, contrairement à 
la coutume attique, ait jamais allongé une voyelle à la fin d'un mot, devant pp.; c'est 
ce que le v. 160 tend à prouver; 51 et 160 ne démontrent rien ; au contraire, 39 et 93 
plaident en laveur de cette hypothèse. Il se peut qu'il y eut autrefois ô' àp' èv (3potoïç. 

141. Tuy.pavw, mot corrompu. Diibner lit Tuxpavéto, mais il est difficile d'admettre 
ce mot dans un tragique. Est-ce îrtxptoco) ? 

145. TTsptcaac. Je lis ainsi avec Diibner (mss. TTcptacra), tout en conservant des 
doutes, car dans God. 1. on lit restai, au heu de usu.'^to ; si, comme je le pense, le 
mot était écrit primitivement Tîéjx'Laç, on pourrait restituer cette phrase ainsi : àxpi- 
■ ôa; xe Tiéy^aç, (aï Treptsaoù . . .ylôr^) ItzI uàcri . . .a7COxxev<5, ce qui est bien préfé- 
rable. 

149. Vers bien étrange si l'on prend rcsiffexai oùoèv pour « ne souffrira rien ». Quoi ! 
le roi n'avait souffert aucun de ces maux ? Ne savons-nous pas que oî pàrpa/oi àva- 
êâvTs; stcr?jXOûv etç xoù; oïx&'j; aG~oO (Exode, vin, 3) ? — que 7rap£yÉvexo r\ xuv6p.uta 
tcXyjôoç sic ioi>Q oïxouç <I>apatb (Exode, vin, 24) ? — Est-ce que la peste n'avait pas 
frappé ses troupeaux à lui aussi? La demeure royale seule n'avait-elle donc pas été 
enveloppée de ténèbres ? J'ai peine à croire que ce soit là ce qu'a voulu dire le poète. 
Je comprendrais le vers si Ezéchiel disait : « Mais ce roi n'obéira à aucun de mes 
ordres »; et j'ai l'idée que notre poète, se rappelant le vers d'Euripide, Hel., 446, 
ustôet yàp oùôèv <Lv /iyco, a écrit (3aoùsù; 8è 4'apaw Tisîcrex' oùoéV (c'est-à-dire oùôevi) 
tbv Xe'ytjû. Le vers suivant n'infirme pas cette hypothèse, car 7tXr,v chez les contem- 
porains d'Ezéchiel signifie parfois mais. On comprend alors ce qui suit : xai xôxe 
etc.. ; c'est comme s'il y avait : « izly]v âxué^st oxe l|ei %p. vsxp. ». 

152. Cf. Exode, xil, 1 et suiv. 

157. oiyo|XY]vîa : dans tous ces vers, Ezéchiel suit presque constamment, en le ré- 
sumant, le récit de la Bible ; noter en passant qu'un vers d'Euripide commence en 
oiyo- : Or., 890, oi/6u.u8a. 

158. L'hiatus est peut-être dû à la césure, mais le poète aurait pu facilement l'évi- 
ter, en écrivant : xrj; Trpocôe vuxxoç. 

165. Diibner lit /puaoùv xe xàpyupeïov v)Sè xai erxoXàç, et pense que ce vers n'est 
pas d'Ezéchiel, mais qu'il a été ajouté après coup. 

167 et suiv. Dans ce vers, Ezéchiel abrège encore plus qu'ailleurs le récit biblique- 
Cependant, il suit jusqu'à un certain point l'ordre de l'Exode. Rapprocher de v. 152. 

T. XLYI, N° 91. 5 



06 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ÛtCp' Yl<77TEO 7]0UÇ £CpÙy£T' Alyi)7ZT0U 8' (X7TO 
STTxà OlOOOt7TOpOUVT£Ç 7]JJl£p(0V Ô8bv, 

1*70 7càvT£ç Tocaùxaç 7)p.Épaç etoç xàxa 
à^uji.' sSea-Os xat @£to XaTp£Ùa£T£, 
xà TrpcoTOTEuxxa Çeoa Quovteç 0eco, 

0(7* OCV T£X(0(7l TtapÔEVOt TTpwTCOÇ TEXVa 

ià apasvtxà, StavotyovTa (X'^xpaç [XYjTÉptov. 
Kai 7ràXtv 7cepi tyjç auT^ç TauTTjç eopr/jç <p7)cï £7T£££pyaÇop.Evov àxpiêeq*- 
repov eipTjxsvai* 

175 'AvSpcov 'Eêpauov tou8e tou (xyjvoç Xaêœv 

xaxà auyyEVEtaç 7rpo(3aTa xat (jloct^ouç (3owv 

à|xw|xa BexaTT]' xat <puXay67]T(o [i.£/pi 

TExpàç £7itXàpv|>£t 8exà8t, xaï 7rpbç ècTtÉpav 

6uaavT£ç, 07TTa 7iàvTa cùv toïç ev8oÔev 
180 outoo cpayea-Ôe xaura" 7T£pt£Ç(oa[X£V0t, 

xat xoTXa Tiocaiv uttooeBe^Ôe xat ^ept 

^axTYjptav s^ovtsç" Iv cttouoyi te yàp 

paatX£uçïx£X£U(7£t 7ràvTaç ExêaXEÏv ^ôovoç" 

XExX^aETai oÈ Ttaç. xat oxav 6u<nr]T£ Se, 
185 SÉffpvrjv Xa[J6vT£ç ^eportv uggwtzou xopvrjç 

£tç at(xa pà^at xat GtyEÏv <7Ta6[jt.(ov 8uotv, 

07Twç TrapÉXGyi ôàvaroç 'Eêpauov obro. 

TaUT7|V 8' SOpTY|V 8£0"7rdT7} TY)p7)(7£T£, 

s'cpô' 7)(xépaç àÇu|xa, xat où ppcoÔVjcrETat 
190 Çu{/.7]* xaxcov yàp egti tcov8* à7raXXayrç, 
xat touoe (XTjVoç e£o8ov 8180Î @£OÇ. 

àp^Y] OÈ [JLYJVCOV Xat ^pOVCOV OUTOÇ 7TÉX£t. 
IlàXtV [J.£Ô' ETEpa £7TtX£y£t - <p7)ffî 8È Xat 'E^EXtTjXoç £V TOJ Opà|XaTt TW 

E7rtypacpO[j.Évto 'E^aytoy/j, 7rap£t<7ày(ov àyyEXov XÉyovxa tt^v te twv 'Eêpatcov 
8tàÔE<7tv xat tt,v tojv Atyu7TTtcov cpôopàv OUTCOÇ" 

ATT. Oç yàp dàv o^Xto tôj8' à<pcoppy/]C"£v 86p.a)v 

160, Exode, xn, 1-14; de v. 161-167, Exode, xn, 35-36, et n, 1-4, de v. 167-174, 
Exode, xn, 15 et suivants, en ajoutant cependant Exode, xiii, 3 et suivants ; car 
c'est dans ce passage seulement qu'il est question d'une nouvelle patrie. Le vers 168 
est sûrement corrompu. Le poète y exprime ce qu'on lit dans Exode, xiii, 3, et xn, 
17 : « Quand vous serez arrivés dans vos demeures, pendant sept jours, comptés à 
partir du jour où vous vous êtes enfuis d'Egypte, chaque année, vous mangerez des 
pains azymes. >» 11 est clair que c'est là ce qu'a voulu dire le poète, mais la particule 
ôè, après Aiyu7rrou, est de trop, et, cependant, on ne peut pas admettre l'hiatus Ai- 
yuuTou aTco ; la correction Aîyuttucov dt7Co ne me sourit guère non plus. En réalité, je 
pense que quelque mot de la langue tragique se cache dans àrco ; peut-être Ezéchiel 
e-t-il écrit AiyÙTCTOu 7téôov (Eur., Hel., 2); un copiste, par négligence, aura mis 
ààireSov, qui ensuite a pu devenir facilement àno à la fin du vers. 

172. TcpioTOTEuxToç, néologisme. — Exode : Tzçtozàxoxoi. 

175, 11 semble que, dans ce second discours, Dieu expose avec plus de soin à Moïse 



LE POETE JUIF EZECHIEL 67 

Mais lorsque vous arriverez dans le pays qui sera le vôtre, tous 
les ans, à partir du jour où vous aviez quitté l'Egypte et marché 
sept jours sans vous arrêter, tous, pendant autant de jours, vous 
mangerez des azymes et vous adorerez Dieu, sacrifiant à Dieu les 
premiers-nés des animaux, tous les rejetons mâles qu'enfanteront 
pour la première fois les jeunes femmes, et qui ouvrent la matrice de 
leurs mères. 

Il prendra ce mois-là, famille par famille, la dîme exacte des brebis 
et des veaux. Vous les garderez jusqu'à ce que luise la quatorzième 
aurore; puis, vous les sacrifierez le soir et vous les mangerez cuits 
en entier avec leurs entrailles, dans le costume suivant: la ceinture 
autour des reins, les pieds chaussés de souliers de marche, un bâton 
à la main. Car le roi vous fera sortir en toute hâte du pays, et 
en hâte chacun sera appelé. Quand vous aurez sacrifié, vous 
prendrez un bouquet de feuilles d'hysope et vous les plongerez dans 
le sang, et vous teindrez les deux montants de la porte, afin que 
la mort s'écarte des Hébreux. Vous célébrerez cette fête en l'hon- 
neur du Seigneur; pendant sept jours vous mangerez des azymes, 
et rien de fermenté. Car c'est alors que vos maux ont pris fin, et 
Dieu vous donne votre libération ce mois-là, et ce sera là le com- 
mencement des mois et des temps. 

{Récit du passage de la mer Rouge.) 

Le messager : Lorsque le roi Pharaon sortit de ses demeures avec 
cette foule, accompagné de ses myriades de guerriers, avec toute sa 
cavalerie et ses chars à quatre chevaux, avec les chefs de file et les 
hommes du rang, le nombre immense de tous ces soldats rangés en 
bataille inspirait la terreur. Les fantassins, les phalangites, étaient 
au milieu, réservant dans leurs rangs des intervalles pour le pas- 
ce qu'il aura à dire devant le peuple. La note d'Alexandre qui précède le v. 175 
exprime, si je ne me trompe, ce sentiment : çrjocv <ô 'EÇextrjXoç > è7rs^epya^6u,evov 
■< xov ©eôv >• àxpiêéox£pov e!ov)x£vou. Alexandre omet, dans sa citation, le sujet au- 
quel se rapporte Xaëtov et l'attribut de la première proposition. 

181. Changer avec Diibner xoîXa en xocXa me paraît trop risqué. u7roû'y)U,axa xoîXa 
convient très bien aux Juifs, puisqu'ils sont sur le point de partir, car, d'après Pollux 
(VII, 84), les ÛTro8yj[xaTa sont dits xoîXa ou (3a6éa quand ils montent jusqu'à mi- 
jambe. •ÛTCoSeSeu.évot vaudrait mieux que U7toôe0£o6e. 

190. £oxi xûvô' à.wx\la.yr\. Je lis ainsi, le grand désaccord des leçons me permet- 
tant d'être audacieux. Vigier, d'après je ne sais quels mss., lit : yàç xûivÔ' àîraXXây^ 
ëooexai, avec une élision qui n'est pas possible. D'autres, ue qui ne vaut pas mieux, 
lisent à7raXXayy) 'oexoci. Les mss. de Gaisford portent àTraXXay^oexai et àîtaXXayYioexe, 
mots auxquels Gaisford se refuse à donner un sens. Le mot éoxiv (le Siôot du vers 
suivant montre qu'il faut ici un présent], après avoir changé de place, a été finale- 
ment écrit à la fin du vers : àTzaïlayfi èoxiv, ce qui par analogie avec la fin des vers 
précédents, a pu facilement aboutiV à la forme que présentent aujourd'hui les mss. 
Il est superflu de donner des exemples pour prouver que les tragiques ont fait un 
grand usage du mot àuaXXayri, surtout à la fin d'un trimètre. 

193. Ezéchiel retourne encore une fois à la langue tragique. La àyyéXov £yjoi;, qui 
commence à ce vers et dans laquelle Ezéchiel expose ce qui est racoaté Exode, xiv 



68 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(3<xcriXsuç <I>apa<o. uupuov ottXcov p-Éxa 
195 l'irrcou ts TT(X(nrjç xat xq^octcov Texpaopwv 
xal 7rpO(JxàTatat xod TcapaaTaxcaç ôjjlgu, 
7)v cppixT/bç avSpwv £XT£Tay|X£vo.>v d/Xoç. 
TteÇoï [jl£v ev {jLÉdoici xaï cpaXXayyixoi 

0'.£XOpO|xàç £^OVT£Ç ■OCpfl.afftV T07C0UÇ" 
200 17ITCEIÇ 8' ETOC^E, TOUÇ [J.EV l£ £L)OJVUJJ.OJV, 

ex Se^cov Se icàvTaç Alyu-rcTOu arporrou. 
tov 7ràvxa 8' àc.0pt.bv 7)pd[/.7)V aÙTwv (lyw), 
[xucàosç [ï|(7av] exoctov EuàvSpou Xsco. 

205 OÏ [XEV 7cap' àxT'r,v wÀTjffiov (këX^uÉvoi 
'EpuGpaç ôaXào-a-YjÇ vjffav ■yjôpoïffj/.évoi' 

01 |J.£V TEXVOlffl V7J7CIÔIÇ OlOOUV fjOpàv 

ojJtoiï te xat Sàjxapatv, Efrrcovot xotcco, 
xtyjVY| te TcoXXà xat oojjuov àicocxeuT^ 
210 aûxot 8' àvo7rXot 7iàvT£ç eîç |xà^7jv y^épaç 
ISovteç ^[xa;, 7)XàXa£av 'ÉvSaxpuv 
cpcovYjV 7ipbç alGÉp', (a.veÇ>ô~r\<7y.v) t' àôpdot 

0£OV 7iaTpwGV. YjV TToXÙç 8' aVOpoJV (oXVGç), 

7j[/.aç oà yàpfxa Tcàvxaç eé/ev ev |i.épei. 
215 £X£?6' un:' aùxoùç G'/jXa[j.£v 7rap£[xêoXY'jV. 

BE£XÇ£<poSv TIÇ xX'/|^£Tai TtoXlÇ SpOTOÏÇ, 

E7T£t 8k Titocv "HXtoç oua^aîç 7cpocrY|V, 

£7l£ayO[Jt.£V, OÉXoVTEÇ OpGp-.OV [Jlà/YjV, 

6 et suiv.,tout en n'étant pas empruntée directement à une tragédie déterminée, imite 
cependant, de très près, dans son allure générale et dans chaque vers en particulier, 
Part d'Euripide [l'idée de l'aire raconter par un messager égyptien la victoire des 
Hébreux est un souvenir évident des Perses. — T. R.]. Cet exorde même rappelle l'ha- 
bitude constante d Euripide de commencer les récits de ce genre par cb; ou par è%e\. 
Rapprocher de la du du v. 193, Or., 844, twvô' àçtop[xy)Tai 66p.u)v ; de même, dans les 
vers suivants, les expressions àpu-axa Tetpàopa et àvopcôv ÈXT£TaypÉ'va)v dj(Xo; sont du 
style d'Euripide. 

196. irpoGràxaçest le terme courant, équivalent du TpHrcdcTaç de l'Exode. Les 7iapa<7- 
xàrat sont les alliés, les auxiliaires. Cf. v. 200. 

197. çpixTOç, adjectif très usité chez les écrivains de cette époque; pourtant, dans 
ce récit d'Ezéchiel, cpptxxôç ne signifie pas précisément terrible, mais répond plutôt à 
l'idée que les poètes tragiques expriment par le participe ue<ppixwç, bataillon hérissé 
de javelots, lôyov uuxvaîciv àTjuatv Treçpixôxa. 

198. Vers corrompu; car, si le poète a pu employer <jpa).ayyixoùç substantivement 
(comme àpffev.xà, d'autres 7rap0£vtxatj et créer le néologisme cpaXocyyixoùç, quand l'ex- 
pression consacrée est cpa),ayyîta:, il n'a pas pu mentionner dans un même vers les 
-jreÇoùç et les <pa).ayyiTaç. 11 semble qu'il faille lire 7reÇoi pèv èv psTOtc-iv ■rçv . ça).ayyi- 
xoi. Il est possible, en effet, qu'Ezéchiel ait écrit r,v au lieu de yjaav, mais il est peu 
Traisemblahle qu'il ait dit peaoïç ecav, à l'exemple des poètes épiques. 

201. Ttàvraç Alyurcrou crpaTOÙ est très suspect. 11 vaudrait peut être mieux lire 
AîyuTmou, avec u bref comme dans la poésie épique. 



LE POETE JUIF EZEC1IIEL 69 

sage des chars. Le roi plaça les cavaliers à gauche, et à droite 
tout le reste de l'armée égyptienne. Je demandai le nombre total 
de l'armée : il y avait là un million de guerriers courageux. Mais 
lorsque nos troupes rencontrèrent les Hébreux, les uns s'étaient 
couchés confusément près du rivage de la mer Rouge, les autres 
donnaient à manger a leurs petits enfants et à leurs femmes, brisés 
de fatigue. Ils avaient avec eux nombre de bêtes de somme et les 
meubles de leurs maisons. Eux-mêmes, sans armes pour le combat, 
quand ils nous virent, ils poussèrent dans les airs des cris plaintifs 
et, pressés les uns contre les autres, ils invoquèrent le dieu de 
leurs pères. La crainte régnait parmi eux, mais nous, au contraire, 
nous étions tous remplis de joie. Les hommes nomment Beelzephon 
la ville où nous plaçâmes notre camp près d'eux. Lorsque le Titan 
Soleil fut près de se coucher, nous nous reposâmes, car nous 
voulions combattre au point du jour, confiants dans nos forces et 
dans nos armes hérissées. C'est alors que l'on commence à voir les 
prodiges de Dieu : une colonne immense semblable à un nuage se 
dressa soudain entre notre camp et celui des Hébreux. Puis leur 
chef Moïse prit la verge de Dieu, celle dont il s'était servi pour 
machiner contre l'Egypte les mauvais présages et les prodiges 
funestes; il frappa le dos de la mer Rouge et sépara en deux les 



202. On lit dans la plupart des mss. : xov -rcàvxa S 1 àptOu.ov aùxûv r)p6p.Yjv syw axpà- 
xoù. Les éditeurs, après Gaisford, ont lu, en supprimant le pronom aùxûv : xov 
iràvxa 8' àpi6u.ov r\oô\n\v èyà) axpaxoO. 11 me paraît plus vraisemblable que le crpaxoO 
du vers précédent a été reproduit ici mal a propos par un copiste, ce qui détruit le 
rythme du vers. J 1 ai restitué le mètre en transposant 7jp6p.Yrv et ocùxwv. 

203. rjcrav est ajouté par JJi'ibner. 

207. Siôouv. Les vers 205-206 contiennent l'apodose de la phrase dont le v. 204 
est la protase. Les v. 207-209 renferment une description assez minutieuse de 
l'armée ; mais comme les mots vctyjvv] x. x. ).. y joueut le rôle d'apposition et ne dé- 
pendent pas d'un verbe défini, oôvxe; (v. 207) serait préférable à otôouv. 

212. J'ai essayé de corriger, par conjecture, ce vers. Leà^mss. portent soit exàOr]- 
cav, .soit £crxà6y]aav ; mais, en général, on lit ainsi ce vers : cpa>vr,v, itpoç ocîôspa x' 
lxà6y]oav à6pooi 6eov Traxpôov, ce qui ne me paraît pas souteuable. Il est inadmis- 
sible qu'un poète juif puisse, en parlant du Dieu suprême, nommer aïÔépoc le Geôv 
7raxptoov, pas même en mettant ce mot dans la bouche d'un barbare. Diibner pense 
que 6sôv 7iaxpôov doit être relié à cpwvyjv, et qu'ainsi Ezechiel aurait dit 7]>,à),a|av 
evQocxpuv çwvyjv (repôç ociôèpa x' èTaOrjflrav àOpooi) Oeôv Traxpwov. C'est là une conjec- 
ture que l'illustre philologue aurait de la peine à faire accepter. Le récit même de 
l'Exode me paraît expliquer ce passage ; car on lit, Exode, xiv, 10, àvsêoYlffav ol viol 
'IapayjX upôç Kûpiov. Mais Ezechiel, se souvenant des tragiques, a mieux aimé dire : 
àvaêoiv 6eov que 7rp6; 6e6v. 

213. Je lis ôxvoç par conjecture, car le mot byloc, des mss., outre qu'il est extrê- 
mement plat, s'adapte mal au vers suivant ; ôxvoç, au contraire, s'appuie sur Exode, 
xiv, 10, xai è^oërjOr^av cçoSpa. 

215-216. Je transpose ces deux vers et change IrceïB' en sxeiô'. Les éditeurs ont 
adopté la leçon des mss. : ëuetô' ùtt' aùxoùç 6r)xau.£v irap£[/.ëo>.Y]v, BeeXCsçà)-.- xiç 
xX^Çexat rcotaç Ppoxoîç, phrase intelligible en somme, mais pénible et vide. Le poète 
aurait-il écrit : BeeÀÇEÇiov y) xX^exat, etc.? Mais il me paraît plus vraisemblable 
d'admettre que ces deux vers ont pris la place l'un de l'autre et qu'ensuite exetO' est 
devenu ërceiQ'. La lecture que j'adopte est contorme au style tragique. Cf. Eur., 
Hipp., 1199 ; Iph. T., 260-1450. 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

7r£7toi0oT£ç Xaotct xcà CpOtXXQlÇ 07rXoiÇ. 

220 £7T£tXa OeUOV àp^ETai X£paCTtO)V 

ôau^àoT' IcUcfôat xat xtç s^ai^vvjç jxÉyaç 
axiïXoç VE<p<6cnr|Ç £g-t7.6y| [7rpb y^ç fJLsyaç] 
7rap£(j.[3oXY|ç 7){juov te xat 'Eêpauov fxÉcroç. 
xat £7tsi0* b XEtvtov 7]y£[jt.wv MtoGTjÇ Xaêwv 
225 pàêSov ©£Ou, xyj 8ï] 7uptv AtyuTrxto xaxà 
(77)(xe'ta xat x£pàart' £^£jjt,7JG-aT0, 
ETU'j/' 'EpuGpaç vwxa xat îayiasv [jt.Éa'Ov 
pàOoç 6aXàarcrr|ç. oï Ss erupv7iavx£ç c6Év£t 
(ÎSpoucav wx£tç àXjxupaç Si' àxpa7rou. 

230 7][J.£tÇ 8' £7C' aÙTYjÇ OJ^O[X£(76a CTUVTOJJLOJÇ 

xax' tyvoç aùxcov, vuxxbç etafèxupâ'âfi.sv 

(3o7]ûpofÀOuvx£ç, àp[xàx(ov o' àcpvco xpoyoî 

OÙX £<7XpÉ<pOVXO, 0£ff[JLtOt S' WÇ Tjp^OCaV. 

ifr' oùpavou 8e cpÉyyoç, wç Tcopbç, pisya 

235 WCpÔYj Tt 7)[JUV. ÛJÇ [X£V £txà^£t'», TiapTjV 

» aùxotç àpojybç 6 0£oç, wç o' ^By) 7T£pav 

ïjcrav OaXàcrcnqç, xu[j.a[V] IppotêSeï jxÉya 
(juv£yyuç 7][jlwv, xat tiç 7]XàXa^' Ioojv" 
« <p£uyo)[A£v oixoi 7tpdç8ev u^ittou /£poç. 
240 otç [jlÈv yàp lax' àptoybç, 7][JLtv o 1 àOXtotç 
b'XEÔpov gpo£t » — xat <7uvexXuc6tj 7iopoç 
èpu6paç 6aXàff<7Y|ç, xat cxpaxbv SicoXectev. 

Kat 7:aXtv [/.ex' oXtya... Ilept xouxtov xat xou cpavÉvxoç opvÉou 'E^EXt^Xoç 
àv xy, 'E^aywyrj 7rap£t(jày£t xtvà Xsyovxa xto Mcoucrr, 7t£pî |xev xcov ootvtxeov 
xat xwv BoScUxa TiYjywv ouxcoç' 

Kpàxt(7X£ MoJCTTj, 7Tp6(7ffy£Ç OOtV £UpO[A£V 

xÔttôv Trpbç (aùXtv) x^o' ett' EÙast viVr,. 
245 £<rxtv yàp, wç tcou xat crû xuyyàvEtç opcov, 
exeï. xoOev oè cpÉyyoç é^ÉXauv^E vtv 

Xax' £Ù^p6v7)V (7Tj[X£tOV COÇ <7XuXoÇ 7TUpbç. 

IvxauGa Xstpuov' supojxEv xaxàcrxtov 

220. Phrase très obscure et d'une extrême rudesse ; il ne semble pas pourtant que 
le texte soit corrompu : ôaufiotar' îSéaôat joue le rôle de sujet. 

222. Di'ibner suppose, au lieu de uiyaç, (xéXaç, qui serait assez inutile après veçtoôr,;. 
Mais une faute plus grave lui échappe, car 7rpo yyj; n'a pas de sens; ni l'expression 
homérique oùpavoôi rcpo, ni les locutions connues yyjv upo yrjç Sttoxeiv, eXauvetv ne 
parviennent à l'expliquer. Je suppose que piyaç provient du vers précédent et quïl 
s'est glissé dans le v. 222 quand les copistes y avaient déjà introduit Tipo yrj;, pour 
remplacer un mot plus long qu'une tache rendait en partie illisible sur l'archétype. 
11 n'y avait pas seulement gtùXoç et vEcpcooriç, mais axOXo; ve^ilr\ç xou 7cup6; (cf. 
Exode, xiv, 24), car les faits qui sont rapportés ici se passent la nuit. Peut-être y 
avait-il primitivement ffTÛXoç veçtoôriç è(7tdc8r) 7r<u>pi<<pXe>yy);. 



LE POETE JUIF EZÉCHIEL 71 

profondeurs de la mer. En foule ils s'élancèrent avec rapidité, im- 
pétueusement, par le chemin marin. Aussitôt, sans perdre de temps , 
nous les suivîmes, dans la nuit. Nous nous élançons contre eux, 
dans une course tumultueuse; mais soudain les roues de nos 
chars ne tournaient plus, comme si des chaînes les retenaient. Du 
ciel une clarté immense, comme celle d'un feu, nous apparut; aussi 
pouvait-on penser que Dieu venait à leur secours, et comme ils 
étaient déjà de l'autre côté de la mer, les flots bouillonnaient ter- 
ribles autour de nous, et quelqu'un Gria à cette vue : « Fuyons, 
retirons-nous, loin de la main du Très Haut. Il vient à leur secours, 
mais nous, malheureux, il prépare notre ruine. .. » et le chemin de la 
mer Rouge fut recouvert par les flots et toute l'armée périt. . . » 

[Épisode des palmiers et des douze fontaines.) 

Puissant Moïse, apprends comment était l'endroit que nous 
avons trouvé pour camper dans ce vallon salubre. Il est là-bas, 
comme tu peux le voir. Une lueur partie delà-bas l'a éclairé pendant 
la nuit, et nous a servi de signe : on eût dit une colonne de feu. 
Là nous avons trouvé une prairie ombragée et des sources vives : 
c'est une terre riche et grasse, qui fait jaillir douze sources d'un seul 

226. repàarta au lieu de répara (Gaisf.). 

230. avvrofXtoç au lieu de ctuviovco; (?) 

231. eiaexijperafjiev. Ce composé est un néologisme; la préposition tic, jure d'être 
associée au verbe xupto. Je me demande s'il ne faut pas lire : ev o' èxuparajjtsv. Le 
elaexuaau-ev des mss. 1. D E ne signifie rien. 

237. Je lis xuu-ara. Les mss. portent x0u,a ô' ; mais dans cette leçon, le os de 
l'apodose est de trop et détruit le sens de la phrase. — uiya J oue I e r ôl e d'un 
adverbe. 

239. J'adopte la leçon xepoç, qui ne se trouve que dans Paris. B ; tous les autres 
mss. portent x^P a ?> e * c ' es t 1 & leçon qu'après Gaisford, ont adoptée les éditeurs; 
mais 7cp6(j6ev x^P a ? nes t pas grec, et la notion que représente auparavant, si l'on 
veut faire de upoorôev un adverbe, ne cadre pas ici ; au contraire, des expressions 
telles que Ttpoaôev upocromou, X £ P°<^ ôç9a>p.wv xuptou çevyeiv sont toutes naturelles 
chez un écrivain juif. 

244. Je lis aôXtv ; ce mot s'emploie rarement avec le sens de camp (sTrauXtv), 
mais s'appuie cependant sur l'autorité considérable d'Homère, I, 232, syyùç yàp 
vy](ôv xat reî^eoç av^iv ëOevro. La leçon des mss. aùrr) n'offre aucun sens, pas même 
si on lit avec Dùbner rr)ôe ye evaeï vaTnfl. Il est vrai que la correction de Dùbner sup- 
prime la préposition gênante eui, car Tcpôç aùrr) r^ôs èrct vàVfl est insoutenable, mais 
alors la phrase s'alourdit de la particule p.e plus gênante encore. 

246. Dùbner explique ainsi cette phrase : • Mais voici que maintenant il est éclairé 
far la colonne de feu qui est notre guide. > Cette interprétation, qui n'explique pas 
le moins du monde le toOev justement suspect (et c'est ce que l'illustre philologue 
accorde à Gaisford), est déjà condamnée par ce fait qu'il faudrait alors, en dépit du 
poète, que l'entretien ait eu lieu pendant la nuit. Dùbner ajoute : reste à corriger 
ëxel et roOev. Or, il me semble que r68ev seul est à corriger. La colonne de feu, j'ima- 
gine, avait d'abord montré, pendant la nuit, l'endroit propre à l'établissement d'un 
camp, donc c'était Dieu lui-même qui conduisait la marche, comme c'était lui aussi 
qui avait montré à Moïse le bois (ëôei^sv a0rù> Kûpio; £ûXov. Exode, xv, 25) par lequel 
Moïse rendit potable l'eau amère de Merra. C'est là la seule raison qui m'empêche 
de considérer comme absolument certaine la lecture rô 0eoû 8s çéyyoç è^éla^é viv. 

247. £0<ppévY]v (Diïbner). Les mss. portent eOtppovr)*;. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ôypàç xs XiêàBaç. Ba^tX^ç J(wpoç [iaOùç, 
250 TCYiyàç àcpuffffaiv BwSex' êx ar).; -Éxpaç. 
axtliy^ o' Ipuavà nroXXà ooiv'xcov -TrsXet 
eyxap7ra, Bexàxtç èVrà, xal (xaxàppuxoç) 
yXôv) Tcéœuxs 0pÉuaa<7'.v £0pxàfffJt.aTa. 

Elxa ÛTtoêàç 7tepï xou cpavévfoç ôpvéou oie^épyeTai." 

^Etspov Se 7ipoç toTco' £ÏSojJt.£v Çcoov çevov 
255 Oau[xacxbv, o ; .ov où8É7r(o topaxé xtç. 

oittXouv yàp V]v xo [xtjxoç asxou ays8bv, 

7tT£poTat TCOlXlXoifflV 7]8e ^pc6(i.a<7t. 

(TTTjôoç [Jt/sv aùxoiï Tcopcpupouv Icpaivsxo, 

<7xsXy] Se puXxo^pcoTa, xat xax' aùyÉva 
260 xpoxGm'voiç [xaXXoTffiv eÙTpe7ctÇexo 

xàoa 8s xottoIç 7jp.épotç Traosaosckç. 

xai [x^Xivvi pùv TT| xôpyj TcpoffsêXeTce 

XÙxXoo, X0Û7) 8s XOXXOÇ (OÇ £CPatV£TO' 
CpwVYlV Ss TTOCVTWV sI/SV èx'JTS7rpS'7T7.TT|V . 

265 (3a<7tXsu; 8s 7ràvriov ôpvseav ItpatvsTO 

J)ç 7|V voYjaoa. Tràvxa yàp xà tct^v' ojjlou 

07Tt<7ÔSV aUXOU SsiXlWVX* S7US(7(7UXO, 

aùxbç 8s Tcpoaôsv xaupoç wç yaupoutxsvoç 
sêatvs xpaurvbv êr^a (3asxàÇo;>v 7ioo6ç. 

249. ywpoç uriyà; àçûaffwv. Peut-être cette hardiesse doit-elle être rapprochée de 
Eur., Hipp., 121, (iôcop axàÇouooc 7T£Tpa. 
** 252. Je lis xaxàppuro; pour supprimer l'hiatus. Les mss. portent £7uppuToç. 



LE POETE JUIF EZEGI11EL 73 

rocher. On y voit de nombreux troncs de palmiers, riches en fruits ; 
il y en a soixante-dix, l'herbe y est grasse et les bêtes pourront y 
paitre abondamment. 

{Épisode de l'oiseau.) 

... Nous avons vu encore un autre animal étrange, admirable, et 
comme jamais on n'en a vu. Il avait à peu près deux t'ois la taille d'un 
aigle; le plumage de ses ailes était bigarré, sa gorge était de pourpre, 
ses pattes de couleur vermillon, et sur la nuque il avait une touffe 
de poils safran. Sa tête était semblable à celle des coqs domestiques-, 
il regardait autour de lui de ses yeux verts et sa pupille semblait 
une graine. Le son de sa voix était plus merveilleux que tout. Il pa- 
raissait le roi de tous les oiseaux ; du moins pouvait-on le penser, 
car tous les oiseaux s'avançaient derrière lui remplis de crainte. 
Mais lui, comme un taureau superbe, il marchait devant, d'un pas 
rapide et majestueux. 

K. Kuipek. 

{A suivre.) 



253. ylbr, 7Tc'cpuxe (Gaisf.). Mss. : Ttéyvxe y\ôr\. 

255. Je ne puis pas admettre que l'hiatus O'JÔérao ûpooee remonte à Ezéchiel, quand 
bien même la forme copoexe ne serait pas choquante par elle-même. Peut-être a-t-il 
écrit oùÔ£7to>7roT" > e\6é Ttç? 

261. Vossius propose de corriger en xorxoîç les mots xoityjç fyxspoiç (var. rjuipriO 
que portent les mss. (car, d'après Hésychius. xottoï cl aXexrpuoveç, 3ià tov ItzI t^ 
JteçaX^j Xôcpov). A la fin du vers, il faut sans doute lire 7cap£u.<peprj; « semblable par 
la tête au coq », au lieu de 7tap£[jup£psç. 



L'ENTERREMENT DES CRIMINELS 

D'APRÈS LE TALMUD ET LE MIDRASCH 



D'après la Mischnà de Sanhédrin, vi, 5, les criminels con- 
damnés à mort et exécutés par un tribunal juif n'étaient pas 
enterrés dans le tombeau de leurs pères, mais le tribunal 
avait deux lieux de sépulture, l'un pour ceux qui avaient été dé- 
capités ou étranglés, l'autre pour ceux qui avaient subi le sup- 
plice du feu ou celui de la lapidation. Toutefois cette inhumation 
n'était que provisoire : quand la chair s'était décomposée, les 
ossements étaient réunis et déposés dans le caveau de famille. 
Pour expliquer cette façon particulière d'enterrer le coupable une 
première fois, la Tosefta de Sanh., ix, 8 (j. Sanh., vi, 23 d, 65) 
dit, en citant le verset de Ps., xxvi, 9, que le pécheur ne doit pas 
reposer à côté de l'homme pieux (cf. b. Sanh., 47 a) *. Cette expli- 
cation est claire et elle est conforme à ce que raconte Josèphe 
(Antiquités, V, 1, 14). Il nous ditqu'Achan, qui, d'après Josué, vu, 
25, fut lapidé et sur le cadavre duquel un monceau de pierres fut 
élevé, reçut, la nuit, une tombe ignominieuse et digne d'un cri- 

1 11 est singulier qu'il y ait eu deux emplacements pour l'inhumation des sup- 
pliciés ; d'après le Talmud ce serait parce que les auteurs de fautes de gravité différente 
devaient être séparés, ce qui me paraît dénué de toute vraisemblance. Peut-ltre 
faut-il faire remonter cette distinction à cette circonstance que la loi mosaïque ne dé- 
signe expressément que deux genres de supplices, celui de la lapidation et celui du 
feu, tandis que la décapitation était cherchée dans le mot y~\T\, ce qui n'était pas 
admis par tous les docteurs, et que la strangulation n'a même pas d'appui dans le 
texte de la loi. Ces deux peines semblent avoir eu à l'origine un caractère militaire 
et ne se sont introduites peut-être que sous une influence étrangère. Les Saddu- 
céens, dont la législation se fondait sur la lettre de la loi, peuvent avoir appliqué 
d'abord les premières seulement, puis aussi les autres et c'est pour celles-ci qu'on 
aura choisi un autre lieu de supplice, y compris les tombes. Peut-être cette réforme 
fut-elle introduite seulement sous l'iniluence des Pharisiens pour d'autres causes, 
qui ne peuvent être développées ici. 



L'ENTERREMENT DES CRIMINELS 75 

minel *. Il est manifeste que Josèphe ne fait ici que reproduire 
l'usage en vigueur de son temps; mais il ne nous apprend pas que 
ce tombeau ne recevait le malfaiteur que quelques jours ou quelques 
semaines. Nous nous attendrions à ce que les coupables fussent 
enterrés une seule fois, soit dans le tombeau des suppliciés, soit 
dans le caveau de leurs aïeux (le premier cas est plus vraisem- 
blable), et le règlement édicté par la Mischna que nous venons de 
citer donne l'impression que l'inhumation des criminels dans 
un lieu spécial avait été entièrement supprimée et qu'il ne s'en 
était conservé qu'un souvenir. 

Une baraïta (reproduite dans j. Moed Katan, i, 80 c, en bas; 
Sanh., vi, 23 a, 1. 65) nous donne plus de détails sur l'enterrement 
temporaire des suppliciés : mmttrtaa V" 1 " 1 ^ V^V T!l 2 rtaïioana 
avn ima .trrn ima ynanpi mE^jn nà "papbfc yn iwaîi bs^na 
aba to abn ."p-jn }» rmas im^ara ittnb rrauj fpn "irrabn baarro mi 
mv «in /ppirw ^JHftMTi trBi;z»n "pbpwn )ft%y ^sn imts ynanp vît 
»<TOa tra^n d* CjiONn ba -îttia « On les inhumait d'abord dans 
des rrmEïitt; quand la chair s'était putréfiée, on ramassait les 
ossements, qu'on enfouissait dans des trn. Le fils du condamné 
gardait le deuil le premier jour et se réjouissait le lendemain, 
parce que son père, désormais en repos, n'était plus inquiété par 
la justice. » L'enterrement dans les rmTEïift rendait possible la 
décomposition des chairs; le mot lui-même est énigmatique, mais 
il est expliqué, d'après Ps., cxl, 11, par « fosse profonde 3 ». 

Nous voyons ailleurs encore que l'inhumation réitérée était 
une coutume établie. Dans Semahot, xn, R. Eléazar b. Sadoc fait, 
en effet, le récit suivant : « Mon père m'avait dit avant de mourir : 
enterre-moi d'abord wpsa, puis réunis mes os et place-les 
•priio attpDibm 4 ; mais ne les réunis pas de tes propres mains 

1 Dans Antiq., IV, 8, 6, Josèphe, rendant le passage de Deut., xxi, 23, dit : 
« Celui qui ose blasphémer Dieu est lapidé, pendu toute une journée et enterré àxî- 
u,c5c; y.aî àcpavwç « sans honneur et obscurément ». Nous avons là l'enterrement noc- 
turne, expressément mentionné dans Antùj., IV, 8, 24. 

5 Dans Sanhédr. le début est ainsi conçu : rnftSfc^îl ntt "pUpbfa VTt Î1jT12JN"1D 
•jmN TnmpT, mais Nahmanide, dans . d^INH mm, p. 37 d, a la leçon exacte de 
Moed Katan, qui est encore confirmée par Tos. Sanh.,ix, 8, où il est dit, en effet : 

t>dni ^nfia piN "p-mpi ro»*?ti ^tapbft "j-h ma imbrc nu:nn b^yns 
m-Dpn «bs vnaN mnapa win r^ 31 P w «b n^bn bus 'îStt 
,„\n mnb map-in» vr> rrnap vy® 1"H mn Ce texte suggère l'idée qu'à 

l'origine tous les suppliciés étaient enterrés auprès de leurs pères et qu'à une époque 
postérieure on décida d'infliger une flétrissure à leurs corps pendant un court 
intervalle. —Pour "pmSK "im^3®, Nahmanide a ton n'iaSÇ-J im^DC, ce qui 
paraît plus exact. 

3 Levy, Nh. Wôrterbicch, III, 40 a : profondeurs où coule l'eau; Kohut, Aruch 
conipletum, V, 95 b, d'après David Kimhi : fosses profondes. 

* Nahmanide, ÛILSTf rffln, 80 a ; Jacob Ascheri dans le Tour Foré Déa, 403, ont 
NlDpOlbaa, et non simplement QiTlND. 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(afin que je ne sois pas méprisé à tes yeux). C'est ce que je fis. 
Yohanan alla, rassembla les ossements et étendit sur eux un 
linge; puis j'allai moi-même, déchirai mes vêtements (Nahma- 
nide : j'étendis sur les os un linge) et je les couvris de mottes 
sèches. Ce qu'il avait fait à mon père, je le lui fis, à lui ! . » Sadoc 
se fait enterrer dans une ii^pa 2 , en rase campagne, et non dans la 
roche, afin que la chair de son corps se décompose dans la terre 
molle et humide; ensuite ses ossements devaient être enterrés dans 
des "pria, ce qui ne peut être « des cèdres », sens ordinaire du mot, 
car il n'y a pas, dans ces circonstances, occasion â un pareil luxe, 
mais ou bien une niche taillée dans le rocher, ou bien une urne 3 . 
Ce n'était pas là seulement le désir d'un original, mais une cou- 
tume suivie par beaucoup de personnes, car le même R. Eléazar 
b. Sadoc 4 raconte (Semah., xn; Tos. Meguilla, îv, 15) qu'il y 
avait à Jérusalem des confréries dont les membres visitaient ceux 
qui étaient en deuil, -participaient aux repas de noces, aux réjouis- 
sances des circoncisions et au ramassement des ossements des 



1 Isaac ibn Giat, dans ïinfàlD "HyiZÎ, p- 74 (cf. Brùll, dans ses Jahrbûcher, I, 
22), donne ce récit sous une (orme un peu différente, d'après une autre rédaction du 
Traité des deuils : -patf .17381 T^N nittKJtt fin Lipb73 ÛTN mfciJn b^> 

iDDDn btf imttat* "papba 'rnnos aaa r: n73N pnas nn -iîj»bN rai 
ûi-mo ■wa ■pâma an»™ D^asm .'pno )nrhy td-id^id *iy "jrnanb 

."itiN non i73N biBi ^na misa ma bu: 

* Les dictionnaires rendent ÎT^pS par « vallée », ce qui ne donne pas de sens sa- 
tisfaisant ici ; des passages comme Bertich., f>2# : 7"ijD3 TWiI "HlflN ttbl3> 1738 

t *3n "Wa in: la ■>o ,, n .la^i-o i-pan "pai wynnv "j73î bs rrypam /p» 
■para "jttT bs rwpaai attira i-^nn "p**" 1 isaynEia Jet bs i^n mrw 

1Ï-T81") T"P2n, montrent que ce mot désigne un champ ou un jardin ouvert, par 
opposition au champ entouré d'un mur ou d'une haie. Cette explication convient 
parfaitement aux passages suivants : Houllin, 110 a, !l3 1*131 82Ê73 ïiyp'n D1 
•"H} « Rab trouva un champ sans clôture et l'entoura d'une haie » ; Baba Batra, 61 £, 

rtbina ttJpsa n-panb irna lanttfi; Tohorot, vi, 5 (&zW^, 6«), rra'pab dsm 
■^ni îbn aip73b ^nabrs i738i nmbs ï-maa nattiai û^ttican m»ia 
ïTflBH imab Tioaba un anv ; #irf. f yi, 7 : mci nïïnn m^a ï-jspnï-j 
*pb Tmn mtm ûmiïjan. nwai rra^iab û^airr mon naisb ttpîi 
.■pbi 

3 Le manuscrit de M. A. Epstein, de Vienne, dont j'ai pu me servir grâce à l'obli- 
geance de son possesseur, porte ici : Î311Î8 873pOlb:o dïn TTlÉSt* ttpb et 
immédiatement avant : battnïlb pulp^SN £p3 17318 811D p "prtV "Q1 

.•jnrwa lamai ppbTa bna nirnnb mttï* rpoi. n s'agit d'un récipient 

qui empêchait les ossements de plusieurs personnes de se mêler et qui, partant, ne 
pouvait être de bois. Mais comme N73pOlb} se trouve à côté, le récipient est déjà 
nommé. Ce qui est sûr, c'est que Nahmanide et le Tour n'ont pas ce mot, qui pour- 
rait être une glose explicative. 

4 Ce n'est pas Eléazar b. Sadoc de Galilée, car le père de celui-ci est mort en 
Médie (Semah., xm ; b. Nazir, kka) et Eléazar demeurait vraisemblablement a Ti- 
bériade, où Elischa b. Abouya était le chef de l'école. C'est plutôt Eléazar b. Sa- 
doc qui demeura à Jérusalem jusqu'en 70, puis à Yabné, auprès de R. Gamliel, et 
à qui nous devons beaucoup de renseignements sur Jérusalem. 



L'ENTERREMENT DES CRIMINELS 77 

cadavres. Ce fait concorde avec la circonstance que nous lisons 
de nombreux préceptes sur le recueillement et l'enterrement des 
ossements dans Semahot xn; b. Moed Kat., 8 a; j., i, 80 c, 1. 73 
etss., préceptes énoncés par Yohanan b. Nouri, Aquiba, Eléa- 
zar b. Sadoc et d'autres docteurs. Mais, de la façon dont ces rensei- 
gnements sont donnés, on a l'impression que c'était un usage non 
pas général, mais limité à certains cercles; il n'en est pas moins 
singulier qu'on ait procédé pour l'enterrement des suppliciés 
comme pour celui du pieux R. Sadoc. 

Nous lisons, d'autre part, dans le Midrascli Qohélet Rabba, sur 
i, 15, § 1 : « Deux malfaiteurs vivaient et péchaient ensemble; 
mais le premier fit pénitence avant de mourir, de sorte qu'il fut, 
dans l'autre monde, en la compagnie des justes. Le second négligea 
de se repentir et alla grossir le nombre des impies. Quand il 
aperçut son compagnon au milieu des justes, il demanda: « Y 
a-t-il ici des privilèges? N'avoirs-nous pas, lui et moi, vécu, volé 
et péché de concert, pourquoi donc occupons-nous des places 
différentes? » Il reçut alors cette réponse : « Insensé! m">n bvntt 
,-Dpb "ji-na irbnrm ^po^sn ab ynaài n^bu:(n) ûw 'fnmE nnab 
^-n» rrrab ynujrn ^bvian Tpnn nam ,r#bnn "pr^n rrcn yxv ^'nnn 
...p^D nmian ï-niijn nn^un : tu as "été avili après ta mort pendant 
trois jours 1 , tu n'as pas été placé dans une bière, mais traîné avec 
des cordes dans la tombe ; les vers ont formé ta couche et les ver- 
misseaux ta couverture. Quand ton compagnon vit ton ignominie, 
il jura d'abandonner sa mauvaise voie et il vint à résipiscence 
comme un homme pieux. » On remarquera, avant tout, que le 
criminel dont le cadavre subit cet outrage pendant trois jours doit 
être considéré, soit comme exécuté et ainsi traité par la justice, 
soit comme condamné par ses parents ou ses concitoyens à cette 
flétrissure, par une espèce de jugement des morts. Il est inhumé 
sans cercueil, afin que les insectes puissent librement le ronger 
par le haut et par le bas — d'après Is., xiv, 11 — et il est traîné 
dans la fosse au moyen de cordes. On ne nous dit pas très claire- 
ment si la flétrissure a duré en tout trois jours, de sorte qu'après 
ce temps le malfaiteur aurait été exhumé et enterré auprès des 
siens, ou bien s'il est resté trois jours sans sépulture et a été, en- 
suite, mis en terre d'une façon ignominieuse. Comme il n'est pas 
vraisemblable qu'on l'ait traité, le jour de sa mort, autrement que 
le supplicié dont parle Ueut., xxr, 23, l'outrage qu'on lui fit subir 

1 Dans Rut h Rabba, sur ni, 4, on lit Je même récit en ces termes : r\^11 blT573 

-ppb ^"îiii û^bnm «bi cw ntttbra ^nrr» nnab 'fbtû'iE'i, de sorte 

qu'il faut lire également dans notre texte DlDbuî, comme Straschun eu i'ait déjà la 
remarque. 



78 REVUE DES ETUDES JUIVES 

consistait en ce qu'il resta inhumé trois jours durant sans cer- 
cueil, après qu'il eut été traîné avec des cordes au lieu de sépul- 
ture ; mais ensuite il fut de nouveau enseveli auprès des siens. 

S'il en est ainsi, ce traitement correspond à celui qu'exerce le 
tribunal à l'égard du condamné à mort, et il va de soi que la flé- 
trissure infligée au brigand n'était pas plus grande que celle que 
décrétait la justice. 

Or, on signale ici le fait que le cadavre ne fut pas placé dans 
une bière ^no'OSïi ab ï'naVi ; ce ne peut pas être un traitement 
déshonorant, car une série de passages du traité Semahot mon- 
trent que les morts n'étaient pas toujours portés au tombeau en- 
fermés dans un cercueil, mais nus et étendus sur une couche. Déjà 
Nahmanide (uiiXn min, 37 d et ss.) s'est occupé de la question de 
savoir si l'ensevelissement se faisait dans une bière et il est arrivé 
à cette conclusion que cette pratique n'est nullement valable et 
que .l'inhumation dans un cercueil n'est pas régulière, car le corps 
doit être en contact avec la terre. Traiter ici cette question me 
mènerait trop loin; je me contenterai de citer quelques passages 
qui montrent qu'à l'époque des Tannaïtes on enterrait sans cer- 
cueil. On fait un devoir à celui qui trouve un cadavre en plein 
champ de l'enterrer sur place {Semahot, iv, 33; b. Eroiïoin, 17 &). 
Dans b. Moed Kat., 27 b en bas, une baraïta dit : « Auparavant 
on découvrait le visage des riches et on couvrait celui des pauvres, 
qui était devenu noir par l'effet de la faim; comme les pauvres 
avaient honte de cette différence de traitement, on décréta que, 
par égard pour eux, on couvrirait le visage de tous les morts. » 
D'après Semahot, vin, on dénoue les cheveux des fiancées et on 
couvre le visage des fiancés. Dans Moed Kat., 21b; Tos. 
Mdda, ix, 17, on dit : « Auparavant l'enterrement du mort 
occasionnait de grandes dépenses aux parents, de sorte que 
ceux-ci se dérobaient à ce devoir; alors R. Gamaliel ordonna 
qu'on l'enterrât dans un simple linceul de lin, et le peuple 
adopta cette mesure. » Toutes ces circonstances supposent que 
le cadavre était visible à tous lorsqu'on le portait au tombeau. 
La même conclusion est sous-entendue par la disposition édictée 
dans la Mischna de Moed Kat., m, 8 : « On n'expose jamais en 
public la civière des femmes, pour respecter les convenances. » 
De plus, il est toujours question de la ttûfc, qui ne peut être le cer- 
cueil; elle est mentionnée dans II Sam., m, 31, et dépeinte minu- 
tieusement par Josèphedans la description des funérailles d'Hérode 
(Bell, jud., I, 33, 9; Anliq , XVII, 8, 3). Elle était toute d'or, 
ornée de pierres précieuses ; sur elle était étendue une couverture 
de pourpre qui portait le corps du roi, le diadème sur la tête et le 



L'ENTERREMENT DES CRIMINELS 79 

sceptre à la main. C'est du même objet que parle la baraïta de 
Aboda Zara, 11 a : « On brûle en l'honneur des rois leur civière 
et leurs meubles. » A la vérité, l'expression rmmpi t-jattn *twù 
« les porteurs de la ïiatt et ceux qui l'enterrent » — expression qui 
revient souvent — semble militer pour l'identité avec le cercueil 
(Semah., iv, 13, 29; vi), mais, en réalité, on dit seulement que la 
civière était également descendue dans la fosse. De même, la 
circonstance que, dans une phrase de R. Simon b. Gamaliel, on 
emploie îtatt (dans b. Sanh., 48& en haut) et friN (dans Semah., 
ix, i. f.) ne peut être invoquée dans ce sens, car il pourrait y 
avoir dans le dernier passage une inexactitude provenant d'un 
usage en vigueur en un autre temps ou en un autre lieu. Nous 
lisons, en effet, dans Edouyot, v, 5, qu'on plaça une pierre sur la 
bière d'Akabia b. Mehalalel, mort excommunié; dans b. Berach., 
19 b, R. Eléazar b. Sadoc raconte qu'il sauta par-dessus des cer- 
cueils pour aller à la rencontre d'un roi juif ; d'après Aboi de R. 
Natan, iv, 12a (2 e recension, vi, 10a) Yohanan b. Zaccaïfut porté 
comme mort dans un cercueil hors de Jérusalem ; d'après Semah., 
vin, on suspendit au cercueil de Samuel le Petit une clef et un 
livre, parce qu'il n'avait pas de fils; dans Semah., i, 5, on dit 
qu'il ne faut pas manifester de tristesse dans la maison d'un 
mourant, ni y transporter la bière, avant que la mort ait fait son 
œuvre. D'après la Mischna de Moed Kat., 24 a et b; Semah., ni, 
3, les nouveaux-nés sont portés dans les bras, les enfants âgés de 
30 jours dans une caisse, ceux de 12 mois sur une civière. R. 
Yehouda dit : « Si le père veut rendre des honneurs particuliers 
à un enfant âgé de 3 ans, il peut faire apporter un cercueil au lieu 
de la sépulture. » Il peut y avoir eu là-dessus, dans différentes 
contrées de la Palestine, un usage différent, et c'est seulement 
dans les cas où le cadavre était porté dans un endroit éloigné que 
le cercueil apparaît comme d'un usage général ; il en est ainsi 
du patriarche Juda I, qui dicte ses dernières volontés au sujet 
de son cercueil dans j. Kilayim, ix, 32 &, 1. 3, et qui, mort 
à Sepphoris , fut enterré à Bet Schearim , comme il est dit 
dans ce dernier passage et dans b. Ketoub., 103 &, en bas. 
De même les cadavres portés de Babylonie en Palestine, pour 
y être enterrés, étaient enfermés dans des cercueils (j. Kilayim, 
ix, 32 6, 1. 39; 32 0\ 1. 3) K 



1 Les ossements des morts étaient, comme nous l'avons déjà vu, enterrés dans 
NfàpO^bà, une caisse; mais nous trouvons aussi, pour le transport des ossements, 
la fiOp^CH , qui est expliquée par tous les lexicographes et récemment par 
Blau [Buchwcsen, 179) par « double sac », Staobcxiov. Dans b. Berach.^ 18a, une 
baraïta dit : « Celui qui transporte des ossements d'un endroit à l'autre ne doit 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais alors nous ne comprenons pas pourquoi on l'ait ressortir 
comme un outrage infligé à la dépouille mortelle du brigand le 
fait qu'il n'a pas été enterré dans un cercueil. Le mot "jvitf, dans 
la phrase "pD^Dfi fiscb 'j-nabi, ne signifierait-il pas plutôt la môme 
chose que ûtic* pour les suppliciés et ne faut-il pas lire ce mot 
ainsi? Pour que cette faute, d'ailleurs facile à concevoir, ait pu se 
produire, il ne faut laisser tomber aucun mot, car la Tosefta de 
Sanh., ix, 8, porte également irisa "jn-ia l^aipi pour inaa; dans 
ce cas, D^aïi « il fait entrer » confirmerait, pour ce dernier mot, 
le sens de « niche funéraire ». 

D'après le même Midrasch, notre malfaiteur avait été traîné 
dans la fosse au moyen de cordes. Qu'est-ce à dire? Le cadavre 
était transporté par des cordes, lesquelles servaient aussi à le faire 
glisser. Nous retrouvons ce trait dans la baraïta de b. Pesah., 
56 a, en haut (j. Nedar., vi, 40 a, 1 7; b. Sanh. % 47 a). Il y est 
dit : Ezéchias fit six choses; pour trois les docteurs lui donnèrent 
leur, assentiment, polir trois ils le lui refusèrent: 1° m»s* Tra 
trban ba rrûft hy ras : il traîna les ossements de son père sur une 
civière de cordes ; 2° il mit en pièces le serpent d'airain; 3° il fit 
disparaître le Livre des Guérisons : pour ces trois choses il obtint 
leur approbation; 4° il coupa les portes du Temple et les envoya 
au roi d'Assyrie; 5° il boucha les eaux du Guihon supérieur; 



pas les mettre dans une JS^pOl et celle-ci sur un âne, afin de chevaucher dessus, 
ce qui serait un traitement méprisant ; mais cela est permis si l'on redoute des non- 
juifs ou des brigands. Il en est de même des rouleaux de la loi. » La même baraïta 
se trouve dans j. Berach., m, 6t/, 1. 47, ainsi conçue : « Si une ipCP"^ est pleine 
délivres ou contient des ossements, il faut la mettre derrière soi et ainsi voyager. » 
Il s'agit d'un objet qu'on a, en général, sous soi, quand on va à cheval, et qui, dans 
ce cas, doit être, par égard pour le contenu, placé derrière le cavalier. Le même 
passage est reproduit avec des variantes dans Semah., xm : « Celui qui transporte 
des ossements ou des livres saints ne doit pas les mettre sur une voiture, un na- 
vire ou une bête de somme et s'asseoir dessus ; mais si c'est pour l'utilité de l'objet 
transporté, ou pour éviter les droits desortie et d'entrée, la chose est permise. » Nous 
trouvons la fcOpOT comme faisant partie du harnachement de l'âne dans Tos. Baba 
Batra, vi, 2; b., 78<z : « Celui qui vend un âne ne vend pas par cela même la 
N^pO^T, le "073"D et le sac. » Mais qu'il ne faille pas songer à un double sac, c'est 
ce que moutre b. Sabbat, 142 6, j., xvi, 15c,1. 68, où R. Assi raconte qu'un jour de 
sabbat, quelqu'un ayant oublié dans la rue une fcOpOT pleine d'argent, R. Yo- 
hanan demanda ce qu'il fallait faire à cause du sabbat. Se figure-t-ou un double sac 
rempli d'argent qu'on aurait oublié dans la rue? Dans j. Eroubin, vi, 23c, I. 17, 
R. Jacob b. Aha dépose dans lauberge son bâton, ses chaussures et sa JOp n O T H, 
qui devait donc contenir tout son bagage. Semblablement les mots lb" , 72*im "lbp73, 
dans Yebam., xvi, 7, désignent les effets d'un voyageur dans l'auberge (Sabbat, 31 a; 
j. Schebouot, vin, 38c, 1. 58); de même, dans Berach., ix, 5 : lb235Wl "lbpftS 
inTDTDNDI et dans Rosch Haschana, il, 9 : ^m^SI ^bp' 33, Dans ^ aba 
Kama, 105 a, ÊOpOT est une bourse; dans i. Sabb., vu, 10 s. 1. 41, on lit : Û"»jTN 
.nn^n b^IDDl nniDS ma *' 3 TTI»1 "itiJlp WpO^l blI5. H me paraît plus vrai- 
semblable de dériver notre mot de câytov, diminutif de càyu-a, qui désigne l'objet 
dont on charge le cheval, l'âne ou ie mulet, couverture ou bât. 



L'ENTERREMENT DES CRIMINELS 81 

6° il déclara Nissan embolismique pendant Nissan même : sur 
ces trois points, ils ne l'approuvèrent pas. On voit que le n° 2 est 
la simple reproduction de II Rois, xvm,4; le n° 4 de II Rois, 
xvin, 1G; le n° 5 de II Chron., xxxn, 30; le n° G repose sans doute 
sur II Chron., xxx, 20 et ss; le n° 3 n'est indiqué nulle part dans 
la Bible, mais il a sa source dans la guérison merveilleuse du roi 
Ezéchias, contée dans II Rois, xx, 1-3; Isaïe, xxxvm, 1-3; Il 
Chron., xxxn, 24, et, d'autre part, il est fait mention dans Suidas 
(s. v. Ezéchias) et chez d'autres (v. Schùrer, III, 304) d'un Livre 
des remèdes du roi Salomon qui fut caché par Ezéchias. Par 
contre, le n° 1 , la flétrissure infligée au cadavre du roi Achaz par 
son fils Ezéchias, n'a aucun appui, à ma connaissance, dans le 
texte biblique. C'est seulement la contradiction entre les deux 
mentions de l'enterrement, dans II Rois, xvi 20 : « il fut enterré 
avec ses pères dans la ville de David », et dans II Chron., xxvin, 
27 : « on l'enterra dans la ville de Jérusalem, car on ne l'inhuma 
pas dans le tombeau des rois d'Israël », c'est cette contradiction 
qui a pu conduire à admettre que le corps de ce roi reçut un trai- 
tement particulier, qu'il fut inhumé d'abord, non pas auprès de 
ses pères, comme l'exigeait l'ancien usage, mais dans la ville de 
Jérusalem, et que plus tard, toutefois, il fut porté dans le Tom- 
beau des Rois. On expliquerait ainsi qu'Ezéchias eut l'occasion de 
ne pas traiter le cadavre de son père selon les us et coutumes ; 
mais pourquoi l'aurait-il traîné sur une civière de cordes et que 
voulait-on faire entendre par là? 

D'après II Sam., m, 31, Abner, le lieutenant de David, fut porté 
au tombeau sur une nato ; il en fut de même pour Hérode, d'après 
Josèphe (Bell, jud., I, 33, 9; Antiq., XVII, 8, 3). Cet auteur ra- 
conte que les habitants deTibériade, par haine pour le roi, et dans 
leur sottise, construisirent une belle civière, relevèrent, et, s'étant 
rangés autour d'elle, se lamentèrent burlesquement, en riant et 
plaisantant. La Tosefta de Nidda, îx, 10, dit au sujet de la civière 
mortuaire généralement employée : « Auparavant on emportait 
les riches sur un ia;m, et les pauvres sur une arrbs; plus tard, 
par égard pour les pauvres, on emportait indifféremment les 
riches sur l'un ou sur l'autre. » Nous ne reconnaissons pas avec 
certitude la signification exacte de ces deux mots; mais il n'est 
pas douteux que le premier désigne une couche plus noble, le 
second une couche plus misérable; rarm est, en effet, dans le 
Targoum Jonathan sur Gen., xlvii, 31, la traduction de la natt 
sur laquelle Jacob malade est couché, et dans Nedarim, vu, 5, on 
lit : « Celui qui s'est interdit par un vœu l'usage du lit peut se 
servir d'un \urrn, d'après R. Méir; les docteurs disent que le tûJTO 

T. XLVI, n° 91. 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est compris dans le terme de « lit ». Celui qui s'interdit le ttttTr 
peut se servir d'un « lit ». De ce texte il ressort que ram est une 
espèce particulière de lit. Dans b. MoedKat., 27 a, R. Simon b. 
Gamaliel exige qu'en signe de deuil, les lits soient renversés : 
vbattD bsiaKffi TWafip na -pria wn, et de même j. Berach., m, 
5 d, 1. 70 : a%™ tqin -)î3>ba p "para© ^m msaaa ttïwi nspïa raa-n 
•pnîibtû yntaanbp (cf. Semah., xi). D'après ces textes, le raa-n est 
un lit qui devient impropre au service, même s'il n'est pas ren- 
versé, quand Tune de ses pièces est détachée et abaissée. 11 
semble que cette pièce soit le dossier et cette explication est con- 
firmée par le mot de j. Nedar., vu, 40 c, 1. 25 : •p-iraaibp pour 
•p-iuanbp qu'on interprète par xXtrqptov 1 . Le fait même qu'en 
syriaque le mot min est employé pour rendre xpàêêaxa, et qu'ail- 
leurs il désigne la crèche (Brûll, 37), fait comprendre que idjto 
signifie le brancard avec un enfoncement en forme de crèche pour 
le coucher. A cette explication correspond celle que donne R. 
Yirmiya dans b. Moed Kat., 27 a (cf. j. Berach., n, 5 d, 13), tta-n 
ma b* i-ttvpo i-rcaa imna "îav-no, que la partie tressée du uja-n est 
en profondeur, celle du lit en hauteur. En tout cas, ce meuble est 
la couche des gens distingués et c'est pourquoi il sert, d'après 
Sanh., ii, 3, de siège au roi en deuil, quand on lui offre un repas, 
tandis que le peuple s'assied à terre. Ces litières servaient de lieu 
de repos aux riches malades, comme on voit par Marc, n, 4, 9, 11, 
12; Actes, v, 15, et, après leur mort, on s'en servait pour les 
porter à leur demeure dernière. Il en est de même du lit qui est 
mentionné dans les passages qui ont été réunis plus haut 2 . Dans 
les discussions halachiques ces meubles sont décrits avec plus de 
précision et nous apprenons que c'était une pièce carrée, en bois, 
dont les côtés étaient appelés j-ona dans la longueur et rnisp 
dans la largeur [Kélim, xvm, 5; Tos. II, vin, 6); elle avait quatre 
pieds (twnaa, Soucca, n, 5; Kélim, xvm, 5) qui étaient si élevés 
qu'on pouvait dormir sous le lit, et on y dormait en effet (Soucca, 
ii, 1). La couche était formée par une corde que l'on tirait au 
travers des parois latérales (Kélim, xvi, 1; xix, 1; cf. Ketoubot, 
65 a, en bas) et parfois, quand Ja corde était trop longue, elle 
dépassait (Tos. Kélim, II, ix, 4). Si quelqu'un tombait malade 

1 Sûrement "Pta'^-lp parle résolument en faveur de l'explication de Brûll (dans 
le Yeschurun de Kobak, VIII, 35, et ss.), qui y voit, au lieu du fauteuil de l'Aruch, la 
litière, xpàêêara ; de même Lôw, dans Krauss, Lehnwôrter, II, 545 i. 11 ne peut ce- 
pendant s'agir des bandeaux de la civière, mais des supports qui servent à la porter, 
xpaêêaràptov. 

* Le lit faisait partie de l'installation de toute maison tant soit peu aisée, cf. 
Il Rois, iv, 10 ; d'après la Mischna de Ketoub., v, 8, le mari doit donner à sa femme, 
$'il confie son entretien à une autre personne, un lit, une couverture, une natte. 



L'ENTERREMENT DES CRIMINELS 83 

sur un lit de ce genre qui lui appartenait et s'il y mourait, on s'en 
servait pour le porter au tombeau; car, b. Moed Kat., 24:0,, on 
raconte que le lit sur lequel R. Houna était étendu ne pouvait pas 
passer par les portes de sa maison; on voulut alors le porter par- 
dessus les toits, ce que R. Hisda ne permit pas, alléguant une 
sentence ancienne ; on voulut placer le mort sur une autre civière, 
mais R.- Hisda rappela la maxime de R. Houna : natta mas ûan 
îmiûan : on honore le docteur en le portant au tombeau sur la 
première couche. Il est vrai que ce fait se passe en Babylonie, 
mais les maximes alléguées par R. Hisda sont d'origine an- 
cienne; la dernière paraît remonter à Rab, mais à la vérité seule 
la motivation est de Rab, et il est manifeste qu'elle-même vient 
de Palestine. 

Quant aux pauvres qui ne possédaient pas de lit et qui dor- 
maient à terre (Abot, vi, 4: )wr\ yiiïn b*) 1 , ils se servaient, 
d'après la Tosefta de Nidda, ix, 16, d'une aa->ba 2 ; c'était, à ce 
qu'il semble, une claie formée de tiges d'osier, de roseau ou de 
jonc entrelacées qu'ils employaient à défaut d'autre lit. Par consé- 



1 Comparez les moqueries débitées au théâtre par le mime contre les Juifs, dans 
Echa r., proœmium 17 : « Les Juifs n'ont pas de bois pour faire cuire leurs aliments 
pour le samedi et ils emploient à cet usage leurs lits ; aussi dorment-ils à terre et leurs 
cheveux sont souillés de poussière. » Sifra, 109 d; Kidd.,' lia; Nedar,, 50a, 
parlent du coucher sur la paille. 

2 Le récit parallèle de Moed Kat., 21a et b, a, dans les éditions, ïia^ba, voir 
Tossafot, 27 b t s. v., et Aruch, IV, 236 b ; mais tous les textes dignes de foi portent 
Na^ba ; cf. Habbinowicz, ad loc. Ce mot désigne dans Amos, vin, 1, une corbeille 
à figues ; dans Jér., v, 27, une corbeille pour la volaille, et il se retrouve avec la 
même signification dans Bèça, 24«, où l'Amora Samuel dit, en parlant des oies, des 
poules et des pigeons, qu'ils regagnent le soir venu le 2*lba. Le passage suivant 
de Echar., proœmium 9, Pesikta, 137 b, est encore digne d'attention : « Lors de la 
prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, les Ammonites pénétrèrent dans le Saint des 
Saints, y trouvèrent les deux chérubins, les prirent et les mirent dans une na^ba 
pour les montrer au monde; cf. Buber, ad L, note 3. Ce ne peut être une corbeille, 
mais un brancard portatif, et il faut comparer à ce texte celui de Gruittin, 56 5, où 
Titus pénètre dans le sanctuaire, prend le rideau du Saint des Saints et, s'en ser- 
vant comme d'une "ûmàTU, emporte, après les y avoir mis, tous les objets du 
Temple (Gen. r., chap. x, 7); or 'VjrPijn'U désigne une corbeille tressée avec des 
tiges d'osier, comme dans Lévit. B., chap. xxn, 3, Qohél. R., sur v, 8, § 3; N^ba 
est manifestement une civière portative tressée avec de l'osier ou du jonc. Nous 
voyons ailleurs encore que les pauvres, quand il est possible, tressent ainsi leurs 
ustensiles ; ainsi Moed Kat., 27 a : « Auparavant les riches apportaient dans les 
maisons des personnes en deuil des mets dans des vases d'argent ou d'or, les pauvres 
dans des corbeilles de tiges d'osier écorcées ; plus tard on décida, par égard pour les 
pauvres, que seules ces corbeilles pourraient être employées. » Dans la même baraïta 
on raconte que R. Gamaliel, en considération des frais d'enterrement qui pesaient 
sur les pauvres, décida qu'on le portât au tombeau dans de simples toiles de lin 
(Tos. Nidda, ix, 16j. Mais nous lisons dans Berach., 18 b, qu'une mère enterra sa 
fille dans une natte de roseaux. De même R. Josua b. Lévi raconte, dans Lévit. R., 
chap. xxviii, 1, qu'il vit à Rome un pauvre couché sur une natte de roseaux et cou- 
vert d'une natte. 



84 REVUE DES ETUDES JUIVES 

quent, quand nous lisons que le roi Ezéchias fit traîner le cadavre 
de son père sur une civière de cordes, cela voudrait dire simple- 
ment qu'il le priva non seulement des honneurs dus au roi, qui 
était porté au tombeau sur une civière d'or, mais aussi de ceux 
que l'on rendait au riche, qui sortait en litière, et qu'il lui appliqua 
le traitement d'un homme ordinaire, lequel était porté à sa tombe 
sur une couche tressée avec des cordes. Mais le fait que le 
cadavre fut traîné sur la civière de cordes ne convient pas à cette 
explication, et ce qu'on dit du malfaiteur, à savoir qu'il fut traîné 
au tombeau avec des cordes ne s'explique pas davantage avec 
cette civière. 

Or, nous retrouvons des détails semblables dans le Midrasch 
Echa rabba, sur m, 16. Nous y lisons, en effet : « Le fils de R. 
Hanina b. Teradion (le docteur galiléen qui périt dans la persécu- 
tion religieuse sous Adrien) était entré dans une bande de bri- 
gands, mais il fut tué par ceux-ci, parce qu'il les avait dénoncés, 
et on lui remplit la bouche de terre et de pierres. Son père trouva 
son corps dans le désert; abpb itupan aa"6aa irrwrû ûw rwh® nruô 
•jrp:n abi T»a& *naa ^dïï vby : « Au bout de trois jours on le plaça 
dans une awba et on voulut réciter en son honneur un chant 
funèbre par égard pour son père, mais celui-ci ne le souffrit 
point. » Le texte du Midrasch des Lamentations publié par Buber 
n'a pas le mot aa^ba en question. Le texte est encore reproduit 
avec quelques différences dans Semahot, xn : irusb msn nsteu 
wn ^-inb imo^am ïTtafcfi ra b? mmaï-n vmaa vnsna ûw ï-itabia 
.uns bu5i vas bu) inaaa vsab "pabptt Ytn. Levons d'abord une diffi- 
culté : maaa nïTttrc ne peut pas signifier qu'on donna au mort un 
lieu de repos, car il n'est inhumé que plus tard. Avec fra et a on 
attendrait plutôt un mot comme cercueil ou quelque chose d'ana- 
logue. D'après le passage parallèle, maaa est évidemment une 
corruption pour aa^baa, mot que les copistes n'ont pas compris. 
D'autre part, les mbvrt mabfi (éd. Mantoue, 142 c) et Nahmanide 
pnxn min, 33 c) ont, dans ce passage du Midrasch, au lieu de 
Yttaaa, le motrmttatt, qui est assurément plus clair, mais qui, à 
coup sûr, a été ajouté pour expliquer to^ba. Une Consultation 
d'un Gaon (a^ifcwn manain, éd. Coronel, 15 6), dans le récit paral- 
lèle de Semahot cité d'après van ban, porte également nrmasa 
(cf. Millier, nnatt, 30 et ss.); ce sont des filets, ce qui correspond, 
en effet, au motaa^ba '. Ainsi, le cadavre déjà gonflé est placé sur 

1 Dans Semah., xm : -nan ,rvmM3Ma pria ï-it "nn -iapa mttiw wfctoa 

,ûtonp73?3 W Nb Û*n21N û^nam /Na^py "an, ce n'est pas le même mot; 
il faudrait plutôt lire le terme obscur niTlTaffla, dont il a déjà été question 
plus haut. 



L'ENTERREMENT DES CRIMINELS 83 

une claie ou dans un filet et est ainsi porté en terre. La version 
beaucoup plus détaillée de Semahot ajoute qu'on plaça le cadavre 
sur une civière et qu'on le porta ainsi à la ville 1 . Comme la 
Na^ba, ainsi que nous l'a appris le passage de la Tos. de JSidda, ix, 
16, est seule la civière des pauvres et que le Midrasch n'en cite 
pas d'autre, ce trait est tout simplement une amplification du 
récit primitif 2 . Nous voyons donc que les gens, malgré la consi- 
dération qu'ils pouvaient avoir pour un père illustre, employaient 
la Na^a, qui doit, par conséquent, répondre à la mauvaise répu- 
tation du mort et à sa fin ignominieuse : c'est donc la civière des 
criminels. C'est d'elle que le passage précité du Midrasch Qohél. 
sur i, 15, qui parle du brigand inhumé d'une façon infâme, dit : 
*npn 5N yrrù trbana : « on le traîna avec des cordes au tom- 
beau », et la baraïta qui mentionne les funérailles faites par Ezé- 
chias à son père Achaz : trban hu> natta ma n*itt£:> tt:; : « il traîna 
les ossements de son père sur une civière de cordes », c'est-à-dire : 
il le traita comme un criminel. La civière généralement employée 
était, comme on voit par j. Berachot, ni, 6 &, 1. 14, portée sur 
les épaules; le filet, au contraire, dans lequel les criminels étaient 
transportés jusqu'au tombeau, était sans doute porté avec les 
mains au moyen d'une perche, de sorte qu'il semblait que le 
cadavre était traîné. Il faut remarquer aussi que le brigand du 
Midrasch Qohélet, aussi bien que le fils de R. Hanina, ne fut 
enterré qu'au bout de trois jours ; c'était évidemment un outrage 
infligé intentionnellement à la dépouille mortelle, et on a vu plus 
haut qu'il paraît vraisemblable que le cadavre ne restait pas trois 
jours sans sépulture, mais qu'il était enterré dans un tombeau 
spécial, puis porté comme tout autre, au milieu des lamentations 
et des chants, dans le caveau de famille. Pour le roi Achaz, la 
contradiction entre les deux récits bibliques oblige à supposer ce 
traitement et rien, dans les deux autres cas, ne contredit cette 
hypothèse. 

Le fait que le cadavre est traîné dans les rues se trouve, dans 
de semblables circonstances, dans le Séder Olam, ch. xxvm (cf. 



i Nahmanide a ici : ^"ina i m ara m natta lî-nîoam natta imrraï-n 

■"P3>!n, ma i s il n'est pas douteux que lîTlN"'a!Tl Ha73a soit une simple dittographie. 
2 Nous lisons dans Semahot, m, 3 : Simon HTT^ TIN "ja dit : Celui qui est porté 
au tombeau sur une civière est l'ob et d'un éloge ; et le passage parallèle de Moed Kat., 
24 b, en haut, est ainsi conçu : H. Simon b. Eiéazar dit : Celui qui est porté au tom- 
beau sur une civière est cause que beaucoup s'affligent pour lui (D^a^niÉtt) ; mais 
celui qui n'est pas transporté ainsi ne cause pas cette affliction. Ce passage nous auto- 
riserait à conclure de l'éloge fait au fils de Hanina à l'utilisation d'une civière. 
Mais le fait est isolé, et il est dû uniquement à la considération dont jouissait 
le père. 



86 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Lêvit. R., cliap. xvm, 2). Pour accommoder les deux dates indi- 
quées dans II Rois, xxv, 27, et Jét\, lu, 31, sur la libération du 
roi Joyachin par Evil Merodach — dates qui ne diffèrent l'une de 
l'autre que de deux jours — on y explique que Nabuchodonosor 
mourut le 25 du douzième mois, que, le 26, Evil Merodach le fit ex- 
humer et traîner hors du tombeau pour abolir ses décrets, afin que 
lussent accomplies ces paroles d'Isaïe (xiv, 19) : « Tu as été jeté 
hors de la tombe, comme un rejeton abominable ». . ., et, le 27, il 
mit en liberté Joyachin. Ici le cadavre est traîné après avoir été 
déterré et on indique comme raison de ce traitement la révoca- 
tion des lois du roi ainsi flétri. Le récit parallèle des Abot de R. 
Natan (2 e recension, xvu, 19 a) ajoute encore dans ce sens : Evil 
Merodach dit : « Un roi ne peut abolir le décret de son prédéces- 
seur qu'en faisant exhumer et traîner son cadavre. » Le Tannaïte 
auteur de cette addition ne peut avoir conclu ce traitement uni- 
quement du passage d'Isaïe ; il a dû plutôt remarquer une pra- 
tique semblable de son temps et l'avoir appliquée à l'antiquité. Or 
il faut remarquer la manière dont saint Jérôme reproduit, sur 
Isa'ïe xiv, 8, la même agada (v. Graetz, Monatssch., 1854, III, 
430) : « Evilmerodach. . . ut fidem patris (Nabuchodonosoris) mor- 
tui faceret, aperuit sepulchrum et cadaver ejus unco et l'unibus 
traxit ». On y oit que le mot TTi:n est expliqué par « il le fit traîner 
au moyen d'un croc et de cordes », et l'on est tenté d'admettre que 
le Père de l'Eglise a introduit ici un trait particulier des mœurs 
romaines, car à Rome « les condamnés étaient, après le supplice, 
jetés par le bourreau, au moyen d'un croc, sur le degré le plus 
proche, puis traînés dans les rues par ce même croc et précipités 
dans le fleuve» (Mommsen, Rom. Strafrecht, 988). Mais saint Jé- 
rôme parle aussi du cadavre traîné après l'exhumation et ne dit pas 
qu'il ait été ensuite jeté au loin; il explique probablement rnx) 
û^bnm comme les autres passages le font formellement. Le roi 
Ezéchias aurait donc enterré le cadavre de son père dans un en- 
droit quelconque de Jérusalem, puis il l'aurait, au bout d'un cer- 
tain temps, déterré, fait porter dans les rues de la ville sur une 
civière de cordes, comme pour un criminel, et en dernier lieu il 
l'aurait transporté auprès de ses pères dans la ville de David. Il 
faut voir le même traitement dans le double enterrement des cri- 
minels condamnés à mort par les tribunaux juifs; à la vérité, on 
ne dit pas à ce propos que le cadavre fût traîné, mais il faut vrai- 
semblablement compléter le tableau par ce trait l . 



1 Je voudrais à cette occasion faire une remarque sur le passage si souvent com- 
menté de I Sam., xxxi, 12 : les habitants de Yabesch-Guilead vont chercher le ca- 



L'ENTERREMENT DES CRIMINELS 87 

Je voudrais, en terminant, dire un mot de l'enterrement de 
Jésus; la comparaison s'impose tout naturellement. Nous man- 
quons entièrement d'indications précises sur ce fait. On sait que 
Joseph d'Arimathie obtient du procurateur Pilate le corps de Jésus 
pour le rendre à la terre, le place à la hâte et provisoirement dans 
un sépulcre, se proposant de l'enterrer définitivement au bout de 
deux jours *. Tout le monde connaît le débat qui s'est élevé sur le 
point de savoir s'il s'agit d'un tombeau pour les suppliciés ou d'un 
tombeau d'honneur. Après les développements qui précèdent, je 
me contenterai de faire remarquer qu'en admettant que le procédé 
décrit dans la Mischna ait été observé pour Jésus — supposé, bien 
entendu, qu'il existait déjà et que ce procédé n'est pas d'origine 
postérieure — la fosse devait être creusée dans la terre, tandis 
que les Evangiles parlent expressément d'un sépulcre taillé dans 
le roc. Il est vrai que ces récits se sont conservés dans un rema- 
niement dans lequel chaque trait doit annoncer la résurrection, 
de sorte que toute induction qu'on serait tenté de faire reposerait 
sur des bases fragiles. Il est caractéristique que précisément Jean 
raconte, xix, 41, que le sépulcre se trouvait au lieu même de 
l'exécution, dans un jardin, circonstances qui ne sont pas faites 
pour indiquer un tombeau taillé dans le roc. Les commentateurs 
essaient de rendre plausible l'hypothèse que cet endroit était la 
propriété du sénateur Joseph d'Arimathie, sans se demander si un 
personnage aussi distingué pouvait avoir mis son caveau à une 
place qui n'était pas précisément une place d'honneur. Il est 
bien plus vraisemblable qu'il y avait là des fosses ouvertes, prêtes 

davre de Saûl et ceux de ses fils à la muraille de Bet-Schean, les apportent à Yabesch, 
les brûlent, en prennent les ossements et les enterrent sous le tamarin qui est à Ya- 
besch nu53">3 b^tti nnn "nnpi-i dmmttsy na inp"n du) dm» nswv 

Le changement de fpiîl en ni73i2^, qui désignent toujours, soit le corps vivant tout 
entier, soit le cadavre putréfié et décharné, c'est-à-dire les ossements dans le sens 
étroit du mot (il faut excepter I Rois, xm, 31, où il faut admettre une glose, ou bien 
supposer un double enterrement), ce changement a amené la combustion, opération 
par laquelle on a pu vouloir désigner ou bien la combustion de la chair ou l'inhu- 
mation pour la décomposition du corps. Sûrement selon les commentateurs il faudrait 
lire "noO^I « et ils le pleurèrent » ; mais le récit parallèle de 1 Ghron., x, 12, 
omet précisément ces trois mots, et ces trois mots seulement, ce qui serait 
tout à t'ait incompréhensible, si le Chroniqueur avait eu TIDO" 1 ! sous les yeux, 
mais ce qui ne l'est plus s'il y avait ISTttî'i'l, parce que cette pratique lui était 
connue comme païenne, et non plus comme juive. Que l'on compare à ce texte 
le double enterrement de R. Sadoc , et l'on reconnaîtra la parenté des deux 
usages. 

1 Les différents récits se caractérisent et marquent la distance où ils sont delà source 
originale par la mesure de leurs indications sur les habits et les épices dont on se 
sert lors de l'enterrement de Jésus. Marc, xvi, 46, ne connaît que le linge dans le- 
quel le corps est enveloppé, de même Matth., xxvn. 39; mais ce détail même est dé- 
nué de vraisemblance dans les circonstances où se produit l'enterrement, sans même 
parler de la difficulté d'acheter un linge un soir de fête, d'après Marc. 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

à recevoir les corps des suppliciés, et que ceux-ci étaient jetés tels 
quels et sans autre intervention des Juifs, dans un tombeau creusé 
dans le sol, et recouverts de terre. Au dire de Josèphe (Anti- 
quités, IV, 8, 6, 24; V, 1, 14) cette inhumation se faisait pendant 
la nuit, sans qu'aucun honneur fût rendu au mort et l'enterre- 
ment devait être définitif, car le double enterrement, tel qu'il 
est décrit dans les sources talmudiques, est encore inconnu 
à Josèphe et n'a dû être mis en pratique que peu avant la des- 
truction du temple. 

Vienne, 16 février 1903. 

A. BUCHLER. 



LES ÉLÉMENTS JUIFS 

DANS LES PSEUDO- CLÉMENTINES 



La littérature du christianisme primitif offre, çà et là, des liens 
plus ou moins étroits avec les idées juives. Les éléments de 
l'Agada dispersés dans les Apocryphes et les Pères de l'Église 
ont été relevés déjà, mais en partie seulement. Or, les recherches 
de ce genre sont d'une double utilité. Elles nous apprennent à 
connaître avec plus de précision le cercle des idées où se meuvent 
les œuvres chrétiennes et à caractériser avec plus de netteté les 
auteurs de ces œuvres; elles nous fournissent aussi des points 
de repère importants pour l'histoire de l'Agada et des idées juives 
en général. 

Nous nous proposons , dans cette étude, d'examiner les 
Pseudo-Clémentines, — les Homélies d'une part, et, de l'autre, 
les Récognitions ou Reconnaissances, — au point de vue de leurs 
éléments juifs et de noter les vestiges des idées juives qui s'y 
trouvent à l'état sporadique. 

Dans son livre récent sur la Religion du judaïsme à V époque 
du Nouveau-Testament ', Bousset dit : « Beaucoup de matériaux 
(agadiques) peu utilisés encore sont offerts par le cycle des 
œuvres pseudo-clémentines. » Les Homélies et les Récognitions 
dépendent les unes des autres (d'après l'opinion la plus répandue 
les Homélies sont plus anciennes); nous ne les séparerons pas 
dans cette étude. 

Remarquable au premier chef est la partie législative, ou, pour 
mieux dire, halachique. L'auteur des Homélies s'identifie avec le 
judaïsme (IIom ,11, en. xxm : toïï 8eo<piXou yjjjuov eôvouç);iï explique 
la loi de Moïse et celle de Jésus comme identiques (Hom., VIII, 
ch. vi : uuaç yàp oc'àji/forépcov ôioasxaXca;). De même dans les Réco- 

1 Die Religion des Judenthwns im neutestamenti. Zeitalter, p. 46. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gnitions, I, ch. xli, on dit que le messianisme de Jésus est le 
seul point controversé entre les Juifs et les Chrétiens. (De hoc 
enim solo nohis, qui credidimus in Jesum, adversum non cre- 
dentes Judaeos, videtur esse differentia). Les auteurs sont donc 
tous deux des judéo-chrétiens, probablement des Ebionites, ils 
sont encore attachés aux principes de l'ancienne loi. 

« Il est particulièrement digne de remarque, dit encore Bous- 
set (page 438, note 2), de voir comment, dans cet ouvrage (les 
Pseudo-clémentines), on proclame partout la théorie que le sa- 
crement du baptême (et des ablutions renouvelées) remplace le 
culte des sacrifices... C'est de l'essénisme chrétien. » Le même 
ordre d'idées peut expliquer le fait suivant : chaque fois que 
dans ces ouvrages on parle d'un repas pris par Pierre, on ajoute 
qu'avant et après le repas les bénédictions ont été récitées con- 
formément à la loi. des Hébreux (Hom., I, 22; X, 26 : xarà ty,v 
'Eêpauov auvVjÔYi tckjtiv ; Récogn , II. 72 ; V, 36 ; Hebraeorum ritu 
gratias agens deo). De même, on dit, en parlant de Pierre, Mj-gei 
etç to ôBpo^oetov, ottwç XoucàjjLsvoç eu^Tjrai, Hom,, XI, 1. Dans le même 
esprit, nos deux ouvrages, et surtout les Récognitions, défendent 
de prendre part aux repas des idolâtres. Ainsi Hom., VIII, 23, 
et cette phrase des Récognitions (IV, 23) : « Quae autem animam 
simul et corpus polluunt, ista sunt participare dsemonum men- 
sa3 » rappelle la halacha : irrn* nrmpn q«. bnan atttttt n» fitt 
bï-KO '«ttatt mi (Aboda Zara, 32 b) « les offrandes des idoles sont 
cause d'impureté à l'égal d'un cadavre ' ». (Cf. Actes des Apôtres, 
ix, 3, où Pierre est blâmé d'avoir mangé avec des païens). L'au- 
teur des Récognitions connaît les préceptes relatifs à la sanc- 
tification du sabbat : Récogn., IX, 28 : « et quod septimo die 
omnes ubicunque fuerint, otium gerunt, nec iter incedunt nec 
igni utuntur ? Quid est ergo, quod nullum Judasorum in illa die 
cogit genesis aut iter agere aut sedificare aut vendere aliquid aut 
emere?» Or, les Ebionites, au rapport d'Epiphane, observaient 
fidèlement les lois juives ; ils ne se séparaient des Juifs que par 
la croyance en Jésus, considéré comme un Messie humain, mais 
non comme un Homme-Dieu 2 . 

1 Cf. Mischna Ab. Zara, il, 3, et j. Sabbat, 11 d, où les sacrifices idolâtriques sont 
appelés û^n7D TOT, d'après Ps., cvi, 28. La Mischna entend par là « les sacrifices 
offerts aux dieux morts ». De même Baethgen, dans ses Psalmen (2 8 édit., Goettingue, 
1897), p. 318, ad locum : « Les morts sont les divinités païennes, opposées au Dieu 
vivant d'Israël. » Il me semble plus exact de traduire Û^n73 TOT par de véritables 
t offrandes de morts ». Cf. L. des Jubilés, xxn,17, parallèle à Ps., cvi, 28 ; Jubilés, 
xxu, 17 : « Ils immolent leurs victimes aux morts, ils invoquent les démons », et Ps., 
cvi, 28 : « Ils s'attachèrent à Baal Peor et mangèrent des sacrifices de morts. » De 
même Sibylle, III, 547 : t Pourquoi apportes-tu de vains présents aux morts? » 

* Les paroles d'Eléazar de Modin (Pirké Abot, m, 11) : Q^ttHpfi TN b^ïTOtt 



LES ÉLÉMENTS JUIFS DANS LES PSEUDO-CLÉMENTINES 91 

Nos deux auteurs demandent que certains préceptes soient pra- 
tiqués par les païens. Dans Uom., VII, 4, Pierre les invite : vexpa; 

[A7j Y £ u£ffÔat <7<xpxôç, (ju) '}aus'.v at^axoç (cf. Actes, xv, 29). Dans 

Hom.y VII, 8 : ToaTrÉÇrjÇ ooa[xov<ov {jlyj [xsvaTa[j.6àv£iv Xeya) os eîBoXo- 

ÔUTOJV, V£XpWV ; TCVlXToW, QTjp'.aXoJTWV, aïtXaTOÇ. HOM., VIII, 23 : [ATjT£ 
OU dStoXotÇ 7Tl(7T£U£T £. . . [Jt. Y) Cp G V £ U (7 7) T £ , [X 7| [J.OI/EUETE, (J.7| 

[jt.i(jYJ(7£T£, ouç {jltj Btxaiov, [ATj xXetttete. Le Livre des Jubilés connaît 
seulement la défense du sang pour les Noachides ; les autres 
sources mentionnent sept prohibitions noachitiques, parmi les- 
quelles on en retrouve quelques-unes qui viennent d'être citées. 
Dans Sanh., 56a [PesiMa, éd. Buber, p. 100 6), on énumère les 
sept commandements suivants : ptimn ,dian ràHz ,mî filial 
pi^y i^a ,û"<*n ni3-> s xû bn ,insi "jiï nna (la justice, la 
défense du blasphème, de l'idolâtrie, de l'inceste, du meurtre, du 
brigandage, de l'usage de la chair d'un animal vivant) ; l'idolâtrie, 
Fhomicide, la fornication, le brigandage (vol) sont également dé- 
fendus, dans les Homélies, aux gentils. 

Dans les Récognitions, IV, 36, Pierre fait aux païens rénumé- 
ration des trois degrés que comporte la pratique des « man- 
data » : « Hic ergo vobis sit primus gradus ex tribus, qui gradus 
iriginta ex se gignit mandata, secundus vero qui sexaginta, ter- 
tius vero , qui centum. » Les docteurs juifs connaissent ces 
nombres. Nous lisons, en effet, dans j. Aboda Zara,4tie, l'ex- 
plication suivante de Zach., xi, 13 (trente si clés) : R. Houna dit 
au nom de Rab : « Ce sont les trente commandements que les 
Noachides adopteront dans l'avenir » (laa trTwuj ms» d^btii iba 
frpb* bnpb m), et dans Gen. rabba, ch. xcvm : « que fera-t-il(le 
Messie) ?. . . et leur donnera (aux peuples) les trente préceptes ». 
D'après Oulla (Houllin, 92a), les Noachides ont déjà accepté ces 
trente commandements. Le degré supérieur des « sexaginta 
mandata » est également connu dans la littérature juive. La 
PesiMa (éd. Buber, p. 51&, et passages parallèles) explique que 
par le nombre 60 qui se laisse déduire d'Osée, ni, 2, il faut en- 
tendre « les soixante commandements (mxtt û^tDœ) que Moïse 
nous a donnés dans la Tora ». R. Yohanan dit au nom de R. Si- 
mon b. Yohaï : « Moïse nous a écrit dans la Tora trois chapitres 
dont chacun contient respectivement soixante prescriptions ; ce 
sont les chapitres sur le sacrifice pascal, sur les dommages et sur 

ivaM ûimn» bia irma "istom ...nwmn n« ïiïàttïiv celui qui pro- 
fane les choses saintes, méprise les fêtes et enfreint l'alliance d'Abraham », sont, 
d'après Jelliuek [Ltbl. d. Or., X, 414, note), dirigées contre « les Apôtres, les Ebio- 
nites et les premiers gnostiques ». Mais nous voyons que les Ebionites observaient 
les lois juives. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

.la sainteté » m w nnan nna bm ï-mna ™*: nab nrû nvttnb rabui 
fca^tB'Hp rnznb /pp^ta irans ^noà n^ns )Ti ib&o msttt to^ro. 
Les « sexaginta mandata » des Récognitions sont probablement 
ceux de la Parascha Qedoschim. Enfin, le plus haut degré, celui 
des « centum mandata », est mentionné j. Berakhot, in fine, où 
l'on enseigne, au nom de R. Méïr : « 11 n'est pas de Juif qui ne 
pratique chaque jour cent commandements (mit» îiNtt). » Ce sont 
les cent bénédictions que l'on récite quotidiennement. 

Ainsi, la partie halachique des Pseudo- Clémentines nous in- 
troduit dans les idées ébionites; venons-en maintenant à la partie 
agadique. 

Dans l'interprétation des noms bibliques, l'auteur des Ho- 
mélies suit Philon et les Onomastica, qui, eux-mêmes, paraissent 
se rattacher au philosophe d'Alexandrie. Ses explications se 
réfèrent à la forme grécisée des noms. Sur le nom de Caïn, on 
dit, dans 7/om., III, ch. XXV : £p|XT)V£uxat yàp xaî xxrjaiç xat Ç^Xoç, 
ôoç ÇtjXoîjv aùxou jjleXXovxoç h xo?ç èaofxévoiç : t] yu\a?xa 7] xxvjpiaxa vj tïjV 

tô5v yovécDv xpoç aùx-qv (?) cTopy^v. La première dérivation (repro- 
duite Hom., III, ch. xlii), de ïtap, xxàto, est philonienne (cf. Phi- 
lon, éd. Leipzig^ I, 244). La seconde étymologie de «ap, Çt)Xool>, se 
trouve dans les Onomastica sacra (éd. Lagarde, p. 193 et 201 : Çrp 
XoTUTCi'a, C^Xo; 73 xTT|[xa ; cf. l'ouvrage chrétien intitulé : Livre 
d'Adam, éd. Dillmann, p. 67 : Caïn, « celui qui hait » et la cita- 
tion que fait Dillmann de Cédrène : Kaïv o Sari ^Xoç). Gen. r., 
ch. xxn, la querelle des deux frères aurait été provoquée, 
d'après un Amora, par une question de partage, d'après un 
autre, par une sœur jumelle que Caïn voulut prendre pour 
femme. Il faut expliquer de la même façon ces mots des Homé- 
lies : « v\ yuvaTxa yj xx/^axa ». Ce qui Suit est plus difficile : « 7\ TTjv 
tojv yovewv Ttpoç auTTjv (?) dTopyrçv ». Le Cod. Ottobon. lit aûxbv à la 
place de aùxVjv, et Cotelier n'ose décider, dans ses notes, laquelle 
des deux leçons est exacte. Je lirais volontiers 7rpo; aùxbv axopyvjv, 
ce qui signifierait que Caïn, prétendant gagner, lui, l'amour de 
ses parents, devint, pour cette cause, le rival de son frère. 
Dans le Livre d'Adam (éd. Dillmann, p. 65), qui a utilisé une 
foule de traditions juives, Satan excite la jalousie de Caïn et 
d'Abel par l'amour filial des deux frères (cf. Lagarde, Materia- 
lien, I, 48, qui rapporte la même chose au nom d'Ephrem, de Chry- 
sostome et d'autres Pères de l'Église). 

Au sujet d'Abel, nous lisons dans les Hom., III, 26 : 'AêèX... 
7cév0oç spaY,v£usxai. La dérivation 'AêèX de bnN se trouve déjà dans 
Philon [De imigr. Abr., 13) : « celui qui déplore les choses mor- 
telles » ; de même dans les Onom. sacra (éd. Lagarde, p. 147 et 



LES ELEMENTS JUIFS DANS LES PSEUD0-CLKMENT1NES 93 

p. 2), d'après saint Jérôme: « Abel vanitas sive luctus ». Mais 
notre auteur explique librement cette étymologie, Hom., III, 26 : 

' 7ievÔ£cv yàp toTç aùxou uiotç 7capéy£t touç £^a7caToa[j.£VOuç ào£Atpouç ûcÙtojv, 

le nom d'Abel fait allusion à la dépravation des Caïnites ; Hom., 

III, Cil. XLII : « £7r' aÙTW yàp TW TtpCOTGO CpOV£u6ÉVTl £7T£v6Yl(7aV o\ y 0- 

veTç », Abel fut le premier pour qui on prit le deuil. On voit que 
l'auteur fonde librement sur des faits l'explication donnée par 
Philon et les Onomastica. 

Le nom de Nemrod est expliqué, Hom., IX, en. iv : NEêpwS 
w<77T£p yiyocç évavTia toj 0£ô3 cppovElv £X6[X£voç. Nous lisons de même 
dans Eroubin, 53 a : ûbi3>n bs na miïïrD *irm* « parce qu'il avait 
poussé tous les hommes à la révolte ». 

Une des plus anciennes traditions juives est celle des anges 
tombés du ciel. Hilgenfeld (Clem. Recogn. et Hom., Jéna, 1848, 
p. 233, note 1) croit à tort qu'il faut la rapporter à la traduc- 
tion des Septante sur G en., vi, 2, où trnba "On est rendu par ol «y- 
yzloi tou Ô£oS. Ce sont plutôt les traducteurs grecs qui ont intro- 
duit dans leur version une légende déjà connue. D'après le 
livre I de Y Apocalypse (VHénoch (en. vi), les anges s'étant ré- 
voltés contre Dieu sont précipités sur la terre pour s'unir aux 
filles des hommes. Mais cette légende défavorable aux anges fut 
bientôt adoucie ou repouss^e. D'après le Livre des Jubilés, iv, 
les anges tombent sur la terre pour apprendre aux hommes « la 
justice et la loyauté », ou, d'après II Hénoch, pour améliorer 
l'humanité. C'est sous cette forme adoucie que la légende se 
trouve dans Hom., VIII, 12, etc. Blessés de l'ingratitude des 
hommes, les anges souhaitèrent de se rendre au milieu d'eux, ?va 

ovxcbç àvôpwTTO'. Y£v6[X£vot xoùç ky ao'.ffTYjCavTaç. . . T7J xax' açiav Ixaaxov 

Ù7co6àXa)ffi :n|i.ojp''a. Mais, devenus hommes eux-mêmes, ils se mê- 
lèrent aux femmes et ne purent plus s'élever aux cieux. Ils mon- 
trèrent aux hommes des trésors et des objets précieux, les ins- 
truisirent dans la magie et V astronomie, leur dévoilèrent les 
vertus des racines, et leur apprirent à teindre les vêtements et 
à fondre les métaux. Ces enjolivements apportés à la légende sont 
empruntés au Livre cC Hénoch (I, ch. v'i), dont les expressions 
mêmes sont parfois reproduites (Hom. : ouvàtxEtç te ptÇ<Sv ; dans le 
fragment grec du Livre a 1 Hénoch cité par le Syncelle, voir Dill- 
mann, p. 83 : £(Çaç poxavtov ; Hom. : àsTpovojjuav iSioa^av ; Hénoch, 

fr. : àffTpoXoytav ; Hom. : tgcç tcov £c;6'/,tci>v 7coix(Xaç [3a<paç, Hèn., 

fr. : xà fiacpixà). — La légende des anges déchus fut trouvée cho- 
quante. Tryphon (Dial. de Justin avec Tryph., ch. lxxix) re- 
proche aux chrétiens de taxer les anges d'impiété. Gen. r., 
ch. xxvi, R. Simon b. Yohaï explique trnba *M par awn 133 



94 REVUE DES ETUDES JUIVES 

« les fils des juges » (sriiba 153 fab "Hp 1» bsb bbptt ^"atm) ; 
Onkelos, ad Joe, traduit ces mots par a^ana^ "rça « les fils des 
grands » , et Symmaque comme R. Simon b. Yohaï , uloï xwv 
ouvaaxsuovrcov. Les Pères de l'Église adoptèrent également cette 
explication. Le Livre d'Adam (éd. Dilîmann, p. 100) dit : « Qu'il 
soit loin de Dieu que des anges s'unissent à des hommes ! » 
En revanche, il nous donne l'histoire des pieux descendants de 
Seth qui s'allient aux Gaïnites (cf. aussi Aphr. Hom., xm, 4; 
• saint Ephrem, Œuvres, I, p. 460). Nous lisons de même dans 
les Récognitions, I, 29 : octava generatione, homines justi, qui 
angelorum vixerant vîtam, illecti pulchritudine mulierum ad 
promiscuos et illicitos conçu bi tus declinaverunt ; mais, par 
contre, Récogn., IV, 26 : Angeli quidam relicto proprio ordinis 
cursu hominum f avère vitiis cœpere ' . 

La peinture de chaque génération que font les Récognitions, 
I, 30-33, se rattache au Livre des Jubilés, ch. vin (cf. Rônsch, 
JubilàenbucU, p. 322 et ss.). Comme dans cet ouvrage, notre 
auteur raconte (ch. xxx) que la terre a été partagée par le sort 
entre les fils de Noé. Dans la suite des origines de l'histoire 
biblique, qui nous sont décrites seulement par les Récognitions, 
d'après des modèles, nous apprenons (I, ch. xxxn) que c'est 
grâce à ses connaissances astrologiques qu'Abraham s'éleva 
à l'idée d'un Dieu unique. Cette tradition se trouve chez Philon 
(De Abrah., p. 282 et ss.)et dans le Livre des Jubilés, ch. xn 
(cf. Fabricius, Cod. epigr. V. T., 350-378), et de la littérature 
judéo-alexandrine elle s'est introduite dans les Midraschim pos- 
térieurs (Jellinek, Bel ha-midr., II, 118; Se fer ha-yaschar, ad . 
loc; S. Yecira, fin; Zohar, I, 86a). 

Ce qui est dit des démons dans Hom., IX, 10 (uveù^axa ô'vxeç 
xaî tïjv £7uôu(j.''av syovxsç eiç ppwxà xai Troxà) se retrouve dans le pas- 
sage parallèle de I Hénoch, xv, 11 : « Ils ne mangeront pas, 

1 C'est donc à tort que Goldfahn [Monatsschrift , 1873, p. 261, note 1) affirme que 
« les Récognitions ont paru avant les Homélies, parce que les Homélies connaissent 
les anges déchus ». D'abord cette légende se trouve également dans les Récognitions. 
Ensuite elle est déjà racontée au livre I de YApocal. d'Hénoch, qui est antérieure à 
l'ère chrétienne et qu'il faudrait, pour être conséquent, rejeter à une époque bien pos- 
térieure. — Qu'on me permette ici une remarque : dans Berakhot, 10 a, un chrétien 
(N^fà) demande à R. Abahou pourquoi le ch. lvii des Psaumes, qui parle de la fuite 
de David devant Saûl, ne précède pas le ch. m, qui dépeint la fuite, bien postérieure 
de David devant Absalon. Goldfahn [Monatsschr., 1870, p. 167) explique que le chré- 
tien reproche à R. Abahou le mécontentement des Juifs. Je ne sais d'où il tire ce ren- 
seignement. La question du chrétien vise plutôt à montrer l'absurdité de l'exégèse 
hébraïque qui rattache, au pied de la lettre, les deux psaumes à David. Aussi bien, 
les écrivains ecclésiastiques rapportent-ils le Ps. m à la résurrection de Jésus, appli- 
quant ainsi le psaume au Christ (Justin, Dial. Tryph. , ch. xcxvn ; I Apologie, 
38 ; Altère, vi, 25, etc.). 



LES ÉLÉMENTS JUIFS DANS LES PSEUDO-CLÉMENTINES 95 

mais ils souffriront de la faim et de la soif. » Ce sont entièrement 
des éléments agadiques tirés de Philon, des Onomastica, des 
livres à'Hénoch et des Jubilés, qui se retrouvent ici dispersés. 

Les passages théologiques sont également reproduits dans les 
Midraschim, surtout dans la philosophie judéo-alexandrine. Déjà 
Graetz fait remarquer, dans son ouvrage Gnosticisme et judaïsme 
(p. 23, note 19), la ressemblance « surprenante » de Homélies, 
IX, 6 (sur la destruction des idoles), avec la réponse que fait 
R. Gamaliel à un « philosophe » qui lui demandait : « Pourquoi 
Dieu né fait-il pas disparaître les faux dieux? » (cf. Ab. Zara, 
47 a ; il faut ajouter que la même idée est exprimée dans les Ré- 
cognitions, V, 24), Quant aux passages parallèles relevés par 
Graetz entre les Homélies et le Séfer Yecira (cf. op. cit., p. 111, 
note 88 ; p. 113 et note 90 ; p. 114 et note 93), ils ont certaine- 
ment passé des théories gnostiques de la création dans le S. Ye- 
cira, bien postérieur (600-800). Graetz lui-même, qui avait été 
amené par ces rapprochements à placer le S. Yecira dans la pre- 
mière moitié du n e siècle et à en attribuer la paternité à R. Akiba, 
est revenu de cette théorie dans le tome V de son Histoire. 

Le passage des Récognitions, III, 26 : la fin du monde viendra 
« donec animarum, quse prsedestinatœ sunt ad expletionem ejus 
(mundi) numerus expleretur » est parallèle à celui de Gen. r., 
ch. lxxiv : mu>m::i ib*iij *-n»ï»»i bs "ian:ru) n* as mizttan -jb» "pN 
r-nacûfib « Le Messie ne viendra que lorsque toutes les âmes qui 
sont destinées à être créées le seront en effet » ; variante : p *pa 
rpaiz) mm»fi bs ib^ra v an m « lorsque seront épuisées toutes 
les âmes qui sont dans le réservoir » ; II Baruch, xxm, 4; cf. xxi, 
16 ; xlviii, 46 : « lorsqu'un nombre déterminé de justes sera 
achevé »; I Hénoch, xlvii, 4 ; IV Ezra,iv, 35 sq.; Apocalypse de 
Jean, vi, 9-11. Déjà M. Israël Lévi {R. E. J., XXXII, p. 311) a fait 
remarquer que la même idée est contenue dans l'Apocalypse de 
Baruch ». Graetz a donc tort quand il croit {Gnoslicismus, p. *76) 
que les deux passages du Midrasch et du Talmud ne rappellent 
que « trop clairement » les conceptions gnostiques, car, comme 
beaucoup d'autres midraschim, ils ont passé des Apocryphes dans 
l'Agada. 

Le problème du mal moral est souvent agité dans les Homé- 
lies et les Récognitions et résolu dans ce sens, que les justes 
expient ici-bas par leurs souffrances les quelques fautes qu'ils 
commettent, afin de pouvoir participer ensuite à une existence 
inaltérablement heureuse, et que les méchants sont récompensés 

1 Cf. Freudenthai, Hellenist. Studien, I, p. 72, et note 3. 



% RKVUE DES ETUDES JUIVES 

sur cette terre du peu de bien qu'ils font, pour expier leurs péchés 
dans l'autre vie. Ainsi Hom., II, ch. xxx, 13. La même idée est 
reproduite en un certain sens, rattachée au système des auteurs, 
dans Hom., XI, 16 ; XV, 9 ; Récogn., VIII, 47, etc. Elle est con- 
tenue aussi dans ces paroles de R. Akiba, Gen. r., ch. xxxm ; 
Lév. r., ch. xxvn : "110*1» dw d"Wtt tra i-niai &p*l£n û? pip*in 
aneiû» ; n"!rob ma "ûid dnb ïmbi mb» cnb snaiurib ^id ï"ïwa 
ansiib "«id ï"ïwa iidjid ï-nbp nrattt nsia û-b fi-nn û"wib mb© 
«nb "-prtfb ûi-ïb. La même pensée se trouve dans l'Apocalypse de 
Baruch, lxxxiii, 9. 

Les souffrances et la mort, est-il dit dans Hom., XIX, 5, 
frappent les hommes à cause de leurs fautes. C'est une maxime 
ancienne et qui est exprimée dans le Livre de la Sipience (n, 
23-25), qui est Alexandrin. 

L'idée que Moïse, pour détourner son peuple de l'idolâtrie, lui 
permit de commettre une demi-faute en offrant des sacrifices à 
Dieu {Récogn., I, 36), est également reproduite dans l'Agada 
[Lév., r., ch. xxn) : irm^mp n* bda ^sb ^wp» vît ïY'apn ntttf 
fjrn a^iznsa dm ww bïTi«a. On sait que Maïmonide, dans son 
Guide, fonde sur les mêmes considérations l'obligation des sa- 
crifices. 

La conception exposée dans Récogn., II, 42 : « est enim unius- 
cujusque gentis angélus, cui crédita est gentis ipsius dispensa- 
tio... «est juive; c'est celle qui inspire la traduction des Sep- 
tante sur Deut., xxxn, 8, et qui est contenue dans Sirach, xvn, 
17 l . La théorie mentionnée par les Récognitions (II, 68; III, 26, 
27) sur les deux cieux (cœlum visibile, invisibile) est de Philon, 
qui appelle (De opif. mundi, 10 [I, 8]) le oôpovbç ôcawfjuxToç la copie, 
du oùpavbç (7co[xaxtx6ç (Cf. Hagwga, 15 a, au nom de H. Juda). 

Intéressantes sont les discussions entre Pierre et Simon le Ma- 



1 Au même endroit des Récogn., il est dit : « Deus enim in septuaginta et duas 
partes divisit totius terrée nationes. » Ce nombre de 72 peuples n'est possible que 
d'après la version des Septante, qui compte un second Elisa et un second Kéûan 
(Steinschneider, ZDMG, 1849, p. 151). 11 n'y a donc pas de raison pour lire, avec 
Cotelier, 70 au lieu de 72. Ailleurs encore l'auteur des Réc. paraît avoir utilisé les 
Septante, I, 33 : « Nati sunt ei (Abrahamo) fihi duo, quorum unus Ismael, alius 
Eliesdros appellati sunt », ce qui ne peut s'expliquer que par les Septante sur Gen., 
xv, 2 (6 Se vlo* Macs* ttjç otxoysvoùç u,où). L'auteur des Réc. a compris qu'Eliesdros 
était ûls de Masek, comme Ismaël fils de Hagar. Par contre, dans Hom., XV11I, 4, 
on ne mentionne que 70 peuples, correspondant aux 70 personnes qui allèrent s'éta- 
blir en Egypte. La même analogie, qui se retrouve dans Clément d'Alexandrie, Stro- 
mates, I, p. 338, au nom d'Epbore, est impossible d'après les LXX, qui lisent Gen., 
xlvi, 27 ; Ex., i, 5 : « 75 âmes », comme dans les Homélies, contre le texte hébreu, 
le Livre des Jubilés, xliv ; Josèphe, Antiq., II, vu, 4 ; Philon, De migr. Abr., 
p. 419 ; de même dans fExagoge d'Ezécbiel : éTtraxt; 8exa tyvyâ; (éd. Philippson, 
p. 22, note 2). 



LES ÉLÉMENTS JUIFS DANS LES PSEUDO-CLÉMENTINES 97 

gicien, discussions qui sont racontées dans les Homélies et —avec 
beaucoup de ressemblance — dans les Récognitions et qui forment 
proprement le noyau de ces deux ouvrages. D'après ses objec- 
tions et ses questions, Simon est le représentant des conceptions 
gnostiques. La première objection qu'il fait (Hom., III, 39) est que 
le Dieu de la Bible est sujet à l'ignorance (d'après Gen., xvm, 21 ; 
m, 22; xxii, 1), à l'envie (Gen., ni, 22), aux regrets (Gen., vi, 
6 : Iveôu^ÔYi o 8e6ç), au besoin enfin (Gen.. vu, 21). Cette contro- 
verse est confirmée parles sources agadiques. D'après ces sources, 
les gnostiques discutaient aussi avec les Juifs sur l'essence de 
Dieu et cherchaient à prouver, par les attributs que lui prête la 
Bible, qu'il n'est pas l'Être suprême. C'est ainsi qu'un min repré- 
sente â R. Josué b. Korha que Dieu ne connaît pas l'avenir {Gen. 
r., en. xxvn; Bâcher, Die Agadader Tamiaite7i,ll, 319). Comme 
dans les Homélies, l'objection est fondée sur Gen., vi, 6 : si Dieu 
avait prévu la perversité des hommes, il ne se serait pas repenti 
et lamenté. Josué b. Korha et les autres rabbins de l'Agada sou- 
tiennent des polémiques semblables et réfutent les objections par 
l'explication exacte du texte sacré. Il en est autrement des Ho- 
mélies et des Récognitions. Les auteurs de ces œuvres sont au- 
trement éloignés de l'Ancien Testament que les docteurs juifs ; 
dans Hom., III, 46, beaucoup de passages bibliques sont expliqués 
comme n'étant pas authentiques; Hom., II, 39, on affirme que 
dans le cours du temps, beaucoup de fautes se sont introduites 
dans l'Écriture Sainte, transmise par Moïse (6 vô^oç -TiposéXaês -riva 
xal ^£uo-7| xorrà xou {j.ûvou ôsoù). C'était précisément l'opinion des Ebio- 
nites, des Nazaréens, des Osséens ; cf. Bousset, p. 439, et note 2. 
C'est pourquoi les Homélies prêtent à Pierre la réponse que les 
passages invoqués par Simon ne peuvent pas, en effet, prétendre 
à la même sainteté que les autres. Du fait même que l'auteur des 
Homélies connaît la Bible par les» Septante, la méthode de la dis- 
cussion est changée. Nous le voyons bien par les controverses 
qui ont pour objet la « personne » de Dieu et son unité [Hom., 
XI, 16 et s.; Réc, II, 3*7). Se basant sur les passages de Gen., m, 
22; ni, 5 (D^ï-ïba ym "O); Exode, xxn, 28 ; Ps., l, l : Oebç ôeffiv 
(d'après lxx) xupioç ; Gen., i, 26 : 7coi7)<r<D[xev av6pa>7iov, Simon ob- 
jecte à Pierre, dans les Homélies et les Récognitions, que la Bible 
suppose l'existence de plusieurs dieux. Pierre affaiblit la force de 
ces arguments en leur opposant d'autres versets. Quand les Minim 
tirent argument de la forme plurielle du nom de Dieu, les doc- 
teurs juifs répliquent en montrant que l'attribut est au singulier. 
Hom., XI, 16, oppose le passage de Ps., l, 1, ôsbç Ôeœv xupioç; 
j. Ber., IX : ina 'n ûvibs ba n-ron irm "ibarai Trrn « Des Minim 

T. XLVI, n° 91. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dirent à R. Simlaï : Pourquoi est-il dit Dieu Elohim, l'Eternel? » 
(ce qui suppose la trinité). R. Simlaï répondit qu'il n'est pas dit : 
« ils parlèrent et appelèrent », mais « il parla et appela ». — Hom., 
XVI, 8, Pierre répond à Simon : év àp^fj 6*0(71*6 v 6 ôebç (Gen., 
1, 1) xal oûx ebtev 0! 6eoi. R. Simlaï dit à peu près la même chose : 
û"»îTba ans r-p^ana tffo&i irra ibaizn Y#r. Il répondit qu'il 
n'est pas dit « ils créèrent », mais « il créa ». — Hom., XVI, 11, 
objection de Simon : 7roi7)(iw(X£v av6pco7cov (Gen., 1, 26). Pierre 
répond : et; t<mv, y¥j aùxou cocpiq: etitev [ibid., 12). De même II 
Hén., xxx, 8 : « Le sixième jour j'ordonnai (c'est Dieu qui parle) 
à ma sagesse de faire les hommes ». L'Amora Jonathan b. Eléazar 
(cf. Bâcher, Die Agada d. pal. Amor., I, 13) croit que Dieu a dit 
aux anges : « faisons ». ûna !Ttf}*3 rrron *ra nm» ibaun iim 
T3»b^a « Les Minim répliquèrent à R. Simlaï : mais il est écrit : 
faisons un homme à notre image ». R. Simlaï riposta : il n'est 
pas dit : « Elohim créèrent à leur image », mais « Elohim créa 
à son image ». De même R. Yohanan (Bâcher, op. cit., I, p. 257). 

Il est remarquable que l'auteur des Homélies fasse parler Dieu 
à l'hypostase erocpia. Il ne connaît pas l'exégèse patristique (déjà 
dans Justin), qui introduit, dans la Bible, Jésus comme intermé- 
diaire entre Dieu et le peuple. Hom., XVI, 14, l'auteur admet 
que « c'est un ange qui lutta avec Jacob, qui apparut dans le 
buisson ardent, etc. » Mais dans les Récognitions, postérieures 
aux Homélies, on dit déjà (Réc, IX, 5) : Deus per filium suum 
créa vit. 

Telles sont les données et les références qui nous permettent 
de caractériser l'ébionitisme judéo-chrétien. 

Friedek. 

J. Bergmann. 



UNE CRITIQUE DE LA BIBLE 

DU TEMPS DES GUEONIM 



M. Schechter a récemment découvert, parmi les fragments de 
la Gueniza du Caire, un texte des plus intéressants, qu'il a pu- 
blié dans la Jewish Quarterly Review x . 

Il se compose d'une série de chapitres en versets rimes, mais 
sans mesure, et ressemble, pour la forme, aux pioutim. En réa- 
lité, c'est de la prose rimée, avec cette différence que chaque ver- 
set est formé d'hémistiches rimant entre eux, et a une rime 
finale 2 commune à tous les versets du même morceau ou cha- 
pitre. Les hémistiches de chaque verset sont plus ou moins 
longs, et leur nombre n'est pas le même dans chaque verset. Les 
versets de chaque chapitre sont rangés d'après l'ordre alphabé- 
tique de leurs initiales, cet ordre étant alternativement i£â# et 
pnrôri. Parfois un verset est redoublé , et chaque morceau se 
termine par un verset dont ni l'initiale ni la rime ne corres- 
pondent à celles des autres versets, de sorte que les morceaux se 
composent de vingt-trois ou de vingt-quatre versets. Ces morceaux 
eux-mêmes sont rangés dans l'ordre alphabétique de leurs rimes : 
ainsi, un chapitre qui rime en rn est suivi d'un autre rimant en 
ht lequel est suivi, à son tour, d'un morceau rimant en un Cette 
disposition nous fait supposer que le texte tout entier devait se 
composer de vingt-deux chapitres 3 dans lesquels les vingt-deux 

1 Tome XIII, n° 51. Le texte y occupe les pp. 358-369; il y est désigné aussi par 
les n°* 1-12, qui sont ceux des pages du manuscrit; c'est à cette dernière numérota- 
tion que je renvoie dans mes notes. 

* La voyelle de la rime finale est, pour tous les morceaux, Tt • 
3 MM. W. Bâcher et S. Poznanski, qui ont étudié le texte dans le numéro sui- 
vant de la même Revue, ont rétabli l'ordre de ces chapitres. Ainsi les pp. 7 et 8 
doivent venir tout à la fin ; ma traduction se conforme à cet ordre. 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lettres formant les rimes du dernier verset de chacun de ces 
chapitres, — rimes qui, comme nous venons d'en faire la re- 
marque, ne ressemblent pas à celles des autres vers, — consti- 
tuaient sans doute le nom de l'auteur 4 . 

Malheureusement nous ne possédons pas le texte dans son in- 
tégrité ; tout ce que M. Schechter en a trouvé se réduit à : 1° un 
fragment du chapitre rimant en nn (ordre *i5qn) à partir du mi- 
lieu du verset 12 jusqu'à la fin ; 2° tout le chapitre rimant en rn 
(ordre piu:n) ; 3° un fragment en ïit (ordre TON), depuis le com- 
mencement jusqu'au verset s ; 4° le morceau en ro (ordre iâi»)> 
depuis Ta jusqu'à la fin ; 5° le chapitre rimant en nb (ordre pnàn), 
depuis le commencement jusqu'au milieu du verset b ; 6° le mor- 
ceau en no (ordre •ttââ), depuis le verset 1 jusqu'à la fin ; 1° tout 
le morceau en ny (ordre 'îii») ; 8° le morceau en ns (ordre 
p'-nbn), depuis le commencement jusqu'au verset te ; 9° le morceau 
en nn (ordre ■}»»), depuis le milieu du verset s jusqu'à la fin ; 
enfin, 10° le morceau en s-nb (ordre jrnbri), depuis le commence- 
ment jusqu'au milieu du verset 0. Dans les derniers versets les 
consonnes d'appui qui nous restent sont : ,„p„.N,.»3,„:n.„ ; elles ne 
permettent pas de retrouver le nom de l'auteur. 

Cet auteur quel est-il, et que contient ce fragment ? M. Schech- 
ter s'est longuement étendu sur ce point dans l'introduction dont 
il a fait précéder le texte 2 . Il avait été tenté de croire, tout 
d'abord, que nous avions affaire à un fragment de polémique ca- 
raïte, dirigée contre le judaïsme rabbanite. Mais, dit M. Schech- 
ter, cette impression s'évanouit complètement, quand on a 
parcouru le texte en entier. Ce pourrait être plutôt l'œuvre d'un 
sceptique qui s'attaque à la Bible elle-même autant qu'à la tra- 
dition. M. Schechter était sur le point d'attribuer l'œuvre à Hivi 
Albalkhi, contemporain de Saadia, le premier critique connu de 
la Bible. Mais, comme les questions posées dans notre texte ne 
sont pas celles que nous connaissons de Hivi, M. Schechter a re- 
noncé à croire à cette paternité En tout cas, conclut-il, si cet 
écrit n'est pas de Hivi lui-même, il provient de son école. 

Mais, après un examen plus approfondi, il semble plutôt — et 
c'est aussi l'avis de M. Porgès 3 — que l'auteur n'est ni un Caraïte, 
ni un hérétique. C'est un rabbanite sincère, qui, après avoir étu- 

1 C'est M. Poznanski qui, le premier, a émis cette conjecture. 

s Elle occupe les pp. 345-357 du volume précité. 

■ Cf., J. Q. M., t. XIV, n° 53, pp. 129-133, l'article de M. Porgès. 



• UNE CRITIQUE DE LA BIBLE DU TEMPS DES GUEONIM 101 

dié à fond la Bible 1 et composé des livres bien connus 2 , fait une 
critique de la Bible du point de vue de l'exégèse. Ses attaques 
visent les inventeurs des accents musicaux et des points-voyelles 
et les grammairiens, qui, dit-il, passent leur temps à chanter 
comme des ivrognes chantent le vin, sans se soucier de l'in- 
terprétation du texte 3 . Sa critique a été occasionnée surtout par 
l'antagonisme qui régnait, à ce qu'il semble, entre l'école des 
grammairiens et des accentuateurs, d'une part, et, de l'autre, 
celle du gaon et des talmudistes en général. Les premiers, se sa- 
chant méprisés par les talmudistes, ripostaient par des injures, 
prétendant qu'eux seuls savaient la Bible 4 . Il semble qu'un 
homme surtout se distinguait par ses attaques outrées contre 
les rabbins et l'école du gaon, et c'est à lui que notre auteur 
s'adresse la plupart du temps, en l'appelant tantôt « la boi- 
teuse » 5 , tantôt « l'impie », tandis qu'il emploie le pluriel 6 lors- 
qu'il parle de tous ses adversaires, les qualifiant de « fourbes » 
et de « querelleurs » 7 . Ce sont leurs attaques qui l'ont décidé à 
composer cette critique s , où il leur riposte, à son tour, leur di- 
sant : vous qui avez la prétention d'être les seuls à connaître 
la Bible, répondez à mes questions sur la Bible 9 . Il leur montre 
ainsi combien ils sont inférieurs aux talmudistes, dont ils mé- 
disent 10 . 

Notre auteur semble avoir passé en revue la Bible entière, de- 
puis mtûfina jusqu'à bm 1! et relevé toutes les difficultés : contra- 
dictions , erreurs de chronologie , obscurités , irrégularités de 
construction, anomalies lexicographiques, etc. On peut compter 
dans son écrit à peu près une centaine de questions, mais si nous 
en avions le texte complet, il y en aurait sans doute le double. 
Un certain ordre est observé dans leur classement; mais, comme 
nous n'avons plus qu'une faible partie du manuscrit, certaines 

I Texte, p. 8, 1. 22 et s. (infra, p. 122). 

* Ibid., p. 27 [infra, p. 122). 

3 Ibid., p. 1, 1. 6 [infra, p. 104). 

* Ibid., p. 7, 1. 25 [infra, p. 121). 

* Ibid., p. 1,1. 19 [infra, p. 105), et p. 7, 1. 21 (p. 120). Ce nom est tiré de 
Michée, iv, 7, et Sophonie, ni, 9, où ce mot est appliqué à Israël à cause de sa 
faiblesse. M. Porgès traduit : « celui qui penche vers un côté », c'est-à-dire qui 
s'occupe uniquement de la Bible. 

6 Texte, p. 1, 1. 23 et 24 (infra, p. 105); p. 9, l, 21 et suiv. (p. 114); p. 10, 1. 9 et 
suiv. (p. 115). 

7 Texte, p. 1, l. 24 {infra, p. 105) ; p. 9. I. 21 (p. 114;. 

8 Ibid., p. 10, 1. 3 et suiv. [infra, p. 115). 

9 Ibid., p. 1, ]. 24 (infra, p. 105). 

10 Ibid., p. 9, 1. 22-23 (infra, p. 114). 

II C'est le dernier mot des Chroniques, qui, dans le canon hébreu, terminent la 
Bible. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

catégories de questions font absolument défaut. L'auteur a ana- 
lysé la Bible et relevé, au fur et à mesure qu'il les rencontrait, 
les difficultés. Nous voyons qu'il commence par la Genèse \ mais, 
d'après l'ordre alphabétique des rimes, le chapitre où il en parle 
devait être le sixième. Quel était le contenu des cinq premiers ? 
c'est ce que nous allons essayer d'élucider. Nous possédons la plus 
petite moitié du cinquième chapitre : or, ce fragment contenant 
des railleries à l'adresse des grammairiens et des inventeurs des 
accents musicaux et des points-voyelles, on est en droit d'affirmer 
que tout le chapitre roulait sur ce sujet. La teneur du sixième 
morceau fait croire que nous avons là le vrai commencement ; par 
conséquent, les quatre premiers ne pouvaient contenir qu'une 
polémique générale, mais non une critique de la Bible. 

Nous disions que les remarques de notre auteur commencent 
avec la Genèse. Mais, dit-il, « je ne vous demanderai rien sur la 
création, parce que vous seriez hors d'état de me répondre 2 ». 
Après qu'il a fait quelques questions sur le texte relatif au séjour 
d'Adam dans le paradis et aux générations de l'époque du dé- 
luge, l'auteur relève toutes les difficultés chronologiques du Pen- 
tateuque, de Josué, des Juges, des Rois et des Chroniques, sans 
omettre les contradictions de même nature qui existent entre ces 
deux derniers livres 3 . Cela continue ainsi jusqu'au milieu du sep- 
tième chapitre ; ici, une grande lacune. Puis la seconde moitié du 
onzième chapitre et la première du douzième 4 contiennent les pas- 
sages du Pentateuque mal rangés et insuffisamment expliqués ; 
citons, entre autres, la loi sur l'impureté causée par un cadavre 
et un reptile 5 , les mariages illicites 6 , les franges \ etc. Puis, 
une nouvelle et considérable lacune. La seconde moitié du 
quinzième chapitre s contient les passages obscurs des Prophètes 
ainsi que les contradictions entre différents passages. Cet ordre se 
poursuit jusqu'au milieu du seizième chapitre 9 . 

Cette catégorie de questions commençant avec la fin du livre 
de Samuel, on peut supposer que les chapitres manquants con- 
tenaient des questions analogues sur les livres qui précèdent ce- 
lui des Rois. La seconde moitié du dix-septième chapitre s'oc- 



1 Texte, p. 2, 1. 4 [infra, p. 106). 

* Ibid.^ p. 2, 1. 4 et suiv. (infra, p. 104). 
a Ibid., pp. 2-4 (infra, p. 106 et s.). 

4 Ibid., pp. 5-6 (infra, p. 111 et s.). 

5 Ibid., p. 5, 1. 2 et suiv. {infra, p. 110). 

* Ibid., 1. 13 et suiv. (infra, p. 111). 

7 Ibid., p. 6, 1. 9 et suiv. (infra, p. 112). 

* Ibid., p. 9 (infra, p. 113). 

9 Fin de la page 10 (infra, p. 116). 



UNE CRITIQUE DE LA BIBLE DU TEMPS DES GUEONIM 103 

cupe des passages qui pourraient faire douter de la justice 'de 
Dieu et de tout ce qui choque la raison *. Citons, par exemple, 
l'ordre donné à Hosée d'épouser une prostituée, ou encore la mort 
prématurée de la femme d'Ezéchiel servant d'avertissement au 
peuple d'Israël 5 . Dans le même ordre d'idées, Dieu ordonne à 
Jéhu d'exterminer la maison d'Achab et rejette ensuite le crime 
sur lui. Il presse David de compter les fils d'Israël, puis il frappe 
le peuple d'une peste qui fait de nombreuses victimes 3 . Le début 
du dix-neuvième chapitre contient un certain nombre de phrases 
difficiles, et le vingtième, enfin, se termine par des discussions 
lexicologiques 4 . 

Toutefois, cet ordre n'est pas rigoureusement observé, car, 
parfois des questions sont manifestement déplacées. Ainsi, au 
commencement du douzième chapitre, l'auteur, après avoir parlé 
des franges, demande pourquoi Dieu, ayant d'abord ordonné 
à Balaam de partir avec les envoyés de Balaq, s'irrita ensuite 
contre lui et envoya un ange pour l'empêcher de poursuivre sa 
route 5 . Même observation pour le seizième chapitre, où un verset 
qui relève des contradictions est suivi d'un autre qui contient des 
mots d'un sens douteux 6 . 

Les attaques de notre auteur sont dirigées contre les grammai- 
riens babyloniens, ainsi qu'on le voit au seizième chapitre 7 . 
Est-il possible maintenant de déterminer l'époque de notre cri- 
tique? Il parle d'un gaon s , mais comme il ne le désigne pas au- 
trement, il est difficile de préciser le nom du gaon dont il était 
contemporain. D'après M. Bâcher, il a vécu avant Saadia ; mais, 
objecte M. Porgès 9 , les auteurs des accents musicaux et les gram- 
mairiens n'étaient pas encore bien connus au temps de Saadia, 
notre auteur lui serait donc postérieur ,0 . Quant au style, il n'est 
pas toujours facile, car, en dehors des mots talmudiques, dont 
il est semé, l'auteur a lui-même fabriqué des mots, comme le fait 
remarquer M. Schechter 11 , sans qu'il pût s'appuyer sur une au- 

I Texte, p. 11 et commencement de la p. 12 (infra, p. 117). 
* Ibid., p. 11, 1. 14 et suiv. (infra, p. 117). 

» Ibid., p. 12, 1. 1-3 [infra, p. 117). 
k Ibid., p. 7, 1. 14-24 (infra, p. 120). 

8 Ibid., p. 6, 1. 11-16 [infra, p. 112). 

6 Ibid., p. 10, 1. 27-28 (infra, p. 116). 

7 Ibid., p. 10, 1. 5-9 [infra, p. 115). 
s Ibid., p. 8, 1. 2-16 (infra, p. 121). 

9 J.Q. R.,t. XIV, p. 111. 

10 La remarque de M. Schechter (p. 8, note 3), que l'on pourrait appliquer les 
mots ibOTa NÎT» "i:np?3 à Haï Gaon, n'est pas concluante. 

II /. Q. J2.,lt. XIII, p. 356. 



10'j REVUE DES ETUDES JUIVES 

torité quelconque. A ces difficultés, il faut ajouter les nombreuses 
fautes du manuscrit et les mots effacés. 

Le document dont nous venons de parler, étant écrit dans une 
langue pénible, ressemble Tort à une inscription à déchiffrer. En 
raison même de son obscurité, il courrait le risque d'échapper à 
l'attention de ceux qui ne sont pas familiarisés avec cet hébreu et 
qui s'intéressent à l'histoire de l'exégèse. C'est à leur intention 
que nous avons cru bon de donner une traduction aussi exacte 
que possible de ce texte. 

Certes, les corrections de MM. Bâcher, Poznanski et Porgès 
ont beaucoup facilité ma tâche ; j'ai été obligé cependant, pour 
donner une traduction complète, d'en proposer encore d'autres. 

M, Seligsohn. 



TRADUCTION », 



Rime : riïi, ordre nifiN, commence au milieu du ter s 12. 

. . . Retourne, si tu le désires, sans tarder. Ils ont éprouvé du dé- 
goût, ils ont donné libre cours à leurs plaintes sur elle 2 ; ils ont dé- 
pensé leurs forces en vain, leur visage s'est enflammé, parce que leur 
force avait été jetée à terre, et leurs yeux se sont troublés de colère. 
Tournez-vous vers le tir'ha 3 , le azla, \edarga, le mer'ha, le cinori* et 
le segola 5 ; implorez leur aide daas votre détresse, car votre force s'en 
est allée dans le pays obscur et ravagé 6 . Ceux qui sont épris d'ac- 
cents musicaux les accordent à des chants semblables à ceux qu'on 
fait sur le vin; ils cassent leur voix comme le frère de Tubal-Caïn 7 . 
Ils se croient sages comme David, mais ils n'ont pas d'intelligence et 

1 J'ai utilisé les notes dont M. Schechter a fait suivre le texte. 

» Cf. Job, x, 1. 

3 Appelé aussi tifha. 

k Je lis, avec M. Porgès : "m^"!, au lieu de "n^'H (texte, p. 1,1. A). Mais 
M. Porgès dit que c'est l'ancien nom du segol, ce qui n'est pas admissible, le segol 
venant ensuite. C'est plutôt le signe appelé aussi tarqa (~), qui précède toujours 
le segol. 

5 Ce sont des noms d'accents. 

6 Cf. Job, x, 22. 

7 Jubal. 



UNE CRITIQUE DE LA BIRLE DU TEMPS DES GUEONIM 105 

ne peuvent plus s'élever. Ils ouvrent la bouche 1 , mais leur langue 
tarde à se mouvoir, leur force se dessèche comme de l'argile; ils 
traînent sur le yameç 2 ; leur harpe s'endeuille et leur flûte, triste 
comme les cris des pleureurs, rend des sons de gémissement et de 
lamentation. Ils se réunissent tous en troupes pour s'occuper de 
l'interprétation; ils chancellent comme des hommes ivres, l'un dit 
ainsi et l'autre autrement, jusqu'à la fin du verset. Leur chef parle à 
sa fantaisie et sans profit aucun ; il ne blâme pas ses partisans. Mais 
si on leur demande quelques mots [difficiles] et quelque peu d'intel- 
ligence 3 , ils n'ont pas la force de répondre, ils restent cois, ils trébu- 
chent dans l'explication des lois et des commandements. Alors, je 
m'écrie : « Malheur à vous, querelleurs et traîtres, au front trompeur 
et aux paroles mensongères, qui manquez à la vérité et fortifiez le 
mensonge et la fausseté ! Ils se croient sages comme des gens qui 
n'ont jamais abandonné ce qui est juste ; plaignez-les, hélas ! Ecoutez, 
écoutez leur voix, les sons qui sortent de leur bouche avec leurs 
accents perfides; ils portent la tète haute parce qu'ils donnent la 
mesure aux mots 4 ; ils se réjouissent de choses vaines et redressent 
leur taille. — Embouchez la trompette à Rama et le schofar à Guibea 3 , 
afin que les peuples se rassemblent contre cette boiteuse 6 et fassent 
exhaler à son cœur ses égarements et ses mauvaises paroles! Elle me 
vit et resta interdite, puis je lui dis à l'oreille 7 . « Nous savons la Bible 
avec tous les verbes, du commencement à la fin 8 . Toi qui te vantes 
toi-même et te décernes tant d'éloges, réponds, si tu le peux ! » 



II 
Rime : s-p , ordre pnibri , complet. 

Retournez tous et venez à moi : certes, mes paroles ne sont pas 
fausses, je sais poser des questions 9 , mon enseignement contre les 
fourbes est parfait 10 . Vous éclaircirez mes questions concernant la 
Bible elle-même, sur les versets 11 du Pentateuque, des Prophètes et 
des Hagiographies, sur les préceptes et les commandements, tels qu'ils 
ont été prescrits. Une pensée vide comme le vent et une science 

I Cf. Job, xvi, 10. 

* Allusion à la différence entre le çameç long et le qameç bref. 
1 Pour expliquer la Bible. 

4 Allusiou à la métrique. 

5 Cf. Hos.,v,8, 

6 Cf. l'Introduction. 

7 Je crois pouvoir corriger *^TN3 en "ISÏNS (texte, p. 1,1. 20) : dans tout le 
verset, l'adversaire est désigné au masculin. 

» Je lis : ûblDïl (ligne 21). 
' 9 Je lis : nbWD ('igné 23). 
10 Je lis : iTlttb ûblB (ligne 24). 

II Le mot qui manque est QipT0D3 (texte, p. 1, 1. 25,. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

creuse comme le ventre 1 , je ne veux pas les admettre"... Que tes 
oreilles soient attentives, comprends bien mes paroles ; parler beau- 
coup et parler en vain ne te serviront de rien pour m'écarter du fon- 
dement de la Bible dans un chemin non frayé, et pour émettre un 
jugement tortueux. Les jugements de Dieu sont tous justes 3 ; ils 
seront examinés d'un bout à l'autre de la Bible; ils fourniront des 
preuves justificatives, comme Dieu l'a ordonné 4 . Je ne te demanderai 
rien sur la création des cieux : je sais que l'intelligence te fait dé- 
faut; car qui peut compter les cieux avec sagesse 5 : l'homme res- 
semble au néant •. Gomment l'Artisan a-t-il formé à la fois l'obscurité 
et la lumière ? Quel est le siège des ténèbres, par quel moyen la 
lumière se sépare-t-elle le jour et, venue de l'Orient, se répand-elle 
partout? Recherches-tu les mesures de la terre, examines-tu le voile 
qui cache les portes de l'abîme ? Veux-tu donc crever les yeux des 
gens 7 ? Si tu prétends le savoir 8 , tu seras un objet de moquerie, un 
homme à l'intelligence pervertie. C'est le redoutable Dieu qui a fait 
l'homme droit, mais eux 9 se plaisent aux calculs enchevêtrés. Com- 
prends ce qu'il y a de juste devant toi, éclaire ses paroles et qu'elles 
deviennent un foyer d'espérance 10 . Pourquoi ne fut-il pas permis aux 
enfants d'Adam et d'Eve de manger de la viande; pourquoi l'ordre 
n'en fut-il donné qu'aux Noachides " ? Qu'avaient-ils fait depuis Adam 
jusqu'à Noé, pourquoi ne mangeaient-ils pas de viande selon leur 
désir? Dieu ne leur ayant pas assigné de nourriture du haut du ciel, 
que mangeait donc Adam dans le Paradis 12 ? Combien de temps y 
passa-t-il, un jour ou cent ans? Réponds, si tu le comprends, ceins 
tes reins comme un héros 13 , avec force et joie. — Lorsque Seth naquit, 
Adam lui donna l'empreinte de son image et de sa ressemblance ; 
mais on ne dit rien de tel à la naissance de Caïn et d'Abel : est-ce 
qu'avant l'âge de cent trente ans Adam n'engendra point à son image, 
mais à une image qui ne lui ressemblait pas H ?— Trouvez- vous juste, 

1 Allusion à Job, xv, 2? 

» Je lis : 0-lSb ïiaan ÉÔ ^B3 (1. 27). 

» Ps., xix, 10. 

« Cf. Deut., xix, 15. 

5 Job, xxxvin, 37. 

8 Cf. Ps., cxliv, 4. 

7 Nombr., xvi, 14. 

8 Je lis : rrnn n*lb ^ttNn UN (texte, p. 2, 1. 9). 
• Les accentuateurs et les grammairiens. 

10 Hos., ii, 17. 

11 Gen., i, 29, et ix, 3. Les commentateurs postérieurs, comme Raschi et Nahma- 
nide, se sont occupés de cette question; voir aussi Sanh., 59 b. 

14 Je lis : d"n*D?3 au lieu de trtmtt (texte, p. 2, 1. 14), et je rapporte ce mot aux 
précédents; on trouvera plus bas un autre exemple de cette construction. La correction 
de M. Porgès (rjfaS d^lTHE) n'est pas admissible, car : 1° le mot HTItt Q e signifie 
pas un aliment, et 2° la construction serait défectueuse, tandis que T20 Ï1733 est 
une expression talmudique ; cf. Sabbat, 62 b : ÙTH D^^O Î1733- 

»• Cf. Job, xxx, 3 et xl, 7. 

u Gen., v, 3, 4, et iv, 1, 2. Cette question se trouve déjà dans Genèse Rabba, 
ch. 24. 



UNE CRITIQUE DE LA BIBLE DU TEMPS DES GUEONIM 107 

hommes intelligents, que le Créateur ait décrété la fin de la génération 
du déluge et qu'il ait compté juste cent vingt ans, ni plus ni moins * ? 
On a scruté toute la Bible pour expliquer les paroles de Dieu et arri- 
ver à un compte exact, mais après des recherches minutieuses on a 
trouvé que ce nombre est en deçà et non au delà de la vérité. La fin 
de Seth et de sa génération est mentionnée, mais à partir de Sem 
cette indication manque, excepté pour Taré et Haran 2 ; fais-moi donc 
goûter un peu de ton miel pour étancher ma soif. Il est écrit : « A 
cette époque Juda descendit », etc. 3 ; avant que Joseph eût été vendu, 
les paroles de Juda « quel profit aurons-nous? » 4 prouvent qu'il 
était avec ses frères. Or, dans l'espace de vingt-deux ans 3 son fils 
Onan arriva à se fiancer', et plus tard il cohabita avec cette même 
femme, qui lui donna Péreç 7 et « les fils de Péreç furent : Hezron et 
Hamul 8 » : Quel âge faut-il compter pour ceux-ci? 

L'Éternel avait fait une promesse au patriarche en ces termes : 
« ainsi sera ta postérité »,et Abraham crut en ses paroles 9 . Gomment 
donc Dieu lui répondit-il ensuite avec colère et amertume : « Ta pos- 
térité séjournera, étrangère, dans le pays de son ennemi l0 » Violant la 
fraternité M ? Si le temps des Amoréens n'était pas accompli u , pour- 
quoi sont-ce les Égyptiens, entre tous les peuples, qui asservirent 
Israël? Il n'est pas admissible que l'Egypte ait été choisie par pur 
caprice entre tous les autres afin d'être le lieu d'esclavage des Hébreux. 
— Le même jour Dieu jura à Abraham qu'il lui donnerait dix nations 
en héritage 13 . Pourquoi est-il dit dans cinq autres endroits « six » u , 
dans un autre « cinq » 13 et dans un autre, enfin, « trois » ,s ? Est-ce 
Moïse qui en ajoute « sept» de son propre chef, sans qu'il en eût reçu 
l'ordre? — Dieu avait porté à quatre cents ans la durée de la servi- 
tude des enfants d'Abraham 17 , puis il en ajouta encore trente 18 , pour 



I Gen., vi, 3. 

* L'auteur veut dire que depuis Seth jusqu'à Sem (Gen., v, 6 et suiv.) le mot 
n73^1 est employé pour chaque personnage, mais qu a partir de Sem, ce mot ne se 
trouve qu'avec Taré et Haran. 

3 Gen., xxxvin, 1. 

* Ibid., xxxvn, 26. 

5 Depuis l'époque où Joseph fut vendu jusqu'à l'arrivée de Jacob en Egypte 
vingt-deux années s'étaient écoulées. 

6 Gen., xxxviii, 8. 

7 Ibid., 29. 

8 Ibid., xlvi, 12. Cf. Ibn Ezra sur la difficulté chronologique. V. aussi Séder Olam> 
éd. Ratner, p. 12 et notes. 

9 Gen., xv, 5. 

10 lbid., 5, 6, 13. 

II Expression tirée de Zach., xi, 14. 
J * Gen., xv, 16. 

13 Ibid., 11-21. 

14 Exode, m, 8, 17; xxxm, 2 ; xxxiv, 11; Deut., xx, 17. 

15 Exode, xiii, 5. 

16 Exode, xxm, 28; cf. Genèse Rabba, en. 44. 

17 Gen., xv, 13. 

18 Exode, xn, 40. 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

confondre l'esprit : d'où viennent ces années supplémentaires? 1 . 
Ayant entendu les calomnies des explorateurs, Dieu leva la main 
droite et jura! que personne au-dessus de vingt ans ne verrait le 
pays*, excepté Galeb fils de Iefounné le Quenizite, l'un des explora- 
teurs', qui le verrait en toute sécurité 4 . Approche et entends-moi 
bien : Josué est donc de ceux qui avaient moins de vingt ans 5 ; avec 
les quarante ans passés dans le désert, cela fait soixante; il lui resta 
donc cinquante ans pour partager la Terre sainte, d'après le récit de 
sa mort 6 . 

Examine encore tranquillement l'histoire de David, de Samuel, 
d'Héli, le message de Jephté et l'histoire des Juges, comment cela 
fera-t-il quatre cent quatre-vingts ans, au juste et sans erreur 7 ? — 
Saùl n'avait pas encore Isboseth lors de son avènement au trône * ; 
cependant, lorsqu'il mourut, voilà Isboseth âgé de quarante ans 9 .— 
On donne à Absalon quarante ans au moment de sa révolte ,0 ; ce 
nombre est donc affecté aux fils 11 de rois! Toi, homme au beau 
visage et à la belle prestance '\ approche sans alléguer des prétextes, 
prête l'oreille à mes paroles et donne-moi des réponses exactes, tirées 
de la Bible. 



III 
Mme ïit, ordre niâfc* ; du commencement à la lettre s. 

Dans la vingt-sixième année d'Asa, Ela monta sur le trône 13 , Baasa 
étant déjà mort et enterré dans le caveau des rois. Comment alors 
peut-on dire « et dans l'année trente-sixième d'Asa, Baasa se dirigea 
vers la Judée » 14 ? — Joram, fils d'Achab, monta sur le trône de Samarie 



1 Cf. la Mechilta sur le verset précité. 
8 Nombres, xiv, 29. 
* Je corrige û^îl en d*nnîl (texte, p. 3, 1. 13). 

4 Nombres, xiv, 24. 

5 M. Schechter a déjà remarqué que cet argument n'est pas fondé ; en effet, après 
le verset où il est dit que nul Israélite âgé de plus de vingt ans ne verrait la Pales- 
tine, le texte ajoute : « excepté Caleb fils de Iefounné et Josué fils de Noun », ce 
qui prouve que Josué avait alors plus de vingt ans; notre critique, ne voyant pas ou 
feignant de ne pas voir ces mots, s'appuie sur le verset 24. 

6 Josué, xxiv, 29. Cet argument est plutôt dirigé contre le Séder Olam, ch. xii, 
qui dit que Josué gouverna vingt-huit ans. 

7 Juges, xi, 26; I Rois, vi, 1 ; cf. Séder Olam, chap. cité et suiv. 

8 I Samuel, xiv, 49 ; on ne mentionne là que trois fils de Saùl. 

9 II Sam. n,40. 
10 Ibid.. xv, 7. 

41 Je corrige Û^btt ">3Db en û^bE "^nb (texte, p. 3, 1. 20). Cf. Séder Olam, 
ch. xiv. 
" C'est un pendant au nom de « la boiteuse », donné par l'auteur à son adversaire. 
ia 1 Rois, xvi, 8. 
" II Chron., xvi, 1. 



UNE CRITIQUE DE LA BIBLE DU TEMPS DES GUE0N1M 109 

dans la deuxième année de Joram fils de Josaphat 1 et régna douze 
ans 8 . Puis il est dit que, Josaphat régnant encore, son fils Joram 
monta sur le trône dans la cinquième année de Joram, fils d'Achab 5 ; 
Joram, fils de Josaphat, régna donc du vivant de son père et alors 
que celui-ci était solidement assis sur le trône dans la ville en fête. 
De plus, Joram fils de Josaphat mourut à l'âge de quarante ans 4 , et 
cependant, au moment de sa mort, le plus jeune de ses fils était âgé 
de quarante-deux ans 3 . Il monta sur le trône dans la douzième 
année*, et tu l'as placé aussi dans la onzième année, pour nous 
égarer 7 , n'est-ce pas l'effet d'un esprit de vertige et d'une vive irri- 
tation? — Jéroboam fils de Joas monta sur le trône de la troisième 
nation 8 dans la quinzième année d'Amasias 9 , puis, dans la vingt- 
septième année de Jéroboam, Azarias fils d'Amasias devint roi 10 ; 
dans la vingt-troisième année de Joas, fils d'Ochozias ll , et déjà dans 
la trente-septième du même roi, son fils usurpait le trône par 
intrigue 12 : c'est une chronologie fautive. Car Amasias régna quinze 
ans avec Jéroboam ,3 ; donc dans la quinzième année de ce dernier, 
Azarias monta sur le trône; comment alors arrive-t-on au compte de 
vingt-sept ans? De toute façon le compte est ou trop grand ou trop 
petit. D'après le premier calcul l \ à la mort de Jéroboam. Azarias 
comptait déjà vingt-sept ans de règne ,5 et, d'aprc s s le second, qua- 
torze ans seulement. Gomment, dans ce cas, Zacharie fils de Jéroboam 
commença-t-il à régner dans la trente-huitième année 11 ? C'est un 
chemin tortueux. — Achaz fut couronné dans la dix-septième année 
de Péqah 17 ; puis dans la douzième année d'Achaz, Hosée reçut 
la royauté 18 ; ces huit ans sont-ils partis en fumée, ont-ils été 
captivés ou pillés? Il est encore écrit que Hosée commença à régner 

« H Rois, i, 17. 

* Ibid., m, 1. Il est étonnant que le critique passe sous silence le commencement 
du même verset où il est dit que Joram, fils d'Achab, monta sur le trône dans la dix- 
huitième année de Jo-aphat et qu'il ne relève pas cette contradiction. 

3 Ibid., vm, 16. 

* II Rois, vm, 17 ; II Chron., xxi, 5. 

5 Ibid., xxn, 1, 2. 

6 De Joram, fils dAchab; cf. II Rois, vin, 25. 
' Ibid., îx, 29. 

8 Epithète d'Israël ; cf. Isaïe, xix, 24. 

9 II Rois, xiv, 23. 

10 Ibid., xv, 1. 

11 Complétez : Joachaz, fils de Jéhu, c'est-à-dire le père de Joas, roi d'Israël, 
lonta sur le 
14 Ibid., 10. 

13 Puisque Jéroboam monta sur le trône dans la quinzième année d'Amazias et que 
ce dernier régna vingt-neuf ans. 

14 D'après lequel Azarias devint roi dans la quinzième année de Jéroboam. 
is Parce que Jéroboam régna quarante-un ans. 

16 DAzarias; cf. II Rois, xv, 8. 

17 Ibid., xvi, 11; celui-ci régna vingt ans, de sorte qu'après l'avènement d'Achaz, 
il régna encore trois ans. 

18 Ibid. y xvn, 1; Hosée succéda à Péqah. 



110 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dans la vingtième année de Jotham 1 , alors que celui-ci était mort et 
enterré depuis longtemps 2 ; quel roi régnerait sur moi pour que je 
reste intègre 3 , si j'en ai le secret? — Les années de Joachin, est-il dit, 
sont au nombre de dix-huit ans et trois mois 4 , et, dans les Chro- 
niques : de huit ans, trois mois et dix jours a . Vous qui connaissez 
la loi, expliquez les contradictions en comparant les deux passages ! 
Le nombre de ceux qui ont été emmenés en exil dans la huitième 
année [de Nabuchodonosor] est de dix-huit mille hommes 6 , et le total 
de quatre mille six cents est indiqué dans la vingt-troisième année 
de ce même roi 7 . — Le prophète nous raconte un fait qui s'est passé 
au commencement du règne de Joïaqim s , et voici qu'il envoie un 
message par les ambassadeurs qui se rendent auprès de Sédécias 9 . 
Tantôt Joïachin est mis en liberté le vingt-cinquième jour du mois 10 , 
tantôt le vingt-septième 11 . Tantôt c'est le dixième jour du mois [que 
Nabuzaradan arriva à Jérusalem] 1S , tantôt c'est le septième 13 . 



IV 
Rime TO ordre *ûàk de la lettre 73 à la fin. 

sages du peuple! daignez me regarder en face, et certes je ne vous 
mentirai pas à la figure l4 . « Tout ce qui est dans la tente devient im- 
pur 15 », les vases de pierre comme ceux d'argile 16 ; pourquoi les 
vases hermétiquement fermés ne sont-ils pas déclarés impurs par le 
décret divin? Il faut en conclure 17 qu'un vase fermé est pur, même 
s'il se trouve dans une maison où il y a un mort. — La Bible nous 
apprend aussi qu'« un vase d'argile [devient impur] lorsqu'un reptile 
mort y tombe » 18 , mais si le reptile tombe à côté du vase, ou bien 

1 II Rois, xv, 30. 

1 Car Jotham régna seulement seize ans; cf. ibid., 53. 
3 Cf. Psaumes, xix, 14. 

* II Rois, xxiv, 8 c'est-à-dire qu'il était âgé de dix-huit ans et qu'il régna 
trois mois. 
6 II Chron., xxxvi, 9. 

6 II Rois, xxiv, 12,14, 16. 

7 Jérémie, lu, 28-30. Le texte porte : dans ia septième année, ce qui est sûre- 
ment une faute. Si les mots 3^3113 DD1252 se trouvaient plus haut, on pourrait dire 
que le critique relève une autre contradiction entre les années huit et sept. 

8 Jér., xxvn, 1. 

9 Ibid., 3. 

10 Ibid., lu, 31. 

11 II Rois, xxv, 27. 

12 Jérém., lu, 12. 

13 II Rois, xxv, 8; cf. Séder Olam, ch. xvn, xix, xxn et xxvn. 
** Cf. Job, vi, 28, 

15 Nombres, xix 14, 15. 

" Lire : ibbJH ^Stf. 

17 Lisez ï-TTtt rD3 au lieu de !fD rDU (texte, p. 5, 1. 3). 

iJ Lévit., xi, 33. 



UNE CRITIQUE DE LA BIBLE DU TEMPS DES GUE0N1M 111 

s'il est couvert par le vase, pourquoi ne faudrait-il pas briser celui-ci 
et le jeter à terre ! ? 

Vous, les intelligents, prêtez l'oreille à mes paroles, comprenez ma 
pensée. Certes, les prêtres de Dieu qui avaient les choses sacrées 
entre leurs mains pour remplir... et étaient inspirés par l'esprit saint, 
ne savaient pas répondre à Aggée a ; à plus forte raison, maintenant 
que les hommes ont l'esprit abject et le cœur pusillanime, ne te 
répondront-ils pas si tu les appelles. La sagesse est plus profonde 
que le scheol, qu'en sais-tu faire monter? elle est haute comme le fir- 
mament, que peux-tu faire pour l'atteindre 3 ? Si je dis : « Je suis 
intelligent » et que je lève la main traîtreusement, c'est un péché 
passible d'un châtiment, car j'aurais renié Dieu le Très-haut, comme 4 
le péché de Sodome, la ville détruite. — Moïse a détaillé douze unions 
illicites 5 ; mais il n'a pas défendu 6 d'épouser la mère de la belle- 
mère, ni celle du beau-père ni la grand'mère paternelle ou mater- 
nelle. Il n'a pas mentionné non plus le châtiment 7 de celui qui 
cohabite avec la fille de son fils ou celle de sa fille, ou avec sa tante 
paternelle ou maternelle 8 . Le même ordre n'est pas suivi dans le 
châtiment et la défense : relativement à celle-ci, l'ordre est interverti 
pour les châtiments ; les péchés qui venaient en dernier lieu pour les 
défenses, viennent maintenant en premier, comme un gâteau qui 
n'aurait pas été retourné*. De plus, lorsque le Législateur énuméra 
les douze formules d'imprécations 10 , il ne mentionna que quatre de 
ces douze unions pour les vouer à la malédiction; il écarta les huit 
autres et les remplaça par d'autres crimes ". — Un homme qui for- 
nique avec une esclave fiancée doit expier ce péché par le sacrifice 
d'un bélier ia ; pourquoi étaient-ils coupables, ceux qui avaient repris 
des femmes étrangères, lorsque ce n'était pas l'œuvre d'un, ni même 
de deux jours ,3 ? Ceux qui avaient épousé des Égyptiennes s'empres- 
sèrent de les renvoyer ik ainsi que leurs enfants, conformément à la 

1 Les commentateurs ont soulevé la même question. 

a Aggée, h, 11-14. 

3 Cf. Job, xi, 8. 

* Il faut peut-être lire DNDrD au lieu de nNt2JT)3 (texte, p. 5, 1. 12). 

5 Lévitique, xvm, 7-17, 

6 Lire ^ÏTTÏl î*b au lieu de "Pïlïïlb (1. 14). 

7 Lévitique, xx, 10 et suiv., où il est parlé des punitions de ces crimes. 

8 Je crois qu'il faut lire (1. 14) V3N mriNT au lieu de V2W2 imnfcO, car le 
châtiment de ce dernier cas est indiqué. 

' Sur le feu, c'est-à-dire qui n'est qu'à demi-cuit ; cf. Hosée, vu, 8. Comme le 
verset suivant doit commencer par un p, le mot qui manque est peut-être ttîTlp 
(texte, p. 5, 1. 18). 

10 Deut., xxvii, 15 et suiv. 

11 C'est-à-dire que le nombre douze figure dans les deux passages; mais dans le 
dernier, au lieu des douze crimes mentionnés dans le Lévitique, on n'en mentionne 
que quatre. Au lieu de FDm ^73^3, il faut peut-être lire ÏTD073T b0S3. 

" Lévit., xix, 20-21. 

»» Ezra, x, 10, 13, 19. 

u Le mot qui manque est Û^UJart IL 23). 



112 REVUE DES ETUDES JUIVES 

loi de Dieu ' : où donc ces prescriptions ont-clle été édiclées dans le 
livre de Dieu, créateur du monde? Parle et remets les choses dans 
l'ordre. 

Dans la loi où il est question d'un taureau, d'un mouton ou d'une 
chèvre nés dans le troupeau 2 , il aurait été préférable d'écrire : « un 
veau, un chevreau ou un agneau » 5 . — « Un taureau ou un mouton 
[ne le tuez pas le même jour] avec son petit 4 ; il eût fallu dire plutôt : 
« une vache ou une brebis avec son petit » — « Voici l'alliance dans 
le tabernacle en dehors du rideau » 5 ; ailleurs la phrase revient, mais 
intervertie : « en dehors du rideau du statut, dans le tabernacle » 6 . 
On trouve beaucoup de cas semblables dans la loi qui, de sa droite, 
prolonge la vie et restaure l'âme 7 . 



Mime ttb, ordre pnibrh du commencement jusqu'au milieu de la lettre b. 

« Celui qui tue une bête la paye, mais celui qui tue un homme 
doit être mis à mort» : pourquoi le législateur a-t-il mentionné cette 
règle deux fois 8 ? La seconde fois, il dit simplement : « celui qui 
frappe une bête ou un homme », tandis que la première fois il avait 
ajouté « l'âme » 9 de l'homme, qui monte en haut 10 . Celui qui compte n 
sait combien font sept septaines d'années, pourquoi répète-t-il sept 
fois sept années; puis il marque bien a quarante-neuf ans »,à grand 
fracas "? Il est écrit : « Moïse renvoya son beau- père » 13 , et on ne sait 
point quand celui-ci est retourné au camp de Moïse. Or, nous voyons 
que Moïse lui dit : « Marche avec nous » pour lui servir de guide u , 
d'où savons-nous qu'il était retourné dans sa demeure? — Dieu a 
ordonné d'attacher des franges aux pans des vêtements et d'ajouter 
un fil bleu à ces franges 15 . Comment comprendre l'ordre dans lequel 
les franges et le fil bleu étaient attachés au vêtement? — Dieu dit à 
Balaam : « Va avec les officiers » 16 , puis il s'irrita de l'empressement 

I Ezra, ix, 1 et x, 3. 
J Lévit., xxn, 27. 

3 Les commentateurs ont posé la même question. 
* Ibid., 28. 

5 Exode, xxvii, 21. 

6 Lévit., xxiv, 3. 

7 Cf. Prov., m, 16, et Ps., xix, 8. 

8 Lévit., xxiv, 17, 18 et 19. 

9 La première fois il y a le mot U5D3, qui manque dans le second passage. 

10 Allusion à Eccl., ni, 21. 

II Dieu; cf. Nombres, xxm, 10. 

11 CJ. Lév., xxv, 8, et, pour l'expression, Jér., xi, 16. 
ls Exode, xvin, 27. 

14 Nombres, x, 29, 31 ; il faut lire W$b rwïl (texte, p. 6, 1. 8). 
18 Nombres, xv, 38. 
16 Ibid., xxn, 20. 



UNE CRITIQUE DE LA BIBLE DU TEMPS DES GUEONLM 113 

de Balaam, sortit pour l'anéantir et envoya un ange qui l'atteignit 
dans un chemin étroit et non frayé ! , Dieu le rencontra et lui intima 
l'ordre de dire ce qu'il lui ordonnerait*; si Balaam avait maudit 
Israël sur l'ordre de Dieu, celui-ci l'aurait anéanti par ses propres 
paroles et c'est ce qu'il dit : « et je vous ai délivrés de sa main » 3 ; 
y a-t-il un autre Dieu aussi puissant en exploits? — Quel âge doit 
avoir un jeuue homme pour que son vœu soit valable? Nous ne con- 
naissons que les lois que Dieu, le Très-Haut, a ordonnées en ce qui 
concerne le père et sa fille*. — Pourquoi cet ordre des tribus qui est 
indiqué pour les bénédictions et les malédictions 5 ? — Que signifie 
le chemin du coucher du soleil dans le pa3 r s des Cananéens, qui habi- 
tent la vallée ? Quel est donc le chemin où la lumière règne d'abord 
et qui, le soleil s'étant couché, devient sombre? Le prophète de Dieu 
n'a pas défendu la graisse dans le Deutéronome ; de plus, il n'y a fait 
mention ni du jour de la Sonnerie ni du jour du Pardon, alors qu'il 
parlait des fêtes 7 , en commaudant d'égorger et de manger des mou- 
tons et des bœuf;.-, immolés comme offrandes et holocaustes. — Les 
villes de refuge étaient au nombre de six, et Dieu dit : « Elles vous 
serviront de lieux d'asile dans tous les endroits où voue habiterez 
et pour toutes les générations 8 . » Comment pourraient-elles servir 
de refuges en tout lieu et en tout temps, puisqu'Israël, ayant été 
maudit, fut exilé et dispersé ? — Parlant de l'esclave, le texte dit 
« Il t'a servi deux Lois autant qu'un mercenaire 9 . . . » 



VI 

Rime en riD 7 ordre 'iââNî de la lettre * jusqu'à la fin. 

Absalon n'avait pas de fils, ainsi qu'il est. dit : « Je n'ai point de 
fils », et c'est pourquoi il s'était érigé un monument, qui éternisât son 
souvenir 10 . Cependant on lit ailleurs : « et il naquit à Absalon trois 
fils et une fille, nommée Tamar » et belle comme le soleil 11 . Le Tout- 
Puissant nous a ordonné dans sa loi de ne pas manger la viande 
d'une bête morte d'elle-même ou déchirée par une autre bête 12 . Com- 
ment donc a-t-il commandé aux corbeaux de] nourrir Elie chaque 

1 Nombres, xxn, 22 et suiv. 

s lbid., 35. 

3 Josué, xxiv, 10. 

* Nombres, xxx, 17. 

5 Deut., xxvn, 12 et 13. 

6 Deut., xi, 30. 

7 Deut., xvi, 1 et suiv. 

8 Nombres, xxxv, 13 et 29. 

9 Deut., xv, 18. 

10 II Sam., xvin, 18. 

11 lbid., xiv, 27. 

13 Exode, xxn, 3 ; Deut., xiv, 20. 

T. XLVI, N° 91. 8 



114 REVUE DES ETUDES JUIVES 

jour sans tante 1 ? — « Uu boisseau d'excréments pour cinq pièces 
d'argent et la tète d'un une pour quatre-vingts pièces* », dis avec 
véracité et sincérité si c'est bien dans ta pensée 3 . — Explique-moi 
doucement la phrase suivante : « Dans soixante- cinq ans Ephraïm 
périra et cessera d'être au nombre des peuples 4, », « avant que l'en- 
fant sache distinguer entre le bien et le mal s ». Cette date, où com- 
mence-t-elle et où finit-elle? A partir de quel jour faut-il compter les 
soixante-cinq ans jusqu'à la captivité et la destruction des Israélites? 
— Explique le sens des mots tpb np "iirb "itt 8 , en pesant et mesurant 
tes paroles pour que celui qui attend le sens ne trouve pas le sang 7 , 
que son espoir ne soit pas trompé et qu'il ne s'évanouisse pas. — 
Explique encore la construction de la phrase « Est-ce tout le jour que 
le cultivateur laboure la terre 8 ? » —J'attends avec impatience l'ex- 
plication de « froment et orge ensemencés », de « aneth et cumin » : 
quel est le conseil admirable et d'une si grande sagesse que Dieu a 
donné 9 ? Dieu dit qu'il punira son peuple au septuple de ses péchés 10 , 
puis il le frappe deux fois plus !l : où est ta miséricorde de jadis, ô 
Dieu charitable et clément qui pardonnes toutes les fautes 18 ? Gom- 
ment la foule de tous les peuples, comment tous les hommes vien- 
dront-ils se prosterner à Sion devant Dieu à chaque sabbat et à 
chaque néoménie 13 , puisque Zacharie a changé tout cela en disant 
« chaque année » u , ô roi grand et sublime ! — La main est trop 
courte et trop fatiguée pour étreindre les mystères de la Bible, les 
milliers et les centaines de choses que l'intelligence ne comprend 
pas ls ; l'encre s'épaissirait dans la plume de l'aile du vautour 16 , si l'on 
poussait l'examen jusqu'au bout. Les querelleurs 17 prononcent des 
paroles inconscientes, ils se croient sages et intelligents, ils ont dé- 
daigné la science des maîtres, et quelle est la leur? Ils ont chancelé 
dans le chemin frayé de la vie. Questionnez-les sur les passages : 
« les archers les trouvèrent » *•, « l'épouvante s'empare des habitants 

I I Rois, xvn, 4, 6. 
» II Rois, vi, 25. 

3 C'est-à-dire si tu le comprends; il faut donc lire Î1D1733 au lieu de ÏTOIOS 
(texte, p. 9, 1. 6); cf. Deut., xxxn, 34. 

4 Isaïe, vu, 8. 

5 lbid. y 16; cf. Séder Olam y ch. xxn. 

6 Isaïe, xxvin, 10, 13. 

7 Isaïe, v, 7. 

8 Isaïe, xxvin, 24-26. 

9 Ibid., 27. 

10 Lévit., xxvi, 18. 

II Isaïe, xl, 2. 

1J Cf. Hosée, xiv, 3. 
18 Isaïe, lxvi, 23. 
»* Zach., xiv, 16. 

" Il faut lire "pai fr*b ^btl (texte, p. 9, 1. 20). 

u Au lieu de ïlfintl Ep3, lisez !TîNl!l tp!3 (1. 21), et le mot qui manque serait 
alors 13^3. 
1T Ce sont les accentuateurs et les ponctuateurs, qui se moquaient des talmudistes. 
18 I Sam., xxxi, 3; I Chron., x, 3 ; le mot Ù^tt)3K manque. 



ONE CRITIQUE DE LA IHBLE OU TEMPS DES GUEONIM 115 

de la Philistée » * ; « sur elle par le sort » * ; « j usqu'à ce que les pierres 
fussent restées à Qir-Iiaréchet » 3 , et no2 au lieu de «©a * ! Quel est 
leur enseignement sur la question du mélange de deux espèces 5 et 
le témoignage qu'ils en tirent : « Chaque homme et son esclave 
passeront la nuit à Jérusalem » G ; il y a encore beaucoup d'autres 
questions à relever. Le Créateur, qui a tout fait par sa parole, envoie 
sa grâce sur moi le jour, et, la nuit, son chant est avec moi 7 . Il se 
souviendra de moi lorsqu'il agréera son peuple élu. Il me comptera 
dans son troupeau, en la compagnie du juste 8 et de sa génération, 
ainsi qu'en celle d'Eléazar b. Azaria. 



VII 
Rime ira^ ordre 'irnâ? complet. 

Je me disais que je me contiendrais, que je fermerais la bouche 
comme on ferme un trésor. Mais voici que l'impie 9 multiplie ses 
paroles devant moi, en blasphémant contre Dieu. Il faut mettre un 
frein et un mors à la bouche de celle qui est assise dans le boisseau, 
il faut jeter aans sa bouche un talent de plomb 10 , parce qu'elle pro- 
voque insolemment les coups. C'est cette impie avérée a la langue 
tranchante comme le rasoir qui dit des mots insolents, qui ouvre n la 
bouche contre les saints de Dieu, qui décida de lui bâtir une maison 
dans le pays de Sinear 12 , car c'est de ce lieu qu'ils sont sortis d'un 
mal à l'autre. Ils calomnient l'homme juste avec orgueil et dédain, ils 
profanent les fêtes divines, ils s'en écartent avec soin et ostentation, 
ils dédaignent les paroles de Dieu et de ses sages, ils ne veulent pas 
écouter leurs discours réconfortants. Dieu, punis-les, car ils lancent 
les traits acérés et mortels de leurs railleries 13 , ils ne craignent pas 
Dieu et, inébranlables, ne se détournent pas de leur mauvaise voie. 
Tu présenteras quelques-uns d'entre eux devant les juges, et les 
jetteras sur des charbons ardents dont le feu servira à tous les enfants 

1 Exode, xv, 14. 

* Lire (texte, p. 9, 1. 25) b^lliQ !"pb^ au lieu de bTlJQ mb*, Jug., w, 9. L'au- 
teur veut dire que la construction de ce verset n'est pas régulière. 

3 II Rois, m, 25. 

4 Lire ïlDib N1D31 au lieu de ino^b Ntt53^. L'auteur fait allusion à Psaume, 
iv, 7, où le mot ÎTÎ03 semble remplacer NU23. 

8 Lév., xix, 19, et Deut., xxn, 9, 11. 

6 Néh., iv, 16. 

7 Cf. Ps.,xlii, 9. 

8 Le gaon. 

9 C'est toujours la secte des accentuateurs. 
10 Zacharie, v, 7-8. 

" Lire Jirrmrï au lieu de -irrmïl (texte, p. 10, 1. 8), 

1S Ibid., H. 

13 Peut-être faut-il lire Û^13ttî au lieu de û!"P3tt) (texte, p. 10, 1. 12). 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Jacob qui habite les tentes 1 , car l'iniquité brûle comme le feu. 
Dieu, qui est ma puissance, m'a donné une langue éloquente 2 . Il a 
rendu ma bouche comme une épée et comme des flèches aiguisées 
pour leur jeter à la face le chemin qu'ils prennent et pour réduire 
leurs inventions au silence, afin qu'ils n'en fassent pas entendre de 
semblables. « Tremblez, pleurez amèrement celui qui s'en va » en 
exil, le roi Salum fils de Josias 3 . « Mais quand régna-t-il dans la ville 
bruyante 4 un roi du nom de Salum ? Son frère Joachaz régna sur la 
belle génisse 3 , et voici que son nom est Johanan 6 ! Lamentable dé- 
sordre! » — « La postérité princière de David avec les Lévites au ser- 
vice sera nombreuse comme le sable de la mer qui ne peut être 
compté 7 ». Les paroles du prophète sont-elles exactes? C'est ce que 
nous allons voir. Le créateur de la lumière, l'auteur de toutes choses, 
le Rédempteur d'Israël et mon Seigneur, dit de sa bouche sainte : 
« Jamais un membre de la famille royale ne régnera sur son troupeau 
et ne portera la couronne, car il n'y aura personne de sa souche pour 
être le roi de mon peuple élu » 8 ; ces paroles sont sorties de la bouche 
de Celui qui dispense le salut. — « La colombe d'Elem » 9 , «la ville 
de la Colombe », « la colère et l'épée de la Colombe » 10 ... — Le roi de 
Babylone est appelé « Schéschak » ", par interversion", « et sur les 
habitants de Leb-Qamaï passera mon esprit de vertige » 13 et une 
tempête. — Dans un vase six espèces de grains sont mélangées pour 
faire des pains u , puis on ne mentionne que le gâteau d'orge 13 . Le 
prophète reçut l'ordre, pour expier les péchés de la maison d'Israël, 
de faire pénitence pendant trois cent quatre-vingt-dix jours 16 , et, 
pour les péchés de la maison dé Juda quarante jours seulement 17 . 
Comptons les années d'Israël à part et celles de Juda à part, sans 
confusion, avec science et sagesse. 

Les nombres de trente et de vingt-sept ans 18 , quand commencent-ils 
et quand finissent-ils exactement? Dans quel sens le prophète a-t-il 



1 Mot à mot « de l'homme intègre », épithète de Jacob; cf. Gen., xxv, 27. 

* Cf. Is., l, 4. 

3 Jér., xxn, 10, 11. 

* Expression tirée d'Is., xxn, 2. 

5 II Rois, xxiii, 30, 31; belle génisse est l'épithète d'Israël. 

6 1 Chron , m, 15; il y est ait que le fils aîné de Josias s'appelait Johanan, tandis 
que le quatrième, Salum, ne régna jamais. 

7 Jér., xxiii, 21, 22. 
» Jér., xxn, 30. 

9 Ps., lvi, 1. 
*° Soph., iii,1. 

11 Jér., xxv, 38, xlvi, 16 et l, 16. 

12 Jér., xxv, 26 et li, 41. 

13 II faut lire sans doute mitin (texte, p. 10, 1. 28). 

14 Jér., li, 2. 

18 Ezéch., iv, 9. 

16 Ibid., 13. 

17 Ibid., 5, 6, 

18 Ezéch., i, 1 et xxix, 17 ; cf. Séder Olam, ch. xxvi. 



UNE CRITIQUE DE LA BIBLE DU TEMPS DES GUEONIM 117 

donné ces nombres, tu me le diras dans quelque temps. — Le pro- 
phète parle ainsi : « Voici les hommes qui méditent l'iniquité, il n'y 
a pas de vérité dans leur bouche. » Aussitôt qu'il eut prophétisé, 
« Pelatia, fils de Benaïa, mourut et je m'écriai, dit Ezéchiel : Malheur! 
vas-tu les anéantir eu un instant par ton épée vengeresse » ! . Or, si 
Pelatia, fils de Benaïa, était mort et qu'il fallut le jeter pour qu'il fût 
une honte éternelle dans les profondeurs du scheol, pourquoi le pro- 
phète s'écria-t-il : « Malheur! tu vas anéantir la troisième nation » ', 
comme si toute la terre s'était écroulée 3 ? Dieu lui répondit qu'il lui 
enlèverait son épouse bien-aimée dans une épidémie, « et le soir son 
épouse mourut » 4 . Dieu, s'il voulait lui donner un signe évident 5 , 
ne pouvait-il faire autrement que de lui enlever sa malheureuse 
femme par une mort subite? — Autre sujet d'étonnement semblable. 
Dieu ordonna deux l'ois à Hosée de s'unir à une prostituée déver- 
gondée 6 , et « il alla et prit Gomer, fille de Diblaïm » 7 . N'est-ce pas 
un scandale pour un prophète de Jérusalem d'épouser une prostituée 
vagabonde 8 ? Dieu ordonna de rejeter sur Jéhu le sang de Jezréel et 
le sang de Jéroboam sur Baasa*. Sont-ils droits les chemins de Celui 
qui agit avec intégrité, de Dieu qui connaît tout et qui est informé 
de toutes les actions? Il avait dit auparavant : « et Dieu lui établira 
un roi qui détruira de fond en comble la maison de Jéroboam », et 
« car tu as agi selon ma volonté en punissant la maison d'Achab, tu 
as fait ce qui est bon, ce qui est droit » 10 . Puis, il se repent et se 
plaint d'eux à tort, parce qu'ils avaient exécuté son ordre, afin de 
rejeter sur eux l'acte criminel. — Voyez encore cette action juste : le 
prophète [Nathan], parlant à David, s'exprima ainsi : « Va, exécute 
ton projet; l'Eternel ton Dieu agréera ton offrande » ; puis il revient 
sur ses paroles et lui dit : « Tu ne me construiras pas une maison de 
prières » u . — Dieu s'empressa de séduire David, lui disant d'abord 12 : 
« Va faire le dénombrement d'Israël et de Juda » 13 , et ensuite : « Je 
t'impose trois choses l * bien mesurées » 15 : si David avait péché, quel 
crime avait commis la communauté qui tomba et fut immolée comme 
un troupeau de brebis 16 sans avoir fait aucun mal ? — La même 

1 Ezéch., xi, 1, 2, 13. 

1 Israël. 

» Cf. Kimhi ad Ezéch., xi, 13. 

* Ezéch., xxiv, 16, 18. 

5 Ibid., 24; lire riD"» mN mfrnïtb (texte, p. 11,1. 15). 

6 Hosée, i, 2 et ni, 1. 

7 Ibid., i, 3. 

8 Expression tirée de Jér. , n, 20. 

9 Hosée, i, 4, et 1 Rois, xvi, 7. 

10 I Rois, xiv, 14 et II Rois, x, 30. 

11 II Sam., vu, 3 et suiv.; I Chron., xvn, 2 et suiv.; xxvin, 3. 

12 Le mot qui manque (p. 12, 1. 1) est "|7:Nb. 

13 II Sam., xxiv, 1 . 

u Suppléez, p. 12, i. 2 : ^by bcû^i. 

15 II Sam., xxiv, 12. 

16 Suppléez, 1. 3 : "jNSto. 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lamentable confusion a été faite avec les fils d'Héli ! : « C'étaient des 
hommes pervers et qui ne connaissaient pas Dieu 2 , mon Seigneur. » 
Ils avaient péché, et trente 3 mille fantassins périrent à cause d'eux '. 
— Je pourrais donner je ne sais combien d'autres exemples. De ces 
questions 5 et d'autres semblables, si j'en voulais remplir un traité, 
mon stylet les aurait tracés sur la feuille et le revers, car l'oreille 
entend et l'œil voit 6 . 



VIII 
Rime ïip 5 ordre pnibh? de n jusqu'au commencement de 

Donnez-moi clairement, en des mots choisis, l'explication du pas- 
sage : « Je l'ai achetée pour 15 pièces d'argent, pour un homer d'orge 
et un létek d'orge 7 ». Quelle est la contenance du létek* et quel est le 
rapport entre l'argent et l'orge? Voyez d'où ce nombre est sorti? 
Gadre-t-il bien avec le sujet, comme le chapiteau avec la colonne ; où 
se trouve cette expression dans la Bible aux belles paroles? Que ceux 
qui la connaissent décident entre nous sur cette question ! — Voyez 
et examinez tout ce passage : « Écoutez, prêtres et Israélites, tous 
ensemble, et, avec eux, la maison du roi » ; où y avait-il un filet 
étendu sur le mont Tabor et un piège à Mispa 9 ? — Écoute encore ce 
verset : « Il nous fait vivre après deux jours et, le troisième, il nous 
relève et nous vivons » 10 ; d'où nous en viendra l'explication? Si nous 
le savions, nous courrions après elle u comme un lionceau qui dé- 
chire sa proie. — Quel est le rapport entre « il tua et tailla les pro- 
phètes pour produire au jour le jugement » et « il désire la piété chez 
l'homme plus que ses holocaustes 12 » : ces deux phrases peuvent-elles 
se trouver côte à côte dans le même passage, en paroles qui distillent 
comme la pluie 13 ?— Explique-moi encore les phrases suivantes : 
« Lorsqu'ils attachent leurs deux péchés » u ; « J'ai habitué Ephraïm 
à les porter sur les bras » 13 , « qu'il n'ait pas confiance dans le faux 

* Lisez (1. 4) : Û[ïl ^b* '•Mft. 

* I Sam., ii, 12. 

* Lisez (1.5) : Ûi[lûblû]. 

* I Sam., iv, lu. 

8 Le mot qui manque, 1. 6, est peut-être "|73i. 

« Cf. Prov., xx, 12. 

7 Hosée, m, 2. 

8 Lire ^nbn au lieu de ^nb &Ofi (texte, p. 12, 1. 9). 

9 Hosée, v, 1. 

10 lbid., vi, 3. 

11 Après l'explication ; je lis (texte, p. 12, 1. 17) TnnN au lieu de "pnirtN; ces 
mots sont empruntés à Hosée, vi, 3. 

»» 76trf.,v,6. 
13 Cf. Deut., xxxn, 2. 
ji Hosée, x, 1\0. 
18 lbid., xi, 3. 



UNE CRITIQUE DE LA BIBLE DU TEMPS DES GUEONIM 119 

égaré, car le faux sera leur récompense » \ et « la terre est avilie » 2 . 
Où est-il dit que l'ange avait pleuré 3 ? L'ange avait seulement dit : 
* Renvoie-moi 4 ». Le prophète fait une confusion et, sans que l'ange 
ait fait aucun mal et quoique sa prière ait été pure, voilà qu'on 
ajoute qu'il avait pleuré. — Quel ordre dans ces mois d'Amos : « pour 
quatre et pour trois ? » 5 ; « un pauvre pour deux souliers » est répété 
deux fois 6 ; il eût fallu dire 7 « des souliers »,et non pas « deux sou- 
liers » 8 : l'expression redoublée est mauvaise 9 . — « Nous vous por- 
terons sur des boucliers », « vous serez jetés dans le harmon io »; 
expliquez bien ces passages, vous les interprètes, et non pas avec de 
l'argent impur " recouvrant un vase d'argile ,2 . — « Il fait luire la 
dévastation contre le méchant » 13 . . . 



IX 
Rime IT], ordre ■%£& du milieu du verset ï à la fin. 

[En trois] endroits le s précède le 2, et dans le premier chapitre les 
versets sont en bon ordre '*. Il est dit : « Et lorsque les vierges furent 
assemblées une seconde fois et que Mardochée était assis à la porte 
du roi 13 ». Quand donc les jeunes filles furent-elles réunies pour la 
seconde fois à Suse? — Cyrus, Darius, Artaxerxe et Ahasvérus: 
examine l'ordre de leurs règnes et cherche combien de temps ils ont 
gouverné pendant les soixante-dix ans de la captivité, pour rétablir 
la loi et le témoignage. Examine et compte les trois ans, afin d'en 
donner une explication claire. — Qui a eu des visions telles qu'en 
eut Daniel, différentes les unes des autres 16 ? — Le nombre de « ceux 
qui montèrent » est donné deux fois 17 , ainsi que la construction du 

1 Job, xv, 31 ; lire (texte, p. 12, 1. 21) \nVP au lieu de "pENN. 

a Isaïe, xxiv, 5. 

3 Hosée, xn, 5. 

* Gen., xxxn, 27. 

8 Amos, i, 3, 6, 9, 11, 13; il, 1, 4, 6. 

6 Ibid., ii, 6, et vin, 6. 

7 Le mot ÏTID'HN (texte, p. 12, 1. 26) est de la même racine que niÛ^N 
YTIBU), Ps., xxi, 3. 

8 L'auteur veut dire probablement que le duel n'est pas à sa place ici. 

9 Lisez (1. 26) flcbDE au lieu de ^sbliStt. 
i° Amos, iv, 2, 3. 

11 II faut prendre ni3TON (1. 28) pour le pluriel de Ï13TH5N, mot qui se trouve dans 
le Talmud et signifie littéralement * argent sombre ». 
" G'est-à-dire des paroles confuses; cf. Prov., xxvi, 23. 

15 Amos, v, 9. 

ik L'auteur veut dire que, dans les Lamentations, dont les quatre premiers cha- 
pitres sont alphabétiques, le premier seul a l'ordre convenable, tandis que, dans les 
trois autres, le Q précède le y. 

»s Esther, h, 19. 

16 Daniel, vin, 1, et x, 1. 

17 Ezra, il, 59, et Néh., vu/61. 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

temple et la prière de l'auteur des Proverbes S les guerriers de 
David et le nombre des Israélites 2 , la mort de Saiïl 3 . Que nous 
apprennent ces répétitions et quel profit ont-elles pour nous? Il faut 
de la sagesse pour l'expliquer. — La mort de Josué 4 et celle de 
Samuel 5 sont indiquées à deux reprises; il en est de même de l'ar- 
rivée de Sennachérib 6 , de la destruction du temple 7 et de beaucoup 
d'autres passages dont on ne peut pas savoir 8 pourquoi ils ont été 
répétés par la Bible. Voici maintenant des exemples de métathèses : 
ûvj wa et trn 3>m 9 , un -latD'n et in ynsn 10 , p^ma et etid n , tmb* 
et ttsia *ï*b - 12 , m*nbn et pijbnn", miûS* et attTO* ma 1 * (les es- 
poirs qu'il se construit d'abord et sur lesquels il s'appuie fiévreuse- 
ment [sont comme des toiles d'araignées] ,5 j. Voici des permutations 
que je ne puis arriver à compter : 11BJP et ttsp 18 , nb:n et "pb^ 17 , 
ip7T et M1J3 *Û72^ 18 . 

Le nombre exact de n qui viennent en tète d'un mot et qui ne sont 
pas des lettres serviles a été compté exactement: il y eu a cinq, 
excepté ibTttt "pEin ,9 et ^b?ûb ^nïwn î0 . — J'ai montré du zèle pour les 
hommes saints de ma communauté 21 , ma colère s'est enflammée 
contre la boiteuse, qui, assise et appuyée contre moi, persiste dans 
ses calomnies contre les savants de mon peuple, disant : « Il n'y a 
personne dans les tentes de Ben-Berokah 22 qui puisse me répondre 
et résister à mon assaut. » 



I I Rois, vi, 1 et suiv., vin, 22, et IChron., xi, 9 et suiv., xxi, t et suiv. 

9 II Sam., xxiii, 8 et suiv., et I Chron., xi, 9 et suiv., xxi, 1 et suiv. 

3 I Sam., xxxi, 1 et suiv., et I Chron., x, 1 et suiv. 

4 Jos., xxiv, 26, et Juges, n, 8. 

5 1 Sam., xxv, 1, et xxvm, 3. 

6 II Rois, xvni, 13, et Isaïe, xxxvi, 1. 

7 II Rois, xxv, 1, etJér.,Lii, 4 et suiv. 

8 II faut lire pjlb tpb"Û"i "Û^N au lieu de rtfTb Srùb ïlb "PN (texte, 
p. 7, 1. 13). 

9 Nah., i, 4, et Is., li, 15; Jér., xxxi, 30. 

10 Gen., xix, 3, et II Sam., xm, 26. 

II Isaïe, xxxvn, 3, et II Rois, xix, 29. 

i% Isaïe, xxxiii, 2 et xxviii, 11; le mot suivant "pb 1 ")^ (texte, p. 7, 1. 16) fait 
allusion à l'expression Û^nDUJ b"1^. 

13 Ps., lviiii, 7, et Job, xxix, 17. 

14 Ps., gxl, 44, et Job, vin, 14. 

15 Cf. Job, vin, 15, et Néh., m, 20. 

16 Isaïe, xxxiv, 11 et 15. 

* 7 Ps., xlvi, 12, et I Chron., xvi, 32. 

18 Lév., xxv, 35, et Ps., cvi, 43. 

19 Ps., xvi, 4. 

20 Is., lvii, 9. 

31 Lire im* Wlpb » u lieu de irVT* tllZSTlpb (texte, p. 7, 1. 21). 
î2 C est-a-dire parmi les Talmudistes. 



UNE CRITIQUE DE LA BIBLE DU TEMPS DES GUEONIM 121 



Rime ttlû ordre p-rôh, du commencement à la lettre^. 

Elle dit : « Nous avons trouvé !a sagesse, la Bible est notre héritage 
et personne dans l'hémicycle \ dans l'assemblée juste et sainte ne 
peut nous tenir tète. Ce sont eux qui veillent aux portes du Talmud 
et de la Mischna, dont la science est vaste comme la mer; nous ne 
pouvons plus approfondir leur connaissance de la Bible, car elle est 
gravée dans leur cœur. Le gaou de Jacob 2 , la pierre angulaire, pousse 
les railleurs avec des cornes de buffle; ses lois et ses décisions vont, 
pressées, à tous les Juifs dispersés aux quatre coins du monde. Les 
rayons de sept yeux gravés sur une seule pierre, ce sont les sept 
yeux de Dieu qui planent dans toutes les régions 3 pour enseigner à 
Israël les commandements et les préceptes, et la loi de Moïse qu'il 
nous a laissée en héritage 4 . 11 est Je flambeau sur le sommet duquel 
est un vase, sept lumières sont sur lui et les deux oints 5 se tiennent 
à sa droite et a sa gauche; ce sout: le Président du Tribunal, à la 
droite du gaou, et l'Adjoint, à sa gauche, ils se tiennent devant le 
maître de toute la terre. Les sept pasteurs et les huit princes de la 
réunion plénière expliquent la loi a Israël. Tournez-vous et regardez: 
il fit enlever par les anciens toutes les ronces et les épines de l'as- 
semblée de Dieu; tous les révoltés, tous ceux qui ne voulaient pas 
écouter leur enseignement furent placés en dehors de la communauté 
de Dieu comme des hommes frappés de lèpre et d'ulcères et ils ne 
sont pas inscrits dans le livre de la maison d'Israël qui est labouré 6 . 
Une couronne de splendeur les orne 7 . Heureux le peuple qui a un 
tel chef, qui a donné naissance lui-même au souverain, à celui qui 
approche du marchepied de Dieu, dont les discours parlent de paix 
à tout Israël exilé aux quatre coins du monde pour lui expliquer la 
loi unique ! 

J'ai fait le tour des mers, des îles et des déserts ayant dans la 
main de l'argent pour apporter un présent 8 aux hommes de Dieu, 
aux maîtres qui expliquent les préceptes de la loi avec énergie et 
sans faiblesse. Agé de dix-huit ans, je quittai mon pays, le pays de 
Tubal 9 , et la maison paternelle, abandonnant toute la fortune de 

1 Cf. M. Sanh., iv, 3. 

* Ou sait que le titre de « gaon » vient de l'expression 3p3n , PN3. 
3 Cf. Zach.,iv, 10. 

* Allusion à Deut., xxxin, 4. 

5 Ci'. Zach., iv, 14. 

6 Allusion à Ps., cxxix, 3. 

7 Cf. Prov., iv, y. 

8 Cf. 1 Sam., ix, 7. 

9 Cf. la remarque de M. Schechter dans J. Q. R., t. XIII, p. 352, n. 5. 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mon père et tout ce qui m'était cher, et je me dirigeai vers l'Occident, 
pour étudier auprès de mes maîtres la science de la Bible. Je restai 
longtemps, pendant des armées, en exil, jusqu'à ce que j'eusse lu la 
Bible d'un bout à l'autre, chaque verset deux ', trois, six, quinze fois, 
tant dans le texte hébreu que dans les langues profanes. J'en étudiai 
minutieusement les commentaires comme des parfums bien broyés *, 
de sorte que je puis la lire aussi couramment que l'eau qui coule. 
Après les longues méditations que m'a coûtées l'étude des vingt- 
quatre livres 3 , j'ai écrit de grands et merveilleux ouvrages qui sont 
bien connus en Israël, ils soot au nombre k de trois. Voilà tout ce 
que je fis, comment je me fatiguai à comprendre le sens et le style de 
la Bible. . . 



1 Lisez tr!03>B lEin *13> "HÛÊn» (texte, p. 8, 1. 22). 

8 M. Porgès lit QiftD "nimiD pour Qi^Y! l'fifc'Haî j'y ajoute la correction de 
•pimS au lieu de ilîfnS (1. 24). 

3 Le recueil biblique se compose, comme on sait, de vingt-quatre livres. Il est 
quelquefois appelé, pour cette raison, par le Talmud : Ù n 1E)0 ^"D. 

4 Le mot qui manque au bout de la ligne 27 est, sans doute, "IDD733. 



UNE 

NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 

(fin *) 



•pï-ta p ïipis 5371 ^ 

s-rtaiari DNn^ m^ ^npab» fcaibK3W*ïi S? ^bto insns wa 

rh bsi Nîn ■vs'iîri pi^bo **n ûtti an^m ^p-i^o -p* na mab'h 

pram t? -m» b« in^i ™nsN i*d fca^siah "îaa ûnrr ta^rn 
">in taibN^7aia , 'ïi ^îûas Ma»» "îrcnjn r^aas» T3> ïhn •nab'n 
lararE t**tim ■'fnsnrt ï-rbbana? fa tehn rwi fcahîi tanr^a 
na d^n*»!» 1 ^ t^ û^atian ^ibsn inpb a ai "jatt^ba rh?» r-i^ia 
•n?» miïti nswi aoa ûnrr awm ^pin^ n^ n&n onbaia t* 

[42 5374] Sadaca, fils cTAaron 

Sous son pontificat, Al-Muktadi, calife abbaside, régna sur les 
Arabes pendant vingt-cinq ans. Du temps de ce prêtre, Seldjouk le 
Tartare, à la tète d'une grande armée, vint et s'empara de Samar- 
cande de Bokhara. C'est dans cette ville qu'il embrassa l'Islam avec 
tous ses gens et qu'il régna sur le pays. Son royaume s'étendait 
depuis la frontière de Chine à l'Est jusqu'aux villes des Mongols à 
l'Ouest, jusqu'à la Syrie et l'Egypte. A cette époque, les Francs 
arrivèrent au désert de Damas, puis s'emparèrent d'Antioche et en 
chassèrent les Arabes. Ahmad, fils d'Abdalla le Tanuhien, habitant 
de la ville de Maarat-an-Naman 2 , mourut à cette époque. Les Chré- 
tiens enlevèrent aussi aux Arabes les villes de Tripoli et d'Arok 3 . 

1 Voyez tome XL1V, p. 188, tome XLV, p. 70 et 223. 

* Cette ville fut détruite par Boémond en 1099. 

3 C'est peut-être la ville qui, plus loin, est appelée Akura. 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■nv r« a-b&tJE©'*! vn inpb Dm dibana T3>a ïib*na n^as. dbin 
■psan n^npa nyaa o^na-j w t^©3 n;q tann awa pi m?] 
nyaa a-nnsn iwa ûnn awa pn s-na©a -n* m:» e^irt ^©n 

: issa 

flptifcb na dltt* 5410 tôS 

i-nûfcn Datai? ^a» "lîTûnoîab» D^bayaurm b* ^bfc inDïid ^a 

.ftttD d"n©3>n 

d"W la -pria 5432 ij 

tod© w ^©Tn btn©" 1 ^a nN ^ttït npiï^a ynb inaîid wa 
d^id;-! d^a» ©33 ms» ©ton û'hotïi Sni^ na m?» mzmpti 
172101 a^n-i d'non b*a aia ©i« dp arrï-i a^a ^îrn p©73i iv b« 
■rçia© "je fiprrn n*a «im m^on "aa p ï-non ia« p aibatt iaa 
Hdn rtbbNias itt©i d"nft©ïi hwflD^ "^an ©^a :*<: mi î^a? *p3> 
sh©bd yna bd ^in 't-m b*»n ©138 ©^Nîn s — it ïtiîti i-roba -P3> 
mpE ib wi Yifitft bia ^a *r* ^bïi "[b^i ©^«n bwi pn©a irrwn 
N-ip^i p ï-rbana* Tbvi p *nnN wi nan rmasn npa n;p73i ÏN2 
r:© ©^n s-nm ran» 173© t-iN beero pan t^npii a^n-)?3 rata 

Raymond de Toulouse bâtit une grande forteresse à Tripoli 1 . Les 
Chrétiens enlevèrent aussi aux Arabes la ville de Beyrout. Le 
seigneur de Tibériade 2 bâtit une citadelle à Tibnin, qui est une des 
meilleures villes de Baschara. À cette époque également, les Chré- 
tiens élevèrent une citadelle à Safed. 

[39 544 0] Amram, frère de Sadaca 

Sous son pontificat, Al-Mostashir, le calife abbaside, régna vingt- 
cinq ans sur les Arabes. 

[22 5432] Aaron, fils iï Amram 

Sous son pontificat, Bazuca le Zaidanite opprima les enfants d'Is- 
raël et les habitants de Sichem. Il transporta cinq cents Samaritains, 
hommes et femmes, à Damas. A cette époque vivait un homme bon 
et très charitable, nommé Abu Haglug, fils d'Abu Hasda, fils d'Abu 
Hasidot; c'était alors un des habitants d'Acre. Un autre Samaritain, 
nommé Abdalla, vint aussi en Palestine; c'était un homme brave et 
pieux. Il sema dans le pays et Dieu (qu'il soit béni) le bénit, la 
richesse de cet homme s'augmenta en troupeaux de moutons, de 
bœufs et en esclaves. 

Après cela, Abdalla engendra un fils, qu'il nomma Marhib; mais le 

1 C'est la citadelle bâtie par Raymond de Saiut-Giles en 1104 sur la colline ap- 
pelée par les Francs « Mons Pelegrinus ». 

2 Hugues de Saint-Omer. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 125 

an te ûp^i ta m a a toid n« snp^"i p ibvi ;wirp îEtun û^r; "»iD3Na 
Sa an*' ma a Nim rwn» -i^id n« "itanm pris*» "ittiai in amaa 
ïrn pa d-ilû7û ^a r»£«p nipsi m-pian anrm rma^arj ^iTabr 
w bs> basa T*ttn wi rw -p^a iiDts^n d^jtd pn?"n ïtt-ie naïaa 
ï-itj -pya D'Otar î^nn n^a v- ivx ûi-iwian r-n* bai "pst-iii 
'£*< U3 , 'N Tiba ïi'y npjn p D^aa anîtt t^n ^a omibin nsmnN 
î-rant) np'n bbsn» p gntt toidi rà sjoyi p EmsK anîn p<it»3 
rw -pya "î^wn *na f>;a rnattn "istttt ibnm sirra na dn nraiTri 
p bana* ^a o^ip "oa an banta" 1 a^ ">bns3 p aTriE 13a n[n](3)m^i 
nan i^an n£ cpv p û^bn p nbmto p "nn air; nsn7j 2N rpv 
p nia« p n^» p r-ina^bn p spv p baw p aia p niaa» p 
ts-na^o rnaatt tpv ^a EpT p D"naN p nbmia p -nn p pn* 
nbbtt a En *3a»n a»n "pbirt ns» inbrrnan nneiUM» ans» ^aai 
aN û?an ^a tin» ^an an maa* aiba p g|bn p TOnon p cpv 

Sab 

prèlre Nathaniel le nomma Mahzé. Il y avait alors un autre Samari- 
tain d'entre les notables, nommé Josué. Celui-ci engendra un fils, 
qu'il nomma Abraham; celui-ci eut un fils nommé Isaac, puis on 
changea son nom en celui de Matana. C'est lui qui fixa l'enseigne- 
ment dans les synagogues et composa les poésies et les élégies (?). 
Car, avant d'être prêtre, il habitait Caphar-Marda et de là il vint 
à Gaza; il était toujours en deuil pour les jours de contentement. 

On a pu établir la généalogie de tous les Samaritains qui habitaient 
Gaza : ils étaient tous descendants de Benjamin, fils de Jacob, à l'ex- 
ception d'un seul, qui descendait d'Ephraïm, fils de Joseph \ et dont 
le nom était Muzaph, fils de Mithpalel. Matana, le susdit, épousa la 
fille de Muzaph, et elle enfanta cinq fils, dont les descendants se mul- 
tiplièrent dans les villes de Gaza et Avrata. Les fils de Marhib, fils de 
Naphtali Ab Israël, sont les fils de Gomis. Les fils de Abdel, fils de 
Joseph, le père de Matana (?), sont Hadi, fils de Sutalé, fils d'Ephraïm, 
fils de Joseph. Ses fils sont Béker, fils de Manassé, fils de Tob, fils de 
Gaal, fils de Joseph, fils de Haliphta, fils de Mann, fils d'Aser, fils de 
Azed, fils de Hadi, fils de Sutalé, fils d'Ephraïm, fils de Joseph. Les 
fils de Joseph sont Manassé et Ephraïm. Les fils d'Ephraïm, de la 
famille de Sutalé sont : Maor, qui engendra Romam. D'entre les fils 
de Romam sont : Milla, Joseph, fils de Mastachia, fils de Halaph, fils 
de Galug, qui sont d'entre les fils de Maor, les fils de Romam, le père 
de toute la communauté. A cette époque existait un bon Samaritain, 
nommé Ab-Galug, descendant des familles susdites, qui faisait du 
bien à tout son peuple. Il était pour eux comme un bon père qui 
protège ses petits enfants, car il donnait aux pauvres tout ce dont 

1 II y a certainement une erreur dans le texte, car, outre que le passage suivant 
montre juste le contraire, les Samaritains prétendaient encore être les descendants de 
Joseph. Toute la généalogie qui va suivre est incompréhensible. 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

t|n-p pao aa 172a dïib irn anï-n 1722 153 bab 31a» i-nsn aibia» 
fcanb 173 Tba lanar r:72 ba taîramaN bab im rrfl ^3 "nbn b* 
ny -172^1 tw»n mD^abri n^n ^72? n«« Nim 3nn spai ïib52U)i 
bna* maan b* nni» ïïj^i ûara T3>3 nooa p mpin w^a iVa 
nya-i D^rsnttm mnaian wa nnanatna 3>pn72n i^a la^n^n ~2"i72 
ba* r^m»? "p* a^a na arart dmair» twe b^ba pi rnbat ba 
pria* p wb« imn aiprj nns3 ^21272:-: ûip72 anpn72!-5 3ip72n 
ïTTSïi ^72 T«tt">3 raan maôsan p 3n nvinoaa d 1 *©*» ibi n* pan 
n»bs np"n fcartii n^a wi ï-inmsa "nia* abi^n ^ aiab a-p3-ia* 
ï-mNUj3 ^n^ 12 an «in n£>a* "pian n^aa D^atnati Y»» ^avaÔN n^rs 
r-iN npbi ^bîi p nnan *p3 traab rrôiûi nta&t int372 nbrft» *<*m 

.0"nata w na* "jab p "nnao tse n^sa 

pria p in723> 5460 p|j 

HtDinoîflbK izpbN3>72ïïnn hy iab73 vaN sniïiai ir^na wa 
ûrnab» w ^iDDTpn oftoy ^372 ûbia ■w:nD»bNï ^snp72bao r^anban 

.ÎT3W Û^2^72m 3>anN 

ils avaient besoin, en fait de pain, de vêtements, d'argent et d'or. 
C'est lui qui restaura l'ancien temple et en construisit un nouveau à 
Sichem de ses deniers, et il le fit sur le plan du tabernacle de 
l'alliance. Il institua aussi la pratique de sonner des trompettes les 
samedis et les jours de fêtes au moment de la prière. Une de ses 
bonnes œuvres fut l'adduction, par un conduit, de l'eau de la source 
appelée Aïn Omrata à l'endroit appelé « Place du Jugement », à la 
porte du tombeau de notre seigneur Eléazar, fils d'Aaron le prêtre. 
Ses œuvres secrètes sont encore plus nombreuses que ses œuvres 
connues. Il institua aussi l'eau lustrale. Que tous ceux qui font du 
bien soient rappelés en bon souvenir! A cette époque Saladin, 
l'Ayyubite, enleva aux Chrétiens la citadelle de Tibnin, la principale 
ville de Baschara. Elle est dans le territoire de la tribu d'Aser, et 
son ancien nom était Nin l . Ensuite il s'empara de la citadelle de 
Safed, puis il prit Tibériade. 

[28 5460] Amram, fils d'Aaron 

Sous son pontificat et sous celui de son père, régnèrent sur les 
Arabes Al-Mostarschid, Ar-Raschid, Al-Moktafi et Al-Mostandjid, 
tous abbasides ; la durée totale de leur règne fut de cinquante- 
quatre ans. 

1 Tibnin peut plutôt être compaïée avec TaCnis de j. Schebiit, vi, 1 ; cf. Neubauer, 
La Géographie du Talmud, p. 16. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 127 

tntty p pna 5486 ^ 

tr^ariah *p nnntt tppro rtfdJi ■»ar«b« mn mbs npb insnd wa 

hwnw ^bizn msya mn nn rrm» wbwn p -nna dnit-im na-ud'n 
niTa w nN -i^i d^tt nnnpb bia^ «bi oibana t* na narn 
inp^i ta'nanafi iau: p "nnsi û'narwïi te nm« np^n dw n^ran 
riDiD na» m t-rme* dm taadtBEa tim ta^wa^n to i-imN 

•O'naa wb rrrr pi d^\d ja-i&n 

bN3n5 5503 p 

nsrKaban ^no^ba û^bNJttuw b:s> iab?3 pî-ta nii-Di mina wa 

. pra'r p Nd -TON niants 5551 ftû 

ûïWnûfcban -littnttbNi nï-iNidbN d^ba^^rr b? isbïï irûi-D wa 

.0Na*b« m ^snbN nn» dm na^î d^brai i-nd^n 

-rama p tn»* 5566 ^ 

taara *p* b« nacn paa y-ia hN wbïn tn-i^n ï-in ■nab'n 

[26 5486] Aaron, fils d'Amram 

Au temps de son pontificat, Saladin prit aux Chrétiens la citadelle 
de Sakif \ que les Chrétiens reconquirent ensuite. Il l'avait fait à 
l'instigation du roi Ismaïl. Il assiégea la ville de Tripoli, mais il ne 
put pas s'en rendre maître. Il assiégea la ville de Beyrout pendant 
neuf jours et l'enleva aux Chrétiens. Puis les Chrétiens la reprirent 
aux Arabes, et elle resta sous leur autorité pendant cent quatre ans; 
il en fut de même de Tibériade. 

[47 5503] Nathaniel 

Sous son pontificat et celui d' Aaron, Al-Mostadi et An-Nasir ré- 
gnèrent sur les Arabes pendant cinquante-six ans. 

[48 5551] Ithamar, de Damas 

Sous son pontificat, As-Sahir, Al-Motanassir et Al-Mostasem ré- 
gnèrent sur les Arabes pendant trente-cinq ans; ceux-ci sont les 
derniers califes abbasides. 

[15 5566] Amram, fils d' Ithamar 

Sous son pontificat, un peuple insolent de l'Est vint dans ce 
pays, s'empara des villes et régna sur le pays de Canaan*. Puis ces 

1 Appelée par les croisés « Belfort ». Saladin l'enleva en 1190. 

» Il veut dire probablement les Turcs Seldjoukides ; cf. Munk, Palestine^ p» 617 i* 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

û"ntt©n mj p lana-n ûvn o^aa* r;a7a7a naa-n nb imam rwnpïi 
p\D72*r nv ■?« tim» v^i ûn*v brran p^r; p ■nan a-nsai ta^œa» 
fcaaara -iv ba naïujii m tpaaa prai -naiu dma visa p -nnan 
hi5 tm "lia: iv dn tov'a^attîvi n*v nnpb ann tows vn 
t**r»n niaa "jvn ©si bat» nvn pnt ûip73i nms nonrm cnsnafi 
t-nba> n^Trs ivrt îa&n wtti nn« i-vraaa nin mp^n p npimn 
pbœ onnv npb D^Tavi pints ûai mwi va ba» man p t*nn 
ï-îbxn nv n«n "is" 1 nv na fcsa •naab'n ovn:a rvna pn tmxn 

•wn tarna niBN û*nanan ns ravm 

tan7aa> p ■ro 5588 23 

iaam nmnaî v^i oim nv tavatottiayi m? vav -marra ^Tav 
ba> nsn nimna V- 2 bap omi t^ riDia b^ KVn an ^épds rp 
iva D^aabnïi m ta\N£"ivn ta^fioin manm n^asn bao-i mna»a 
D&nnbKi oi*m ^ao in nm rvraran abvrr mabea p anm ivan 
vca ^n rvvan oibonsa nnpi Sas ^aan d^snoin Saa^m avsa 
éstos» anm t3"nsa pbra N3 drtn taawan îmnaa rrrm oinnca 
ï-T3 -I-TDM mtt^irt vo baa na DT-irm aranaaN nv vian^a fcavn 
t-iN "i^b pi avn û^iziaa n^ïï^n anrm Dibanta nv ns nav pi 

gens vinrent à Sicliem, l'assiégèrent et y tuèrent un grand nombre 
d'habitants. Ils firent prisonniers des hommes et des femmes, entre 
autres, Ozzi, fils du grand-prêtre Amram, et les transportèrent à 
Damas. Puis les Samaritains de Damas les rachetèrent pour de 
grosses sommes d'argent, et ils revinrent à Sichem. A cette époque, 
les Arabes enlevèrent aux Chrétiens la ville de Tyr et la démolirent. 
L'emplacement de cette ville est près de Ras-al-Ain, à la distance 
d'une heure. L'eau de Ras-al-Ain sort d'un four au milieu du champ. 
A cette même époque, Baïbars, sultan d'Egypte, prit la forteresse 
de Tibériade; il s'empara de .la fia etdeRamla. Il défit les Chrétiens 
qui s'y trouvaient et les mit en déroute. 

[22 5588] Ozzi, fils d' Amram 

Sous son pontificat, les Arabes s'emparèrent de la ville de Rhodes 
et s'y établirent. Ils y bâtirent un grand édifice sur la côle de la mer 
de Rhodes ; c'est une statue de cuivre à cheval sur un pont, et tous 
les navires et barques qui entraient et sortaient passaient entre ses 
jambes. C'est une des sept merveilles du monde qui sont : la colonne 
de Rhodes, les pyramides d'Egypte, le temple d'Artémis, les jardins 
suspendus de Babylone, le tombeau de Mausolée, la grotte des îles 
d'Antipatros ' et le labyrinthe de Crète. A cette époque le sultan 
d'Egypte vint et tua beaucoup d'habitants d'Antioche et démolit tous 

1 Faut-il lire dans le texte OIOCK « Ephèse » de sorte que le chroniqueur ferait 
deux merveilles d'une seule? 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 129 

èpfintfcsïi tn'wii pn -ittnjm aaia -p* ba i^a p -inai mTa tj 
■vna'n tama îonrm Emmura ira ba n« Tna"n rm? baai na 
rtm« ?<î;a -hûn rrnûtt npbn mia^a dn D^iaiûn banu^ ras m*» 
tmabrai nuj^m mxa 3>aiai D^sba ?anti roœa "pap? bvwn "pan 
û^an&o iriNi m^tt ny^m qb« thn rou; t*^n nca rpraana wb 
"oa r-ny îbaNrm nrsa ba n« nonrhi paa ynN b&nn^ 133 narb 
to^biwa^rs rima iTa "p n^^i 12a bas îtÏ* D-nftian Sanioi 
!-nbr anbi -pue p aann wm nnaïi nba-tfo taann ^n ^ra 
Nim p*p iMi arwTo^î-7 rpb« nms frn -im-i rpbw maa 
♦ntri û*pn iy 8p*n 17:12 by nmN i^np^i ^p ^a yiïE 

TO p BpT 5609 [^3] fi* 

na^aa inabftE bnm tttonrr la^h* fNabran ^b* 3 îriarD wa 
q*o rwia tavnuisn 3>aia ^pbtm *iian»b ï-î^ram ta^œm mra ^td 
miN "na&n p*v tpbfiCï -o'nN mimpïi aaaD -p^b nsa a" tapera 
m? laitue n» *t* ynan ^s by taira imN wbTH taa^ban ^3 
to^ittîN^M b^xpa m ibbarm ï-nîay» "iunm ûromaab ^a-ama^ "oa 
tau: isa^i tana i-»m« trbwata^tt îawn tra*» dw yp72 wi 

les temples qui s'y trouvaient. Il s'empara aussi de Tripoli et 3' tua 
beaucoup d'habitants ; il s'empara également de Beyrout. Les mu- 
sulmans vinrent ensuite à Sichem, expulsèrent tous les Chrétiens 
qui s'y trouvaient ainsi que ceux de toutes les autres villes, pillèrent 
leurs églises et les démolirent. Ils enlevèrent aux Samaritains le 
temple du champ qu'avait bâti le grand-prêtre Acbon dans l'année 
4735 de la création et 1941 de l'entrée des enfants d'Israël dans le 
pays de Canaan, et ils démolirent tous les édifices. Les Samaritains 
en furent très affligés. On dit que les Arabes détruisirent ce temple 
au temps des savants Saad-Alla Al-Kathri (?) et Ibn-Monir. Les Sama- 
ritains composèrent, à ce sujet, de grandes élégies. Le calife qui s'en 
empara s'appelait Yarok et descendait des fils de Cainan. Le temple 
s'appelle jusqu'à nos jours Yarka, d'après son nom 1 . 

[21 5609] Joseph, fils d'Aziz 

Sous son pontificat régna le sultan Osman I er ; il monta sur le 
trône l'année 699 de l'hégire et régna vingt-sept ans. A cette époque, 
les ennemis du calife Yarok vinrent à Sichem, et l'ayant attaché 
avec deux cordes, le menèrent ainsi dans le pays jusqu'à ce qu'il 
mourût. Les Samaritains rentrèrent alors dans leur temple, le ré- 
parèrent et y prièrent comme auparavant. Mais, au bout de 
quelques jours, les Arabes le reprirent aux Samaritains, ils y 
bâtirent une mosquée et plantèrent des arbres tout autour. Ils 
nommèrent cet endroit Yarka d'après Yarok, le gouverneur, qui 

1 En arabe « Djami' al-Kbadra ». 

T. XLVI, N° 91. 9 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

j^p^-p Nirr^î dipttin a\a iNip^i tapit? la^oa inn tsnb rrrpE 
aba nb r^snrr totom s — iNTn nbTira ï-ihin ira -M3N pn n tara b* 
ma ûth^ nrr nnn wn b^tott ^n n;aN y^ïi izïfin wjq» tartt 
Wtt ba tain nma nra ï-ith ta-pn nr rwipE b« ana-i aran ïrn ba 
rmb nbnna nmïi niaNa na^i n"a ">"i ims nta n^Na "p^n tdni 
rppi» n^as hN np"n irrNïâb« ^bttïi aa awrs nata am &"n»iBn 
-jbttï ^rbaN3> nrt s^npnn rppia r-i^as y-ian a^nrisin r-n* t«| 
tjn^i tans» ^btt -p» oibana ^^ dn npb t*r»wi nya ynap 
.rrpib -n? ^ d">n naia b^ nraN mwip^n ba na onm ra^a nm« 

ïpv la oroa 5665 îj 

fcanai iT^bN -naaïi dus anp-H traa w Tbitt bmn inars ï-jî 
fnaiçaii m-piam lama^n b*a r*nn anu^a» irrn snupaa ->jU3!tî 
•unam in^ai îmaam rm ^:a n-is rrn ^ unpn mn -pb? rem 
>yib*n ann tawa wi -pas onss ^e S? *iï3>bK 'in pa-n 
-pbtt'n û^a-i ta^ny -nab-n smatttûop -p? na ynb-n f^rn-iN tabi^ri 
izn-n -uaa Ntirn ambrai ^riN "jn-iïï "pnnn 'yibjn a^abra-i rroan 

.rrnwaa^bN ^asr 



s'en était emparé le premier. Ce temple avait un bassin où l'eau 
venait de Ras-Ain, qui était au haut de la ville, sous le mont Gari- 
zim-Beth-El. Cette eau y vient encore aujourd'hui, et lorsque les 
Arabes prirent le champ, ils s'emparèrent également du conduit de 
l'eau — puisse Dieu rendre cet endroit aux Samaritains comme il 
leur appartenait auparavant! A cette époque aussi vint le roi 
As-Sahir, qui enleva aux Chrétiens la citadelle de Sakif ; le pays où 
se trouvait cette citadelle s'appelle la montagne d'Amila. Le roi de 
Chypre enleva au roi d'Egypte la ville de Tripoli et l'incendia. Puis 
il détruisit toutes les villes situées sur la côte de la mer jusqu'à 
Latakié. 

[52 5665] Phinée, fils de Joseph. 

Ce grand-prêtre eut deux fils ; l'aîné s'appelait Eléazar, et le cadet 
Abisué. Cet Abisué fut un compositeur de liturgies et de belles poé- 
sies ; l'esprit saint reposa sur lui au point qu'il devint le plus dis- 
tingué de ses contemporains par sa sagesse et son intelligence. Eléa- 
zar exerça les fonctions de grand-prêtre du vivant de Phinée, son 
père. A cette époque régnait Orkhan, qui attaqua la ville de Cons- 
tantinople et s'empara de beaucoup de villes. Il régna trente-cinq ans 
et fut remplacé par Mourad, qui régna trente-un ans. C'est lui qui 
créa le corps des Janissaires. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 131 

ortiD la wba 5690 f|3 

mn "pi ffinrn "jpTn d^wan Sînur b* asra rr»rr "insna wa 
ia^ mbnnm maiarr m-prai-n û*nïïiïïïi bya aian tanrr iwa 
ann awa ^nb?2">n "pria w baot? 1535a Rim pan n»bt» *p s-ibba 
ï-iDn?: 'nba ï-tt rua -ia? i-iaba rnnN laiton fcaibfiwawi bs> 

•însa nay rnaba ^pbtt^ rrnNaa^bN 

sna-oa p aroa 5746 îj 

r-n-pam tai-itt^n b^a snioiaa 'nrt "ja s^in onrs pan ht 
^ïwi ann tawa wi wb» 'nnb hn N*in snaïaa nn maian 
nr^b iNoa pny ^aa t^irt nn tarna yaa i^rra d^N^a^r: b* 
nnsbia» Tnnn "pbft'n nsa a^aba i:an innn vnnn "pbîoii rwn» 
•pasaoap ^b^n p iToaaaop n^ npb naa nn nsia tarabai ina 

•tsvnba ^aaia dna n->n naa "pTanai 

oroa p anum» 5780 *"p 

sna^aa la nttba 5816 y) 

wa ainna imab» i»im ^pT&oNa a^b&oja^n bs> "jbtt irons i»ia 

[25 S690] Eléazar, fils de Phinée 

Sous son pontificat, le cheik Yatharna fut gouverneur des Sama- 
ritains. De son temps vivait aussi le grand savant, l'auteur de 
morceaux liturgiques etde poésies, Abdalla, fils de Salomon le prêtre, 
descendant d'Ouzziel, l'oncle d'Aaron. A cette époque le sultan Abu 
Yazid * régna sur les Arabes pendant treize ans; celui-ci supprima 
les Janissaires. 

[56 57461 Phinée, fils iï Abisué 

Ce prêtre Phinée est le fils du seigneur Abisué, Fauteur de poésies 
liturgiques. Cet Abisué était le frère du seigneur Eléazar. A cette 
époque, Mohammed régna sur les Arabes pendant sept ans; c'est lui 
qui transporta sa résidence à Andrinople. Après lui, Mourad II régna 
trente ans, et à celui-ci succéda Abul-Fath, qui régna trente et un 
ans. Il enleva à l'empereur Constantin les villes de Constantinople et 
de Trébizonde, où habitaient les empereurs byzantins. 

[34 5780] Abisué, fils de Phinée 

[36 5816] Eléazar, fils d'Abisué 

Sous son pontificat, Bayazid 2 régna sur les Arabes, et pendant son 

1 Bayazid I. 
* Bayazid II. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

r-na treatti t]b« "in&t ai^i-im tine 12 nbina !wn maûaaop 

n?ann p pi ïiabtttttt mata bru pbm irip» rem mat» nn&n 
D^ya-iai miawn mann r-iNT natta m imaa tn^n tin tz>n -p»ii 
■nna ta/att pna>-n n^btisa tapai aw "nraa pbv»arr "pa^i ta"p 
nsiaai i-aaNtaoïp n^ ntt ieot p "nns acn i-rmat t* Sn p 
msM -traïas 12 nio-n y-iata mmon !-nrt ma? rraïai ms» a>ian 
fcaanzj -pa> aaiia np* 1 ! nîaôa bi*Mrt pan m» "nna *!m laas qb^ 
inm p "nnat Wi ib ta"» -ratt ba nwNi linaa ba ng r-nanpn 
^nya n^n tann awai ta^aian ^ban nnn r-iTa'n ï-i7anb?a vba> 
vins ba?a ta^T^abn vba iNin^i fcwiîw r-mb «m» r-na ns-s 
ai D'nasa '— pa>a a\ai7an nsterp tarnï-rm ta •nttbm t* ynttn 

,û"n:?n ba» 

wba p ansa 5857 XÛ 

iaaja anm a-n^n b&nia^ ^a nwa ami nart îa^at ap in:na wa 
taaia w s^wn npy^ p npi£ i»idi p\a?ai w ^aiattî p an» 
i»3> ata^n bx ma uirns in -ina-iTan aip7aa nasn ^pn mmb nizmpn 
pia*n pT aai pu)72i w p ^ba ïam onas dibvwn a^anan ï-in 
an^baw awnb bai tavrVn û^aan a^aaat aaan rstapn bjov p orna» 

règne eut lieu à Constantinople un grand tremblement de terre 
qui détruisit mille soixante-dix maisons, cent neuf mosquées, une 
grande partie du palais impérial et de la muraille qui entourait la 
ville. Les cours d'eau furent aussi coupés. Ce tremblement de terre 
dura quarante-cinq jours. Le sultan Bayazid demeura pendant plu- 
sieurs jours dans des tentes; de là il se transporta à Andrinople, 
puis il revint et reconstruisit Constantinople. En Tan 916, une 
épidémie fit des ravages dans le pays et emporta environ deux cent 
mille âmes. Après la mort du grand-prêlre Eléazar, le gouverneur 
de Sichem prit tout son argent et tout ce qui lui avait appartenu. 
Après ces événements, une révolte éclata contre lui, et il mourut 
sous les pieds des chevaux. Dans ces temps, il y avait à Safed 1 une 
grande école juive où des élèves venaient étudier de tous les coins 
du monde. Les Juifs préféraient Tibériade* à toutes les autres villes. 

[41 5857] Phinée, fils tf Eléazar 

Sous son pontificat surgit un homme sage et bon, de la commu- 
nauté samaritaine, descendant de Munis et habitant de Damas, 
nommé Sadaca, fils de Jacob. Il vint à Sichem, la ville sainte, célé- 
brer la fête de Pâque dans le lieu choisi, le Mont Garizim Beth-El. 
Il amena avec lui les grands-prêtres Phinée et son fils Eléazar de 
Damas, ainsi que le cheik de Damas, Abraham, fils de Joseph Ha- 

1 Allusion à Pécule du célèbre cabbaliste Isaac Luria. 

2 C'est une contradiction. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 133 

£rm q^vj trtDJtt ibi iaoa p ms sop ûnb ^plfcïi tizjn bai 
jabian tarb&wttiz^ïi b* nab» "maria ^^i tab^b ir aiaa nar 
&rsn trTra ist^i r-rntrî tariBttm rtioœ ïK»?bo pbiem trbo 
ta^wn narra ta:n hm« 'p 70 ' 1 " 1 s^T"' "i" 1 * itwbo pbiiBn "nab*n 
ta*7:p aay n^y nN mri c^o^na nbiz37a?a ">id3n rnNtn y-iab -laa 
nanb» nitnd iN7:nN jorrï-r n:s>a aay V3> bj> asi^n iïti îa^an 
i-rbrran rwnaa i:a -iî*bN nà aap^i -pairn oroa 'nn pT ">a irm 
.mn 173 ùiSîflttJïi bani^ ""3a roy nmn wa tan -pnnn 

Dn2D p "iT^b^ 5905 nb 

apjn tzann imi npia ^att «im a-iu i^n f-rn insna wa 
^anp ba ta ^ aia ï-toj "irp^n w ba mm tarns» yna inarc 172 
nbi *]naN nattî na lampion my n^-ip^i rœ^ttai issas b&w> 
t-ûna wm tabi^b ny anaa nar tints -i* aa^an û^vj ta^\u^72 
iiûibrctt ifcnai iimbran naritt pbusn iab7: ^iT^bN b"inan "jïiarr 

kabzi, et avec eux des hommes, des femmes et des enfants. Il acheta 
de son argent toutes les provisions dont ils avaient besoin. Ses 
belles actions sont nombreuses, — que son souvenir soit respecté 
éternellement! — Sous son pontificat aussi, les sultans Salim et 
Solaïman régnèrent sur les Arabes pendant cinquante-six ans. A 
cette époque le sultan Solaïman s'empara de la ville de Rhodes et 
l'annexa à son empire. A cette époque aussi, les Français vinrent et 
mirent le siège devant Acre, qui résista longtemps. Le gouverneur 
d'Acre, à cette époque, était Ahmed Pacha Al-Djazzar 1 . Lorsque le 
seigneur Phinée, le susdit, fut devenu vieux, il investit son fils 
Eléazar du grand-pontificat. De son temps aussi les Samaritains firent 
Peau lustrale. 

[48 5905] Eléazar, fils de Phinée 

Sous son pontificat existait un homme bon d'entre les fils de 
Phuca, nommé le savant Jacob. Il habitait l'Egypte, et pendant toute 
sa vie il fit du bien aux Israélites avec son argent et par ses actes. 
Les Samaritains le surnommèrent Abrech 2 , et ses belles actioûs 
sont très nombreuses ; qu'il soit mentionné en bien! Sous le pon- 
tificat du grand-prêtre Eléazar, les sultans Mourad III et Moham- 
med III régnèrent sur les Arabes pendant vingt-neuf ans. 



1 Quel anachronisme ! Ahmed Djezzar Pacha était hien le gouverneur d'Acre, 
lorsque les Français sont venus y mettre le siège, mais c'était sous Napoléon, en 
l'an 1799. 

2 Genèse, xli, 43. 



134 REVUE DES ETUDES JUIVES 

-iî*bN la aras 5924 £* 

naba *3tt) nsoa wn lana }abiti3îi ^ba aras î-it rana wa 

.rraio nia* 3>aiN 

orna p rrabtû 5935 ^ 

a*m i-PûTtai t]Na î-tt^ to ram taau: w }a ^bn pan ^it 
tarma^a 3 ,b Ti tzna aa -ana maaiia ïitïi ûbi^na im^n iiasa 
bain bn: nata tarpaa -ima-ôna 3>jd rwi mranm man*ïi am 
ÉPlfoTri i# isofirn nîn tabi^n yn i)wn ima* 'a 'n ^a ^m 
■«oa Tiaa *J3> mm ï-rbna np^^: p*am "p-a ibip ns nc^i tti^n 
nn tmnb^ in\x npb ">a ww a:n "as;-! a:n Tïib» a^a ^03 ^as 
aa D3> ibnftrm braa na? Tin tcn fian^n vran Taaa na^irr 
■^mai tman a-'m ina* naa^i i^a iaa baa* vb? ta^iTswn biniai 
trunn ta*ato ypa w ^sasa pbiarr a-b^auj^n S* ^ba irana 
iewi ï-rabaan aaa bra mabaa v a:N imN rr*oïi naba la 
t^jaan bra ]Nany n« rnon "p "nn&o -nns }a i^any -pnnn 
jin a-itt iNoa bs> aia n*bi î^aan b* ^bûx» pbian fis laium 
naip-n ma p ï«an* -nan naipa nann ^a Wi thn p pan? 

[19 5924] PMnée, /ils d'Eléazar 

Sous le pontificat de Phinée, le sultan Ahmed régna pendant 
quatorze ans. 

[11 5935] Séîèmia, fils de PMnée 

Ce grand-prêtre alla de Sichem prêcher dans la ville de Gaza avec 
indignation et colère. Il fut dégoûté de la vie de ce monde par suite 
de l'esprit pervers des hommes, de leurs mauvaises actions et de 
leurs multiples péchés. Lorsqu'il était en route, étant arrivé à un 
endroit nommé Vallée de Naml l , il demanda à Dieu de le faire 
mourir, de le retirer de ce monde et de le réunir à ses ancêtres les 
justes. Puis il éleva la voix et poussa des cris amers : « Mon éten- 
dard l mon étendard! » Dieu lui répondit : « Me voici! me voici! » Et 
il disparut, car Dieu l'avait enlevé. Lorsque les hommes qui étaient 
avec lui dans la vallée racontèrent ce fait aux Samaritains, ils en 
conçurent un grand chagrin et le pleurèrent plusieurs jours. 

Sous son pontificat,, le sultan Moustafâ régna sur les Arabes; 
mais, au bout de deux mois de son règne, ses sujets le déposèrent 
et placèrent sur le trône son neveu Osman. Puis ils détrônèrent 
Osman et réinstallèrent Moustafâ sur le trône. Lorsqu'il fut remonté 
sur le trône, il fît mourir son neveu Osman. Mais les amis de ce 
dernier se révoltèrent et, avec l'aide de beaucoup de personnes, ils 

1 C'est peut-être Wadi au Nimra. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 135 

taip73a win i-pao^i Naan hyn ima i-po'n a^an û^aa tsTo^ 
♦i73riN p "jNTon^b n« t**"im iN-173 -pnnn ■to^bn'n ta^abm nvYttbn 

ma-j 0'Hpa 5961 ^ 

*a-iN ■wrr lN73n2 pbuîn ta^K*»©*^ b:? *|b73 insrra wa 
nanE rnnn ^73^ ma n^iz: ■«sak» labttîn -pnnn ^ib^i ta^\a 
chai» nai73U) ûmaN pbnDtt -pnnn ^pb^i mv "ira* nia© ^sHnnïi 
*7"ib7a^n "17311735 riàiD û^ttm jaiin E]ba n^a -îma -imrt amas rrn 

.ri^uj tr^anao -ma v>a*iîi *773n73 "pnnn 

nprc p pw 6006 îiû 

m-in bbaa ->bT3 ta i ^-py nnnn na maria wb n^bu5rt i-iaun 
r-i«ïai "P73TN -n^ 172 s** 11 *! wn n^n r-ra^r: nata m i-rrt nm 
iTa^i tr-uaiBn ban©"» "»aa nn^ by tznbawïattPîn û^an nmnN û"Wi 
taauî -pa>a î-ni:->aan ma b^s aon iuîn ï-rb'Han î-»nDïi n^a n« 
r-paa Nirn \n "nna -pbN t^an ttsaSn "p* W73 ^n nn^rt -nbn 
tavn ij» fea^TatoH ûN73n H»© finpnjati ûfironba a in ï-rà^aah 
■j^i ûrs73 ï-rnN ira £>a*in "p? ^73 )12 1-173^73 apH taa -naa Rïfi 
wa na^iïi Ht Wi ï— raas dnd73 taaau: n^ n^ttîb yin73 arn uja-in 
Sa ban data bs> étudie vn -naa "lana t-nai l^pit: r-pa udot 

détrônèrent Moustafâ de nouveau, l'enfermèrent dans la prison af- 
fectée aux sultans et placèrent sur le trône Mourad, frère d'Osman, 
fils d'Ahmed. 

[26 5961] Sadaca, fils de Tobie 

Sous son pontificat, le sultan Osman II régna sur les Arabes 
pendant quatre ans. Après lui, le sultan Moustafâ régna un an, puis 
Mourad IV seize ans et, après lui, Ibrahim huit ans. Celui-ci fut tué 
dans l'année 1057 de l'hégire, et, après lui, Mohammed IV régna 
quarante et un ans. 

[45 6006] Isaac, fils de Sadaca 

Dans la troisième année de son pontificat, la ville de Danzali fut 
détruite par un tremblement de terre; cette ville est une des villes 
dépendant de Smyrne. A cette époque, les Musulmans opprimèrent 
les Samaritains, ils pillèrent la maison du grand-prêtre qui est près 
du temple à Sichem. La moitié de l'eau de la source du Miel J entrait 
dans ce temple, puis en sortait. Le bain appelé « le bain des Sama- 
ritains », alimenté lui aussi par l'eau de la Source du Miel, fut en- 
levé également par les Musulmans. La Source du Miel est hors 
de la ville de Sichem au Sud. Cet acte eut lieu sous le gouverne- 

1 L'auteur semble faire une confusion : il y a une vallée qui s'appelle Wadi al- 
'Asal, près de laquelle est la source du Jourdain. 



136 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Httoîti a-^nam tannin 172 an tmattîn 172 ibn twi rrn* 
tarvnaaa nin p a^an a^** wxim ison »b pieine fcaTnïm 
vhv ^«îi p7^bo pbrcn ta^K*»©*^ b? "jb^ pan r-rr ^^ai 

.ti^tt 3>a-)N ^emn "pnnn -pbn^ ta^tû 

prtiF la aimas 6046 Q 

in lanam t*ïti mil ^n "pa ta^ni p^at a\s % mn pan ht 

tzi-mn a m inTcar; mm irwMri bs> iyn tano*» ib^hm ibîip 13a 
•^rcn ^dasttt pbian mbtm tan- awa tpi pa ib mr -pn 
î-iïï *73> ib i-io&ri rtabwwi nos bya im« wp^-i tarai» yran 
ia*bizJ"H ï-isia û-^itdsi i — raiTa-ua iiï^bian i7ariK pbian vnnn la^bîa'n 
i-iiattn ^îbwn m^m: pbian vrinn la^bicm f<oan ^*» im« 

dmaa p -nb 6066 j 

Snp "pa ap^i tann a^ra wi ta^a ib î-rn «b par? ï-tt 
■»B3nn i-naaaa aann p riEbiatt raïai pasi daan utn ta-naian 
^nsa by ^an^ "piaba itobn ibi ibnp ■pa a^aiû ta^i»*» b*a S*im 
•r绫 p Nim spsatt i72u: utn Nsan ï-pï-ï an:-: a^ai miafina 
ï-rbsœn in^i nnn qia kiïti mma -n?» m\*i maa r^a-na nsa 

ment de la maison de Toukan et de la maison de Djirar, qui étaient 
les gouverneurs de Sichem et des villes qui en dépendent. Ils 
enlevèrent aussi aux Samaritains beaucoup de maisons, de vignes, 
de champs, d'oliviers et des objets innombrables. Ils convertirent 
par force beaucoup de Samaritains. Au temps de ce prêtre, le sultan 
Solaïman II régna trois ans; après lui, Ahmed régna quatre ans. 

[40 6045] Abraham, fils d'Isaac 

Ce prêtre était un homme juste et intègre parmi ses contempo- 
rains, et les gens de la communauté se louaient de lui. Ses actes 
témoignaient de son intégrité et de sa sagesse; même les autres 
peuples vantaient ses qualités. A cette époque, Moustafâ II régna 
neuf ans, puis il fut détrôné et emprisonné jusqu'à sa mort. On 
plaça sur le trône Ahmed III, qui régna vingt-huit ans. Il fut dé- 
trôné à son tour et fut remplacé par le sultan Mahmoud, qui régna 
vingt-cinq ans. 

[20 6066] Lévi, fils d'Abraham 

Ce prêtre n'avait pas de fils. A cette époque existait parmi les 
Samaritains un savant nommé Maschlîma, fils du savant Absachwa 
Haddanfi. Il était connu pour ses belles actions parmi ses coreli- 
gionnaires, et il a fait un commentaire arabe sur la Genèse. A cette 
époque également vivait un homme nommé Nasif, un des habi- 
tants de Gaphar-Sima, ville de Beyrout, à l'extrémité de la mon- 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMAHlTAINIil 137 

12U2172T "naîi ^abaaabN ^iba i33> mais»» s-irprs cm awa ta:n 
•ny» s-^rs nu:N t^n^ n^np p "np*i na run prai *p*a ïtïi 

.i-ttiinpii taau: 



«i p ïraa 6102 ft 



pirm a-np ba aas> antan i-iia*» anap avj ©ik ap iniiia wa 
toanrj ieibi ï-ria-npn aaia ^-pja û^usntoiii fcarab»;-» -oa' a^p73 
mttnpttOEûa i» -1732 niD» »iî-n ^emn maoaK p ap3" p amaa 
n^mai *it*b« nm»* rmpja trbYwn tnnan -Hp* a^nan ira-na 
ï-riai nastt nï^ba i^tin û-1773 n^n pn ïîin niiia Kim anaai 
ssap' "in*na niaa enï-n nizmpn taara t? ma 3 a ns tij -ie*^ 
ï-nrt ta-nn iy -nbn y-iar; rilu) nN ûibKJttiûin û^srs "vassa dntq 
t-ian b» n^n tnî*ia nn nna-iEîi Qnp73n noan p-ip na trusta 
■nar ir^na *pn t»»k nn -aiana tpan nosa p nm» a«p s-mun 
a^a» ûrsn aa^Trn an ©i« s-nn a ai anian ■nm aitaa tabn^b 
toidi id^ -p* ^aia-r» anm ta-n^tan baniDi m r-w?3 in^as H>ab 
iibsn iNa inaitra ^p pi -1:373 ^ara f^mï-naa p s-paa Danrs 
a^Di aa^sa S)b« tamiBsn rronro ï-iDibaa t^m wm ^annNbN 
naizm ■paaaopi tetn maima taina^'n nba triabto 1-737373 lap^i 

tagne et derrière la vallée. Alors aussi vivait le musulman Abd 
Al-Gani An-Nabloussi, qui demeurait à Damas, où il mourut; mais 
il était originaire de Djamaïn, une des villes de Sichem la ville 
sainte. 

[36 64 02] Tobie, fils tflsaac 

Sous son pontificat existait un homme bon, qui aimait à faire le 
bien à ses proches et à ceux qui n'étaient pas ses parents, et qui 
était admis auprès des rois et des gouverneurs à Sichem, la ville 
sainte. Il s'appelait le savant Abraham, fils de Jacob, fils d'Absachwa 
Haddanfi. C'est lui qui répara de ses deniers les tombeaux de nos 
seigneurs, souches des grands-prêlres, Eléazar, Ithamar et Phinée 
à Omratha. Il restaura aussi la cour de l'endroit de notre seigneur 
Eléazar à l'Ouest. Il répara le temple de Sichem la ville sainte. 
Il acheta aux Arabes un champ où nous faisons jusqu'à ce jour 
le sacrifice pascal, dans le lieu choisi, le Mont Garizim Beth-El. 
Il acheta ce champ avec son argent et celui des chefs de la religion 
— que tous ceux qui font du hien soient rappelés en bien! Il y avait 
alors un autre homme juste, qui exerçait la bienfaisance envers tous 
les pauvres d'entre les Samaritains. Il habitait Jafa et était nommé 
le savant Tobie, fils d'Abzahuta, descendant de Matar. 

Sous son pontificat aussi, les Turcs vinrent et tuèrent dans la 
ville de Galuua vingt-cinq mille hommes et femmes. Ils y firent 
trente mille captifs, puis les vendirent dans les rues de Smyrne et 
de Gonstantinople. Dans l'année 1224 de l'hégire, le gouverneur 



138 REVUE DES ETUDES JUIVES 

i-rn -HUN tpbttfi t-ro* n^bN?7:u3^ ta-niosn *anNi toTNToi r\b$ 
■psabn -na in^itd i^n toï-naN bna hyn nas» ■■nattra l^a te» 
r-iNsb hbfth fca^n "ipnt73i an?72 iiaas nND72 "labi-wi rmpN? isa 
■mari» niaN aban Sm ba iiyn te a p id^^i b^aa tse rtaïa 
toratt nabrwi Ninrt aip73a ï-n*» nia» kpw rrnpb lisabîn nrra 
ia*tt Tb? i-nm lîmaa rnna 'awb nb»ïi aa^a ipnttti i-Ttt^n iâ5b 
im» iO'iïTn aa^rî naia anpa no^p oinvusN ^b^rt i&«a cnp?: 
a ai ^nafin brob na?E '■pca p wyn Tb* û^an m -i^n mab^rt 
ta m a» s— T5rt7û 'pan pbiiJft r-r3n?2 va ï-îTonbTo inn^n ann tawa 
n»a ttNbiaïaa rrnpa nwnbft pi an n^np misa ■naBatt noms 
asn wi n&tTn ï-773nb:arr "nriN na^i saabaM na npT iia iNanna 
wai mata pan ï-tt 1*3* b« t|DN3 ira ntDK S-rciaa y-i^a btM 
i&b:*h "prinn" "p^i i-rabu> iwbtDH iNTan? pbusn ^b^ inarta* 
r-Tirsiz? TEfiba* iay pbœn vnnn ^pb^i tan© nm nroia ^bttîH 

îtwb p ïittbia 6144 îfc 

nniN -la^sn pbprt s-rn &bo wbxynwn Sr ^b» insïts wa 

Baschir Schihabi fit uq pont sur le fleuve d'Ibrahim *; le fleuve 
prend sa source dans le Mont Liban, à côté d'Akura, coule vers le 
Sud et se jette dans la mer Morte au sud de la ville de Djebail. Baschir 
fit également un pont sur le fleuve du Chien \ qui prend sa source 
dans le Liban, à côté du village de Djaïta, eo jaillissant d'une grotte 
qui se trouve dans cet endroit. Il coule vers le Sud et se jette dans 
la mer Morte, au sud de Gunat Khosrowan. Il y avait un vieux pont 
bâti par l'empereur Antiochus 3 , près de la mer; mais les arbres, 
qui y étaient nombreux, l'avaient ruiné*. Baschir bâtit également un 
pont sur le fleuve Damour. A cette époque, une guerre éclata entre 
l'armée du sultan et celle d'Ibrahim, pacha d'Egypte, dans le champ 
de Kiryat-Nazb. Une bataille eut lieu près de la ville de Baschandla, 
où se cachèrent, après la guerre, les anciens des fils de Djanbalat 5 et 
Nacd (?). Une forte famine ravagea le pays dans l'année où mourut 
le grand-prêtre Tobie. Et au temps de son pontificat, régnèrent le 
sultan Osman III pendant trois ans, Moustafà III pendant seize ans, 
Abdui-Hamid pendant seize ans. 

[42 6U4] Salomon, fils de Tobie 

Sous son pontificat, Salim régna sur les Arabes. Ce sultan fut 

1 Autrefois appelé Adonis. 

1 Connu des Grecs sous le nom de Lykos. 

3 C'est une erreur pour Marc. Antoninus. 

4 L'auteur a confondu l'ancien aqueduc ruiné par les plantes avec le pont. 

8 C'était un chef des Druses : l'auteur fait aliusion à la guerre entre les différents 
partis des Druses. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMAK1TAINE 139 

iaj> p iQMStE Jtabfcïi "pnnn nar^i iab7a nos ba»5a rrnfiWiaa&ÔN aas 
mbftfiïi Noart bs»» ma wp'n tzmann trsiD ^d'j^tj ^b»^ "^anba 
inattî D^bttïi û^jtf) *pb7a*n ^butti "H7an7a rns t-i« vrnn wiî'n 
xsy -pa>a btti7a n^nd abèanaa» ï-tvi isbttb nnïï^ tarifa riateai 
wio p ^n P *<ii"n ïnat yia b* btDna tanpTa ï-rrs Kim 
^bTo nnu: ■wri r-rn ^pnba y-wa ^012 y-iwa ripa* -ira nttobR 
nsiaa n^n 17a îin n?ai»"i n^n^wn bei» î-rn "ra* a?» aa>7a Nraarrn 
ND3> T*a>a bawttrci ^aa robafcb natu ne-' nrom confirai qbs ina 
rwi »tb«s ■jawa^bo "nrinn ^pbtt'n rwn ntsjkî: biR»»o« "nnnn bi^Ta^i 
c^nrai !)b« nausa ^rm -psiTn nœmb. ï-ibba^a* vnnr bi^Ta-n 
Y^-p- ^a bilan an -^?: b-;:^ ^aa rob»»b cai-naan ya-iai 
bra nar^a ba* te^bci bmnipan marrai man r-nab^R b©ai 
r-.NT bbaa r-iw^i Isa: r»3>n nb'm maan r-in^n p -miNi abars 
n-îa>7a û^sbN a>anai D^bfiwwtDifi m 3* 7a toto ta^sba nizDTan iiïï^in 
iD^biaE mT3 -ra>7a loirpi rnbabN sr-ran^a «a p "nnsn ta^nï-nn 
prai "na> ba7ai n:7a7a û"nat7a i-j:rt7a ErSnnb "îaa nyb taran 
^a«nttb« ûDNp p T'aa ittan naïti yna b« nions i-rbbKia* Nia^i 
nan na firiaa i-rn -»ti?n thkx trnp na i-nm yiaabïi nn t*r»i»a 
r-iaœan misât na>aa ns nanrm '-i&na n?anN p tsaap t-onn 

renversé par les troupes Jannissaires, qui le détrônèrent et mirent 
à sa place Moustafa, fils d'Abdul-IIamid. Moustafa ne régna que 
deux mois, puis il fut détrôné et remplacé par son frère Mah- 
moud III, qui régna trente-deux ans. Dans la douzième année de 
son règne, Abdalla Pacha fut nommé gouverneur d'Acre. Il était 
auparavant le gouverneur de Sidon ; c'était le fils d'un officier 
d'Al-Djazzar, qui était originaire de Bosnie, dans le pays des Turcs. 
Le second 1 , qui s'appelait Ahmed, fut d'abord serviteur du roi, puis 
peu à peu il monta en grade jusqu'à ce qu'il fût devenu le gouverneur 
d'Egypte. Il mourut à Acre dans l'année 1219 de l'hégire, et à lui 
succéda Ismaïl Pacha. Celui-ci étant mort, Solaïman Pacha gou- 
verna, et, à la mort de ce dernier, le susdit Abdalla Pacha fut 
nommé gouverneur. 

Dans l'année 1224 de l'hégire se produisit un grand ouragan, au 
milieu de l'été, qui déracina de grands arbres et les lança sous le 
pont du fleuve a du Chien ». Puis, dans les villes dépendant de 
Safed, eut lieu un tremblement de terre dans lequel cinq mille 
Arabes et quatre mille Juifs périrent. Puis une armée anglaise vint 
à Beyrout afin de chasser l'armée égyptienne de cette ville et de 
toutes les villes de Damas, et, a son arrivée, démolit plusieurs tours 
de Beyrout. Abdalla Pacha vint dans ce paj's, accompagné de 
Baschir ben Kasim Asch-Schihabi, seigneur du Liban. Ils mirent le 
siège devant la ville de Sanour, dont le seigaeur, à ce moment-là, 

1 C'est-à-dire Al-Djazzar 



440 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^rro "paN t-rsrraa arcas taîmaK Na sa-iao D^tûron a^nN?3-i qbN in» 
173 ■>*7ttï"ïbN'7a? ydu r-iK usab'n tsara in b« t^na-n ntord ^br 
"nn i©5H absnm cm -n Tnip b? nia wia'n fia&ns» t-i^np 
•iéWi "jNpia rî^a b* tarpû sba ta^bs û\iïï arïiïi nra saaia 
JiTn dvïi "i^ Maa ûm ■HKirb» lay *pan ma ta? ■rçiaîi abeïTi 
na iN^ttwm tarsia 3>uîn jhnt- yn»a "nsan nœnb tamaN "inci 
nNT maia aa^n oTorra mrona ta^»T»n ban©* 133 r-n^ rn 
tanst» "^as nanti p "nnan pnx atujft i-rn -iubice ^a aa^im 
Sn lawi tarpmnTao -m»» tarn^n bai to* ifn aaaia nrr» 

E3B1TI5 ï-rn "pan Ï-IT ^73^3 pï C^ KtDMB ÊKTOK aUJiï tamst73 

itaBM nnn toas? "n? ba Tirn "jNpia r-ram *pa ion» &aia 'nva 
î-tt wa "pan natta d^ian 'pa mai m»nb53 lïim aaï-in ar:ra 

.Tina "ibdid n©« wai ssb-ndïi 

nabis la a-w 6176 ib 

narai s-ûw aniasn tara© T^ba iay pbwn ^bw maria 1331a 
ittiûi irisai nnsiûttE aia «i« Ca^TaWïi ■ banttJi ^a» Dp aawri 
^m a-nsn iasui ^:sb it anawa miiyn r-rp^ir p naian *7aa> 

était Kasim ben Ahmed Djirar, et ils démolirent la citadelle de 
Zanour ! . Dans l'année 1264, Ibrahim Pacha vint à Sichem à la tête 
de l'armée de Mohammad Ali Pacha, et il investit Hosaïn Abd Al- 
Hadi, de la ville d'Araba, du pouvoir de gouverneur de Sichem. 
Les gens de Sichem furent alors divisés en deux partis ; l'un se 
déclara pour la maison de Toucan et Djirar, et l'autre pour la 
maison de Hosain Abd Al-Hadi, et ils sont ainsi jusqu'à nos jours. 
Ibrahim Pacha resta dans ce pays neuf ans ; pendant son séjour 
dans notre pays, les Samaritains furent soulagés de la tyrannie des 
peuples habitant ce pays, car son gouvernement était juste et équi- 
table. Puis les troupes égyptiennes évacuèrent Sichem, Acre et 
toutes les villes qui sont aux environs, et retournèrent en Egypte 
avec Ibrahim Pacha. Il y eut aussi, sous le pontificat de ce prêtre, 
un gouverneur à Sichem nommé Mousa Bey, de la maison de 
Toucan, et tous les villages de Sichem étaient sous son contrôle. 
Sous son gouvernement et celui de ses successeurs, des guerres écla- 
tèrent entre les différentes peuplades de ce pays. 

[32 6176] Amram, fils de Salomon 

Sous son pontificat, le sultan Abd Al-Madjid régna pendant vingt- 
deux ans. A cette époque vivait un bon Samaritain, de la famille 
de Danaftaï, dont le nom était Abd Hanina, fils de Sadaca. Il servait 
de scribe aux gouverneurs, et lui et sa communauté grandirent au 
milieu d'eux. Puis le susdit Abd Hanina mourut, et, après sa mort, 

1 La citadelle de Zanour fut détruite par Ibrahim Pacha. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 141 

-raiïn ina^an îa; ra* bis sjdm p "nn&n ûrrwa wwi f»nn 
Smart 0731173, imyb mnan lOT-i-m tsntta» pan r-ir Dp im» nn«i 
■^asb iza-ip^ ï-rn ^a Twa r-nnan anb ^nm "iizwïa prfarr -ï^rizm 
aica upn n'NTn ynab î*<a inana ■na'm t^iu trnana fcawiWi 
nb ->nm *naE)b 0-173? par: iwarn p73Tja 173101 ù^ianan ma»» 
ieibi ^aïo aia u^a î-rcmpin oaio -pa*b r<a p nnai riaira !-nTa> ibbaa 
^3a inj hN arwn SP73" 1 T^iTtt on?3a> pan n^aa na^ no^o-d 
n73N ba> ssma^bn ba ^a 'ram nbina narïwa ta'naiDïi ban» 1 * 
i^o^anan dbs» t^iri pnb "najrî pab ^an niD'npn j-ju;73 nmn 
-iion ynabn «nm ^ni»M yiioba d'nBpn r-na> oa> bba^ mrr n^aTrn 
a-np fiiabn <nt ^a sn&naars Tarai 'rrvinn ta'mîTîi m* na "îa-ip^ 
î^D^a-ia ïïiiTi wpn piab «in nia^ "najn pcbr-r 173 Tiwa *ia> 
^3ian p pn*n»n rnDYipri s-mnn m^bn sn7aa> pan p toiïïi 
ata^i ntzmTa ^aa ana?3 ib pnam -naa> inwba ùnBiDtt bjni^ ni^ 
taap'n avj-i -non tb^n cap 0173? pan î-it nana ^a pi va^a 
otm ^a« «im im* ^aa bab nom ai^ ba cani d'nar» ^dto ^aab 
nar ^sanrt tamaà p bao»^ pïr: iTasn o^aao7ab a^Tai f-^abai 
D"<bN2tt^fi nab727ab spizîtoi d^aïai o\nN73i Eps* naraai tabia»b aitaa 
■naam 0.173 naa>7a nn^a yna nnn iwN^Ta wbk& mai rmpa ^a 

le grand-prêtre Amrarn demanda que sa communauté cessât d'être 
opprimée par les autres peuples. Dieu réalisa son désir, et il obtint 
le soulagement qu'il sollicitait, parce qu'il savait se présenter devant 
les fonctionnaires et leur dire de bonnes paroles. A l'époque de son 
pontificat, un bon chrétien, nommé Petermann, vint visiter notre 
pays. Le grand-prêtre Amram se présenta à lui, et cette visite pro- 
cura au prêtre un grand secours. Puis un autre homme de bien, 
nommé Barfisa, vint à Sichem, la ville sainte, et descendit chez le 
prêtre Amram le susdit. Il témoigna une grande amitié aux Sama- 
ritains, constata que leur rite est la vraie loi de Moïse et que la 
langue sacrée est la leur. Le susdit Barfisa causait avec les Sama- 
ritains en langue assyrienne, et c'est dans cette langue que les Juifs 
lisent le Pentateuque et les livres des Prophètes, car cette langue 
se rapproche beaucoup de la langue hébraïque, qui est la langue 
sacrée. Barfisa demanda au grand-prêtre Amram de lui donner le 
Pentateuque transcrit en hébreu par les savants Samaritains. Le 
prêtre fit copier pour lui le Pentateuque, ce qui lui fut agréable. 
Sous le pontificat de ce prêtre Amram vivait un homme bon et cha- 
ritable qui était admis auprès des magistrats musulmans et qui se 
montra tout à fait charitable à l'égard de ses coreligionnaires, il 
servit de père aux orphelins et aux veuves, fut bienfaisant pour les 
pauvres; il était nommé ie cheik Ismaïl, fils d'Abraham Haddanfi, 
d'heureuse mémoire. 

Dans l'année 1262 de l'hégire, sous le gouvernement de Wadjih 
Pacha, on trouva sous le sol de Beyrout une conduite d'eau. 



] i2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

"iaa tonn a^an ï-naïam a^3 s-ra in^t3 Nbi na?73n s-pra er»tt)3N 
baati)» t*>nn "11258 r-o^n -p* nto Na;> t* ïhn irrp'n i-nansN Ho» 
nn ï-îeph -n*b b^îo»! i — m n©« inbTwn m^asn lann^-i B^ia* 
t^ny ^m rmb« ma? p fïanb.7a i-rmn cnn tawa pi b^non 
na« ^aab ntï5-i7a 'trisob nmn nos iKttpa» -m rvnpa «narab» 
■paabn nn labo V 2 w wb»n aben 6rm C|KBa7abK ^y "wnua naa 
*-ine isa -n73tn brob bnan 173 inyij j-rosn» ann laaawa aan 
ntrpN a^n ï^Nta iian pabn nn ;aai^ «mas "nsn «tuas tint 
d^aian niaia naïaai pabn nn bj> nnatfa raaTta i^ana* *aa nab7373 
Frâbia p pra* p ap3>i pan taibwTai^în na'b7373b £)bfco a^n&wi 
•^aa rnir nimi initia wrn ^raiTtt tana? par: nm ^atb 
p bmN wa.'n aa\a -p*a nuraan ma -1)3^72 ta-na^n b»w 
anaa? pan ^jb^i aaia wa ar^^urn û'nasi -w^ai ^apî !-n»a&73 
myn "We p a^iasa r-na>3n awan n^aiîn npa" pan met pi 
tai7ar pan î-n?n ba> nps^n taa^bun-p *vj>a nia» tonaïi rasiu) b* 
r-ian bai ftjwn ï-naann ba>a pan proF p anas vn&t p va-nn 
173^ ^îatfi ana? pan waïn p nnai ï-na-npn s-mnn ^ioa 
rnaa>a ba> n»3>m ma^aan rva -)733>73a abizïim n^ ras-iia p ta 
p ni m froan yiN V 3 *=^fi ûs ^ "^ ^ N *<a û^n taawai a-n** ba 

Quelques personnes passèrent par ce conduit, et n'y ayant pas trouvé 
d'eau, l'abandonnèrent. A cette époque, les Français s'emparèrent de 
la ville d'Acre et de Khaïfa, qui est au nord d'Acre, et démolirent la 
citadelle, et au-dessus de Khaïfa le Mont Carmel. A cette époque 
aussi, une guerre éclata entre les Druses et les Maronites dans la 
ville de Daïr-al-Kamar, qui avait été autrefois la résidence des gens 
d'Abou-Ganat, seigneurs des villes d'Al-Manasif. Les Maronites 
forment la treizième secte de celles qui habitent le mont Liban. A 
cette époque également, un pont de fer fut jeté sur le fleuve Damour 
sur l'ordre de Dawoud Pacha et de Nasri Pacha, gouverneur du 
Mont Liban, car encore aujourd'hui le gouvernement ottoman a 
maintenu son autorité sur le mont Liban. 

Dans l'année 1276 de l'hégire, Jacob, fils d'Aaron, fils de Salomon, 
fut sacré prêtre du vivant de son oncle Amram, mentionné plus 
haut. Sous son pontificat, les Samaritains voulurent réparer la 
synagogue de Sichem, mais les notables et les fonctionnaires musul- 
mans rejetèrent cette demande. Alors le prêtre Amram et son neveu, 
le prêtre Jacob, avec cinq hommes d'entre les notables de la com- 
munauté, se rendirent auprès du gouverneur musulman de Jéru- 
salem. Le prêtre Amram préposa à la communauté son neveu, 
Phinée, fils d'Isaac, le prêtre, homme savant, intelligent, versé 
dans les mystères de la Bible. Puis le prêtre Amram et les gens qui 
étaient avec lui apportèrent la permission, accordée par le gou- 
verneur de Jérusalem, de construire la synagogue, et elle fut cons- 
truite en dépit de tous les ennemis. 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMARITAINE 143 

înpnat p apan r-naa ]m arniaN ittiDi a^npn iarmnin ^aian 
nm n?b i-ibro nanawa tp^i»©?! b&ntBi ^aa r-n? n« anan "«aa^n 
aa> i-rçjiaan maa bbam naia baa mm p"nttn h7:n ba> taa.ma^bn 

niïNn ba> m y *pN ^a larn ût baa npiaai anra pi aa-nïïian 
'a aa>b a\*npm aa^matf:n T>m p ta-iEsr pan V 3 ©"HTi aana 
mïïïDtt maya an pma narai naar: aann ns aamaa* pan p*n 
Ta^m p"mnn ^naa niawn b^au) bs "îaiTaa i^n un p"mnn mis» 
■oaN "bat man -kbn ba anca ma-irn ûnnaN aaann "pr-n 'n aa^a 
tamaïNa nanan a^anpn m^ ^apî ba n« bnpm ^nN ba* "p* 
anaa -pi a nan lana* ba* ^b^n 'a* aaao mmi rsban a-nain n» 
£^£7aa ann aa->^a p*i awa t^a pT rrp ^a -rennE &w p 
•nao poab a"D73 morn mu u^a* a-n^an baniai ^aa m* "pa 
^aa» apjn p a^mtt pTii ieiûi irm-nn ba tmm inafcbai ai m 
S^ba pn naan r^b a-npm pimn aay a^aiu aa^a>7a ibi ncs 
lamna* naa Sa* mnra rpa 'j-na* "iaaa73 î-rray to^antan v©*» 
pan pn« p nrab» aa^ibn ^ariaa s^riBa p anas p anta^aa* 
aab^b airaa nar numpn aaata nu^aaa ï-ïîïi tamn *iy *<a:7aan 
nbta»» V 3 " 1 N^aaana nb\D7a?a "pa ■"îbTO rpanb» i-Tmn ann awai 
j^rana nbia7a?a rabnm ï-Hanb»?! na*n ar^aa-ia -p* 3 n»*n t^o-no 

A cette époque vint à Sichem un savant caraïte de Russie, nommé 
Abraham 1 , qui descendit chez Jacob ben Sadaca Haddanfi. Il conçut 
une grande amitié pour les Samaritains en voyant qu'ils se con- 
formaient à la Loi véritable. Il priait chaque samedi, ainsi que tous 
les jours, soir et matin, avec les Samaritains dans leur synagogue 
et attesta qu'il n'y avait pas de communauté qui fût dans le vrai 
comme eux. Il exprima au prêtre Amram le désir de fondre les 
Samaritains et les Garaïtes en un seul peuple. Le prêtre Amram lui 
répondit : « Il y a une grande différence entre nous et vous au sujet 
de l'observation de la loi. Si vous adoptez notre Pentateuque, nous 
deviendrons un seul peuple. » Le savant Abraham répondit: « Tout 
ce que vous m'avez dit est bien ; je retourne dans mon pays, je 
convoquerai les anciens de ma communauté caraïte, puis je leur 
parlerai de cette proposition, et nous formerons un seul peuple. » Il 
partit, mais il mourut en route avant d'avoir réalisé son désir, 
parce que c'était un vieillard très âgé. 

A cette époque était, parmi les Samaritains, un homme bon, cha- 
ritable, faisant du bien aux pauvres, un père pour les orphelins 
et les veuves, prodiguant les aumônes; il s'appelait Marhib, fils de 
Jacob, d'entre les. fils de Zafar. Il secourait ses proches et ceux qui 
n'étaient pas ses parents, et ses œuvres sont innombrables. L'une 
des plus importantes est qu'il fit fabriquer à ses frais une arche 
d'argent pur afin d'y placer le livre de notre seigneur Abisué, 

1 C'est Abraham Firkovitch. 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mabttfcb tpNi a^nNtti taa^iam nns r-iaïsai firoaans t-ibttttîa pn 
bj* n^airn fcntti» pan tb^ttn cp^a Ta? nn« umna bKJW* *»aa 
Snw ûia ca^îp ^aia ib n^rr ^nn n^m p« vs iTarm i7a3> 
taavnay p prnr nrn amaK rmTaai rrobia "jtaprï aian prof 
raN r-na^bn pnsr pan ma^bm r-raffi nia? "ij-jn p n?abiai nara 
p apan m ûzw\ ann tawa ^n^n ta^ian ■pai ibj fl»a ta-i73a> pan 
pnaF p onas pam tanTaa* par; mi nnn imr na pan pnet 
t-iKTn s-mbinn n« ^nprtf ra ^ay -i©n lamar tanpna nia» pan 
■na-n s-mnnb nîttbn tarfana^an nan^ai t^a^ip "pa^an anian csnrt 
anan nnar -imam nm^ai nn5aana yib it:? ^aa *pa naan m^e 
pra>bwia* pbian nïm JanTar? pan m» ■nriwN wi r-innaa "ma* 
p -nnnn wbrpn ?nra -nua» rrarc nabw ijr naoTa r-rmn -iibn 
r<aan ba»7a nna ibia^i tnmn ï-nabia TOfcba "iay p tn-je ttin 
p ^?anbN *7aa> rn» pVan vns ns vnnn nar^i i7a3> n« 
mab^Tab ejbai dvifflai fcaijttm iwbxo naïaa tam ba ^a? pran 
p7ana> ba nbttStt» Ta rtTra ttttrtbtt nn^n trnn pm b»*»©"* ^a 
a in* ^ato -nnnDa niaa> ara la^a >*baa N^nn na?a arain nbo»» ^ai 
ina^an naa> p apan p pnar "ittiai naiam r-iTaiinn d*nm J-roben 
tzpanpan rrmnn ^-ima nTa? ta^aian -n©*» S^ba pi ^ain 

fils de Phinée, fils du chef des Lévites, Eléazar, fils d'Aaron le 
prêtre. Ce livre existe encore aujourd'hui, conservé dans le temple 
de la sainte ville de Sichem. Que sa mémoire soit bénie! A cette 
époque, une guerre violente éclata entre la France et la Prusse. 
L'empereur des Français perdit la vie dans cette guerre, et la Prusse 
vainquit la France. 

Dans Tannée 4291 de Thégire, notre seigneur le prêtre Amram 
mourut (que Dieu soit miséricordieux pour lui). Il laissa deux fils, 
l'aîné, nommé lsaac, et le cadet, Salomon. Lorsque mourut leur 
père, ils étaient âgés, lsaac de vingt ans, et Salomon de onze ans. 
La conduite d'Isaac à l'égard de son peuple et des autres nations 
fut semblable à celle de son père, le prêtre Amram. A cette époque, 
Jacob, fils d'Aaron le prêtre, gouverna sa communauté à la place de 
son oncle Amram le prêtre. Le prêtre Phinée, fils d'Isaac le prêtre, 
mentionné plus haut, sur l'ordre duquel j'ai transcrit cette chro- 
nique, est un mathématicien et un écrivain. Il a composé un com- 
mentaire sur le Pentateuque et des poésies liturgiques; il est émi- 
nent parmi les gens de son peuple, unique par sa sagesse, par son 
intelligence et par son savoir. Que tous ceux qui font le bien soient 
rappelés en bon souvenir! 

Après la mort du prêtre Amram, le sultan Abd-ul-Aziz mourut 
après un règne de seize ans, et son neveu, Mourad, fils d'Abd-al- 
Madjid, lui succéda. Celui-ci régna trois mois, puis il fut détrôné 
par son peuple, qui mit sur le trône son frère Abd-al-Hamid, fils 
d'Abd-al-Madjid, et cela eut lieu dans l'année 1293 de l'hégire. A 



UNE NOUVELLE CHRONIQUE SAMAIUTAINE 145 

p a-rra pin Ma r- ^a irwilpr: ob© t* niasaa fca^fcttsn 
rrbfiCî rvmnni p pbn in»y i:t-ot tnpna -iid« ns^ Ma» ap3>^ 
hsa iwn tarnais ^-n 3? iabn s-^n wa on ^a o=:aa V 3 
Om»ra nbaq nanam !~ï»-nnn pin">i DïT'aw rivy nma aia 
nnna-j Mto* aiaa -nan na^ ^biorn onnst* Miam apan -naan 
pa mii.n n-j^n nNaa m ana?ûa n-nnn sriNtb -i»j>»ïti ob-ub 
pnN p aps" pa n^ nab»3 nm ~\yw n« Banian m^rr mt 
r-n«» ©bizn ï-nabia rûiaa ï~tt "»nM "mnaT O^rpriN n©N par: 
rnab»»b Sfbfin mwa ©bran !-wi»ia nuirai b«y»iz^ 13a nab»»b tpen 
oipnN -iHJN'^aDnn i-MMn 13^ p tp"p p ptiat* 1 n©3> btf3>»ttî"< Ma 
tpa imx ma* jon rMiaa Dm rra^an mab s^ar isaa p Minât 
p orna p sma^aa mmyt» ara» snn nias p p"mnn ira b* Tina 
"nias rrcian nȕ ish : OMrasn pi^b ma pan "pina p ^-iTj'bK 
n©»n roia aon tun O^aba niaïai naran DMraian ron rMia r-rn 
153D ynab Sama* 1 Ma nayb trab« niabiai r-na» labiai OM"i»iai 
t-Mia arn "maa "nsiMn o^n» p 3>TiaM> tpan ma» rcn ton ^-naa 
^nia? saia nra t**'*n nias DM'nbp'ib spart mm îairi ma? maia 
p aps^ naaiiai -i7aa> pai b&wttizr Ma nab»»b E|ban ms» laibuji 

: pab it na*b»3 maa* pan pna* 

cette époque, une guerre éclata entre le gouvernement ottoman et 
la Russie. A cette époque vivait un homme bon, charitable, un 
père pour les orphelins et les veuves, partageant son argent en 
aumônes, nommé Isaac, fils de Jacob b. Abd Hanina Haddanfi. Une 
de ses bonnes œuvres est qu'il restaura les rouleaux déchirés du 
Pentateuque qui furent trouvés dans le temple de la ville sainte de 
Sichem. Car les fils du cheik Marhib b. Jacob, descendants de Zofar, 
mentionné plus haut, avaient restauré à leurs frais une partie de ces 
Pentateuques. En effet, ils suivaient le chemin de leur père, faisaient 
du bien et prodiguaient les aumônes comme leur père. Voici leurs 
noms : le premier-né Jacob, Abraham et Japhet — que tous ceux 
qui font du bien soient rappelés en. bon souvenir! Celui qui a 
restauré ces Pentateuques en les écrivant d'une manière très soi- 
gnée, c'est mon seigneur le prêtre de cette époque-ci, qui gouverne 
son peuple, et a été installé dans ces fonctions, Jacob b. Aaron, 
mentionné plus haut. Ce fait eut lieu dans l'année 1303 de l'hégire. 
Dans l'année 1308, Isaac, fils de Jacob, fils d'Abd Hanania Haddanfi, a 
fait faire à ses frais un parquet dans le temple: Dans la même année 
aussi, il fit faire une arche en argent pur pour y placer le Penta- 
teuque de notre seigneur Abisué, fils de Phinée, fils d'Elazar, fils 
d'Aaron le prêtre, frère de xMoïse, chef des prophètes. 

Cette année est l'année 6179 de la création, 3385 de l'époque où les 
enfants d'Israël passèrent le Jourdain pour entrer dans le pays de 
Canaan, 1900 de l'ère chrétienne, 1616 de l'ère Dioclétienne, 13*7 de 

T. XLVI, n° 91. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rartpïi i»id ^m ^b b^n t nrùE 

p bfiWEiDi p nroa p îtod sn 

•J73N Nirr ^-na ^ -ittrrp imisi ûmaa 

: 173N JEN 173fi«n Î-Hûtt b73^3 

l'hégire, sous le pontificat et le gouvernement de Jacob b. Aaron, 
prêtre inauguré. 

Ecrit par le pauvre devant Dieu, son nom soit béni! Ab Sachwa, 
fils d'Asad, fils d'Ismaël* fils d'Abraham Haddanfi. Que Dieu — béni 
soit-il! — l'ait en grâce. Amen. Par le travail de Moïse le fidèle. 
Amen. Amenl 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 



1. Job, x, 7. 



La première partie de ce verset : jsna ab *o yxn b* s'adapte 
mal à la seconde b^sr» ym V<K"i. Ensuite, on attendrait au lieu du 
futur ww le passé •wibi, comme au verset 14. Nous serions 
tenté de lire yttna « je serai secouru », à l'inverse de la correction 
proposée par quelques exégètes pour Isaïe, lxiv, 4, où le con- 
texte paraît exiger wm Le sens du verset devient alors : « (Tu 
me poursuis) sachant que je ne serai pas secouru et que personne 
ne me sauvera de ta main. » 

2. 7&., 16. 

L'explication ordinaire du mot ï"Kwn rapporte ce verbe à 
wan, qui se trouve dans le verset précédent. On traduit : « Si ma 
tête se lève, tu m'attrapes comme un lion. » Cette interpréta- 
tion est très forcée, car, si Job se compare à une bête prise par 
un lion, il importe peu qu'il ait la tête levée ou non. Ensuite, Job 
venant de dire qu'il ne peut pas lever la tête, il est difficile qu'il 
ajoute : « Et si elle se lève. » Enfin, il est peu probable que la 
conjonction si soit exprimée ici par le simple vav. Nous pensons 
que wi est une faute pour tt&ori, que nous traduisons par : 
tu t'élances. Ce sens physique de îiaw nous paraît en être l'accep- 
tion primitive, et c'est peut-être ainsi qu'il faudrait expliquer 
ce verbe dans les autres passages où il se rencontre (Exode, xv, 
1, 21 * ; Ez., xlvii, 55 ; Job, vin, 11). 

Mayer Lambert. 

1 Bender (Z.A.W., 1903, I, p. 2 et suiv.) montre que le verbe ïl&tt et les noms 
qui en dérivent s'appliquent surtout à l'apparition de la majesté divine. 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



MOTS HÉBREUX DANS LES MYSTÈRES DU MOYEN AGE 

Dernièrement, à titre de curiosité, nous avons publié ici K le 
Credo traduit en hébreu et transcrit en caractères latins, pièce 
extraite d'un « Mystère de la Résurrection », qu'a signalé M. Gus- 
tave Cohen. Celui-ci, dans le cours de ses recherches sur la for- 
mation des Mystères au moyen âge, a trouvé d'autres textes ana- 
logues, non moins curieux, dont il s'agirait de reconstituer le texte 
dans sa forme primitive, défigurée par l'ignorance des copistes 
qui n'ont pas compris les mots hébreux. 

Dans le Mystère « les Actes des Apôtres » (Paris, Les Angeliers, 
1541), figure, fol. 65 a, une scène de magie. Il est dit : 

Le magicien Symon se met à part dedans son estude. 
Icy faict un cercle autour de luy, et prononce : 
Folporon | Pocian | Terpiden (vires) 
Belzemagoth et ventridas 
Sel | Papagou \ Toupan | nûres 
Yous altidech ne faillez pas. 
Icy s'apparaît autour de Symon grant quantité de dyables, tant de 
la terre que de l'air (sio). 

Panthagruel : Nous venons vers toy... 
Symon : Strabech Baruch, Marcel, Dagou, Pluton. 
Symon (à son compagnon) : Marcel, tiens toy ferme. 
Sallian : Le camp des dyables est venu, etc. 

Ibid.J. 98&-99a : 

Mariage de Pellagie, fille au roy d'Adrinople. On se met à table. 
Ascanius, maistre d'hostel : Je l'entends ainsi ; sus escuyers à la 
viande... Et pendant est baillé à laver, Tiburce echanson dit : 

Pour tympaner et bien cymballer 

Le nom hébreu a domination 

En général sur toute nation. 
... Et en la présentant au roy : 

Devant votre présence ameine 

Cette fille courtoyse et sage 

qui scet la façon et l'usage 

de chanter en langue hébraïque 

selon l'art de dame musicque 

et de fleuster pareillement. 

1 Âevttt, t. XLV, p. 296. 



NOTES ET MÉLANGES 149 

La pucelle en hébreu chante ainsi : 

A Sarahel(1) Zadab (2) aheboim (3) 

Oga (4) Sela (5) Thanameth(6) thabehel (7) 

Elyphaleth (8) a der clerninin 

Jeser hafar uaid meezahel 

Eudahe claum iera mahel 

Fadaya heliseth hesdrelon 

Fyahiroth ephara bedebel 

Dram zaphi cedunehel tabremon 

Helipbalu metheha faday 

Escol esdom cleb adramaleth 

Abisay fa susi sadday 

Thophel ihemath tob adrinsodeth 

Salamiel enach aramalech 

Ananehel helbic addaya 

Thanis thebat duhel clunelech 

Eliasub helon ethaya. 

Ces seize lignes rimées ne contiennent guère que des noms 
propres, dont il nous suffira de transcrire les huit premiers mots 
rectifiés : 1. Ascharel ; 2. Zadoq ou Nadab; 3. ha Elohim ; 4. He- 
gaï ; 5. Sela ; 6. Timnath ; 7. Tabel; 8. Eliphélet. Il semble que 
l'auteur du Mystère, dans son désir de faire parler un pseudo- 
hébreu par la princesse turque, se soit contenté de prendre dans 
une Bible des noms propres, qu'il a ensuite classés selon les be- 
soins de la rime. Bien entendu, il n'est pas question de traduction 
de ce texte, bien que la suite pourrait le faire croire. 

Puis l'expose la pucelle en francoy, chantant ce qui s'ensuit : 
Il est ung Dieu des hébrieux 
Eternel et glorieux 
Que l'on doit sur tous aymer 
Quia fait erre | terre et mer 
Tourner et mouvoir les cieulx. 
Pourtant je vueil en tous lieux 
Le réclamer roy vertueux 
Et chanter sans rien blasmer 
Il est ung Dieu des hébrieux 
Eternel et glorieux 
Que l'on doit sur tous aymer. 

Dans le second volume du même Mystère, f. 30 &, on lit : 

Icy luy (à Gaius) doit St-Paul monstrer ung coulomb blanc qui des- 
cend du paradis sur les testes d'eulx. De par Dieu ils comprennent 
tous les langages. 



loô REVUE DES ETUDES JUIVES 

Gayus 
Respondz moy Dieu père nostre 

Ameny Alpha avy ni [15^K N ^r::') 

En œuvre De miséricorde 

Charita Obeth Die corde 

Vehaet Bea hanisura 

Aristàrgus 
D'entendre on ne me passera 
Latin et grec et Algarie 
Et si n'avois jour de ma vie 
Entendu latin ni hebrieu 
Icy s'en vont vers Asie... 

Ibid.,57a et b : 

Icy la damoyselle .'compagne de Migdoyne, convertie par St-Tho- 
mas et sujette du roi d'Inde, sur l'invitation du roy chante en he- 
brieu et dit : M y camoha ~''- 2 **z\ 

Icy Dame et tous les autres en bâtant les mains : My camoha. 

Icy fault entendre que Corbin prent quelque instrument | et la 
demoyseile ung tabourin plat ou cymballes, qu'on peult jouer de la 
main j et en chantant dit : 

La dame : Veen camoha "\ m% zz "j\x* . Ensemble dient : Veen camoha. 

La dam : Moy domelach. Ensemble respondent : Veen domelach. 

Puis : 

Un temple, soleil d'or sur chariot à deux chevaux, et dedans le 
soleil audevant un dyable. Icy doit avoir une ydolle qui peult 
fondre. 

Thomas 

Diable or par diverse erreur 

Laisse l'infernale fureur 

Cy la parolle en cestuy lieu 

Que le prophète dit soubz dieu 

Garde de mal et sois de vie 

Sur merra zeu htry (= veheheyé) 

Pain et coustume 

Selon berod se fu ' ;schalom werodfehu . 

L'Evesque du Temple 
Haro Seigneurs | cest apostre en ce lieu a parlé au dyable en 
hebrieu. 

De même, dans un autre Mystère, « Office de l'Étoile », publié 
d'après le ms. de Montpellier, H. 304, par Gasté, dans ses Drames 



NOTES ET MELANGES 151 

liturgiques de Rouen, p. 54 et suiv., deux des rois mages, ou 
bliant leur latin, vont parler à Hérode en une langue étrangère, 
un prétendu mélange d'arabe et d'hébreu, qui au fond est un ga- 
limatias, cousin du langage turc employé par Molière dans son 
Bourgeois gentilhomme. Il n'y a rien à tirer de ces termes, pas 
plus que du baragouin usité dans le « Mystère de l'Incarnation et 
nativité » publié par la Société des bibliophiles normands, à la 
scène où est annoncée la venue du Messie, pas plus que des ex- 
pressions baroques que l'on trouve également dans le « Mystère 
provincial de l'Ascension, du xv e siècle » (édité par Jeanroy et 
Teulié). 

Enfin, dans ses Altteutsche Schauspiele (Leipzig, 1841), Mome 
publie un Mystère de la Résurrection, qui donne des paroles en 
partie pseudo-hébraïques, p. 110 : 

Tune Judei cantant judaicum : chodus, chados, adonai sebaos sis- 
sim sossim chochun Yochun or nor Yochun or nor gun ymbrahel et 
ysmahel ly ly laneze lare uczerando ate lahu dilando, sicut vir melior 
yesse ceuia ceuca ceu capiasse amel. 

Ces paroles sont chantées à l'entrée en scène de Pilate, tout 
au début de la pièce. Elles doivent donc figurer un chant de 
louange. 

Dans le même « Mystère de la Résurrection » (p. 113), on lit : 
« Nuntius exit et conducit milites ad Pylatum cantans judai- 
cum » ; mais le chant manque. 

Dans un autre Mystère que contient le même volume « l'As- 
somption de la Vierge » (p. 37), on lit ces mots : « Synagoga 
cantat ». Mais le texte est omis. 

Moïse Schwab. 

1 Fragments d'un vs. du Psaume, xxxiv, 15. 



BIBLIOGRAPHIE 



Kautzsgh (E.). Die Aramaïsnien im alten Testament, I. Lexicalischer 
Theil. Halle, 1902; iii-8° de 111 p. 

On sera certainement surpris d'apprendre que l'ouvrage de 
M. Kautzsch est le premier travail d'ensemble sur les aramaïsmes delà 
Bible. Jusqu'ici on avait traité des mots empruntés à l'araméen dans 
tel ou tel livre de l'Ecriture, mais on n'avait pas réuni tous les mots 
de ce genre; et il faut être reconnaissant à M. K. d'avoir entrepris 
cette tâche, pour laquelle il était tout spécialement désigné. 

Après avoir exposé l'historique de la question, M. Kautzsch com- 
mence par définir ce qu'est un aramaïsme, problème qui n'est pas 
aussi simple qu'il le paraît au premier abord. Un mot d'apparence 
araméenne peut appartenir a la langue poétique et ne se rencon- 
trer, par suite, que dans la partie la plus récente de la littérature 
biblique, sans, pour cela, être emprunté a l'araméen. D'autre part, 
un terme peut avoir été emprunté à une époque si ancienne, qu'il 
est devenu un mot hébreu ; ce ne serait plus un mot étranger. 
Il est impossible, en fait, d'établir une ligne de démarcation entre 
les mots étrangers et les mots naturalisés. Mais, en règle générale, 
on appellera aramaïsmes les vocables : 4° qui ont une forme ara- 
méenne ; 2° qu'on ne trouve pas en cananéen, du moins avec la même 
signification; 3° qui sont rares dans la littérature anté-exilique. Ces 
conditions peuvent être plus ou moins bien remplies, et, pour dé- 
terminer les aramaïsmes, il faut se contenter de probabilités plus ou 
moins grandes. 

M. K. donne ensuite la liste alphabétique des mots qui lui pa- 
raissent certainement empruntés à l'araméen, et indique, quand il 
y a lieu, les raisons qui le portent à ranger ces mots dans la catégo- 
rie des aramaïsmes. Il expose et discute les différentes opinions sur 
l'origine de ces mots, et beaucoup d'articles forment d'intéressantes 
monographies. A la fin, M. K. donne le tableau des livres de la 
Bible dans lesquels se répartissent les aramaïsmes, qui, en somme, 
ne sont pas très nombreux , cent cinquante-trois dans cinq cent 
cinquante-trois passages; puis il établit une liste des aramaïsmes 
incertains. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

Quoique M. Kautzsch dise qu'il ne prétend pas faire une œuvre 
définitive et qu'il s'attend à trouver des contradicteurs, il ne semble 
pas qu'il puisse y avoir de divergences sur beaucoup de vocables. 
Pour notre part, nous proposerions de retrancher deux ou trois mots 
delà liste des aramaïsmes certains : 

"jïi ne nous paraît pas emprunté à l'araméen, car il ne répond pas 
exactement au ]!-: « si » de cette langue, tout en ayant très proba- 
blement la même origine ; cf. en arabe in et inna. lïi, en hébreu, in- 
troduit une objection ou marque, tout au moins, une opposition entre 
deux idées ; et c'est pourquoi la proposition principale est presque 
toujours négative ou interrogative. Dans Lév., xxv,20, "jîi est d'autant 
moins égal à DN ? qu'il suit la proposition principale ; il introduit 
une objection tirée d'un fait éventuel, comme, dans x, 19, il en in- 
troduit une tirée d'un fait passé, mais ie sens est le même. Dans 
Aggée, ii, 12, on emploie \n, parce qu'on attend la réponse « non », 
tandis que dans le verset 13 on se sert de DK, la réponse étant po- 
sitive. Le passage d'Isaïe, liv, 15, est trop obscur pour qu'on en tire 
une conclusion quelconque. Dans Jôr., m, 1, la proposition prin- 
cipale est interrogative. Dans Job, xn, 11, 15, \n amène les exemples 
de la puissance de Dieu, comme développement du verset 13. On 
peut le traduire dans ces deux passages par « certes, voici que ». 
Dans Job, xxnr, 8; xr,, 23, la proposition principale est négative et 
dans Ex., vin, 32, interrogative. Il est possible que parfois l'adverbe 
\H se rapproche du sens de la conjonction « si />, mais, à notre avis, 
il est risqué d'y voir un aramaïsme. 

Il est permis d'hésiter aussi à dériver ïrrn de l'araméen ïTrnN. 
Ce serait le seul exemple d'un mot étranger transformé par la sup- 
pression d'une consonne radicale, et comme, d'autre part, le mot 
ïTrn et la racine Tin sont employés dans des livres anciens de la 
Bible, il vaudrait mieux mettre ces mots dans les aramaïsmes incer- 
tains. On peut, d'ailleurs, se demanderai, à l'époque où le mot aurait 
passé en hébreu, l'araméen avait déjà dentalisé les sifflantes. Les 
premières inscriptions araméennes ont encore le zayin la où les 
dialectes littéraires ont un dalet. Pour toutes ces raisons, le rappro- 
chement de !Trn et :mn« paraît bien douteux. 

Le mot tp"a (Daniel, ix, 21 ) après C|2tt n'est ni bien clair ni bien sûr. 

Par contre, nous nous étonnons de ne pas voir dans la liste des 
aramaïsmes quelques mots qui paraissent nettement araméens : 

1"IT7D (Gen., xlv, 23; II Ghr., xi, 23). M. Kautzsch a peut-être hé- 
sité pour ce mot, parce que le premier exemple appartient à l'Elo- 
histe ancien. Mais on peut dire que des aramaïsmes se rencontrent 
dans toute la Bible ; seulement ils sont plus fréquents dans cer- 
taines parties que dans d'autres. Ce n'est pas une raison parce qu'un 
mot se trouve dans un livre considéré comme anté-exilique pour 
qu'il ne puisse pas être un aramaïsme. 

Toute la racine nnn « s'attacher » paraît aussi empruntée à l'ara- 
méen , quoiqu'on trouve n^n déjà dans Osée (vi, 9). 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

A propos de T]r^ M. Kautzsch dit que içip est de bon hébreu, 
sans doute parce que ce mot se trouve dans les parties réputées au- 
thentiques d'Isaïe. Mais là encore des considérations littéraires ne 
peuvent l'emporter sur des raisons grammaticales. La forme b^s 
étant essentiellement araméenne, les mots de cette forme, en quelque 
endroit qu'ils se rencontrent, sont des aramaïsmes. 

M. K. éprouve quelque peine à admettre que le passage où se 
trouve le mot ÉrbttJ soit original, ce mot étant certainement ara- 
méen. Il est plus simple de reconnaître que le Jéhoviste peut pré- 
senter des termes empruntés à l'araméen ; seulement, il en contient 
moins que le code sacerdotal. 

Remarquons encore que pour les deux sens de nns il aurait 
été bon de comparer les deux sens analogues de l'arabe qad. Si ce 
mot provient de qadima opposé à saufa, l'explication donnée par 
Gesenius (ce qui est arrivé peut se reproduire) ne paraît pas si naïve. 
Mais on peut supposer aussi que *D3 a signifié à la fois « depuis 
longtemps » et « souvent », réunissant ainsi les acceptions des mots 
arabes tâlamâ et rubbamâ. Pour p"<to!i =nb^H, dans le sens de faire 
brûler, M. K. aurait pu comparer aussi l'emploi de ce dernier verbe 
avec txtù (Ex., xxv, 37, etc.), dans le sens d'allumer. 

Nous serions heureux que M. Kautzsch nous donnât bientôt la se- 
conde partie de son travail, qui contiendra les aramaïsmes dans la 
grammaire hébraïque, et complétât ainsi son excellent ouvrage. 

Mayer Lambert. 



Ratner (B.), d^btûVTn \Vi$L nnïlN HDD. Varianten und Ergànzungen 
des Textes des jerusal. Talmuds nach alten Quellen und handschriftlichen 
Fragmenten. Traktat Sabbath. Wilna, 1902; in-8° de vi + 168 p. 

L' « amour » du Talmud Yerouschalmi, que M. Ratner exprime 
symboliquement dans le titre de son ouvrage, se révèle aussi dans le 
court intervalle qui sépare l'apparition du second volume de celle du 
premier. Après avoir consacré ce dernier au Traité Berachot, il a 
choisi comme sujet du second volume le Traité Sabbat, laissant ainsi 
de côté les autres traités du Séder Zeraïm. Il a eu ainsi l'avantage 
de pouvoir utiliser, dans ses gloses du Talmud palestinien, les par- 
ties correspondantes du Babli. Le jugement que j'ai porté ici même 
(R. É. «/., XLIII, 310 et ss.) sur le premier volume de l'ouvrage de 
Ratner s'applique également à celui-ci. Nous avons maintenant un 
apparat critique du Traité Sabbat extrêmement utile et désormais 
indispensable à l'étude du Yerouschalmi. Cette fois l'auteur, répa- 
rant une omission du premier volume, nomme, en passant au moins 
(p. 161), M. Chwolson comme l'inspirateur de l'idée qu'il a réalisée 



BIBLIOGRAPHIE 155 

dans son ouvrage avec tant de science et d'intelligence. C'est aussi 
par occasion qu'il nomme (p. 50) le savant d'Amsterdam auquel il 
doit, pour un grand nombre de passages, des variantes tirées du ms. 
du Yerouschalmi de Leyde, M. Sigmund Seeligmann (p. vi). A vrai 
dire, les lectures tirées du ms. de Leyde sont, pour la plupart, insi- 
gnifiantes, ce qui vient sans doute de ce que, vraisemblablement, ce 
ms. fut un des quatre qui servirent à l'édition princeps du Yerous- 
chalmi. Les éléments principaux de l'apparat critique réunis par 
Ratner sont constitués, pour le Traité Sabbat, par les citations que 
l'on en trouve dans les œuvres de l'ancienne littérature halachique, 
ainsi que par les explications que donnent les anciennes autorités 
sur certains passages cités du Talmud palestinien. 

Parmi les remarques d'un caractère général que l'on peut faire sur 
les rapports de ces autorités avec le Yerouschalmi, il faut relever, 
avant tout, le fait qu'Al-Fâsi cite le plus souvent cette œuvre d'après 
le Commentaire talmudiquede R. Hananel et n'a rien su — ou fort peu 
de chose — du Yerouschalmi lui-même. Des arguments qui viennent 
à l'appui de cette thèse intéressante, qu'il se propose de publier ail- 
leurs, l'auteur en indique quelques-uns p. 113 et s., en même temps 
qu'il explique la remarque d'Al-Fâsi qui se lit à la fin du Traité 
Eroubin. Il montre qu'Al-Fâsi ne parle nullement des relations qui 
unissent les Amoras babyloniens avec le Talmud palestinien, mais 
de cette circonstance qu'ils ont connu les enseignements des Amoras 
palestiniens. En plusieurs endroits de ce volume (p. 23, 49, 88, 150), 
Ratner profite de l'occasion pour indiquer la fausseté de la thèse 
d'après laquelle le Talmud palestinien aurait déjà servi de source à 
la rédaction du Babli. Très remarquable est le renseignement donné 
p. 156 : l'auteur du Rokéah, R. Eléazar de Worms, possédait deux 
manuscrits du Yerouschalmi , et cite de l'un d'eux — désigné 
comme « ancien » (1^) — des passages qui ne se trouvent pas dans 
nos textes. Dans un long parallèle, qui occupe la fin de l'ouvrage 
(p. 165-167), Ratner relève des citations d'anciens auteurs tirées du 
Traité palestinien Sabbat qui ne se lisent plus dans notre texte et 
qui se trouvaient probablement dans les derniers chapitres de ce 
traité, qui nous manquent. Une fois (p. 84 et s.) R. fournit une con- 
tribution plus importante à la thèse de l'existence du Talmud pales- 
tinien sur des traités de la Mischna, sur lesquels il doit être aujour- 
d'hui considéré comme perdu. Il montre par différents passages du 
Yerouschalmi qu'ils servent de base aux décisions de Maïmonide 
dans le Mischné-Tora (p. 1, 24, 87, 91, 112). P. 40, il remarque que 
l'explication que donne Raschi des mots £irp? nstan», b. Sabbat, 
95 #, repose surj. Sabbat, 5c, 1. 6. 

Nombreux sont les passages de j. Sabbat pour lesquels R., d'après 
d'anciennes citations, prouve qu'ils ont des lacunes portant soit sur 
des mots, soit sur des phrases. Ainsi, dans 2 c, 1. 32 (p. 2) ; 3 c, 1. 53 
(p. 17); 5a, l. 21 (p. 36); '6a, 1. 37 (p. 37); 5c, 1. 61 (p. 41); 6£. 1. 32 
(p. 55); 6c, 1. 22 (p. 57); 8d, 1/8 (p. 82); 10c, 1. 19 cp. 101) ; 10c, 1. 31 



186 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(p. 102); Md, 1. 9 (p. 115) ; 13 c, 1. 57 (p. 128); 15a, 1. 72 (p. 142); 16£, 
1. 34 (p. 153) ; Ma, 1. 51 (p. 160). Par contre, il relève, dans le texte 
des éditions, des additions qui, à s'en rapporter à d'anciennes cita- 
tions, ue peuvent pas être considérées comme authentiques ; ainsi 
3£, 1. 58, le passage: înïïa maa ib^DN W»b 'ni ïTWi b? (p. 12); 
2c, 1. 61, les mots : ûviû&n }ÏTb:na3>»*3H (p. 18). Parmi les variantes 
que R. constate, d'après ses sources, il faut noter les suivantes : 3 c, 
1. 63 (p. 3), Salomon b. Adret a t|pTû»a au lieu de TOMES; col. 5 #, 1. 5 
d'en bas (p. 42), plusieurs autorités anciennes qui citent ce passage 
(R. Nissim, Sal. b. Adret, etc.) ont tfNttb au lieu de aunb. Le verbe 
::Nl3 (= bibl. NMNû, balayer) n'est pas autrement connu; Tanhoum 
Yerouschalmi cite encore, à l'article unu, la phrase : maïn nN UNa un. 

— 6#, 1. 17 (p. 52), au lieu de )V2^0 'n ^TS na rt*7V 'n, Ascheri cite 
•na na "î"i3>73iD 'n (ce qui ne provient que d'un rapprochement erroné 
des deux noms, car la désignation itd na 'prM 'n pour 'jwd 'n — 
v. 2)2'c Agada der palâst. Amoràer, I, 130; II, 437; III, 161 — ne se 
retrouve .pas dans le Yerouschalmi). — Sd, 1. 7 (p. 82), la phrase com- 
mençant par a^pnn est citée par Meïri de la façon suivante : NES 
n»t^ "p^m ïiSTOBa "pab arpm p &w "p-rm iKiDsi ^b -imarm. — 
10 #, 1. 70 (p. 94), Meïri lit, au lieu de "ûanos : iaoan03, forme pas- 
sive de oaoa, qui n'est employée nulle part ailleurs. — 13a, 1. 23 
(p. 127) : "naNnatt ; la leçon correcte est : iiBn^Btû. 

R. fournit quelques bonnes indications pour la connaissance des 
Amoras palestiniens. Qu'il faille lire, 2 c, 1. 24 (p. 2), NIN na n"n, au 
lieu de NaN na a^n 'n, c'est ce que j'ai déjà remarqué Ag. d. pal. 
Amor., III, 444. — Sur 3 a, 1. 33, R. (p. 6) indique d'autres passages où 
l'on trouve des discussions entre Derosaï et Eléazar b. Iosé. — Quant 
à la remarque faite p. 8 (sur 3 a, 1. 58), que R. Meascha rapporte en 
plusieurs endroits les enseignements deR. Samuel b. Isaac, il faut la 
préciser ainsi, qu'une des paroles de R. S. b. I. citées par R. Meascha 
se trouve souvent dans Qohélet rallia (voir Ag. d. pal. Âmor., III, 40). 
Occasionnellement (p. 6) R. mentionne le nom de Naïn pnir" 1 'n, cité 
par Frankel [Mebo, p. 106#) d'après j. Béça, 60 d, 1. 22. Il corrige très 
bien l'épithète incompréhensible Narm en Naïn vj [« d'ici »] et peut 
invoquer pour cela une citation du Or Zaroua (III, 339), où il y a 
ï"DïTl ; il renvoie aussi à fiOïTi pn^i 'n dont les savants babyloniens 
(l^m pan) rapportent les paroles dans Kofi. r. sur 1, 13 et 111, 11. 
Dans j. Guittin, 46 a, I. 35, il corrige aussi pm pmr 'n en pm i"n. 

— Sur 4 c, 1. 61 , R. cite une série de passages du Yerouschalmi où Yo- 
hanan se sert de l'expression "lî CjfcO) p tt5"n (p. 32). — Sur le nom de 
"nm fwa 'n, §d, 1. 49, R. donne la lecture, sûrement plus correcte 
de R. Nissim et d'autres : "Wn na jwo 'n (p. 44 et suiv.). Il émet 
ensuite l'hypothèse que Simon b. Taddaï serait le même que le doc- 
teur connu sous le nom de 'JWO 'n et il voit dans cette identification 
une confirmation de l'opinion (Ag. d. pal. Amor., II, 438) d'après la- 
quelle iîs, dans le nom complet de "p^a 'n, tel que l'écrit le Babli 
(■no "ia "p^au) 'n), ne désignerait pas le nom du père, mais celui de 



BIBLIOGRAPHIE 157 

la famille de ce rabbin. Le père de R. Simon se serait appelé Taddaï. 
Mais cette opinion est difficilement acceptable, même quand on tient 
compte du passage de j. Berachot, 10 d, 1. 53 : ûttn -wn '"i 1WO '"1 
*iaiï"P '"), où, pour 2115 ïrp '"i il faut lire, d'après le texte de l'édition 
de Mayence de j. Berachot : "nb "D Jttiïr '"). Au lieu de corriger 
dans ce dernier passage, *&nn "1 en "Wn "in, comme fait R., il vaut 
mieux lire dans le premier passage, ifinn '") pour Win na. C'est le 
même R. Taddaï au nom duquel R. Ammi rapporte dans b. Sabbat, 
38 £, deux enseignements halachiques (il faut, en effet, lire la pre- 
mière fois aussi ^en 'n, au lieu de^n^'n, voir Dikdouké Soferim, 
Vil, 78). — Il est douteux qu'il faille corriger, 6d, 1. 41, "ÏÏD "la w '-] 
en "nD nn rrrr 'n (p. 60, cf. ,4#. tf. ^«/. iw., in, 729). — Sur 7 a, 
1. 4?, R. constate que I'Amora 1"I3>731Z5 n nnn !"PET '"i est peut-être 
identique à !"P2tti2 "in ?Tîjt 'n (67<m. r., cb. xliv). — Sur 7 6?, 1. 49, 
R. remarque (p. 69; que R. Hizqiab (i'Amora du iv e siècle) emploie 
encore ailleurs l'expression Nd^di ««m 2T 1 n:n. — Sur 10 a, 1. 27 
(p. 91), il corrige la leçon fautive des éditions postérieures [>nn] 
^U5N "in «iin nn kwt en ^1Z58 "in N^n n"i 't '") et écarte ainsi I'Amora 
Z. b. Hiya b. Ascbi que j'avais admis sur la foi de la fausse lecture 
{Ag. d. pal. Am., T, 568). — Sur Urf, 1. 44, R., à propos de j. Demaï, 
11b, 1. 22, écarte avec raison le nom ^^ "in Nns "in apy 'n, qui 
repose sur une corruption du texte (dans Frankel, Mebô, 105 a). 

Relevons encore quelques remarques de notre auteur. Les mots 
difficiles mfcptt tt^aïaa dans j. Sabbat, 3 d, 1. 34 (aussi j. Sofa, Mb, 
1. 5),, que j'avais expliqués (Ag. d. pal. Amor., II, 36) comme un 
nombre rond, sont supprimés par R., qui les considère comme pro- 
venant de l'abréviation tt"n (= irsra »rp"m»a ou ûintt "ia, c'est-à- 
dire Eléazar b. Marom, voir Frankel, Mebo, 43 J). — Les deux ensei- 
gnements de Josua b.Lévi et de Rab qui sont donnés, 4 a, 1. 49 et suiv. 
et qui ne paraissent avoir aucun rapport avec ce qui précède im- 
médiatement, sont expliqués par R. (p. 24) très simplement et de 
telle façon que ia liaison des idées est rétablie. — Il éclaircit (p. 102) 
le sens de l'expression pïn pïl Nbtf , en se référant à d'autres pas- 
sages du Yerouscbalmi ( l/oed Katan, ni, 5 ; Sota, ix, 2, etc) ; cette 
expression signifie qu'il faut considérer l'opinion en question, non 
pas comme la norme définitive, mais comme une opinion indivi- 
duelle (exactement « comme ci comme cela »). Pour ce qui est dit 
13 c, 1. 25, de Hoschaya b. Schammaï, R. renvoie (p. 126) à Kok. r. sur 
xx, 9 (où wa est une corruption de ^ir). 

Les passages suivants donnent lieu à des rectifications ou à des 
additions : 

P. 4. Gomme source de l'explication de b*TD qui commence par ^n 
*oti 'n (id, 1. 65), il eût fallu citer Sifra sur Lév., ir, 14 {\1d dans 
l'éd. Weiss). On sait que les sources palestiniennes (surtout Zév. 
rabba) mentionnent le Sifra en introduisant la citation par '") "W1 
ÉWî. — L'expression mn -naja mblû (3a, 1. 33), qui, dans j. Kïd- 
douschin, 61 a, 1. 55, devient par corruption nin iB£ rrbia, n'est pas 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comprise par Ratner (p. 6), qui risque une conjecture infinimen 
douteuse. Elle signifie tout simplement que Josua b. Lévi, étant au 
bain le vendredi après-midi, se souvint, quand il était déjà dévêtu 
qu'il n'avait pas fait réciter à son petit-fils la section sabbatique. — 
Ce qui est dit, p. 9, du y^n iso, aurait pu être précisé et complété 
d'après Ben Jacob, p. 197. — Ibid., sur 3», 1. 15. Il manque la réfé- 
rence au passage parallèle de j. Berach., 3 b, 1. 30, où il y a Tnn, au 
lieu de n^in. — P. 10 (sur 3^, 26), le changement de ûno en DU52 
n'est pas justifié. —P. 44 (sur 3 c, 1. 8). La source principale des 
paroles de Pinhas b. Yaïr (M. Sota, i. f.) n'est pas indiquée. — P. 22 
(sur 3d> 1. 44). Le mot W avant ""finca p ttTiîrr est à effacer ; il pro- 
vient de l'explication erronée du mot précédent 173N par '1 '128. — 
P. 23 (sur 4 a, 1. 39). Au lieu de tt"n, lire rï'n (= rppTn 'n). — P. 33 (sur 
4 c, 1.71). Au lieu de "pi, lire in (= "p&o dans les passages paral- 
lèles indiqués). — P. 34 (sur bd, 1. 7). La conjoncture que êtti '*) 
ÊOmsrn: est peut-être R. Hiyya b. Abba, est tout à fait injustifiée. 
R. Hiyya de Sepphoris revient encore dans le Yerouscbalmi, outre le 
passage de Orla, 63 a, cité par Frankel (p. Si b), dans Berach., Sa, 
1. 39 ('p-nD' 1 ^ N^n '"i). — P. 34 (sur kd, 1. 18). Je ne sais ce qui a 
amené R. à dire que R. Abahou n'est pas le contemporain de Yo- 
nathan b. Akhmaï. Ces deux docteurs appartiennent à l'époque de 
Yohanan ; 1. 22, au lieu de W (le passage parallèle Teroum., kSb, 
1. 31, a an), il faut lire •prrp 'n (== ^"-i) ; voir Die Ag. d. pal. Amor., 
III, 558. — Sur p. 53 (6 b, 1. 23), voir JHe Ag, d. pal Amor., III, 445. 
— P. 55 (6 b, 1. 30) : bb^n ïT! ïma !-PMn '1 est la leçon correcte. Il 
manque le renvoi au passage parallèle (Maaserot, 49 b, 1. 27), où le 
nom est TÙ'ùn. Hanania b. Hillel se retrouve ailleurs encore dans le 
Yerouscbalmi (Frankel, S9a), tandis qu'un Zeïra b. Hillel est in- 
connu. — P. 109. De ce que R. Yosé b. Aboun rapporte les paroles 
d'anciennes autorités, telles que Y^ohanan, Rab, etc. Ratner conclut, 
à tort, qu'il y a eu, en outre du rabbin connu sous ce nom (fin du 
iv ô siècle), un Amora homonyme plus ancien (cf. Die Ag. d. pal. 
Amor., III, 725). — P. 118 (sur \±a, 1. 4). Un Tanhoum de Boçra se 
trouve aussi Lév. r., ch. xv (où wnâtia a été altéré en iOTnttn). 
L'épi thète &m£"Q appliquée àYonade Boçra a été également estropiée 
de différentes façons (voir Die Ag. d. pal. Amor., III, 723). — P. 135 
(14#, 1. 13). Pour écarter le nom de pnx an, qui ne se retrouve nulle 
part ailleurs, R. propose deux conjectures. Je tiens comme plus ac- 
ceptable la mienne (Monatsschrift, XLV, 306), à savoir qu'il faut lire 
■lïiatf 'n, car les docteurs de Césarée rapportent d'autres enseigne- 
ments au nom d' Abahou. — P. 139 (sur 14 d, 1. 4.1). Du moment que 
R. écarte, avec raison, le docteur Berechya b. Simon b. Josua b. 
Lévi cité par le Séder Haddorot, d'après le Youhassin, il n'a pas le 
droit d'admettre un Berechya fils de Simon; dans Genèse r., ch. lui 
(§ 8) il n'est pas question davantage d'un Berechya, fils de Yehouda 
b. Simon. En réalité ce Berechya est le dernier « rapporteur » des 
paroles de Samuel b. Isaac (voir Die Ag. d. pal. Amor., III, 47, 



BIBLIOGRAPHIE 159 

note 3) et, au lieu de "D il faut lire "Vu (= W ûtûa). Berechya, l'aga* 
diste connu, rapporte aussi bien les enseignements de Yehouda b. 
Simon que ceux de Simon. — P. 1 57 (1 6 d, 1. 62). On ne peut déduire, 
comme fait R., ni de ce passage ni de j. Bikkourim, ni, 3 (65 d, 1. 18), 
que R. Simon était un disciple d'Ammi. 

L'aspect extérieur de ce volume est le même que celui du premier; 
malheureusement l'auteur a conservé aussi le mode de renvois qu'il 
avait employé précédemment, et c'est ainsi que nous lisons, pp. 4-5, 
plus de cinquante fois l'indication N"tt, n"d (= 'N rttbsrr, 'N pis), ce 
qui indique que les passages du Yerouschalmi à glosser se 
trouvent dans la 1 re Halacha du 1 er Perek (2 a-3 a). Le savant auteur 
n'a pu se décider à faciliter la recherche des passages isolés par 
l'indication des colonnes et des lignes. S'il ne s'y résout pas dans 
le prochain volume, qu'il évite, du moins, la répétition inesthé- 
tique d'indications comme N"n, n"d, en les plaçant comme titres, en 
tête de chaque page, au lieu de les placer avant chacun des para- 
graphes. Nous espérons en tout cas que l'auteur, qui a fait aussi 
des sacrifices matériels pour son ouvrage, édité en partie grâce à 
la Fondation Zunz, sera, dans un très prochain délai, en mesure de 
faire paraître un autre volume de son travail si utile à la science tal- 
mudique. 

W. Bâcher. 

Budapest. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XXXII, p. 1. — A la bibliographie des travaux de feu Joseph Deren- 
bourg, il faut encore ajouter la série des articles parus dans Jsraelitische 
Ànnalen, réd. par Jost (1839), I, n os 2, 3, 4, 8, sous' le titre « C'.arl Asser 
mit Beziehung auf die hollandischen Israeliten in den letzten vierzig 
Jahren, von D 1 ' Joseph Denburg, zur Zeit in Amsterdam. » — Kayserling. 

T. XLIV, p. 295. — Notre savant collaborateur M. Elbogen me signale 
un passage du Commentaire de R. Hanauel {Pesahim, 55 a) où est citée 
également- une leçon de l'Acade'mie NnrrnTDT NOT3, différente de celle du 
texte consacré. Le témoignage de R. Nissim ne fait donc que confirmer 
celui de son devancier, à savoir que les Académies babyloniennes avaient 
adopté certaines variantes ou corrections du Talmud. — Israël Lêvi. 

T. XLV, p. 114. — A propos d'une Haggada illustrée, qui est à la biblio 
thèque de la Cour de Darmstadt, M. Léop. Lôwenstein a déjà fait observer 
en 1889 {Zeitschrift fur Geschichte d. Juden in Deutschland, III, 298) qu'au 
lieu de lire Meézburg dans une note de celte Haggada, il faut lire : Mùnzburg, 
et comme le récit des persécutions contre les Juifs en cette dernière ville est 
littéralement emprunté à la relation d'Eléazar de Worms, cela ne prouve 
rien pour l'ancienneté du manuscrit. Tout en étant moins ancien qu'on ne 
l'avait supposé d'abord, ce ms. est encore d'une haute valeur, non seule- 
ment pour ses figures, mais aussi pour son origine : il a élé écrit vers l'an 
1400, par Israël b. R. Méir de Heidelberg, et il est conservé dans une 
reliure de l'époque comme je l'ai indiqué en 1901, dans la Zeitschrift fur 
Bûcher freunde, V, 334-6, et comme j'essayerai de le démontrer bientôt dans 
un second article sur ce sujet et sur deux autres Hagadot de la même 
bibliothèque, l'une également du xv e siècle, l'autre écrite et peinte à 
Copenhague en 1769 par le scribe et peintre Juda Lob, fils de Elia ha- 
Cohen de Lissa. — Ad. Schmidt. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



LE POÈTE JUIF EZÉCHIEL 



(suite et fin l 



Ces fragments du drame d'Ezéchiel que nous a conservés 
Eusèbe, et qui doivent représenter environ le quart de la pièce, 
suffisent à ne pas nous faire regretter trop vivement la perte du 
reste, mais nous permettent toutefois de porter un jugement mo- 
tivé sur l'art du poète et sur sa manière. 

Le poète juif se révèle imitateur assez Adèle du style tragique 
d'Euripide. Mais quand nous disons imitateur de la manière d'Eu- 
ripide, nous n'entendons nullement parler d'une imitation com- 
parable à celle du poète du Tragoedopodagra ou de l'auteur du 
Chrislus patiens. Notre poète n'a pas introduit dans sa tragédie 
des vers entiers d'Euripide, et l'on ne peut pas dire non plus qu'il 
ait fait des vers à coups de clichés tragiques ; mais l'allure géné- 
rale de sa langue, la structure de ses vers, sa façon de penser et 
d'écrire prouvent dès l'abord qu'il connaissait très bien les pièces 
d'Euripide, et qu'il ne connaissait pas seulement quelques pièces 
isolées, mais la plus grande partie de son théâtre. Aussi a-t-il 
constamment dans l'esprit la manière d'Euripide ; les commence- 
ments et les fins de vers d'Euripide obsèdent sa mémoire et ré- 
sonnent dans ses oreilles ; toutefois quand par hasard nous trou- 
vons chez lui une réminiscence, elle ne donne pas l'impression 
d'un emprunt direct à une pièce déterminée, c'est le souvenir d'une 
lecture fréquente ou d'une audition qui s'est imposé à lui sans 
qu'il en eût conscience. J'ai donné dans les notes quelques 
exemples de cette imitation, au hasard de ma lecture. En relisant 
le théâtre d'Euripide avec l'intention d'en trouver d'autres, on en 
augmenterait facilement le nombre. Je n'ai pas cru devoir épuiser 
cette matière, car il m'a semblé que d'après ceux que j'ai recueillis 

* Voir plus haut, p. 48. 

T. XLYI, n° 92. il 



162 REVUE DES ETUDES JUIVES 

on peut se rendre un compte exact de l'art et de la manière 
d'Ezéchiel. 

Tout d'abord il convient de ne pas prétendre qu'il a écrit 
àTTixisTÎ; il y a chez lui des barbarismes et des solécismes et l'on 
ne saurait nier que, par suite de la pauvreté du style, l'exposé des 
faits est parfois plus écourté qu'il ne conviendrait. Toutefois, si 
Ton compare la tragédie d'Ezéchiel avec la traduction grecque 
du Pentateuque, ou avec le livre de Sirach et l'histoire des Mac- 
chabées, on sera presque amené â louer la langue d'Ezéchiel, vrai- 
ment grecque, exempte d'hébraïsmes, et très voisine, en somme, 
au point de vue morphologique, de l'usage attique. 

Loin de se contenter de reproduire des vers d'Euripide et de 
préférer aux livres saints le tragique grec, il suit très fidèlement 
la narration de l'Exode dans la traduction grecque, presque mot 
à mot, dans la mesure où le permettent le sujet de sa tragédie et 
l'économie de son drame; il s'efforce seulement de polir et de 
mettre en beau grec ce que les Septante lui semblent avoir rendu 
d'une manière trop barbare. Il est inutile de donner un grand 
nombre d'exemples de ce procédé. Le lecteur pourra facilement 
rapprocher le récit dans les deux textes; la comparaison ne 
manque pas d'intérêt. 

J'ai dit : économie du drame; il convient, en effet, de rechercher 
comment Ezéchiel a composé sa tragédie et en a distribué les par- 
ties. Si nous appelons cet opuscule une tragédie, c'est â l'exemple 
de Polyhistor, qui appelle constamment l'auteur « Ezéchiel le 
poète tragique » 'EÇsxn^Xûv tov TpaywBiôv TcorqT^v. Il n'a pas tort, 
d'ailleurs. Comme il n'y a rien dans la narration même de l'Exode 
qui puisse fournir matière à une tragédie, notre drame, il est vrai, 
manque absolument de péripéties. Mais les Grecs donnaient le 
nom de tragédie aux pièces que nous appelons aujourd'hui drames 
historiques, et le poète ne devait pas penser qu'en racontant dans 
une tragédie l'histoire de ses aïeux, il s'écartait de la tradition 
grecque. Eschyle n'avait-il pas écrit les Perses et Moschion son 
Thémistocle pour célébrer la victoire de Salamine ? La pièce des 
Pheraei du même Moschion ne mettait-elle pas en scène la mort 
du roi Alexandre ? Nous nous rapprocherons de l'époque d'Ezé- 
chiel en citant Lycophron, qui avait écrit les Marathoniens et 
les Alliés, Su^à^ouç. Je n'ai pas énuméré ces pièces dans 
l'idée que le poète juif les ait toutes connues, mais parce qu'elles 
peuvent prouver que les poètes scéniques grecs ont aimé le 
genre historique dès les origines de la tragédie, alors que Phry- 
nichus faisait représenter sa Prise de Milet et, que dans la suite 
de son évolution, ne voulant ou ne pouvant plus traiter des 



LE POÈTE JUIF EZÉCHIEL 163 

sujets mythologiques rebattus, ils cultivèrent de plus en plus ce 
genre de pièces, qui fut repris chez les Romains par Pacuvius dans 
son Paidus, par Ennius dans XAmbracie, et qu'on appela fabulœ 
prœ/ecctatœ. 

Ainsi donc Ezéchiel ne s'écartait pas de la tradition des Grecs 
en s'efforçant de faire une tragédie sur un sujet historique. Exa- 
minons maintenant le plan et la disposition de sa pièce. Il met 
d'abord en scène Moïse lui-même, qui dépeint la servitude des 
Hébreux et raconte l'histoire de son enfance et sa fuite dans des 
termes tels qu'il apparaît immédiatement que le poète n'a pas 
voulu puiser dans une autre source que dans l'Ecriture Sainte. 
Tous les détails dont les écrivains juifs alors aimaient à embellir 
l'histoire de Moïse enfant sont absents de son œuvre ; on ne trouve 
pas la moindre trace, dans la tragédie d'Ezéchiel, des écrivains 
dont s'inspira plus tard Josèphe. L'endroit où a lieu sa première 
entrevue avec Sepphora est décrit par la fille de Raguel de telle 
manière qu'il en ressort aussitôt que notre poète ne se soucie pas 
de rendre plus exacte l'indication topographique si vague et si 
incertaine dans le texte de l'Exode. Toute cette terre s'appelle la 
Libye, les Ethiopiens l'habitent, c'est ainsi que répond la jeune 
fille à la question de Moïse. Nous reviendrons tout à l'heure sur 
cette réponse; il suffit pour le moment de faire remarquer qu'Ezé* 
chiel ne s'est absolument pas préoccupé de la position et de 
l'étendue de l'Arabie. Aussi ne peut-on mettre en doute que c'est 
dans le même endroit qu'est censé avoir lieu l'entretien où Moïse 
(qui doit avoir dans l'intervalle épousé Sepphora, puisque, 
Alexandre, op. cit., p. 44, appelle Raguel son beau -père) ra- 
conte à celui-ci le songe merveilleux qu'il a fait. Ce songe 
n'est pas mentionné dans l'Ecriture. Où notre poète en a-t-il 
emprunté l'idée? On pourra, ce me semble, attribuer à l'in- 
vention d'Ezéchiel ce récit, qui est en somme assez simple et tel 
qu'il n'a pas dû nécessiter chez son auteur une inspiration divine 
ni une imagination prodigieuse. D'ailleurs, à la vue des troupes 
d'étoiles se précipitant à ses pieds, Moïse assiste à un spectacle 
comparable à celui que voit Joseph lorsque, dans son songe, « le 
soleil, la lune et les onze astres l'adorèrent » (Gen., xxxvn, 
9) ; quant à l'interprétation du songe tout entier donnée par 
Raguel, on la peut comparer utilement à ce qu'on lit dans le 
livre de Daniel, vu, 27 : « Le règne, la domination, la grandeur 
et la souveraineté de tous les royaumes qui sont dans le ciel, 
il les a donnés au peuple saint du ciel pour qu'il règne un règne 
éternel. » 

Il y a dans ce texte plus d'élévation, mais il est du même genre* 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Je reviendrai, d'ailleurs, là-dessus : il s'agit maintenant de la dis- 
position du drame. 

Rien n'empêche de considérer ce qui suit comme se passant au 
même endroit, et, par conséquent, sans que le poète ait changé la 
scène. Nous savons que, pour le rédacteur de l'Exode, l'endroit où 
Moïse a vu le buisson ardent se trouve à quelque distance de la 
ville des Madianites ; mais il indique lui-même l'endroit avec bien 
peu d'exactitude, in, 1 : « Où Moïse était le berger des troupeaux 
de Jethro son beau-père, prêtre de Madian, et il conduisit ses 
troupeaux dans le désert. » Il n'y a pas lieu de s'étonner que 
notre poète ait cru ces deux endroits assez rapprochés pour avoir 
le droit de supposer la rencontre de Dieu et de Moïse au même 
endroit où il s'était d'abord rencontré avec Sepphora et Raguel. 

Dans l'entretien même, Ezéchiel a coupé ou abrégé les déve- 
loppements assez longs de l'Ecriture Sainte. En effet, d'après 
l'auteur de l'Exode, Moïse exprime à plusieurs reprises, avec 
une anxiété légèrement prolixe, qu'il se sent indigne de la 
grave mission que lui confie le Tout-Puissant. Et l'historien 
ne néglige pas de rappeler l'esprit abattu et défiant du peuple 
juif lui-même. Mais de pareils discours ne conviennent guère 
au grand homme qui tient le premier rôle dans un drame ; et 
les contemporains d'Ezéchiel n'aimaient guère à noter dans 
leur Moïse des marques de lâcheté, si humaine fût-elle : pour 
eux, le chef des Juifs représentait l'image complète de la per- 
fection humaine. 

Dans le récit où Dieu annonce les peines dont il va frapper les 
Egyptiens, notre poète a surtout visé à la sobriété. Ce qui était 
énuméré tout au long dans l'Exode est resserré là en peu de mots 
(la prolixité de l'Exode s'explique, d'ailleurs, par la diversité des 
sources où le rédacteur a puisé). Il ne conserve même pas exac- 
tement l'ordre des plaies donné par l'Ecriture sainte : les ulcères 
occupent la quatrième place chez notre poète, la sixième dans 
l'Exode; les fléaux des ténèbres et des sauterelles sont inter- 
vertis. Ce fait n'est intéressant qu'en tant qu'il montre que le 
poète, tout juif qu'il était, n'avait pas un respect si supersti- 
tieux à l'égard des livres saints qu'il n'osât pas y changer une 
lettre. 

Il s'est permis d'y faire des suppressions et des changements. 
Il ne voulait pas laisser son peuple sous le coup d'une accusation 
de lâcheté, et il a fait encore un autre changement. En efiet, 
d'après l'auteur de l'Exode, Dieu a fait voir à Moïse les miracles 
du bâton changé en serpent et de la main devenue tout à coup 
blanche de lèpre, pour qu'il pût par là gagner la confiance de son 



LE POÈTE JUIF EZÉCH1EL 163 

peuple (Exode, iv, 1) : « Et Moïse répondit et dit : s'ils ne me croient 
pas et s'ils n'entendent pas ma voix. » Mais notre poète a mieux 
aimé imaginer que Moïse reçut l'ordre de faire usage de ces pro- 
diges devant le roi seulement. C'est ce que prouvent les fragments, 
car, intervertissant les récits bibliques, Ezéchiel a placé en premier 
ce que dit l'Exode à propos d'Aaron (iv, 10), et aussitôt après il a 
mis le prodige du bâton ; aussi dans cette partie de l'entretien 
suit-il plutôt les termes du récit qui se trouve dans l'Exode, iv, 3-6 ; 
en réalité, le vrai récit se trouve Exode, vu. — Cependant on ne 
saurait en conclure que le poète a exercé sa critique sur les cha- 
pitres de l'Exode ou qu'il a même seulement soupçonné leur alté- 
ration, point sur lequel les philologues sont d'accord aujourd'hui. 
Il a choisi seulement ce qui lui paraissait le plus convenable, et il 
a résumé ce qui lui semblait trop long. Il n'y a qu'un passage où-il 
n'a pas évité la redondance du livre sacré. Il donne par deux fois, 
lui aussi, les préceptes pour la Pâque, qui sont répétés quatre fois 
dans l'Exode (xn, 1, 21, 43; xm, i) : il les indique rapidement 
d'abord, plus longuement ensuite ; mais les deux fois il omet un 
assez grand nombre des prescriptions rituelles, qu'il jugeait pré- 
férable de passer sous silence devant des lecteurs ou spectateurs 
dont une partie seulement peut-être était de race juive. Sans cher- 
cher plus loin, c'est évidemment à dessein que le poète ne dit pas 
un mot de l'ordre sévère de l'Exode, xn, 48 : « Et si quelque 
étranger qui habite chez toi veut faire la Pâque à l'Eternel, que 
tout mâle qui lui appartient soit circoncis, et alors il s'approchera 
pour la faire. » Cela est vrai d'une manière générale pour toute 
cette partie : il manquerait beaucoup de points importants dans 
l'observance des rites de Pâque si, laissant de côté le livre de 
l'Exode, on considérait le drame d'Ezéchiel comme un texte rituel. 
Mais le poète ne se proposait pas d'apprendre aux Juifs les rites 
sacrés ; il voulait intéresser les Grecs en même temps que les Juifs 
et rappeler à ses coreligionnaires les hauts faits de leurs aïeux. 

Nous arrivons à riçayojy^ proprement dite, au passage de la mer 
Rouge. Doit-on supposer que c'est au même endroit que se place 
le récit du transfuge ou du prisonnier sauvé sans doute par la 
providence divine et qui raconte le passage des Hébreux à travers 
la mer et la destruction des Egyptiens ? Ou bien la scène est-elle 
changée ? Je prévois une objection très naturelle : qui ira croire, 
pourra-t-on dire, que le poète juif ait voulu conserver la véritable 
forme du drame, lui qui a réuni dans son poème des événements 
arrivés en des endroits si différents et à des intervalles de temps si 
éloignés, et qui a mis sur la scène les événements arrivés dans le 
pays des Madianites, l'entretien sur le mont Sinaï, et le passage 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la mer Rouge, l'un à la suite de l'autre? Nous aurions là une 
série de scènes, des dialogues, une narration dramatique, mais 
non un drame. Ezéchiel n'a en aucune manière voulu écrire une 
pièce qui pût se jouer sur le théâtre. 

Les intervalles de temps me paraîtraient à moi aussi, je l'avoue, 
dépasser les limites d'une pièce, si j'avais une seule raison pour 
croire que notre poète, suivant l'autorité de l'Exode, ait supposé 
que Moïse ait habité quarante ans chez Raguel avant de revenir 
en Egypte sur l'ordre de Dieu. Mais il n'est ni évident, ni même 
probable que le poète l'ait pensé. Toutefois il semble bien qu'il 
n'a pas fait tous ses efforts pour conformer sa pièce au précepte 
d'Aristote utco [ju'ocv irepioBov 7)Xiou elvai vj [/.ixpbv é^aXXàxTetv. Il y avait 
vraiment quelque licence à représenter dans un seul et même 
drame la première arrivée de Moïse, son mariage avec Sepphora, 
le songe qu'il avait eu sur le mont Sinaï et son entretien avec 
Dieu ; mais cette licence n'était pas sans exemples. Rappelons-nous 
l'Oreste d'Eschyle, qui, au commencement des Eumênides, est 
assis dans le sanctuaire d'Apollon à Delphes et, peu de temps après, 
aux vers 236 et suivants, se trouve à Athènes après de longues 
pérégrinations. Le même Eschyle raconte, dans le prologue d'^1- 
gamemnon, la ruine de Troie ; après un seul chant du chœur, il 
nous montre le roi arrivant sur la scène. Tout cela est très connu. 
Citons encore un exemple qui ne l'est pas moins, et qui est tiré 
de YAndromaque d'Euripide. Il s'écoule un temps extrêmement 
court entre les dernières paroles d'Oreste et la fameuse p^atç du 
messager de Delphes où se trouve raconté le meurtre de Pyrrhus, 
tué dans le temple de Delphes par Oreste lui-même. Nous pouvons, 
il me semble, faire à Ezéchiel des concessions aussi grandes, sinon 
plus grandes encore. Bien qu'il soit assuré que les Grecs ont été, 
en général, plus superstitieux sur ce point, nous avons le droit de 
penser que c'est un véritable drame qu'a voulu composer Ezéchiel. 
Et même s'il avait voulu changer le lieu de la scène, il aurait en- 
core pu s'autoriser de l'exemple des Grecs, en particulier des co- 
miques. Mais il ne l'a pas voulu, comme je l'ai dit, car le récit du 
messager est dans le même lieu où se passe le reste de l'action, 
sur cette même rive de la mer Rouge, toujours dans cette même 
Arabie si peu connue du poète. Puisqu'il a modifié quelque peu 
le récit de l'Exode au sujet de l'endroit qui s'appelle Elim, en 
faisant décrire dans la suite les délices de ce pays par les éclaireurs 
— afin de pouvoir raconter le fait sur la même scène où le mes- 
sager venait de décrire le désastre de l'armée égyptienne — et 
puisqu'il est assez vraisemblable que le poète n'a pas terminé son 
drame par ce fragment, qui est le dernier, mais qu'il y a ajouté 



LE POETE JUIF EZECHIEL 167 

l'arrivée de Sepphora et de Raguel, qui se trouve racontée longue- 
ment dans l'Exode (xviii, \)\ nous avons le droit de penser que le 
poète a composé son drame de telle manière que tout parût se 
passer dans le même lieu. 

Je ne serais pas surpris si l'on me disait qu'il est inutile de dis- 
cuter si minutieusement une telle question, et qu'il importe peu de 
se rendre compte du plan qu'a bien pu suivre un poète à moitié 
barbare. Cependant la question n'est pas tout à fait dépourvue 
d'intérêt, car elle nous permet de nous prononcer sur un autre 
point beaucoup plus important. La pièce d'Ezéchiel a -t- elle 
été représentée? Ou plutôt, caria question ainsi posée est inso- 
luble, a-t-elle pu être représentée ? le poète a-t-il écrit sa pièce 
dans le dessein de la faire jouer en public? Les uns le nient 
absolument, les autres le pensent. Maguin a combattu jadis cette 
théorie. Dindorf a jugé la question oiseuse, car « il est probable, 
dit-il (préface de l'édition d'Eusèbe), que ces poèmes, comme tant 
d'autres de la même époque, étaient destinés à la lecture et non 
à la représentation ». Au contraire, au commencement de ce 
siècle, Eichliorn, Schuerer ensuite, Suzemihl enfin, ont prétendu 
avec tout autant d'éloquence que la pièce avait pu et dû être 
jouée. Mais d'arguments, ni les uns ni les autres n'en ont fourni. 
Aussi voyons ce que vaut la comparaison établie par Dindorf 
entre notre pièce — que nous avons prouvé avoir pu être jouée 
— et « tant d'autres pièces de la même époque » destinées à la 
lecture, L'é^ayo^ ressemble-t-elle à ces pièces contemporaines 
que nous appelons aujourd'hui ooi^xT. àvayvwcrTtxà? Dans sa litté- 
rature nationale, Ezéchiel ne pouvait trouver de modèle drama- 
tique. Jamais les Juifs, en effet, n'ont aimé le théâtre, et même à 
l'époque d'Hérode les choses du théâtre étaient étrangères aux 
habitudes des Juifs ] . 

Il lui fallait donc se tourner du côté des Grecs, et il est évident 
que, s'il avait voulu écrire un opajxa àvayvaxmxdv, son œuvre au- 
rait ressemblé aux pièces grecques qui étaient écrites pour la lec- 
ture, et non pour la représentation. Mais qu'était-ce, au juste, chez 
les Grecs que le drame anagnostique ? quelle différence caracté- 
ristique y avait-il entre ce genre et les pièces faites pour la re- 
présentation ? Personne n'ignore combien cette question présente 
d'incertitudes. 11 semble qu'il y a eu, et cela assez longtemps 
avant l'époque cl'Ezéchiel, des auteurs dont les pièces ne furent 
jamais ou presque jamais représentées, comme il y eut des pièces 
des plus grands poètes dramatiques qui, n'ayant pas réussi à la 

1 xà (yx.y,viy.à xoù xaxà toùç 'Io'jgocÎùu; s9ovç àXXorcia. 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

scène, plurent cependant à la lecture. Peut-être était-elle destinée 
à la récitation publique, cette tragédie qui vaut au sophiste Hip- 
pias ' de légères railleries, car il était venu aux jeux olympiques, 
se vantant d'avoir fait lui-même de sa propre main son manteau et 
sa bague et tous ses vêtements et de porter sur lui encore d'autres 
échantillons de son talent : des vers, des tragédies et des dithy- 
rambes 2 . Je pourrais encore citer ici Denys le Tyran, non parce 
qu'on lit dans Diodore (XV, 8) qu'il récitait à table, à ses con- 
vives, les p^si; tirées de ses tragédies, dont Philoxène a fait si 
justement cet éloge perfide, qu'elles étaient « lamentables » 3 ; 
mais parce qu'on sait par le même Diodore (XIV, 109) que le ty- 
ran avait envoyé à Olympie pour lire ses pièces « les rhapsodes 
les plus capables de rendre célèbre Denys, en lisant ses poèmes 
à l'assemblée » 4 . On sait (cf. Denys d'Halicarnasse, V, p. 520 sqq.) 
que les pièces de Denys furent sifflées à Olympie, mais il est 
également certain qu'elles furent lues et non représentées. Nous 
aurions donc un grand intérêt à savoir quelque chose de précis sur 
ce genre « anagnostique ». Et puisque les œuvres du t}Tan ont 
péri — ce que personne ne regrettera si on se rappelle ces sé- 
naires : « Doris est morte, la femme de Denys » et : « Hélas j'ai 
perdu mon excellente femme 5 » (Luc, Adv. ind. 15), — il est utile 
de rapporter les mots d'Athénée, si connus soient-ils (III, p. 98 C) : 
« Poètes, inventeurs de mots et dépassant d'un grand nombre de 
parasanges le Sicilien Denys, lui qui appelait la vierge fjtivavSpoç, 
parce qu'elle attend (jxÉvet) l'homme (tov àvopa) ; la colonne [levexpo- 
T7)ç, parce qu'elle supporte (pivsi), et qu'elle est forte (xpaxsT), et le 
javelot paXXàvxiov, parce qu'il atteint (pàXXetat) l'adversaire (èvav- 
rtov) et ainsi de suite 6 ; ces folies et ces inventions de mauvais 
goût montrent que Denys était déjà entré dans cette voie, si fu- 
neste pour la tragédie, qui devait conduire au délire de Lyco- 
phron. Ce genre a!vty(i.aTûo£ç convient plus à un drame qu'on 
lit qu'à un drame joué, à l'art du rhéteur qu'à l'art du comédien. 
Ainsi nous savons que Théodecte aimait les énigmes et les logo- 
griphes, ce poète tragique qui mérita peut-être l'estime de ses 
contemporains, mais dont Suidas a dit avec raison « que c'est un 

1 Hippias minor, 368 B. 

2 xai £7rrj xai rpaytoôta; v-où 3t6vpàfj.6ov;. 

3 olxTpa. 

4 pa<|i(f)ôo\j; roùc xpartfjTcu? Ô7rwç £v xir) 7ravy)yupsi Ta 7toiY][iaTa aÙToO 7rpo?£p6fj.£vot 
Troirjaaxrfy IvSoijov tov Atovjfjtov. 

5 Awpi; TeOvrjxev r\ Atowaiov yuvr). — oïjxoi yvvaîxa xp r i a 'M XY î v à7ra>)>£<7a. 

6 7to).),ôûv ôvo[j.dcTCùv 7tcnr]Tou xai 7ro),).ot; uapa^àyyai; UTuepopajxôvTe; tov SixsXibmjv 
Aiovuortov' 6; ttjv pièv rcapôévov èxâ)ei jxévavopov ôti [xévei tov àvôpa xai tov cttù).ov 
(jLSvsxpâTY)v ôti (j.év£t xai xpàra, (3a).),àvTtov 8s to àxovTiov ôti ëvavTiov pâ),)>£Tat, etc. 



LE POÈTE JUIF EZÉCH1EL 1G9 

rhéteur qui a tourné à la tragédie » l . Convié au concours poé- 
tique qui avait pour objet l'épitaphe de Mausole, il remporta la 
victoire, au témoignage de Suidas, « avec une tragédie qu'il 
lut» 2 . C'est encore d'une tragédie récitée, éloquente d'ail- 
leurs, qu'il s'agit. Welcker a démontré avec des arguments 
très solides (Gr. Tr. Trag.,\\l, 1082 sqq.) qu'un genre de tra- 
gédie plus propre à la récitation publique ou à la lecture qu'à 
la représentation ' s'était insensiblement développé. C'est le 
Commentaire sur les mots suivants d'Aristote {Rhétor., III, J2, 
2), qui constitue sur toute cette question un témoignage presque 
unique 3 : 

« La langue écrite est la plus précise ; la langue des débats est 
celle qui convient le mieux aux acteurs ; celle-ci est de deux 
genres ; elle peint les mœurs et les passions. Aussi les acteurs re- 
cherchent-ils ces qualités dans les drames, et les poètes dans les 
acteurs. Ceux dont les œuvres se prêtent à la lecture sont entre 
les mains de tous : tel Chérémon, car il est précis comme un 
logographe. » 

Nous voyons donc qu'Aristote avait comparé ces poètes tra- 
giques qu'il appelle àvayvoxrTtîtoi — dont les pièces plaisaient 
surtout à la lecture — avec ces rhéteurs qui, en écrivant, son- 
geaient à plaire plutôt aux lecteurs qu'aux auditeurs. Leur 
style n'était pas Ô7roxpiTixYJ , mais ypaçtx^ ; et ils pratiquaient 
une manière dont les finesses échappaient facilement dans les 
tribunaux à l'esprit excité des plaideurs, mais plaisaient beau- 
coup aux lecteurs et aux lettrés. Ce genre s'introduisit petit à 
petit et insensiblement dans la tragédie ; c'est une manière ypa- 
cptxT] et non ûwoxpiTix-q que ces poètes àvaYvaxnrixoi cultivaient ; 
ils cherchaient à plaire beaucoup plus au lecteur qui , ayant 
des loisirs, voulait goûter dans son cabinet le charme des vers, 
qu'au spectateur populaire. Aussi on recherche bientôt un style 
plus fouillé, l'enchaînement des pensées est plus serré, le « style 
lâche 4 » est évité. En même temps, c'est une manière raffinée 
qui plaît ; la pensée est ornée de fioritures et d'images, les méta- 
phores abondent. Tous ces traits se retrouvent dans les frag- 
ments conservés des tragédies de Chérémon. N'a-t-il pas appelé 
les couronnes « hérauts des renommées », et les fleurs « filles des 

1 p/JTopa rpaTiévxa oè itti xr\v xpaywSiav. 

2 Êvixrjae [xà^tara èv yj étire Tpaywôtx. 

3 c'cxt oè XéÇtç ypacptxY] (j.èv yj àxpiëecrrànQ' àycoviorixY] 8è r\ ÛTCOxpiTtwTaTr,' tocutyiç 
ôtjo BÏot]' Y] fjtiv yàpY]8iXY), Y] Se TtaOrjTtxrj* oio xai 01 {moxptxai Ta TOiaûxa twv ôpa;j.à- 
Ttov otcoxouGi, xai ol 7iotY]Tal toù; toioûtou;. Ba<7TaÇovTat oè oi àvayvw<mxoi olov Xai- 
Pyijjlwv àxpiërj; yàp ôja7ï£p Xoyoypdcpoç. 

4 f\ 8iaXeÀu{xévY] )i£iç. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

prairies » * . Et qui ne connaît ce vers, d'ailleurs joli : « Le lierre, 
fils de l'année, parure fidèle des chœurs » 2 ? 

On ne peut rien imaginer de plus étranger à ce genre que le 
drame d'Ezéchiel. Le style fleuri de ces poètes, leurs images et leurs 
métaphores pouvaient, semble-t-il, plaire à un Juif. Or, tout au 
contraire, la langue d'Ezéchiel, qui est tout à fait BtaÀsXojj.évTj, 
a très rarement recours aux images : le plaisir du lecteur n'y est 
pas recherché ; nulle trace d'un effort vers l'élégance ; une ex- 
trême simplicité y est observée d'une manière constante, telle 
qu'un spectateur peu au courant de lettres grecques le comprend 
sans peine. En vérité, à quel intérêt aurait-il obéi en mettant la 
narration de l'Exode sous la forme d'un drame anagnostique ? 
Ensuite, si notre poète avait écrit seulement pour des lecteurs, et 
non pour des spectateurs, il se serait facilement rendu compte de 
l'avantage qu'il y avait à faire représenter dans le palais même de 
Pharaon toutes les scènes qui concernent les fléaux d'Egypte, et 
qui par nécessité scénique sont racontées seulement dans l'entre- 
tien de Dieu avec Moïse. Du reste, il y a dans cet entretien lui- 
même un détail qui prouve que la pièce a été destinée à la scène : 
le poète, craignant que la personnification de Dieu ne choquât la 
piété des Juifs, a indiqué d'une manière très précise que ce 
n'était que la voix divine qu'on entendait (v. 101) : 

« Il n'est pas possible à un mortel de voir ma face 3 . » 

Ces mots ont été ajoutés par Ezéchiel lui-même, tandis que 
dans les vers précédents il rapportait les propres paroles de 
l'Exode. 

Cette question ne paraîtra plus vaine et presque sans impor- 
tance, si nous arrivons à établir l'époque à laquelle a vécu notre 
poète et le pays qui l'a vu naître. Voyons d'abord l'époque. Il est 
certain qu'Ezéchiel a écrit avant Polyhistor. Il est certain aussi 
qu'il a connu la version grecque du Pentateuque, qui remonte à 
peu près à l'époque de Ptolémée Philadelphe. Mais nous pourrons 
déterminer l'époque du poète d'une façon plus précise, ou du moins 
établir avec certitude une date après laquelle il a nécessairement 
vécu, si nous examinons à la fin de la tragédie le passage où il 
s'agit du Phénix. Qu'est-ce qui a, en effet, amené Ezéchiel à parler 
d'un Phénix, dont les livres saints ne disent pas un mot ? 

En l'an 34 de notre ère, comme on avait annoncé d'Egypte 

1 eùçYiuia; xr,puxa; — ).e».|Juov(ov aéxva. 

s /opûv £pa<7Tr]ç xtaco;, èviauxoy ôè 7iaï?. 

3 îSeîv "yàp o^iv Triv i\Lr\v àp-^^avov | 6vy)tôv ysycoTa. 



LE POETE JUIF EZECHIEL 171 

l'arrivée prochaine d'un Phénix, le fait, dit Tacite (Annales, 
VI, 28), « fournit l'occasion aux plus savants des indigènes et des 
Grecs de faire de longs développements sur ce prodige l ». Tacite 
ajoute, en rapportant quelques traits de ces dissertations savantes, 
que, selon certains auteurs, cet oiseau apparut pour la première 
fois sous le règne de Sésosis, puis sous celui d'Amasis ; « puis 
sous le règne de Ptolémée, le troisième des rois macédoniens, il 
vola dans la ville qu'on nomme Héliopolis, entouré d'un très 
grand nombre d'oiseaux qui admiraient sa forme étrange 2 ». Il 
serait vain de rechercher où Tacite a pris ce renseignement, 
dont les derniers termes concordent singulièrement avec les mots 
d'Ezéchiel : « Tous les autres oiseaux le suivaient pleins de res- 
pect 3 . » Ce serait vain, car, de son propre témoignage, on avait 
beaucoup parlé alors du Phénix, comme on en avait jadis parlé à 
Rome, au dire de Pline, qui fait honneur à Manilius, homme très 
instruit, des renseignements qu'il donne sur le Phénix. 

Mais quelle qu'ait été la source de Tacite, il n'est pas douteux 
que lui-même ou celui auquel il aurait emprunté son information 
puise à une source grecque. 

Et puisqu'on racontait qu'a l'époque de Ptolémée Evergète 
(c'est, en effet, de lui que doit parler Tacite et non de Phila- 
delphe) le Phénix s'était remontré après une disparition de longue 
durée, il est également certain que cet événement « fournit aux 
esprits les plus distingués l'occasion de développements sur ce 
prodige », comme cela se produira plus tard sous le règne de 
Claude. Ainsi donc le Phénix se montra sous le règne d'Evergète; 
les écrivains alexandrins écrivirent sur cet oiseau merveilleux, 
et ce furent eux qui indiquèrent que des oiseaux pareils étaient 
déjà venus en Egypte sous le règne de Sésosis d'abord, d'Amasis 
ensuite. Mais, puisque ce Sésosis de Tacite est Sésostris ou Rham- 
sès, « ce nouveau Pharaon » à la cruelle domination duquel les 
Juifs échappèrent, le poète fut heureux, ce dont personne nejs'éton- 
nera, de recueillir, pour l'ornement de sa tragédie, ce prodige que 
les écrivains contemporains déclaraient s'être produit au moment 
même de la sortie des Juifs. Si ce renseignement est exact, il est 
évident qu'Ezéchiel a vécu après l'époque du troisième Ptolémée. 

Personne ne saurait dire avec certitude de qui s'est inspiré 
Ezéchiel dans sa description du Phénix. Mais il m'est permis 

1 « Praebuit materiam doctissimis indigenarurn et Graecorum multa super eo mi- 
racuto disserendi. » 

* « Deiu Ptolomeo qui ex Macedouibus tertius regnavit in civitatem cui Helio- 
polis nomeu advolavisse, multo ceterarum volucrum comitatu novam iaciem 
mirautium. > 

3 7rocvTa yàp rà 7mrjv' ôu.ov | 07U<tQev aùxou ôsiXiàivr' èKZGamo. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans une question aussi obscure de faire une hypothèse qui ne 
me paraît pas inadmissible. Tout le monde connaît le passage 
de la cpiAoÀoyoç lerropia de Porphyre, conservé par Eusèbe (Praep. 
Ev., X, 3, 466 sqq.), où Porphyre, mettant Hérodote lui-même 
au nombre des plagiaires, accuse le père de l'histoire d'avoir 
« dans le second livre, emprunté mot à mot de nombreux pas- 
sages à la 7r£pi7)Y7i<7iç d'Hécatée de Milet, sans presque le modifier, 
comme les récits sur le Phénix, sur l'hippopotame et la chasse des 
crocodiles * ». 

Peu de savants aujourd'hui ajoutent foi à cette accusation de 
Porphyre. Il est possible qu'Hérodote se soit parfois reporté au 
récit d'Hécatée, en le nommant ou sans le nommer, — et surtout 
pour le combattre ; — mais Hérodote n'a jamais été capable d'in- 
troduire mot à mot dans son ouvrage des passages empruntés sans 
en indiquer la source, et de donner comme sien ce qu'il devait à 
autrui. Il raconte ce qu'il a entendu, comme quelqu'un qui expose 
ce qu'il a entendu dire sur un prodige (II, 73) : « Il y a encore 
un autre oiseau sacré, appelé Phénix. Je ne l'ai pas vu sinon 
dans une peinture. En effet, il apparaît rarement aux Égyptiens : 
tous les cinq cents ans, disent les Héliopolitains ; ils racontent 
qu'on le voit quand son père vient de mourir. Et s'il ressemble à 
la peinture, voici quelles sont sa grandeur et sa forme : son plu- 
mage est en partie doré, mais surtout rouge ; il ressemble particu- 
lièrement à l'aigle pour la forme et la taille. » 

Qui ira croire qu'Hérode a emprunté, ou plutôt impudemment 
volé, ce passage où il raconte avec la plus grande simplicité ce 
qu'il a vu lui-même? Il suffit de lire le texte même du fragment 
de Porphyre et de regarder les exemples extraordinaires de lar- 
cins qu'il a recueillis. On a fait remarquer souvent, et avec raison, 
que Porphyre avait confondu Hécatée de Milet avec un autre 
Hécatée plus récent qui a emprunté à Hérodote lui-même ce qu'il 
dit du Phénix, en modifiant quelque peu les termes. 

Quel est cet autre Hécatée? On croit d'ordinaire que c'est 
Hécatée d'Abdère, ou plutôt Hécatée de Téos. Mais de quel droit? 
Nous avons des extraits assez précis, semble-t-il, dans le pre- 
mier livre de Diodore, de ce qu'il a écrit sur l'Egypte, la nature 
de son sol, sa faune, etc. Nous n'y voyons même pas mentionné 
le Phénix. Il se peut — je n'y contredis pas — qu'Hécatée d'Ab- 
dère ait parlé dans ses « Egyptiaques » du Phénix, et qu'à dessein 
Diodore l'ait omis, parce que son récit différait peu de celui d'Hé- 

1 èv t% cEurspa 7to>,)à 'ExaTouou toû MO.YjqtOu xaxà )i?tv [ASTyjveyxsv èx rrj; ITsptr- 
Y^stoç, foayia TtapaTroirjaaç, Ta toù cpotvixo; ôpvs'ov xal Trept tov 7iOTa[xiou '{tzt.om xai 
tïjç ôyjpaçTwv xpoxoôeD.cov. 



LE POETE JUIF EZECH1EL 173 

rodote, et qu'il était donc inutile de rapporter ses dires dans 
l'extrait; mais il ne paraît pas extrêmement vraisemblable, étant 
données surtout les différences d'esprit et de style entre Hécatée 
et Hérodote, que ce dernier ait transcrit son modèle de telle façon 
que sa narration concorde presque mot à mot avec celle de son 
prédécesseur. 

Je soupçonne donc que Porphyre ou plutôt Pollion — car Por- 
phyre lui-même témoigne (p. 467 d) que c'est au livre de Pollion 
sur les plagiats tf Hérodote ' qu'il a emprunté cette accusation 
— s'en est laissé imposer par un autre Hécatée dont la manière 
permettait ou exigeait même des larcins de ce genre pour donner 
une couleur antique à un livre apocryphe. Je parle de ce Juif qui, 
amplifiant les ouvrages d'Hécatée d'Abdère, grossissant et embel- 
lissant ce qu'il avait dit des Juifs au cours de son récit, et sans 
insister, donna comme étant d'Hécatée un livre apocryphe intitulé 
soit 7t£pt 'Aêpaajiov, soit rapl 'IouSauov. Mais il put faire ce qui avait été 
impossible à Hécatée d'Abdère, qui avait vécu avant Evergète. 
En effet, à l'annonce de l'arrivée d'un nouveau Phénix, les érudits 
avaient établi soigneusement à quelle époque l'oiseau merveilleux 
avait apparu auparavant aux Egyptiens lors de l'exode des Juifs. 
Si c'est de lui que notre poète s'est inspiré, comme je le suppose, 
les vers même du drame serviront à prouver que le pseudo-Héca- 
tée a reproduit le texte d'Hérodote « en y faisant quelques chan- 
gements ». Ce Phénix a pris de la taille, à la vérité — car dans 
le récit d'Ezéchiel « il avait à peu près deux fois la grandeur d'un 
aigle 2 » — mais pour le reste il ne diffère pas beaucoup de l'oiseau 
dont Hérodote avait vu la reproduction. 

Il me reste à ajouter un mot. Dans la description que fait Pline 
du Phénix [H.N., X, 2) et que l'écrivain déclare devoir, en grande 
partie, à un sénateur du nom de Manilius, qui vécut au commen- 
cement du i er siècle avant notre ère, on lit une phrase mutilée 
où il est dit que l'oiseau « transporte tout son nid près de Pan- 
chaea dans la ville du Soleil et pond là dans une aire 3 ». Le même 
fait est cité par Solin (c. 33) avec un peu plus de précision et de 
détails : « Il construit, dit-il, son bûcher avec des canneliers, qu'il 
échafaude près de Panchaea, en en disposant un tas sur des autels 
dans la ville du Soleil 4 . » D'où vient chez ces écrivains ce nom de 
Panchaea, qui n'appartient pas à la véritable géographie, mais 

1 îuspî T7]; 'Hpoooxou x).ott?5;- 
s 0171X0ÙV yàp rjvxô [ltixoç, àsxoù o^eôèv. 

3 Totum déterre nidum prope Panchaeam in Solis urbem et in ara ibi deponere. 
* Rogos suos struit cinnamis, quos prope Panchaeam concinnat, in Solis urbem 
strue altaribus superposita. 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

remonte aux récits fabuleux d'Evhémère ? La chose est claire, si 
je ne me trompe. Cette île bienheureuse qu'avait imaginée Evhé- 
mère paraissait se confondre avec ces régions de l'Arabie que le 
rédacteur de l'Exode a nommées Elim. Aussi, pour donner plus 
d'éclat à son récit, le pseudo-PIécatée eut soin de placer en Arabie 
cette Panchaea qu'avait illustrée Thistoire sacrée d'Evhémère et 
il supposa qu'Elim et Panchaea étaient un seul et même lieu de 
délices. Là ont puisé les auteurs dont s'inspira Pline ; là aussi a 
puisé Ezéchiel. Si l'on compare ce que Diodore nous a conservé 
du texte d'Evhémère (V, p. 41. sqq.) avec notre drame, on se 
rendra compte par certaines similitudes dans les deux descrip- 
tions qu'elles concernent le même lieu. 

Mais, à quelque genre qu'appartienne l'œuvre d'Ezéchiel, quelle 
est la patrie de son auteur? — Est-ce Alexandrie, est-ce même 
l'Egypte? Les érudits mettent d'un accord tacite Ezéchiel au 
nombre des Juifs alexandrins, mais, pour moi, je suis très loin 
de le croire, et je serais même disposé à le nier avec la plus 
grande énergie. Comment pouvons -nous penser qu'un Juif 
alexandrin ait ignoré d'une manière absolue, comme le poète 
qui a écrit le v. 59, la situation de l'Arabie, de l'Ethiopie et 
de la Libye? Ce qui nous choque dans ces vers, ce n'est pas 
tant qu'ils montrent que le poète n'a pas une idée exacte de 
l'Arabie Pétrée et qu'il place le pays de Madian trop près de 
Beelzephon ; il suivait là les traces du rédacteur de l'Exode, et 
même un habitant d'Alexandrie pouvait n'avoir pas une con- 
naissance très précise de ces pays. Mais même en supposant 
qu'à l'époque où a été écrit notre drame, les Juifs d'Alexandrie 
ignoraient à ce point ce qu'avait écrit Eratosthène sur les rives 
du golfe Arabique — sans parler d'Agatharchide et d'Artémidore 
— je ne crois absolument pas qu'un Alexandrin, si peu au courant 
qu'on le suppose de la littérature grecque, ait pu décrire en ces 
termes le pays où se trouvait la ville de Raguel : « Tout ce pays 
étranger se nomme la Libye ; des tribus de toute race l'habitent, 
de noirs Ethiopiens. » 

L'auteur de ces vers prouve qu'il est né et qu'il a grandi hors 
des frontières de l'Egypte et de la Libye. 

Mais s'il n'a pas écrit à Alexandrie, il n'est pas une ville, parmi 
toutes celles qu'ont habitées les Juifs dispersés, qui ne puisse se 
vanter d'avoir compté Ezéchiel parmi ses enfants. A qui m'affir- 
merait qu'il était de Gaza, de Tarse, de Sidon enfin ou de la 
Gadarène, je n'aurais pas d'arguments sérieux à opposer. Pour ma 
part, je crois que, s'il y a une ville qui puisse à bon droit reven- 
diquer Ezéchiel, c'est Samarie, et je veux indiquer brièvement les 



LE POÈTE JUIF EZÉCHIEL 175 

raisons qui m'ont amené à cette idée. C'est un fait insignifiant 
sans doute et probablement dû au hasard qu'il ait employé au 
v. 104 y£vvr|Topaç au pluriel, qui concorde plus exactement avec le 
texte samaritain qu'avec la version grecque, qu'il suit par ailleurs. 
Et il ne m'appartient pas de discuter ce point, qui échappe à ma 
compétence. Mais l'erreur que le poète a commise en déterminant 
les limites du pays de Madian me paraît devoir être mise sur le 
compte de Samarie ou, du moins, d'un écrivain samaritain. Et si 
l'on veut chercher la raison de l'erreur extraordinaire qui fait 
que la Libye est absolument confondue avec l'Arabie ou, du moins, 
semble faire avec elle une seule et même région, on la trouvera 
également dans ce fait que l'écrivain est un Samaritain. 

Tout d'abord, il n'est pas très surprenant que le poète ait réuni 
si étroitement les Ethiopiens et les Libyens. Il avait pu lire sou- 
vent dans les livres saints leurs noms accouplés. Daniel, xi, 43 *, 
réunit les Libyens et les Ethiopiens en les donnant comme des 
peuples sujets du roi d'Egypte. De même (II Ghron., xn, 3 2 ) les 
Libyens, les Troglodytes et les Ethiopiens sont signalés comme 
escortant le roi d'Egypte envahissant la Palestine. Mais une 
autre raison encore a amené Ezéchiel à confondre l'Arabie et la 
ville de Raguel avec la Lybie. Un Samaritain du nom de Malchus 3 
avait écrit sur les ancêtres de Raguel et de Sepphora. Ce Malchus, 
tenant le plus grand compte d'ailleurs de la généalogie d'Abraham 
telle qu'elle est racontée au chapitre xxv de la Genèse, avait quelque 
peu modifié, sur la foi de je ne sais quelle autorité, l'indication 
relative aux fils d'Abraham et de Ketura, racontant que : « de 
Ketura Abraham avait eu des fils vigoureux » ; il donne leurs noms 
et il en nomme trois : Aphéras, Sourim, Iaphras. Sourim a donné 
son nom à l'Assyrie, les deux autres, Aphéras et Iaphras, à la ville 
d'Aphra et à la terre d'Afrique. Ceux-ci combattirent avec Hercule 
contre la Libye, etc. » (Josèphe, Ant., I, 15.) 

Cléodème (tel était le nom grec de Malchus) avait donc ra- 
conté que la Libye avait été soumise par un fils d'Abraham, à 
moins que l'extrait de Polyhistor dont se sert Josèphe n'ait 
été fait avec quelque négligence. Or cela est tout à fait vraisem- 
blable. D'après la Genèse Aphéras et Iaphras — nommés Tecpàp 
et "Acpsp dans la version grecque (Gen., xxv, 1) — étaient les 
petits-fils d'Abraham, nés de son fils Madian ; Assurius, au con- 
traire, est donné comme le fils d'un autre fils d'Abraham, Daidam, 

1 WyÛTtTov xaï Aiéucov xaî AîôtQ7rwv. 
* Aiëue;, TpwyXoouTai xa: Aî0tO7re;. 

3 11 convient de se reporter à la dissertation de Freudenthal dans ses Hell. Stud. 
sur Malchus et les autres écrivains samaritains et palesûnienSê 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et Josèphe les avait, lui aussi, appelés un peu avant petits- fils 
d'Abraham ; cependant en racontant que le fils de Madian, Apher 
ou Ophren, s était emparé delà Libye, il ajoute le témoignage de 
Gléodème que j'ai rapporté un peu plus haut:« Alexandre Polyhis- 
tor confirme lui aussi mon dire et Cléodème, etc. » — Mais soit 
que Malchus ait modifié la version, soit que par une négligence de 
l'auteur de l'extrait on appelle fils ceux qui devraient être nommés 
petits-fils — comme cela a lieu dans le chapitre de la Genèse que 
j'ai cité : « qui furent tous fils de Ketura » (eux qui avaient été 
appelés auparavant petits-fils) — il paraît évident que ce récit de 
Malchus a pu conduire facilement un Israélite, je veux dire Ezé- 
chiel, à croire l'Arabie limitrophe de la Libye. Il savait, en effet, par 
les livres saints, que la descendance de Madian s'était établie en 
Arabie. Quoi d'étonnant à ce que, sur la foi des écrits de Malchus, 
déclarant que le fils de Madian avait envahi également la Libye 
et s'en était emparé, il ait pensé que ces régions étaient limi- 
trophes? Bien plus, il devait se croire tout à fait d'accord avec 
les données de l'histoire en imaginant qu'à l'époque de Moïse la 
Libye et Madian étaient réunis sous le gouvernement d'un sou- 
verain unique. 

Et il ne manque pas dans la pièce d'autres indices qui rendent 
vraisemblable que l'œuvre d'Ezéchiel ait été écrite à Samarie plu- 
tôt qu'en Palestine. Il est impossible qu'à cette époques de telles 
œuvres en grec aient été composées en Palestine même. Il n'y 
avait pas que les impies à s'adonner à la littérature grecque pour 
détruire les coutumes nationales : les hommes religieux attachés 
profondément à la foi de leurs pères cultivaient avec ardeur les 
lettres grecques. C'est de Palestine qu'on fit venir les traducteurs 
grecs des livres saints (et nous n'avons aucune raison de refuser 
crédit sur ce point à la lettre, d'ailleurs apocryphe, d'Aristée) ; le 
traducteur du livre de Sirach se déclare dans la préface Palestinien. 
Il est absolument certain que le poète épique Philon et Théodote 
étaient originaires de la même région. Eupolème lui-même, auteur 
du livre sur les Juifs, dont Polyhistor nous a conservé des ex- 
traits, n'était-il pas très lié avec Juda Macchabée? Mais Ezéchiel 
nous force à penser à une patrie où la version grecque des livres 
saints avait remplacé dans l'usage le texte hébreu. Ezéchiel avait 
à sa disposition le texte grec et non le texte hébreu de l'Exode ; 
en outre, les indications qu'il donne sur le rite de Pâque prouvent 
qu'il n'écrivait pas pour les seuls Juifs, mais qu'il pensait à un 
public d'auditeurs, ou, pour mieux dire, de spectateurs à la fois 
hébreux et étrangers. Il paraît, d'ailleurs, tout à fait douteux 
qu'il y ait eu, au 11 e siècle avant notre ère, des théâtres dans la 



LE POETE JUIF EZECH1EL 177 

Palestine proprement dite. On sait que c'est Hérode le Grand qui 
construisit le premier des théâtres en pierre à Jérusalem, Césa- 
rée, Beyrouth '. Avant cette époque nous ne voyons mentionnés 
nulle part ni des théâtres ni des représentations dramatiques en 
Palestine. Et, je l'avoue, même s'il y en avait de mentionnés, il 
me paraîtrait tout à fait douteux qu'on eût osé dans un théâtre 
de Palestine faire représenter un drame où l'on aurait vu l'ange 
du Tout-Puissant avoir un entretien public avec Moïse. 

Mais si l'on ne peut pas démontrer que le fait s'est passé â Sa- 
marie, tout le monde reconnaîtra qu'il y était possible. Cette ville 
était si hellénisée depuis l'époque d'Alexandre, où elle avait été 
donnée comme séjour aux Macédoniens, qu'il est tout à fait vrai- 
semblable qu'elle ait eu son théâtre. Y a-t-il lieu de s'étonner que 
dans une ville comme celle-là un Juif, voulant préserver ses 
concitoyens du charme pernicieux des pièces grecques, ait 
cherché dans leur propre histoire sacrée un sujet qui lui permît 
d'apprendre aux Grecs le rôle incomparable joué jadis chez les 
Hébreux par ce Moïse que les Samaritains vénéraient au premier 
rang des prophètes, et de montrer en même temps à son propre 
peuple pour quelle haute destinée Dieu gardait et protégeait ses 
ehers Hébreux ? 

Si cette hypothèse n'est pas infirmée, l'Exagogé d'Ezéchiel nous 
fournit un excellent exemple de l'influence que la littérature 
grecque au n° siècle avant notre ère exerçait non seulement â 
Alexandrie, mais dans la propre patrie des Juifs. 

K. Kuiper. 

* Jos.,XlI,5, 1; XV, 1, 8; XIX, 7, 5. 

P. S. — Notre savant collaborateur, M. Ad. Bûchler, nous fait remarquer avec 
raison que la traduction de ôexàry] (vers 177) par dîme est inexacte; ce mot se rap- 
porte à roOôe toû u.y]vô; du vers 175 et signiûe : le dixième jour de ce mois, confor- 
mément à Exode, xn, 3. — Ajoutons, d'ailleurs, que la traduction du grec n'est pas 
de l'auteur de l'article, M. Kuiper. — Note de la re'daction.] 



T. XL VI, N° 92. 12 



DE L'EMPLOI DES SUFFIXES PRONOMINAUX 

AVEC NOUN ET SANS NOUN 

AU FUTUR ET A LTMPÉRATIF 



M. Berliner l observe que les règles de l'emploi des suffixes 
avec noun et sans noun au futur ne se trouvent exposées dans 
aucune grammaire. Cette assertion, si étrange qu'elle paraisse, 
était exacte, quand M. Berliner l'a énoncée, en 1879, et elle l'est 
encore ou peu s'en faut. M. Berliner lui-même a fait les re- 
marques suivantes : 

« Là où un futur est exprimé nettement et que, au moyen du 
suffixe, on insiste pleinement sur le complément direct, on met 
d'ordinaire la forme la plus forte, celle qui a un noun daguesché. 
Au contraire, si ce n'est pas un futur qui est exprimé, mais un 
optatif, ou bien si c'est un imparfait qui doit être formé avec vav 
consécutif, sans qu'il y ait lieu de faire ressortir particulièrement 
le complément direct, on choisit la forme la plus faible (avec in). 
Ainsi Exode, n, 2 : bina -lïTOrm; Lév., ix, 15 : inacarm lïTûnum 
'pia&rD ; Ps., xli, 3 : "rain b&o et nrprm "irraui\ exemples où l'on 
n'appuie pas sur le complément direct. Par contre, Gen., lxvi, 
4 : VDtf lafinpi "jd; i&., 37 : lan-noa wi et laaoaa ab uni; Gen., xliii, 
9 : lïiûpan ito iw^n "058, passages où l'on insiste spécialement 
sur Benjamin, le plus jeune fils, que Jacob retient anxieusement ; 
Job, xxxvn, 13 : inÊTS^ 'nonb dk isnab dn aniab d« ; par contre 
avec plus de décision : ib. t xxxiv, 11 : rnaon ib nbtfî-> ûi« b*D "O 

La grammaire de Gesenius-kautzsch (27 e édition), § 58 i, en note, 
résume les règles que donne M. Berliner et déclare que les faits 
les justifient le plus souvent. Cependant ces règles ne sont fon- 
dées qu'en partie. Dans mes Éléments de grammaire hébraïque 

1 Beitrâge xur hebr. Grammatik, p. 46. 



DE L'EMPLOI DES SUFFIXES PRONOMINAUX 179 

(1890) j'ai donné pour le futur ordinaire les suffixes ^-, ïia^ en 
indiquant en note que les suffixes nin-, Ç; s'emploient plutôt avec 
le vav conversif. En effet, en prose, le futur indicatif reçoit les 
suffixes na-, na- et le futur avec vav conversif vr, n- (a-). M. Ber- 

V T ¥ î T V T 

liner croit que l'on emploie les suffixes avec noun si l'on appuie 
sur le complément direct, et les autres si l'on n'y appuie pas. Rien 
ne justifie cette opinion, qui devait expliquer les déductions tal- 
mudiques fondées sur les suffixes. 

De la règle que venons de donner la Bible fournit des exemples 
presque à chaque page. Les premiers sont : sinna'n (Gen., n, 15) ; 
rup-n (i& §î 22); ^D-iuîn (ib., m, 15) ; nab^Kn (ib. , ni, 17). Mais il 
est intéressant d'en étudier les exceptions : Pour l'indicatif on 
rencontre le suffixe ^rrdans les exemples suivants : nnaa' 1 (Ex., 
xxii, 12), rainai ...Tustssan (Deut., xxxn, 10), naïai ...tinpi (ib. t 
11), m/mr (ib., 13), •nrmn^., xxxin, 8), -in^-ip"» (Is., xli, 2), 
marn ...TrtttJy ...Wiam (ib., 13), iïtiton (ib., lviii, 5, 6), tiKan 
(Jér.,xm, 1), TttDDan ...mai (Hab., î, 15), irrayn (Ps., vin, 6), 
"ifib-ron (ib., 7), ra^ (iô. f xx, 7), mnn ...ïnman (#?., xxi, 8), 
Tfcw iriabs' 1 (t&., xxn, 9), robn . ..raoan (iô., xxxv, 8), topn 
(iô., lxxxix, 28), innp^ (Job, v, 5), "inDpnn (ib., xiv, 20 ; xv, 24), 
W»Vttm {ib., xvin, 7), rawi (i'&., xx, 16), raai (i&., 19), Ttsbnn 
(i&., 24), irtown [ib., 26), wdidi (*&., xxiv, 20), rantan (i&., xxvn, 
20), înrwn ...nnarci (i&., 21), impna (ib., xxix, 16), râe«F (*&., 
xxxvn, 13) ! . 

Sur ces trente-huit passages deux seulement appartiennent à la 
prose. Celui de l'Exode est sûrement altéré, et dans celui de Jé«* 
rémie il faut peut-être lire ba au lieu de ab. Tous les autres ap- 
partiennent à la poésie, où Ion confond les temps et les modes. 
On remarque, en outre, que trois verbes seulement sont à la pre* 
mière personne. 

On doit y ajouter isnn (Ex., xxn, 29), où le noun est tombé après 
la môme lettre 2 ; ifcnp" 1 (Jér., xxin, 6), à lire anj?* ou wjpi, iisbn 
(Ps., xxxv, 8), où le n est tombé entre T et n; cf. irwnn (ibid.); 
îDpm (Eccl., iv, 12) est aussi altéré. 

Les exemples de ri- avec l'indicatif sont : ï"N8*n (Gen., vi, 16), 
qu'on peut ponctuer nb^n sans suffixe; ïunpi (Jér., xxxvi, 23), 
où l'on doit corriger runpi î-tfTwi en n?np^ yyisn (le suffixe se 

1 Dans quelques verbes la Masora a substitué le vav coDJonctif au vav conversif : 

iïTnm:Ni(H Sam., î, io), im-ia-i ins-inNi (is., m, 2), iroan (««., lvh, h), 
"lirnaKi insnen (*J.. 18), ranan (Ez., xxxi, il). 

* "foil (II Sam., xiv, 6) est une faute pour *jvi. Le pluriel de ce mot a été entraîné 
par celui des mots précédents et, ensuite, le vav a été prononcé comme un suffixe. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rapporte au mot fste:); ïiïlïïy* (Ps., xxiv, 2 ; xlviii, 9 ; lxxvii, 
5); mw* [il). y xlvi, 6), mirv (ib., cix, 19), nzim (Job, xxvn, 6; 
Néh., vi, 3) i ; numn . . .i-rmn (Job, xxxix, 6) 2 . On trouve enfin 
nb'wi (Is., xxvi, 3) à côté de nabw. On voit que les seuls 
exemples certains de r?: à l'indicatif sont tirés de la poésie. 

On rencontre tà- avec le vav conversif dans quatre passages de 
Job : mpDm (vu, 18), nasp^n (xx, 15), i33i^n (xxxi, 15), wrm 
(xxxni, 24). Dans le premier le vav est probablement superflu ; 
cf. Ps., vin, 5-6. Dans le second le vav doit être coordinatif, cf. 
nD3>D72^"i (ib., 13); dans le troisième le suffixe doit être à la l re pers., 
et dans le dernier il faut peut-être lire iMijn. La règle de l'emploi 
de in: avec le vav conversif ne paraît pas souffrir d'exceptions 
réelles. 

On trouve ïi^ avec le vav conversif dans rwottTn (II Rois, ix, 
33), où il faut lire avec les versions S-nofcTH. Quant à narro (Lam., 
i, 13), le suffixe est ici la 3 e pers. du pluriel. 

Le suffixe féminin avec le vav conversif est généralement rr et 
plus rarement tn-. Le suffixe n- est seul usité dans les verbes ■>"b : 
rjba (II Rois, xvi, 9), mn (II T Sam., xn, 3), rro (Os., m, 2), roa 
(Jos., x, 28, 30, 32), na? (Gen., xvi, 6; xxxiv, 2; II Sam , xm, 
14), ma* (Lév., ix, 16; II Sam., xn, 4), n&n (Gen., xxxvm, 15), 
nauî (Esth., ii, 9). Les verbes défectifs ont presque tous égale- 
ment n-: npb (Gen., vin, 9), 3>oa (Ps., lxxx, 9), b:*a (II Sam., 
xxix, 12), atoa (Juges, ix, 48), mo (I Rois, xv, 13), ûip (Jos., xxiv, 
26), un (Gen., xxxi, 45), tria (Jos., vin, 28; I Sam., xxx, 25), 
31123 (II Rois, xiv, 22; II Ghr., xxvi, 2), fD (Ps., vu, 13). On 
trouve le suffixe n- dans le verbe ina (Deut., xxxi, 9, etc.), *oa 
(Gen., xxxvn, 23) etatt" 1 (Ex., iv, 6). On trouve rr avec les verbes 
forts suivants : qal futur a : nrtia (Gen., xxiv, 69; II Sam., xm, 
21), jht (Juges, îx, 45), anp (I Sam., xxvm, 15, etc.), aato (Deut., 
xxn, 16, etc.), ypr\ (Juges, ni, 21), mais iï- après atttt (Gen., xvn, 
17 ; I Chr., xx, 2). Futur qal en o : çr avec D*ti (I Chr., xx, 1),-DT 
(I Sam., i, 19), arcn (Gen., xv, 6, etc.), *ûp (ib., xlviii, 7), mais 
B- avec 5]DN (II Sam., ix, 27), ^b (Jos., x, 32, et 8 autres 
exemples>, rpb (I Rois, ix, 16). Au piél on rencontre ri; avec les 
verbes bbn (Ex., xx, 25), nm (Juges, xix, 29), nbu: (Gen., xxi, 
14, etc.), mais W; avec bbn (Prov., xxxi, 28) et nttb (Deut., xxxi, 
22). Au hifil on 'rencontre r\- avec ma (II Ghr., xxxin, 14), *pn 
(Esth., ii, 17), %* (Ps., cv, 10 = I Ghr., xvi, 17), et fl; avec tnn 

1 On doit peut-être lire dans ce passage PÏEHN sans suffixe. 

2 Dans ïirrèlûNI ...finnafiO (Juges, xx, 6)'ïevav doit être conversif. 



DE L'EMPLOI DES SUFFIXES PRONOMINAUX 181 

(Jos., x, 1). On voit que le suffixe ït; qui est le plus régulier, est 
aussi plus usuel que le suffixe ïi- dû sans cloute à l'analogie du 
passé. Il est difficile d'expliquer pourquoi ce dernier suffixe est 
employé dans certains verbes plutôt que d'autres. 

Au futur impératif on peut faire les remarques suivantes : A 
la 2 e et à la 3 e personne (jussif) on emploie toujours ^-, rr. Ainsi, 
1ttnŒ*n (Gen., xli, 33), iMmnran (I Sam., xxvi, 9; Is., lxv, 8), 
■tfipsn (I Rois, ii, 9), "ïî-im^ (Is., xlvi, 6), -rarm (ib., lv, 9), 
iïi3nn(Ps., xli, 3), iTOTr (Job, iv, 3), liinp^ {ib., vi, 1), iitfoi 
(Ex., xxxv, 5), ïinp'n (Deut., xxx, 12, 13 ; I Sam., xxvi, 22), srwn 
ï-DT^n (Is., xliv, 7), îrom (Micha, vu, 10), ï-doti (Prov., iv, 6) et 
ïttw (Jér., ix, 11) 1 . 

A la première personne (cohortatif) on trouve plus souvent 
ïi3; que ïirv. Avec tt- on rencontre : li'-ûto^ (Gen., xxxvn, 27), 
i3Nl«n {ib., xlv, 28), WttKi (Nombr., xxn, 6) 2 , ■ftïifcm (Deut., 
xxxi, 14), naB'naan (Juges, vu, 5, s'il ne faut pas lire ûBTsfc&n), 
iww {ib., xix, 22), libsan (II Rois, vi, 28, 29), niNioNi (Jér., x, 
19), iwûai {ib., xi, 19), muyi (Jér., xx, 10), •rcb'tt&o (Ps., lxix, 
31), littip^n (Cant., vi, 1), i^nai (II Ghr., vu, 20) et tiiiottn&n 
(Ex., xv, 2) ; avec nïr : nîrb!fl»ai îiWï-ai (Gen., xxxvn, 20) 3 , trttKl 
(Ex., xv, 2), Wittil (II Sam., xiv, 7), lirripai (II Rois, vi, 13), 
ninn^Ni (Is., v, 6), Tmran ...trans'i (Is., lui, 2), nï-DSl (Jér., xvui, 
18), inabfc&o (Ps.,lxxxi, 11), îrtabeai lî-n^K {ib., xci, 14), ...Tiiswi 
ttiaaïn «fcbna (ib., 15), in&nan wom [ib., 16). 

Le suffixe na; seul se rencontre à la l re personne : snatûJin 
(Deut., xxx, 12, 13), après Çflnçn, srrtJEtZiïi (Juges, xiv, 13), ttMfcipsi 
ïwnpn (Is., vu, 6), wmMi (Jér., xlviii, 2), na^Ni (Ps., cxix, 33), 
WftjiBfiO {ib., 34), ran&o(Néh., n, 5). 

Le daguesch qu'on trouve dans le suffixe de la 2 e personne 
Sj-a, sans aucune doute, la même origine que \enoun delà 3 e per- 
sonne. Le noun se rencontre seulement dans Sp^n» (Jér., xxn, 
24). Cet exemple, comme tous les exemples du suffixe ïj-, se 
trouve à la pause, quoique primitivement le noun ait dû être 
employé aussi en dehors de la pause. On ne rencontre ïj- avec une 
pause faible que dans ^ana (Zach., i, 9), qui a un ansca, et ^anan 
(Juges, iv, 22), qui a un sjpt. 

1 Si "lïlWia^ (Ps., lxxii, 15) était un impératif, ce serait une exception; mais on 
peut y voir un indicatif. 

2 "lï"î!Dto31 appartient, d'après les critiques, au Jéhoviste; de même 13N ta lN1, mais 
avec doute; "l2tD*l}N1 est attribué à PElohiste, également avec doute. 

3 Attribué à l'Elobiste. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce qui prouve que l'origine du daguesch de §j- a été complète- 
ment oubliée, c'est qu'on le rencontre avec le vav conversif dans 
"priD'n (Is., xlix, 7), ^NSttKi (Prov., vu, 15). Sans daguesch on 
trouve ^-pn (Deut., vin, 3) et "piwifiô., xxxn, 6). 

A l'indicatif on trouve le suffixe tj: dans "j&nN (Gen., xn, 1), 
"pitt* (Ex., vu, 2; Jér., i, 17), *jat8n (Nombr., xxiv, 22), ^aw« 
(Jos., i, 5; II Rois, ir, 2, etc.), rosa (II Sam., n, 22), ^tiSLW 
(I Rois, xviii, 10), "jnbtCK (ib., xx, 34), ^pnN (II Rois, ni, 14), w» 
(Is., x, 24; Jér., xl, 15 ; Ps., cxxi, 6), •pniaa (Is., xxvi, 9), ...*pin 
^bbm (ib., xxxvn, 18), ytsp* (ib., xliii, 5), ^w» (ib., xliv, 2), 
*ppna (Jér., xxn, 24), ^D^ (Hab., n, 17), -pis (Ps., xxx, 13; 
cxxvm, 28), -pnm (*&., lxiii, 2), -pin (î&., lxxvi, 11), ^j&npN (ib., 
lxxxvi, 7 ; Lam., ni, 57 ; fission (Prov., n, 11), *]mw (ib., ix, 8), 
'p-û*» (Job, i, 11 ; n, 5), *(&& (ib., v, 9), -p*K (ib., xiv, 15; xxxin, 
12), prison (ib., xxxiv, 7), ^oan (iô., xxn, 11; xxxvin, 34). Le 
suffixe ï|: se trouve dans y&v* (Gen., xv, 4), ^np^ (Deut., xxx, 
4), *]mfc5 (Juges, xv, 13; Jér., xxxvin, 25), ^i2N(I Rois, xi, 38), 
^BD&o (Is., lviii, 8), ■jrpfcK (Jér., xxxvin, 16), ^bk (Ez., xxxn, 
4), ^«ian (ib., 11), ^nsna (Ps., l, 8), ^rnun (Prov., vi, 24), t $v& 
(Job, xxxn, 4). 

Au futur impératif on rencontre sjj dans ^pia^o (Gen., xxvi, 3), 
"pwi >..*jwn (*&., xlix, 25), "prm (Nombr., vi,25), ^anan (Juges, 
iv, 22), ^brcan (I Sam., ix, 26), 'pajrçi (*&., xi, 1, etc.), *p3W (Jér., 
xxxin, 3), -pna (Zach., i, 9), ^mon (Ps., vu, 8), •pw* (*&., xx, 
3), '■jbbï-tN (iô., xxn, 23; xxxv, 18), ^pttîa (iô., cxxxvm, 1), ^p-a» 
(z&., cxlv, 2), "pstm ...'pmîm (Prov., iv, 6), ^pttn-im (t&., 8), 
*]3a»n (ib., 9), *pnKn (*&., ix, 8), yim (Job, xn, 7, 8), ^pruo (i&., 
xxxvi, 2), ^ (ib., 18). On trouve Sj- dans É p l m (Gen., xxvni, 1), 
•ïpfcttî'n (Nombr., vi, 24) et "pp?» (II Sam., xxiv, 23). 

Il ressort de cette liste que le futur impératif a le daguesch 
presque toujours à la 3 e personne (12 exemples contre 3), et tou- 
jours à la l re personne (10 exemples contre 0). 

Parmi les douze exemples d'indicatif en ïf-, trois appartiennent 
aux verbes Y's, et six aux Y'*; pas un verbe de ces deux catégo- 
ries ne se retrouve dans les vingt-sept indicatifs avec ©ai (les 
verbes tels que mit et ïtp étant mis à part). 

Le noun se trouve avec le suffixe de la l re personne dans 
■»Mia5i (Ps., l, 32) et il est peut-être représenté parle daguesch 
dans •rça-ian (Gen., xxvn, 19, 31), •rçruan, 2 e pers. (Job, vu, 14) et 
3 e pers. (ib., ix, 34;xm, 21). Pour le nns simple devante, on 
peut se demander si le daguesch est tombé ou s'il y a une faute ; 
ainsi, *3aw (Gen., xxix , 32), twp (Ex., xxxm , 20). Dans 



DE L'EMPLOI DES SUFFIXES PRONOMINAUX 183 

•Wirn (Nombr., xxn, 33), lenoun serait peu admissible après 
un vav conversif, et dans laV^W (Is., lvii, 3) on attendrait 
^V^aïr. Le fins représenterait dans ce dernier passage une leçon 
mixte. 

Le suffixe masculin de la 3 e pers. à l'impératif est nïïF;. Les 
exemples sont : irtattûi (Jér., xm, 4), li-nnsn (I Chr., xxvm, 9), 
lïisns (Prov., iv, 15), ttmo (Deut., m, 28), tipïm (ib. et II Sam., 
xi, 25), Uibbtfïi (Prov., xxv, 21), "înmprr (Mal., i, 8), nprm (Job, 
xi, 14), irûbttîi (Ex., iv, 3, etc.), inbsuïm (Job, xl, 5), «n (Néh., 
i, 11 ; I Chr., xxi, 22), iwj (Prov., m, 6), mm (Nombr., xi, 12 ; 
II Rois, ix, 19), w-iii-n (Ez., xxxn, 18), ïïwû (Ps., xc, 17), lï-nm 
(I Rois, xm, 18), îi-num (ib., xxn, 26), irpn (Hab., m, 2), npurî 
(Prov., xxv, 31), iïib*ïTi (Gen., xxn, 2). 

Cependant on trouve *a- dans "ûfip (I Sam., xx, 21 ; Jér., xxxix, 
12) et linpi (I Sam., xvi, 11). On doit y ajouter isapi (Nombr., 
xxni, 13) pour ;iaap-i. 

La forme féminine ï-i- correspondant â ïiït; ne se rencontre 
que dans rn&i (Prov., iv, 13), £5!™ (ib., 6) et imosfrc\ (Ez., xxiv, 
11). Elle est remplacée le plus souvent par rt- dont les exemples 
sont : hb'fïfll Sam., xi, 15), rtani (Jér., xxx, 8), *n*idb (II Sam., 
xix, 28), mbça (Ps., lxix, 19), j-H»bn (Deut. , xxxi, 19), ïïpn (Is., 
xxxi, 8), WSfcinfEz., xxiv, 6),ï-jtt^ (Deut., xxxi, 19). 

On rencontre la forme ï-^dans ïiSNipi (Jér., xxxvi, 15), TOtttii 
(Job, v, 27), TOn (I Sam., xxi, 10) et Irrtfip (Jér , xxxvi, 14). 

Comme on le voit, les formes avec nowi sont très rares â l'im- 
pératif. Mais elles n'en méritent pas moins d'être mentionnées 
dans les grammaires. Le noun y a la même origine qu'au futur; il 
correspond à l'énergique arabe et se rattache très vraisemblable- 
ment à la particule » 

En résumé : 1° au futur indicatif on emploie les suffixes w-, ira-- 
en poésie on emploie quelquefois aïi-, n-, 2° Avec le vav con- 
versif on emploie m-, ti- ou s-, 3° Au futur impératif on se sert 
toujours de t\?i-, îr- à la 2° et à la 3 e personne ; â la l re on emploie 
plutôt ns- que uTiz et toujours na-, 4° Le suffixe t]:ne s'emploie 
qu'à la pause, où il est plus fréquent que ï|-. On l'emploie presque 
toujours au futur impératif 3° personne, et toujours â la l ro per- 
sonne. 5° les suffixes ij- et ij- au futur sont exceptionnels. 
6° Les suffixes de l'impératif sont ïiir, s- plus rarement î-r . 

î|S-, t-t3- 

T V * 

Mayer Lambert. 



CONTRIBUTIONS 

A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 

ET DES PAYS VOISINS 

(suite 1 ) 



IV 

LE TERRITOIRE D'iSSACHAR d' APRÈS LE LIVRE DE JOSUÉ. 



On a, dans une précédente étude 2 , fixé les limites d'Issachar au 
Nord et à l'Ouest; le Jourdain formait la frontière orientale; la 
frontière méridionale reste indécise, bien qu'elle ait dû plus tard 
séparer la Galilée de la Samarie. 

Nous savons seulement par Josèphe que le bourg de Ginea était 
un point de la ligne de démarcation : « La Samarie, dit-il, située 
entre la Judée et la Galilée, commence au bourg appelé Ginea, 
dans la Grande Plaine 3 . » Ailleurs le même historien parle encore 
du bourg de Ginea, sur les confins de la Samarie et de la Grande 
Plaine 4 . Cette donnée fut plus tard enregistrée par le moine Bur- 
chard : « Oe Iezrahel quatuor leucis contra austrum est Ginnin, 
oppidum muratum quidem sed collapsum, situm in pede montis 
Effraym, a quo oppido incipit Samaria et terminatur Galilsea 5 . » 
Il s'agit évidemment dans ce passage du village de Djenin. 

1 Voir Bévue des Études juives, t. XXXV, p. 185; t. XLIII, p. 161; t. XLIV, 
p 29, et t. XLV, p. 165. 

2 R. É. J., t. XXVI, p. 12 et s. 

3 Josèphe, Guerre des juifs, III, 3, 4. 
* Josèphe, Ant. Jud., XX, 6, 1. 

5 Burchardus de Moote-Sion, p. S2, édit. Laurent. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 18S 

Le village de Beit-Kâd, situé à l'est de Djenin, paraît, d'ailleurs, 
correspondre à Beth éqed haroïm de II Rois, x, 12, situe entre 
Izreël et Samarie, qu'Eusèbe place en Samarie, à xv milles de 
Legio dans la Grande Plaine. 

La frontière entre la Galilée et la Samarie est marquée, selon 
les Talmuds, par le village Kefr Outheni ou Outhnaï, identifié par 
Schwarz avec Kèfr Koud * . On ne saurait nier que la frontière 
de Samarie devait passer près de Kefr Koud ni qu'il ait existé 
jadis dans la région une localité dont le nom rappelait celui de 
Kefr Outheni : on relève, en effet, sur la carte de Peutinger la 
route : 

Gesaria 

Caporcotani xxvm 

Scytopoli xxmr, 

mais l'identification de Caporcotani avec Kefr Koud, malgré la si- 
militude de nom, reste à démontrer. Le site de Kefr Koud, « comme 
caché dans un enfoncement de montagne 2 », semble n'avoir pu 
être trayersé par une grande voie ; la distance de Kefr Koud à 
Qaïsariyèh par les pistes contournant le massif montagneux ne 
saurait excéder xxvi milles, tout en pouvant être ramenée à 
xxiiii milles; la distance de Kefr Koud à Beisân, l'ancien Scytho- 
polis, par la route directe qui franchit le Djebel Fukua, l'ancienne 
montagne de Guilboa, est d'environ xx milles; les chiffres de l'Iti- 
néraire devraient donc être corrigés en xxiiii et xviiii milles. 

Il faut encore avoir égard à l'Itinéraire du Pèlerin de Bordeaux, 
qui de Césarée gagna Sciopoli (ou plus correctement Scythopolis) 
en passant par la civitas Maxianopolis et par la civitas Stradela 
(Izreël). Il compte xvn m. de Csesarea à Maxianopolis, x m. de 
cette localité à Stradela, et xn m. de Stradela à Scythopolis, soit 
en tout xxxviiii m., au lieu des lu m. accusés par la carte de 
Peutinger. Y aurait-il eu deux routes parallèles, ou bien faut-il 
admettre l'identité de Maxianopoli et de Caporcotani? Mais la pre- 
mière de ces localités figure sous le nom de Maximianopolis parmi 
les villes épiscopales de la Palestine seconde, dont la métropole 
était Scythopolis, et deux de ses évêques assistèrent l'un au con- 
cile de Nicée en 325, l'autre à celui de Jérusalem en 536. Elle tirait 
vraisemblablement son nom de l'empereur Maximien, mort en 310, 
et, par conséquent, avant cette époque elle n'existait pas, ou elle 
existait sous un autre nom. Ce nom quel était-il ? Caporcotani, 
c'est-à-dire le village des Kouthéens, population transplantée par 



1 Neubauer, Géographie du Talmud, p. 57, 
* Guérin, Samarie, II, p. 224. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les Assyriens après la prise de Samarie, ou bien Adad-Remmon, 
comme on l'a inféré du texte de Jérôme : « Adadremmon pro quo 
lxx transtulerunt 'Powvoç, urbs est juxta Iezraelem, quse hoc 
olim vocabulo nuncupata est, et hodie vocatur Maximianopolis in 
campo Mageddon * ? » Mais ce texte est moins formel qu'on le 
pense; il nous dit seulement que du temps du savant docteur 
Adadremmon avait pris le nom de Maximianopolis. Rien ne s'oppose 
à ce que la localité ait reçu du vulgaire le nom de village des 
Kouthéens, comme Beisân fut appelée la ville des Scythes. Cela est 
plus facile à admettre que l'existence de deux routes parallèles 
entre Césarée et Scythopolis. L'unité de route entraîne la fusion 
des deux itinéraires et, par conséquent, le tracé direct par Zérin 
et Maximianopolis-Caporcotani ; il exclut, par suite, un détour par 
Kefr Koud. L'indication des Talmuds au sujet de la frontière de 
Samarie demeure par là même inexpliquée. — Nous essaierons 
plus loin de préciser l'emplacement de Maximianopolis-Capor- 
cotani. 

Sur la limite méridionale d'Issacliar, le Livre de Josué (xvn, 11) 
nous fournit un renseignement qui, malgré son caractère un peu 
vague, mérite d'être pris en considération : « Manassé avait encore, 
dans Tssachar et dans Aser, Bethchean et ses filles, Ibleam et ses 
filles, les habitants de Dor et de ses filles, les habitants de En-Dor 
et de ses filles, les gens de Thaanak et de ses filles, les gens de 
Meguiddo et de ses filles, et le tiers de la vallée de Napheth. » 
Les lxx ne mentionnent ni Ibleam, ni En-Dor, ni Thaanak. Ce 
texte paraît devoir être rapproché : 1° d'un passage du Livre des 
Juges (i, 27), « Manassé ne prit ni Bethchean et ses filles, ni 
Thaanak et ses filles ; il ne chassa ni les gens de Dor et de ses 
filles, ni ceux d'Ibleam et de ses filles, ni les habitants de Me- 
guiddo et de ses filles » (les lxx substituent dans ce texte BaXàx à 
Ibleam et rétablissent après Meguiddo 'Is|j.6Xaà{ji) ; 2° du passage 
parallèle du 1 er Livre des Chroniques (vit, 29) : « aux mains des fils 
de Manassé étaient Bethchean et ses filles, Thaanak et ses filles, 
Meguiddo et ses filles, Dor et ses filles ». Cette comparaison, aussi 
bien que les divergences entre ces versions, conduit à proposer 
de rétablir ainsi qu'il suit le texte primitif du livre de Josué : 
« Manassé avait encore, dans Issachar et dans Aser, Betchean et 
ses filles, Ibleam et ses filles, les gens de Thaanak et de ses filles, 
les gens de Meguiddo et de ses filles, Dor et le tiers du canton de 
Naphet-Dor » (cf. I Rois, iv, 11). Les premières localités forment 
des enclaves dans Issachar, Dor étant sur le territoire d'Aser. 

1 Hieronym., ad c. xn Zacharia. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 187 

Les sites de Bethchean, de Thaanak et de Meguiddo ont été re- 
trouvés respectivement à Beisân, Ta'anouq et Khan el Ledjdjoim. 
On voit donc déjà que la frontière d'Issachar courait au sud de 
ces localités. 

Il reste à retrouver l'emplacement d'Ibleam, que Manassé aban- 
donna, d'ailleurs, aux lévites, ainsi que Thaanak '. 

Le second livre des Rois (ix) nous montre Joram, roi d'Israël, 
et Ochosias, roi de Juda, se portant à la rencontre de Jéhu, Joram 
tombant percé d'une flèche, Ochosias s'enfuyant dans la direction 
de Beth-Haggan (Baiôyav), frappé à son tour sur son char à la 
montée de Gour (lv tw àvaêouveiv To») vers Ibleam, et venant 
mourir à Meguiddo. Beth-Haggan, la maison du jardin, ne 
saurait être confondu avec En Gannim, la fontaine des jardins. 
Si Ochosias, mortellement blessé, vient rendre le dernier soupir 
à Meguiddo, c'est que la route qu'il suivait le rapprochait de 
cette place ; Ibleam ne doit donc pas être cherché dans la direction 
d'En Gannim, mais dans celle de Meguiddo. Il est, au surplus, in- 
téressant de rappeler la succession des cartouches sur les listes 
de Toutmès : 42. Thaanak, 43. Iblaama, 44. Kentuasna, Kuasna, 
Kenuasna, soit, d'après Mariette, le jardin d'Asna. 

On ne saurait, d'ailleurs, se dissimuler que de toutes les en- 
claves de Manassé, celle d'Ibleam dût être la moins importante. 
Dans le tableau des circonscriptions administratives de Salomon 
(I Rois, iv), le n° 10 est assigné à Issachar, le n° 4 à Dor, le n° 5 à 
Thaanak et Meguiddo et à tout Bethchean, à ce qui est vers 
Çarthan, au-dessous d'Izreël, de Bethchean jusqu'à Abelmehola, 
jusqu'au delà de Ioqmeam. Ibleam n'est pas mentionné, mais, par 
contre, nous sommes mis en possession de renseignements dé- 
taillés qui trahissent une limite territoriale ; aussi convient- il de 
chercher à préciser le site des nouvelles localités énumérées. 

Çarthan. Les lxx écrivent : Sscaôàv, Eusèbe : SapOàv. uttoxoctw 
'IsÇfesX, Jérôme : Sarthan quse est ad radices lezrahelis. Ces indi- 
cations ne sauraient, d'ailleurs, prévaloir sur les textes relatifs à 
la fonte des colonnes du temple qui placent cette localité dans la 
vallée du Jourdain : ce fut dans le Kikkar du Jourdain que les fit 
fondre le roi Salomon, au gué d'Adam 2 , entre Soukkoth et Çar- 
than (I Rois, VII, 46): Iv tw Ttàysi tyjç yrjç àvajxéffov SoxycoO xaî àva- 

1 Josué, xxi, 25, assigne à Manassé les deux villes de Thaanak (Tavà^) et Gathrim- 
mon ('IeëaOà); le texte parallèle de I Ghr., vi, 55, donne Aner ('Avàp) et Bileam 
('Ieu-êXàav). On a depuis longtemps remarqué l'erreur commise par le scribe, qui a 
transcrit le nom de Gathrimmon, douné à la ligne précédente du texte hébreu comme 
ville lévitique de la tribu de Dan. 

* Si on adopte la lecture de Moore. Û^N rHWtta au gué d'Adam, et non « dans 
les moules (?) de terre ». 



183 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ixéaov Ss'.pà, écrivent les lxx. Le texte parallèle de II Chr., iv, 17, 
porte : « entre Soukkoth et Céréda (èv oïxa> Sox/wO xcd àva^éaov 
SapTjoaGà). Çarthan, Eeipdc, Céréda désignent évidemment la même 
localité. C'est d'elle encore qu'il s'agit dans le passage du Livre 
des Juges (vu, 23) : « jusqu'à Beth-hachitta vers Céréra, jusqu'au 
bord d'Abelmehola, près de Tabbath, s'enfuirent les bandes enne- 
mies ». Céréda, Sap-pà, donna naissance à Jéroboam, fils de Nebat, 
l'Ephratite (I Rois, xi, 26), le premier roi d'Israël. 

Abelmehola, que nous venons de voir à deux reprises associé à 
Çarthan, et que nous savons par ailleurs (I Rois, xix, 16) être la 
ville natale du prophète Elisée, correspondrait, d'après Eusèbe, à 
une localité de B-^ô^atsXà, située dans la vallée à x milles de Scy- 
thopolis. Or, précisément à cette distance la vallée du Jourdain 
est traversée par le cours sinueux de l'Oued el Mâleh, sur le bord 
duquel était évidemment placé 'ASsXjxasXat. 

D'ailleurs, dans le voisinage on trouve Aïn es Shukk, Muntar es 
Shukk, avec les ruines d'une ville antique au Tell el Shukk ; un 
peu plus au Nord se dresse le Tell es Zakkûmeh, dont le nom rap- 
pelle Ioqmeam. Le cours inférieur de l'Oued el Mâleh a conservé le 
nom de Es Sherar. A une faible distance au nord de cet Oued, Aïn 
es Sâkut, Debbet es Sâkut et tout près les deux monticules de 
Tell abu Sus jalonnent un point de passage du Jourdain. 

Si, donc, il n'est pas possible de préciser absolument les sites des 
différentes localités précitées, du moins la région à laquelle elles 
appartenaient est bien définie, et Ton a reconnu une limite terri- 
toriale naturelle, qui pourrait fort bien avoir servi de frontière à 
Issachar. 

Le Livre de Josué fait bien suivre l'énumération des villes 
d'Issachar de l'indication : « La ligne frontière touchait au Tha'bor, 
à Chahacim et Beth Chémech et aboutissait au Jourdain » ; mais 
l'on voit tout de suite que ce texte se réfère à un tronçon de la 
frontière septentrionale d'Issachar, jalonnée par le Thabor. Beth 
Chémech se retrouve au Kh. Chamsin ; Chahacim, qu'Eusèbe et 
Jérôme transcrivent Sasima, pourrait fort bien correspondre au 
Kh. Bessum, forme contractée de Betsasima, comme Beth Chean 
est devenu Beisân. 

On est donc, somme toute, réduit à conjecturer le tracé de la 
frontière méridionale d'Issachar. 

Pour épuiser le sujet, il nous reste â passer en revue les diffé- 
rentes localités attribuées à Issachar par le Livre de Josué. 

1. Izreël, 'IaÇrjA, aujourd'hui Zerin. 

2. Kessouloth, KowaXwG, ou mieux 'A/aaeXwô, Achaseluth, placé 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGKAPHIE DE LA PALESTINE 189 

par les Onomastica sacra au pied du Thabor, au village de K<ra- 
Xoùç ou Chasalus, aujourd'hui Iksal; c'est le Kisloth-Thabor de 
Josué, xix, 12, sur les confins de Zabulon. 

3. Chounem, Souvàjx, placé par les Onomaslica à v milles au sud 
du Thabor, au village de SouX^u., aujourd'hui Soulam. 

On a voulu *, et non sans raison, retrouver en ce lieu le campe- 
ment des Philistins, avant la bataille du Mont Guilboa; cette iden- 
tification ne saurait cependant être admise sans explication. 

Le texte porte : « Les Philistins se réunirent et vinrent camper 
à Chounem (Scovà^). De son côté, Saul rassembla Israël, qui ins- 
talla son camp au Guilboa. Le roi aperçut les campements des 
Philistins, aussi eut-il peur et son cœur trembla-t-il fort » (I Sam., 
xxviii, 4-5). « Les Philistins avaient groupé tout leur monde à 
Apheq. Israël campait près de la fontaine d'Izreël » (I Sam., xxix, 
1). Les lxx écrivent : lv 'Aev&wp ttjv Iv 'kCpa^X. « Les Philistins 
combattirent contre Israël, qui prit la fuite devant eux. Les Israé- 
lites tombèrent percés sur la montagne de Guilboa » (I Sam., 
xxxi, 1; I Ghr., x, 1). 

Le village de Zerin est assis sur le dernier gradin de la chaîne 
du Djebel Fukua, qui correspond au mont Guilboa. Soulam se dresse 
à un peu plus de cinq kilomètres de distance sur une hauteur, au 
nord de Zerin. Près de Zerin est la source Ain el Maïteh (la source 
morte). Ainsi, de Zerin on pouvait découvrir le camp philistin 
établi près de Schounam, dans une région riche en sources. 

Ce que l'on comprend difficilement, c'est que Saùl, terrifié par 
la vue de l'ennemi, se soit aventuré à plus de dix kilomètres de 
ses troupes, en passant à faible distance des tentes philistines, 
pour aller consulter une nécromancienne. C'est cependant ce qu'il 
faudrait admettre si, avec VOnomasticon, on allait chercher 
Endor à iv milles au sud du Thabor, au village actuel d'Endour. 
Il est, d'autre part, curieux de constater que les lxx traduisent la 
fontaine d'Izreël par 'AevSôp t^v h 'IeÇpaVjX. Et notre étonnement 
redouble en voyant le Psalmiste (lxxxiii, 10) placer à 'AevSùp la 
défaite de Midian par Gédéon, défaite qui eut lieu près En-Harod 
(Juges, vu, 1), dans la vallée qui descendait d'Izreël à Beth- 
Chean. Mais tout s'explique si l'on cherche de ce côté le théâtre 
de la scène de nécromancie. 

4. Hapharaïm, 'Ayïv, Alcppaty. d'Eusèbe, Afraïm de Jérôme, 
placé par ces docteurs à 'Acppata, Afarea, localité à vi milles de 
Legio vers le nord : semble, d'après la distance, correspondre aux 
villages de Fouleh et A'fouleh, sur les bords de l'Oued el Hufiyir. 

1 Guérin, Galilée, I, p, 112. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

5. Chion, Sicovà (lxx), Ssciv d'Eusèbe, Seon ou Seen de Jérôme, 
situé, d'après ces docteurs, près de la montagne de Thabor. Le 
Psalmiste fait peut-être allusion l à cette localité, lorsqu'il s'écrie : 
« Comme la rosée du Hermon qui descend sur les montagnes de 
Sion » (Ps., cxxxiii, 3). Le site de Chion doit, d'après cela, être 
cherché sur les pentes du petit Hermon (Djebel-Dahy), peut-être 
à Toumrah, qui paraît avoir été une ancienne localité 2 . 

6. 'Psïipwô n'est mentionné que par les lxx; son existence est 
très problématique. Peut-être le scribe a-t-il transcrit deux fois 
de suite le même nom en l'estropiant la première fois. 

6 bis. Anaharath, 'Avayspsô (lxx), 'Avépô d'Eusèbe, Anerith de 
Jérôme, appartient vraisemblablement à la même région que les 
localités précédentes. M. de Saulcy 3 a proposé comme emplace- 
ment le village de En-Naourah, sur le flanc nord du Djebel- 
Dahy ; ne conviendrait-il pas plutôt de songer au village de 
Malouf, où l'on a signalé les ruines d'une ville à nécropole 4 ? 

7. Rabbith, Aaêipwv (lxx). C'est le Daberath de Josué, xix, 12, 
sur les confins de Zabulon. Cette ville fut assignée aux lévites 
(Daberath, Asêëà, Jos., xxi, 28; Dobrath, Aeêspï, Aaêwp, I Chr., 
vi, 57). Aujourd'hui Dabourieh. 

8. Qichion, Kwàv (lxx), Cision(Jér.), ville lévitique (Jos., xxi, 
28), appelée sur la liste parallèle (I Chr., vi, 57) Qédech, KéSsç. 

On serait tenté de placer cette localité sur les bords mêmes du 
Qichon, aujourd'hui Nahr-el-Mukatta, soit que la localité ait 
tiré son nom de celui de la rivière, ou la rivière de celui de la 
localité ; l'attention se porterait donc sur Ludd (ruine), Tell- 
Thôrah, ou Tell-esh-Shemmam de la carte du P. E. F. 

Le site du Tell-abu- Qudeis semblerait devoir être écarté 
comme étant à une certaine distance du Nahr-el-Mukatta. On ne 
saurait, d'ailleurs, après réflexion, persister dans l'opinion qui 
identifie le Qédech d'Issachar avec la localité visée par le passage 
du Livre des Juges (iv, 11) : « Héber, le Qénite, avait incliné sa 
tente vers Elon, à Çaanannim, près de Qédech. » Le chêne (Elon) 
de Çaanannim était sur les confins de Nephtali (Josué, xix, 33), et 
le Talmud 3 rend Beçaananim par Agnia de Qédech, « le bassin de 
Qédech ». 

L'étude de la conquête de la Palestine par Josué 6 nous a con- 
duit à proposer de chercher Qédech au Tell-el-Kaïmoun. 

1 Reland, Palœstina, p. 325. 
* Guérin, Galilée, I, p. 124. 

3 De Saulcy, Dictionnaire topo graphique de la Terre Sainte, p. 23. 

4 Guérin, Galilée, I, p. 121. 

5 Neubauer, La géographie du Talmud, p. 224. 

6 E. É. </., t. XLV, p. 169. 



CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 191 

9. Ebeç, e Pe6sç (lxx), Aemes (Jér.), Aifi (Eus.). Site inconnu. 

10. Remeth ou Ramoth, aussi appelé Iarmouth, 'Pa^wô, 'Psp.- 
jxàô, 'Pe^aàç des lxx, Iermoth (Jér.), c Iep[/.cov (Eus.), ville lé- 
vitique. 

Son nom conduit à lui assigner un site élevé. On a proposé le 
village de Roummaneh, près Ta'annouq ; on a rappelé, à ce propos, 
le passage du prophète Zacharie (xir, 11) : « Comme le deuil de 
Hadad-Rimmon en la plaine de Meguiddo » ; l'on a reproduit la 
note de Jérôme d'après laquelle Adadrimmon portait, de son 
temps, le nom de Maximianopolis, et l'on a, enfin, cité l'Itinéraire 
du Pèlerin de Bordeaux entre Césarée et Scythopolis par Stradela 
(Izreel). 

Nous avons plus haut fait valoir les raisons militant en faveur 
de l'identité de cet itinéraire et de la route figurée sur la carte de 
Peutinger, tout en laissant en suspens la question de l'empla- 
cement de la station Gaporcotani = Maximianopolis. Le moment 
est venu d'essayer de la résoudre. 

Roummaneh, étant à moins de ix milles de Zerin, ne semble pas 
convenir ; la localité cherchée devait , d'ailleurs, se trouver à 
xxiiii milles de Beisân, distance donnée par la carte de Peutinger 
pour l'intervalle Caporcotani-Scythopolis, et, par conséquent, à 
xn milles de Zerin, puisque le Pèlerin de Bordeaux compte 
xn milles entre Scythopolis et Stradela. Reportant cette distance 
de xn milles sur la carte en partant de Zerin et dans la direction 
de Qaïsariyèh, l'on tombe sur la localité qui porte aujourd'hui le 
nom arabe de Oum-el-Fahm « la mère du charbon ». Cette loca- 
lité est, d'ailleurs, à la distance voulue, xvn à xvm milles de 
Qaïsariyèh. Son site élevé justifierait l'attribution du nom de 
Remeth. 

11. Ên-Gannim, 'Iewv (lxx), 'Hvyavvi (Eus.), Enganni (Jér.), 
ville lévitique appelée par les lxx (Jos., xxi, 29) ttyjyV Ypa^^àxcov, 
et sur la liste parallèle de I Chr., vi, 58, Anem, 'Aivàv, aujour- 
d'hui Djenin. 

11 bis. Tojj.[i,àv (lxx). 'kwv étant une corruption d'Aïn,on serait 
tenté de mettre en parallèle les groupes tcyjytj y^^^^ et 'Iewv 
To[xixàv, si Eusèbe et Jérôme ne nous avaient signalé l'existence 
d'une localité de Rethom. Son site demeure, d'ailleurs, inconnu. 

12. En Hadda, 'Hvaoôx (Eus. et Jér.), AlfxapU (lxx). 

Le nom indique le voisinage d'une source. Or, à l'est de Djenin, 
on trouve comme sources : Aïn-el-Hadid, source ferrugineuse 
maintenant tarie entre les villages de Beit-Kad et de Djelbous, 
jadis alimentés par des citernes ; Aïn-el-Maïteh, près de Zerin, 
c'est la source d'Izreël dont il a été parlé plus haut ; Aïn-Tubaun 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dans la vallée; Aïn-Djeloud, source très abondante qui donne 
naissance à la rivière du même nom qui passe à Beïsân, et dans 
laquelle on a retrouvé l'Ên-Harod de Gédéon (Juges, vu, 1) ; Aïn, 
en Rihanieh, un peu plus bas dans la vallée, et, enfin, dans le 
massif des collines qui se dresse au nord de la vallée, une source 
entre Oumm-el-Thaybeh (la mère de la bonté) et Kh.-el-Haddad. 

Si l'on trouvait près de l'Aïn-Djeloud des vestiges d'une loca- 
lité antique, il n'y aurait pas à hésiter, Harod, 'Aoào et Hadda, 
'A88à pouvant être considérés comme des transcriptions différentes 
d'un même nom. A défaut de ces ruines, on pourrait accueillir la 
suggestion de M. Guérin ! relative aux ruines de la ville impor- 
tante qui porte le nom arabe de Oumm-el-Thaybeh. 

13. Beth-Paççeç, B^p(7acp7]ç (lxx), B^Ocpactç (Eus.),Betfases (Jér.). 
Site inconnu. 



LES PAYS ARAMEENS DE LA RIVE GAUCHE DU JOURDAIN 
AU TEMPS DE DAVID. 

Les Israélites, lors de la conquête de la Terre Promise, ne se 
heurtèrent pas aux Araméens. A quelle époque postérieure 2 les 
deux peuples prirent-ils contact ? On a longtemps pensé que cet 
événement se produisit au début de la période des Juges, Israël 
ayant subi plusieurs années la domination d'un roi d'Aram — 
Naharaïm 3 ; mais, en remarquant, avec Graetz, Klostermann et 
Cheyne, que son libérateur fut Othoniel, le neveu de Caleb, et 
qu'il a dû exister une relation de voisinage entre le pays de l'en- 
vahisseur et le centre du soulèvement, Juda, on a reconnu qu'on 
avait été le jouet de l'erreur graphique si fréquente dans l'an- 
cienne écriture, et qu'il fallait restituer Edom au lieu et place de 
Aram, le mot Naharaïm ayant été ajouté à la suite de la con- 
fusion commise. 

Lorsque les Danites cherchèrent de nouvelles terres, ils je- 

1 Guérin, Galilée, I, p. 126. 

* Il y eut contact antérieur. Deuléronome, xxvi, 5, fait du patriarche Jacob un 
Araméen. Genèse, xxvnr, 5, mène Jacob en Paddan-Aram à la maison de Laban ben 
Bethouël, l'Araméen, frère de Rebecca. Gen., xxv, 20, appelle Bethouël PAraméen de 
Paddan-Aram ; il était fils de Milka, femme de Nahor, frère d'Abraham (Gen., xxiv, 
15). Nahor, qui habitait en Aram-Naharaïm (Gen., xxiv, 10), eut, entre autres fils, 
Qemouël, père d'Aram, et Bethouël (Gen., xxii, 21-22). 

» Juges, ni, 8. 



CONTRIBUTIONS A LA GÉOGRAPHIE DE LA PALESTINE 193 

tèrent leur dévolu sur Laïch, dans la vallée de Beth-Rehob, qui 
se trouvait bien éloignée des Sidoniens et sans relations avec 
Aram 1 . Plus tard, sous Saùl et David, on trouve les Araméens 
installés dans le pays. Il y eut donc, dans l'intervalle, une poussée 
des Araméens qui les rapprocha d'Israël. 

Les deux peuples en vinrent aux mains sous Saùl ; le passage : 
« Alors il combattit tous les ennemis d'alentour, Moab, les Benê- 
Ammon, Edom, les rois de Soba, les Philistins * » traduit le coup 
d'œil circulaire d'Israël se promenant successivement sur Moab, 
sur Ammon, sur Aram (et non Edom), sur les rois de Soba et sur 
les Philistins. Le texte des lxx porte : dç xbv Mwàê xat eiç toùç 
utoù; 'A[X[jlwv xaï e'tç touç uîouç 'Eowjx xaï eîç tov Batôatwp xat sic pafftXéa 
Souêà xat etç touç àXXoouXou;, et porte ainsi la trace d'une autre 
altération apportée au texte primitif : Bai6atwp pour Beth-Rehob. 
Les peuples araméens que Saùl eut à combattre sont bien ceux 
que nous allons retrouver en face de David, Rehob et Soba. 

Cette nouvelle lutte fut provoquée par le traitement infligé aux 
ambassadeurs de David par Hanoun, roi des Benê-Ammon. « Les 
Benê-Ammon, voyant qu'ils étaient odieux à David, louèrent 
comme mercenaires Aram de Beth-Rehob et Aram de Soba (ttjv 
Eupi'av Baiôpaàjj. xat tyjv Supiav Houêà xat e Poà>ê) au nombre de vingt 
mille fantassins, et le roi de Maaka ( 'AfxaX-rjx) avec mille hommes, 
et ceux de Tob fhrrwê) au nombre de douze mille. » (II Sam., x, 6) 
« Les Benê-Ammon sortirent et se rangèrent en bataille pendant 
qu'Aram de Soba et de Rehob et les gens de Tob et de Maaka 
(Supiaç Souêà xat c Pow6 xat 'IstojS xat 'A[j.aX7|x) tenaient la cam- 
pagne. » (II Sam., x, 8.) 

Dans le récit parallèle, les Benê-Ammon louent des chars et des 
cavaliers d'Aram-Naharaïm, d'Aram-Maaka et d'Aram-Soba (!*' 
Supiaç Meff07coxa{JLiaç xat ex Supiaç Maà/a xat rcapà SwêàX) ; ils en- 
gagent ainsi trente-deux mille chars et en plus le roi de Maaka 
et son peuple, qui vinrent camper devant Médeba (IChr.,xix,6-7J. 
Ainsi, dans les auxiliaires d'Ammon,on distingue deux groupes, 
l'un, araméen, formé des contingents d'Aram-Naharaïm, d'Aram- 
Maaka ou Beth-Rehob et d'Aram-Soba, l'autre, de peuples non 
araméens, comprenant le roi de Maaka ('AaaXYjX des lxx) et les 
gens de Tob 3 . 

1 Juges, xvin, 7 et 28. 

* I Sam., siv, 47. 

» On a parfois voulu voir dans Ich-Tôb le nom du roi de Maaka, et, pour rendra 
plus pariait le parallélisme entre II Sam., x, 8, et I Ghr., xix, 6-7, supprimer l'indi- 
cation du contingent de 1,000 hommes attribué par le premier texte à Maaka ; mais 
l'existence bien démontrée d'un pays de Tob conduit à renoncer à la correction 
proposée. 

T. XLVI, n° 92. 13 



19 i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Battus par Joab, le chef des troupes de David, les Araméens se 
reformèrent et, dans une seconde campagne, marchèrent contre 
Israël. « Adarézer mit en mouvement Aram d'au delà du fleuve 
(Ix tou TÉpav tou tcotoc^oïï XaXapiàx). Ceux-ci vinrent à Hélam 
(AiXajx), ayant à leur tête Chobak, chef de l'armée d'Adarézer. 
On l'apprit à David, qui rassembla tout Israël, franchit le Jour- 
dain et se dirigea sur Hélam. Aram se rangea en bataille devant 
David et la lutte commença. Aram recula devant Israël et, sous 
les coups de David, perdit sept cents chars et quarante mille cava- 
liers. Là fut mortellement atteint Chobak, chef de l'armée en- 
nemie. Tous les rois, gens d'Adarézer, se voyant vaincus par 
Israël, firent avec lui leur paix et devinrent ses tributaires. » 
(II Sam., x, 16-19) Le récit parallèle (I Chr., xix) ne diffère que 
par l'état des pertes subies — sept mille hommes de char au lieu 
de sept cents chars, et quarante mille fantassins au lieu de qua- 
rante mille cavaliers. — Ces divergences même accusent l'origine 
commune des deux rédactions. 

Un second compte rendu des mêmes campagnes nous est fourni 
par II Sam., vin, et I Chr., xvm : « David, lorsqu'il alla étendre 
la main sur l'Euphrate, frappa Adadézar ben Rehob, roi de Soba; 
il lui prit dix-sept cents cavaliers (mille chars, dix-sept cents 
cavaliers, lxx) et vingt mille fantassins. Il énerva tous les che- 
vaux de char (il brisa tous les chars, lxx), n'en gardant que 
cent. Aram de Damas vint au secours d'Adadézer, roi de Soba; 
mais David frappa d'Aram vingt-deux mille hommes. Après quoi, 
il établit des garnisons dans Aram de Damas. Les gens du 
pays furent soumis à David en qualité de tributaires. » (II Sam., 
vin, 3-6.) Les Chroniques placent à Hamath le théâtre de la dé- 
faite d'Adadézer. 

Ainsi les deux comptes rendus assignent à la lutte deux phases, 
défaite du roi de Soba, intervention des Araméens de Damas et 
leur défaite. 

Pour éclairer les événements dont nous venons de percevoir le 
double écho, il importe de fixer sur la carte la position respective 
des diverses contrées envisagées. 

Tob. — La terre de Tob, que Jephté habita, était voisine du 
pays de Gilead (Juges, xi, 3 et 5). 

Maaka. — Avec les gens de Tob marche le roi de Maaka 
(d'Ameleq d'après les lxx) avec un contingent de 1.000 hommes. 
Le roi de Maaka n'a, d'ailleurs, rien de commun avec Aram Maaka ; 
ce serait le chef d'une tribu demeurée attachée à la terre, même 
après la conquête du pays par Israël. On lit, en effet : « D'Aroër sur 
le bord du torrent de l'Araon, ils (Ruben et Gad) avaient toute la 



CONTRIBUTIONS A LA GEOGRAPHIE DE LA PALESTINE 195 

plaine, Médeba jusqu'à Dibon; toutes les villes de Sinon, roi de 
l'Emorite qui régna à Hechbon jusqu'à la frontière des Benê- 
Ammon; Guilead, le pays du Guechourite et du Maakatite, toute 
la montagne de Hermon et le Bachan... Les Benê-Israël ne chas- 
sèrent ni le Guechourite, ni le Maakatite, Guechour et Maakat 
habitant encore aujourd'hui au milieu d'Israël » (Josué, xm, 9-11). 
D'après l'ordre d'énumération des contrées, Maaka serait au nord 
de Guechour. 

La situation de Guechour l est d'ailleurs établie par le passage 
II Sam., ii, 9 : « Isboseth, fils de Saùl, fut roi sur Gilead, sur 
Guechour 2 , sur Izreël, sur Ephraïm, sur Benjamin, et sur tout 
Israël. » Guechour et Tob étaient deux cantons voisins. 

A l'appui de la leçon des lxx, on pourrait rappeler la double in- 
tervention d'Amaleq au temps des Juges, une première fois avec 
Moab et les Benê Ammon, une seconde fois avec Midian et les Benê 
Kédem. 

Beth-Rehob. — La position de Beth Rehob au pied du Hermon 
dans le territoire occupé par Dan est révélée par Juges, xviii, 28* 
A la même région appartenait Abel Beth Maaka, qui fut assiégé 
par Joab (II Sam., xx, 19) et plus tard conquis par le roi de Damas : 
« Benadad envoya les chefs de son armée contre les villes d'Israël* 
Il frappa Iyon, Dan, Abel Beth-Maaka, et tout Kinneret et tout le 
pays de Nephtali » (I Rois, xv, 20). Ainsi s'explique la double dési- 
gnation employée, Aram Maaka, Aram Beth Rehob. 

Aram Soba. — Le roi de Soba dans le second compte rendu, qui 
est d'ailleurs muet sur Aram Beth Rehob, s'appelle Adadézer ben 
Rehob. Aram Soba dans un compte rendu comme dans l'autre 
joue un rôle prépondérant dans la confédération. La place qui lui 
est assignée par I Chr., xix, conduit à placer son territoire au sud 
de celui d'Aram Maaka. On est, d'ailleurs, confirmé dans cette idée 
en lisant que David rapporte une grande quantité d'airain de 

1 Ce pays est distinct du pays de Guechour razzié par David quand il était 
chez les Philistins (I Sam., xxvn, 8). David pendant son séjour à Hébron épousa 
Maaka, fille de Talmai, roi de Guechour, dont il eut Absalon (II Sam., ut, 3); ce 
dernier, après avoir tué son frère Ammon, se réfugia auprès de Talmaï, fils de Am- 
mihour, roi de Guechour (11 Sam., xm, 37). Il est à croire que David se maria dans 
un pays où il avait été, plutôt que dans une région inconnue de lui. En voyant, 
d'autre part, une femme de Theqoa plaider auprès de David la cause du fils exilé, et 
plus tard Absalon aller se faire proclamer roi à Hébron, on devine l'influence de la 
amille maternelle. Lors donc qu'on lit, Il Sam., xv, 8, Guechour en Aram,, on est 
aussitôt porté à écarter comme une glose erronée les mots en Aram. Autrement le 
pays de Guechour aurait eu en même temps pour rois Talmaï et le fils de Saûl. On 
peut enfin remarquer que, si la famille maternelle d'Absalon était originaire d'une 
contrée voisine de Gilead, David, fuyant devant Absalon, n'aurait pas pris le chemin 
de Mahanaïm. 

Si l'on adopte la leçon de la Vulgate. 



196 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Bétah 1 et Bèrotai 2 , villes d'Adadézer (II Sara., vin, 8), que ce 
métal servit à fabriquer la mer d'airain, les colonnes, bassins, etc. 
du Temple (I Chr., xvm, 8) et que la coulée de ces pièces eut lieu 
dans la vallée du Jourdain entre Soukkoth et Çarthan (I Rois, vu, 
46; II Chr., iv, 17). La situation de ces deux points est connue : ces 
localités devaient être voisines du lieu où le lourd butin avait été, 
à la fin de la campagne, emmagasiné, et Ton avait dû, d'ailleurs, y 
choisir pour dépôt une des villes de la rive droite du Jourdain les 
moins éloignées de Bétah et de Bèrotai. Cet ensemble de considé- 
rations conduit à chercher le pays de Soba à l'est ou plutôt au 
sud-est du lac de Gennésareth. 

Le théâtre de la défaite d'Adadézer est d'après II Sam., x, 16, 
Hélam, d'après I Chr., xvm, 3, Hamath, Hamath de Soba prise plus 
tard par Salomon (II Chr., vin, 3). Ce pourrait fort bien être 
Aîfjuxô, 'EjAjxaOà, Amatha, placé par YOnomasticon dans le voisi- 
nage de Gadara, et célèbre par ses sources thermales, aujour- 
d'hui Kh. Hammeh sur le bord du Cheriat el Mandour, l'ancien 
Yarmouk, Hieromicas de Pline (V, 16), Heromicas de la carte de 
Peutinger. 

On pourrait peut-être rapprocher Hélam de XaXa^àx. 

G. Marmier. 



1 Bétah, MeTeêàx, est appelé dans le texte parallèle (I Chr., xvm, 8) Tibehath, 
MaOocêèô. — On croit pouvoir îapprocher de ces noms celui de Tabakat Fahil « les 
étages de Fahil », l'ancienne Pella, qui d'après Etienne de Byzanee s'appelait égale- 
ment BoOtiç. 

a Dans le texte parallèle (I Chr., xvm, 8) Koun. 



ORDINATION ET AUTORISATION 



M.Isaac Halévy a prétendu, dans son ouvrage Dorot Harisclio- 
nim, II, p. 210 et suiv., que la notice de Sanhédrin, 5 a, d'après 
laquelle Rab reçut, avant de partir pour la Babylonie, l'autorisa- 
tion de Rabbi, ne prouve pas que Rab retourna alors définitivement 
en Babylonie. D'après Halévy, Rab aurait entrepris à ce moment 
un simple voyage d'affaires et il serait bientôt revenu en Pales- 
tine, où il serait encore demeuré près de trente ans. C'est seu- 
lement en 219 de l'ère vulgaire, c'est-à-dire trente ans environ 
après la mort de Rabbi, que Rab serait retourné pour toujours 
dans sa patrie. Contre cette interprétation de Halévy j'ai pu- 
blié un article, Le Retour de Rab en Babylonie (Revue, 
t. XLIV, p. 45-62), où j'ai démontré, je crois, que les affirmations 
de Halévy sont insoutenables. La défense de Halévy a été prise 
par M. Kottek, dans une brochure intitulée « Progrès et Recul » 
(Fortschritt und Riichschritt). Comme mon travail est suffisam- 
ment détaillé, le lecteur décidera aisément, sans que j'aie à y reve- 
nir, de quel côté il faut chercher le progrès. Dans les pages qui 
suivent, je me propose seulement de soumettre à une discussion 
circonstanciée le « nouveau débat » soulevé par Halévy et dont 
M. Kottek parle, p. 21, parce que Halévy y émet une nouvelle 
hypothèse, qui ne pouvait entrer auparavant en ligne de compte. 
En effet, Halévy, dans ses Dorot Harischonim, partageait en- 
core l'opinion courante, d'après laquelle l'autorisation que Rab 
reçut de Rabbi, à l'effet de trancher les procès civils et de rendre 
des décisions rituelles, visait la Babylonie. J'objectai, entre autres 
choses, à Halévy que, si, comme il l'affirmait, Rab n'avait en- 
trepris qu'un voyage de peu de durée, il devenait impossible de 
comprendre pourquoi Rab avait eu l'idée de se munir de l'auto- 
risation de Rabbi, en vue de pouvoir exercer en Babylonie des 
fonctions déterminées. Pour parer à cette objection Halévy sup- 
pose à présent que cette autorisation ne s'appliquait pas du tout 



198 REVUE DES ETUDES JUIVES 

à la Babylonie, mais à la Palestine. Dès le premier coup d'œil cette 
affirmation apparaît déjà comme aventureuse, car le récit est 
ainsi conçu dans Sanhédrin, 5 a : « Lorsque Rab alla en Baby- 
lonie, R. Hiyya dit à Rabbi : Mon neveu va en Babylonie, peut-il 
enseigner? » (voir plus loin). La double mention de la Babylonie 
ne laisse aucun doute : l'autorisation était bien destinée à ce 
pays. Mais Halévy a pensé que même l'incroyable peut devenir 
plausible à l'aise de subtilités, et il n'a reculé devant aucun moyen 
pour donner une apparence de démonstration à l'appui de sa nou- 
velle hypothèse. Il va sans dire qu'il n'y a pas réussi ; en outre, il 
s'est empêtré dans des erreurs qui sont faites pour apporter une 
grande confusion dans la question, si importante et si peu con- 
nue, de la nature de Y ordination et de Y autorisation . 

Avant tout, Halévy croit devoir établir que Rabbi a donné à 
Rab, non pas une ordination, mais une autorisation, et, comme 
toujours, il commence par se livrer, à ce propos, à des attaques 
contre nos historiens. Dans Kottek, p. 21, on lit : « Pour éclaircir 
complètement ce point, nous voulons entrer ici dans plus de 
détails et ajouter à nos considérations un nouvel argument em- 
prunté aux additions écrites que Halévy a faites à son 2 e vol. et 
qui ont été aimablement mises à notre disposition. Halévy dit à 
peu près ceci : Rappoport et les autres historiens qui ont traité 
ce sujet pensent qu'il s'agissait ici d'une ordination, SrD"<ttO, que 
Rab obtint de Rabbi et qu'il demanda plus tard au fils de Rabbi, 
R. Gamliel, et que Rab, pendant qu'il était en Babylonie, devait 
obtenir du patriarche palestinien cette ordination pour l'utiliser 
en Babylonie. Mais les deux points sont erronés : il ne s'agit pas 
d'une ordination, ro^D, mais d'une autorisation, rnun, et la Pa- 
lestine n'a jamais pu la conférer pour la Babylonie. » 

L'attaque dirigée contre nos historiens est doublement injuste. 
D'ordinaire, Rappoport et les autres savants ne parlent pas 
d'ordination ns^D , mais seulement d'autorisation rrron. Ainsi 
Rappoport dans Erech Millin, p. 140a, 141 &, 142 6 et 218 a; 
Graetz, IV, 2 e éd. p. 214. De mon côté, je me suis toujours 
servi, dans mon article sur le Retour de Rab, du terme & auto- 
risation ». Il est rare que l'autorisation de Rabbi soit désignée 
par rW3D; voir Rappoport, ibid. , p. 222a (vnn ^tton). Cela 
même n'est pas une erreur, car une partie de l'autorisation 
(V ,ta P) était une ro^o, tandis que l'autre partie (ïTïp) était un 
mizn ou attestation que le rabbin en question possédait les 
connaissances nécessaires. Les procès civils ne pouvaient, en 
effet, être jugés que par un collège de trois personnes ou un 
rtnttitt De même, certaines décisions rituelles qui demandaient 



ORDINATION ET AUTORISATION 199 

des connaissances techniques (trarû, trTtt, m-risa) devaient être 
rendues par un inrittltt ou un collège de trois membres. La 
nomination de ï-intoift pour ces fonctions était une ordination 
(ii^ES) formelle, bien que limitée. C'est ainsi qu'on dit dans j. 
Haguiga, i, 8 : û">Tm tn^mb trspt msfcb «j, et le verbe m», 
dans le Yerouschalmi, signifie : a nommer » ou « ordonner ». 
Il en était autrement des décisions à rendre dans des questions 
rituelles ordinaires. Primitivement chacun pouvait statuer sur 
ces cas, pourvu qu'il se crût en possession des connaissances né- 
cessaires. Mais comme des gens sans qualité s'étaient arrogé ce 
droit, on décida à l'époque de Rabbi qu'on exigerait, pour ces 
questions, une attestation d'un docteur (Sanh., 5ô). Assurément 
l'ordination pouvait être conférée pour des fonctions rituelles 
ordinaires, mais elle n'était pas absolument nécessaire, car une 
permission d'un docteur suffisait en ce cas l . 

L'ordination, conférant au titulaire le droit de rendre des dé- 
cisions rituelles ordinaires, avait donc pour seul but de lui per- 
mettre de se passer de l'autorisation du maître ; elle constatait 
simplement que la personne ordonnée avait acquis les connais- 
sances nécessaires. L'autorisation du maître était valable exclu- 
sivement pour les décisions rituelles ordinaires. Mais elle ne 
conférait pas le droit de juger seul les procès civils, d'examiner 
les défauts des premiers-nés des animaux et les dTarû, et d'an- 
nuler les vœux. Pour toutes ces fonctions l'ordination était néces- 
saire en Palestine. Or, comme l'ordination de Rabbi conférait le 
droit de juger les procès civils CpT) et (pourRabba) d'examiner 
les défauts (rm-oa Tm), elle constituait, pour cette part, une or- 
dination. Mais comme elle donnait aussi le droit de répondre aux 
questions rituelles (mv), elle ne peut être considérée à ce point 
de vue que comme une autorisation, une attestation. Ainsi, l'au- 
torisation de Rabbi peut être appelée aussi bien J-d^eû que mun. 

Halévy méconnaît entièrement la nature de l'ordination et de 
l'autorisation, et il commet des erreurs impardonnables quand il 
dit : « Il ne s'agit pas ici d'une fto^D, ordination, mais d'une 
autorisation... L'autorisation que Rab reçut de Rabbi se rap- 
portait uniquement à des fonctions à exercer à l'intérieur de la 
Palestine. .. Qu'il ne s'agisse pas ici d'une !-D">ttO, mais de l'autori- 
sation de prendre des décisions rituelles — autorisation sans la- 

' Il y avait encore une autre autorisation du docteur dans laquelle celui-ci décla- 
rait que, pour son compte, il ne s'opposait pas à ce que le disciple rendît des déci- 
sions. Sans cette permission le disciple ne pouvait pas, par égard pour son maître, 
rendre des décisions du vivant de celui-ci. Cette autorisation ne nous intéresse pas 
en la circonstance. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quelle aucun disciple à cette époque, n'avait pas qualité pour 
prendre de telles décisions — c'est ce qui ressort du même passage 
talmudique où il est question de l'autorisation accordée par Rabbi 
à Rab et à Rabba bar Hana. On lit, en effet, dans Sanhédrin, 5 b : 
i-jsni) iinifio «an ...rpi-nû i-wia diratt ? V.pia^b ^b i-ittb «mun *vïtt *k 
■nntt mim bqnî p da Nba ïTî'r ba TObn vira (p. 22). » D'abord il est 
faux que l'autorisation de Rabbi ne comprenne que la permission 
de rendre des décisions rituelles, car elle conférait aussi le droit 
de juger les procès civils (Y'v). Halévy le reconnaît à la même 
page, car il dit : « En général, toute la discussion du Talmud pro- 
cède de la question de savoir si le docteur qui a rendu par erreur 
une décision illégale est astreint à supporter la peine de son er- 
reur... » Dans toute la discussion de Sanhédrin il n'est ques- 
tion que de procès civils. Si donc il est fait mention, dans l'auto- 
risation de Rabbi, de procès civils, ce dont personne ne peut 
douter, ce n'était pas le rrran d'un maître, mais une ordination. 
Non moins fausse est la preuve que Halévy a apportée à l'appui 
de son affirmation. Le Talmud ne parle pas de l'autorisation de 
Rabbi en bloc, mais des parties de cette autorisation. Dans 
chaque débat on , commence par citer les mots auxquels se rap- 
porte la discussion. C'est ainsi qu'après avoir cité les mots ba 
nmdn -pm ,nv»\ le Talmud entame la discussion sur ce sujet. 
Puis on dit : ...bipttttb rittb «rrron Ttoa ^ i-nr rm\ Cette dis- 
cussion a donc trait uniquement à la permission de résoudre les 
questions rituelles. Le Talmud demande ensuite : à quelle fin la 
permission (ordination) était-elle nécessaire, puisqu'on peut ré- 
pondre aux questions rituelles sans avoir l'ordination ? A quoi on 
répond que cette permission, en tant qu'elle se rapportait à des 
décisions rituelles ordinaires ! , n'avait pas le caractère d'une or- 
dination, mais celui d'une attestation donnée par le maître. Le 
passage relatif aux procès civils n'est même pas effleuré, car on 
savait fort bien qu'il fallait une ordination pour juger ces procès. 
Halévy, citant le passage de Sanhédrin, omet les premiers mots 
sttp, !TYP, pour faire croire sans doute que le débat porte sur 
l'autorisation tout entière de Rabbi. Mais, on ne peut le nier, des 
faits et de toute la discussion il ressort avec une clarté parfaite 
qu'une autorisation du maître, depuis Rabbi, n'était nécessaire 

1 Dans ÏT"]V sont comprises toutes les décisions rituelles, même celles qui sont 
exceptionnelles, comme O'VSrO D^^NI, d^HID HPÏt; on ne peut vouloir parler 
de ces dernières seulement, car, dans ce cas on les aurait fait ressortir expressément: 
D^ttrO ïltf-p, O^Tia "TTP. Mais si l'on dit, dans l'autorisation, ÏTTP, en gé- 
néral, ce mot doit être rapporté aussi aux décisions rituelles ordinaires ("lIO^N 
"îrPïTl). — milDa rnnïl Taisait exception, et, pour cette fonction, une autorisa- 
tion spéciale était nécessaire, comme nous le verrons plus loin. 



ORDINATION ET AUTORISATION 201 

et utile que pour des décisions rituelles. Pour les procès civils, 
par contre, une ordination était exigée en Palestine. 

D'une manière générale Halévy fait fausse route. Tous ses 
efforts tendent à prouver que l'autorisation de Rabbi était af- 
fectée à la Palestine, où Rab, d'après lui, aurait séjourné jusque 
vers 219. Il se débat de toutes ses forces contre l'opinion que l'au- 
torisation de Rabbi était une ordination et il use de tous les 
moyens pour démontrer qu'elle constituait seulement une permis- 
sion de rendre des décisions rituelles. Il le fait, dans la croyance 
que l'ordination avait pleine valeur en Babylonie, mais non la per- 
mission. Cette prémisse est inexacte. En Babylonie, l'ordination 
elle-même ne protégeait pas le juge, en cas d'erreur, contre la 
responsabilité J . D'autre part, l'autorisation de trancher les ques- 
tions rituelles ordinaires était valable en Babylonie sans aucune 
restriction. Le Talmud demande en effet si l'ordination (appelée 
aussi dans le Babli : mun) conférée en Palestine est valable en 
Babylonie. Pour répondre à cette question, on raconte que Rabbab. 
Hana avait un jour, en Babylonie, commis une erreur dans un 
procès civil. Gomme il en avait fait part à R. Hiyya, celui-ci lui 
dit qu'il était responsable de son erreur. Le Talmud en conclut que 
l'ordination conférée en Palestine n'est pas valable en Babylonie. 
Invoquant ce passage de Sanhédrin, Halévy dit : « En tout cas 
nous voyons ici clairement et nettement qu'il ne s'agit que d'un 
mtm, d'une permission de rendre des décisions rituelles. De plus, 
il ressort de notre passage que l'autorisation donnée par le pa- 
triarche ou, en général, par une autorité palestinienne n'aurait 
aucune valeur pour la Babylonie, car on dit : ab isrb ûnïta e"id 
ti'U ,^!TO » (p. 23). 

Avant tout, il ne ressort nullement de notre passage « qu'il ne 
s'agit que d'un nwi, d'une permission de rendre des décisions 
rituelles », car le Talmud parle uniquement en cet endroit de 
procès civil (tvfw a^i p nsn na min ra"n), et c'est le cas concret 
où le juge s'est trompé qui est envisagé. C'est pourquoi tout ce 
qui résulte de ce passage, c'est qu'une ordination conférée en Pa- 
lestine ne protège pas le juge, en Babylonie, contre les responsa- 
bilités pour les erreurs commises. C'est seulement pour ce cas que 
l'autorisation donnée en Palestine ne valait rien, car pour ce cas, 
mais pour ce cas seulement, l'autorisation de l'exilarque était né- 
cessaire. Dans les autres circonstances, procès civils aussi bien 
que décisions rituelles, l'autorisation octroyée en Palestine était 
parfaitement suffisante 2 . 

1 Voir Maïmonide, JVHrtSÛ ITtobïT, iv, 14. 

3 Mentionnons ici, à titre de curiosité, que dans le passage de Sanhédrin en ques- 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Assurément l'exilarque seul avait le droit, en Babylonie, de 
nommer des juges irresponsables. Mais cela n'empêche pas que des 
juges et des décisionnaires de questions rituelles responsables pou- 
vaient exercer leurs fonctions en Babylonie sans la permission de 
l'exilarque. Les sentences des juges responsables avaient force de 
loi aussi bien que celles des juges irresponsables et pourvus de 
l'autorisation de l'exilarque. Car la conclusion de la Guemara est 
ainsi conçue dans Sanhédrin, 5 a : Nn*nm t^pD ab •& ï^ïo arata 
WT ft*W, ce qui signifie : même quand le juge n'a pas reçu d'au- 
torisation de l'exilarque, ses sentences sont cependant astrei- 
gnantes. Seulement ce juge doit réparer l'erreur commise. L'auto- 
risation de Rabbi avait donc une grande signification en Baby- 
lonie : les décisions de celui qui l'avait reçue, même en cas 
d'erreur, liaient les parties. Par Sanfi., 5 a, nous savons que Mar 
Zoutra, qui n'avait reçu d'autorisation ni de l'exilarque ni du pa- 
triarche, jugeait cependant des procès civils en Babylonie. 
Pourquoi Rab et Rabba b. Hana, qui étaient pourvus de l'autorisa- 
tion de Rabbi, auraient-ils eu, en Babylonie, moins de droits que 
Mar Zoutra, qui n'avait pas cette autorisation? On répliquera 
peut-être qu'un iimnïo seul pouvant être juge unique dans les 
questions civiles, il est possible que Rabbi n'eût pas le pouvoir 
d'attribuer à quelqu'un, en Babylonie, la qualité de rinroiro. Mais 

tion on a même trouvé une preuve du contraire, c'est-à-dire la preuve que l'auto- 
risation donnée en Palestine était pleinement valable en Babylonie et que celle 
donnée en Babylonie n'était d'aucune valeur en Palestine. Ainsi on lit dans l'ou- 
vrage -nnîm (éd. Freimann, I, folio 51 a) : Tlh*il tûfiT!» mttl ba3UJ «im 

tibia TU&ntt nwi ba3;a in ,mmN *iN£>ai baaa *pi jwrm* y-iNauî 
mwnn b*-jn:oiB Nin mma iwaai baaa pi ,baaia m*^ tuantt in 
13--N ^"Nn *pi baaauî iia*^*» îaan» nuan bas un baa Sabwa irai 
"p^b (?ppin*o) uatt *i*on3 ^"«ata ^sb rj"?o ,abu:/3 ï-wv ato ,b^i» 
baaa baN ,mati«rt baa *pai *»"«a *pa ■proibiBnîi p *isais irrrçn' 
inaisb **"aa imiDi b^i» i^n *p^sbi ».(?aa«) ppirra na iïon3 
,ï-nz33*ttb nabn 1121 .bwn ms-i« nNUjai baaa bas ^nnbttnn ira 
nnansi „.ib *ien N^n '-1 *ODb Na f tt*tn i"«a ï-pn n;n na na nan 
ï-rbi** panOT ïtoi (!) mun bas bassu; rtbis ibn-ied nain anb 
baa miDi b^To •pNtû /ûbta n"n ib *i*on *p^b ,mnzri s-imn baaauî 
\n inansb bm'o i3^n i"aa baa r-ntrjn;a nabnn npossi „s"sa 
ttii rpnMtt ,a^an iibts *p ,mmn Tarai .riabn pi ,*pmbtDn?i 
iranb imi Cn) n^ïi '*i ib r>*a (i. v^») ï"Na baab nsn a"a ran 
Nini ,baab w tin la ib nroNi ,8*^3*1 i-mm '*i Ninia îpnpri 

...*773*0 PIlUI bia^b *Tp*12£. C'est juste le contraire de ce que portent nos textes 
de Sanhédrin, voir Freimann , ad loc. La même opinion est reproduite dans les 
mêmes termes par le chef de la Yeschiba de Palestine Ebiatar, mort en 1085, dans 
sa lettre publiée par Schechter, J.Q.R., XIV, 462. 11 est probable que l'auteur du 
Vehizhir et Ebiatar avaient un texte grossièrement falsifié dans un sens favorable à la 
Palestine. Peut-être est-on en droit de conclure de cette circonstance que le Vehizhir 
a été composé hors de la Babylonie. 



ORDINATION ET AUTORISATION 203 

cela n'est pas. Nous savons que l'ordination donnée en Palestine 
était valable en Babylonie avec toutes ses prérogatives, à l'excep- 
tion du cas d'erreur. Concédons donc un instant à Halévy que 
l'autorisation de Rabbi n'était pas une n^tto, mais un mttn : il en 
résulte que la recommandation de Rabbi n'aurait même pas pu 
permettre â celui qui demeurait en Babylonie d'y être reconnu 
comme ïinttitt. Est-ce que le patriarche, dont l'ordination con- 
férait, en Babylonie aussi, le titre de « Rabbi », n'aurait pas été 
capable de faire passer pour simaT», en Babylonie, des docteurs 
comme Rab et Rabba ? 

Nous voyons donc qu'une autorisation octroyée en Palestine 
était valable en Babylonie, même pour les procès civils. Avec plus 
de certitude encore nous pouvons dire qu'il en était de même pour 
les décisions rituelles : dans ce cas, elle servait seulement à cons- 
tater que la personne en question connaissait exactement les pres- 
criptions à appliquer. Dans la législation religieuse, les Palesti- 
niens étaient plus versés que les Babyloniens, et une attestation 
palestinienne, dans des questions rituelles, devait être de la plus 
grande importance en Babylonie également. Nous savons que les 
docteurs de Palestine étaient très honorés en Babylonie et que 
leurs décisions y étaient considérées comme définitives. Quand, 
une fois, Rab ne voulut pas se conformer â une décision rendue 
par le tribunal palestinien, ayant R. Yehouda Nessia à sa tête, 
Samuel le menaça de le proclamer docteur rebelle anfctt )pi (jer. 
Aboda Zara, n, 8). Des savants babyloniens avaient recours à la 
Palestine pour la solution de certaines questions, et le Talmud 
babli invoque souvent des réponses et des ordonnances palesti- 
niennes qui étaient adressées en Babylonie (voir Rappoport, Erech 
Millin, p. 214 et ss., et Frankel, Mebo, p. 40). Dans Pesahim, 
51 a, et HonUin, 18 h, Abayé dit : Parce que nous (Babyloniens) 
leur sommes subordonnés (aux Palestiniens), nous devons nous 
conformer à leurs décisions (dans les choses rituelles, v. Tossafot, 
ad loc.) *. Dans Moed Katon, 17 a, on fait le récit suivant : Rab 
Yehouda, ayant mis un homme en interdit, mourut. L'homme pria 
les savants d'annuler l'interdit prononcé par Rab Yehouda. Ils lui 
répondirent : « Il n'y a pas ici de docteur aussi considérable que Rab 
Yehouda pour annuler l'interdit de celui-ci. Rends-toi auprès de 
R. Yehouda Nessia (le patriarche palestinien de cette époque), c'est 
lui (seul) qui peut annuler l'interdit-. » On voit quelle importance 

1 lïrwrïvp ■p^nr nrrb y*wb "pan )vs. 

% C'est M. Bûchler qui m'a signalé ce texte. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

avaient en Babylonie les décisions des docteurs palestiniens, sur- 
tout leurs décisions rituelles. Est-il possible dès lors qu'une per- 
mission, donnée en Palestine, de prendre des décisions rituelles, 
n'ait eu aucune valeur en Babylonie ? Disons mieux : est-il conce- 
vable que l'autorisation de Rabbi, la plus grande autorité de cette 
époque, n'ait pu avoir aucune importance en Babylonie ? 

En voilà assez pour le côté en quelque sorte académique de 
la question, celui qui consiste à se demander si l'autorisation 
de Rabbi pouvait avoir quelque valeur en Babylonie. Si nous 
jetons un regard sur les textes, il apparaît avec une certitude ab- 
solue que cette autorisation s'appliquait à la Babylonie. Le récit 
en question est ainsi conçu : « Lorsque Rab (ou Rabba b. Hana) 
alla en Babylonie, R. Hiyya dit à Rabbi : Mon neveu va en Baby- 
lonie, peut-il enseigner (rendre des décisions rituelles) ? — Il peut 
le faire (répondit Rabbi). — Peut-il juger (des procès civils)? — 
Il le peut (Sanh., 5 a), » De la double mention de la Babylonie il 
ressort avec assurance que l'autorisation de Rabbi avait été de - 
mandée et obtenue pour ce pays. Quand le Talmud affirme que 
l'autorisation lie valait que pour les villes de la frontière babylo- 
nienne, lesquelles appartenaient à la sphère d'influence de la Pa- 
lestine, il ne faut pas prendre ces mots à la lettre. Le Talmud le 
dit ici dans la supposition que l'autorisation a pour unique but de 
libérer le juge, en cas d'erreur, de sa responsabilité. C'est pourquoi 
on demande : si, d'autre part, l'autorisation donnée en Palestine 
ne vaut rien en Babylonie, pourquoi Rabba b Hana se serait-il 
pourvu de cette autorisation lorsqu'il alla en Babylonie ? A quoi le 
Talmud répond : l'autorisation pouvait servir dans les villes fron- 
tières. Mais cette réponse forcée ne peut pas nous incliner à ad- 
mettre que, de l'avis du Talmud, l'autorisation de Rabbi ne s'ap- 
pliquait qu'à la Palestine. Au contraire, si le Talmud était de cet 
avis, la question : « Pourquoi Rabba s'est-il muni d'une autorisa- 
tion sans valeur ? » n'aurait aucun sens et la réponse devrait être 
ainsi conçue : Il prit l'autorisation pour la Palestine, où (d'après 
Halévy) il voulait revenir et où il revint en effet. Si le Talmud 
veut restreindre la validité de l'autorisation aux villes de la fron- 
tière de la Babylonie, cela prouve seulement qu'il regardait l'auto- 
risation comme applicable à la Babylonie. Plus loin le Talmud ra- 
conte que Rabba jugea en Babylonie un procès civil, et, ce faisant, 
commit une erreur. Là-dessus il demanda à R. Hiyya s'il pouvait 
être rendu responsable de son erreur. — Rabba doutait seulement 
si l'autorité de Rabbi protégeait en pareil cas contre les responsa- 
bilités, mais il devait savoir que l'autorisation de Rabbi s'appli- 



ORDINATION ET AUTORISATION 205 

quait également à la Babylonie, car autrement il n'aurait pas osé 
s'y présenter comme juge. — On raconte encore au même endroit 
comment Rabba b. R.Houna sut conserver son indépendance vis- 
à-vis de l'exilarque : il avait coutume de dire, en cas de différend, 
aux gens de la maison de ce dignitaire : « Ce n'est pas de vous 
que j'ai pris la permission, je l'ai prise de mon père et maître 
(R. Houna, disciple de Rab) ; mon père et maître l'a prise de Rab, 
Rab de R. Hiyya, et R.Hiyya de Rabbi. » Ainsi Rabba b. R. Houna 
invoquait l'autorisation de Rabbi ; c'est donc que celle-ci devait 
avoir quelque valeur en Babylonie. Le Talmud, croyant qu'il 
s'agissait du cas d'erreur, trouve là une réfutation de la décision 
d'après laquelle une autorisation octroyée en Palestine n'avait, 
pour ce cas, aucune valeur. Le Talmud écarte la contradiction par 
ces mots : nnb trpw ann Kttban anb^a. Le sens de ces paroles 
obscures est sans doute : c'est dans quelque autre circonstance 1 
qu'il a appliqué ces mots, mais non à propos d'une erreur commise 
dans un procès civil. En tout cas, il résulte de l'affirmation de 
Rabba que l'autorisation de Rabbi était valable à ce moment en 
Babylonie. Finalement le Talrnud demande quel motif il peut y 
avoir pour que Rabbi n'ait accordé qu'à Rabba b. Hana, mais non 
à Rab, le droit d'examiner les défauts des premiers-nés des ani- 
maux? Rab était pourtant plus savant que Rabba. On donne cette 
réponse, entre autres : Rabbi voulait procurer une plus grande 
considération à Rabba en Babylonie ; c'est pourquoi il lui recon- 
nut également ce droit. Rab, au contraire, jouissait sans cela d'un 
grand crédit en Babylonie. De cette réponse il ressort en toute 
sûreté que l'autorisation de Rabbi avait été donnée pour la Baby- 
lonie. Halévy veut prévenir cette objection par la remarque sui- 
vante : « Quand Raschi, p. 5 6, explique roa ib pnbnb par ces 
mots : ma ban *aa in nwiï) 1*73, il entend par là que l'autorisa- 
tion plus étendue accordée à Rabba b. Hana donnait plus de consi- 
dération à ce docteur en Babylonie, où il était inconnu, mais 
n'avait cependant, pour la Babylonie même, aucune valeur » 

1 Sur fc^bsH Nnb^723, cf. Nttb^H "WW {Kiddousckin, 80 b) : « des gens quel- 
conques », et Nttbsn n*lU5D3 (Sanh.,Ab) : « des âmes en général » — Sur d^pIN 
lïlb, cf. i^ fiip (Sabbat, 136 a) : * je sais de science certaine ». — Ce passage est 
expliqué de la même façon par J. Kolon, qui dit dans ses Consultations, n° 117 (éd. 
Venise, f° 124 b) : "b^b "ib^NT ÛIZJB VKWn Dm ...min 3-] "13 M*! NÏTI 

naii nb^ pio» «m ...inb sps mn rpr» ■rç'na td*^i5 »>*bi i-ima 

..."^pIN NftbaH "b^S N2"l!f m na. Raschi n'explique pas ce passage; Ha- 
lévy, chez Kottek, p. 24, ne le traduit pas ; mais il paraît croire que le sens est : 
il les renvoya par de vaines paroles. Mais comment Rabba b. R. Houna pouvait-il 
invoquer l'autorisation de Rabbi, alors que les gens de l'exilarque devaient savoir 
qu'elle n'avait aucune valeur en Babylonie? C'est pourquoi NftbsH fcWlb'VQa n'a pas 
ici le sens defiMabaa JSnbV23, • par de vaines paroles ». 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(p. 23, en bas). Cette idée n'a même pas besoin d'être réfutée. Il va 
de soi que si l'autorisation de Rabbi n'était d'aucune valeur en 
Babylonie, le fait qu'il avait reçu cette autorisation ne pouvait pas 
lui donner, dans ce pays, plus de considération. 

Il reste encore deux remarques de Halévy dont je dois parler 
pour être complet. Halévy dit : « De la même façon il résulte de 
j. Nedarirn, x, 8, qu'une autorisation donnée en Palestine n'était 
pas valable pour la Babylonie. Il est dit en cet endroit : "pn»tf 
aoin an w 'n *%np va &tpt 'n jurm "nra oûti an : -ot r n wp 
...ma» ^an fcwiïn an 'pa ï-\*b n»a ?nTO ircan. Le sens de ce pas- 
sage est le suivant : On disait devant R. Yosé que Rab Houna re- 
mettait des vœux. Alors R. Zéra demanda à R. Yosé : R. Houna 
est-il donc ma» ^mn (c'est-à-dire : a-t-il droit de le faire comme 
rirai» irrp, sans s'adjoindre deux autres personnes), mais il n'est 
pas ordonné ("p»û) et le fait ne s'est pas passé en Palestine avec la 
permission du patriarche, ou en Babylonie avec celle de l'exi- 
larque). A quoi R. Yosé répliqua : « Si R. Houna n'est pas 
ma» "rçjfin, quel autre pourrait l'être... » (p. 24). Halévy ne 
dit pas comment ce passage apporte une preuve à l'appui de son 
affirmation. Je vois seulement que R. Zéra s'étonnait de ce que 
faisait R. Houna. Halévy semble croire que le R. Houna ici men- 
tionné est le disciple de Rab, à qui a passé l'autorisation de 
Rabbi, et de ce que R. Zéra trouve étrange que R. Houna seul re- 
mette les vœux, il résulte pour Halévy, de ce passage, que cette 
autorisation n'était pas valable en Babylonie. Mais je ne crois 
pas que dans ce passage de Nedarim il s'agisse de R. Houna 
l'Ancien. Le ton de ce récit indique un événement local, un fait 
qui s'est passé dans le voisinage de R. Yosé. Aussi me paraît-il 
vraisemblable qu'il est question ici de R. Houna le Jeune, disciple 
de R. Yirmiya. Il était Babylonien et émigra en Palestine. Il ne 
reçut pas dans ce pays l'autorisation, car, dans la plupart des 
passages où il est mentionné, il porte le titre de Rab et non celui 
de Rabbi (voir Frankel, Mebo, 13 &, et Bâcher, Agada der 
palaestin. Amoràer, III, 272). Aussi R. Zéra (le Jeune) s'étonnait- 
il de ce que ce Rab Houna pouvait remettre les vœux en Pales- 
tine, n'y étant pas autorisé : R. Yosé (le Jeune) répliqua : « Il peut 
le faire, car il est un grand savant. » De cette façon les faits ne se 
seraient pas passés du tout en Babylonie, mais en Palestine, et, 
dès lors, on ne peut tirer de ce passage aucune conclusion pour 
la validité ou l'invalidité de l'autorisation de Rabbi en Babylonie. 
Halévy écrit encore : « Dans j. Nedarim, x, i. f. (voir aussi 
Haguiga, i, 8) on lit ce qui suit : ? .epwp û-nanb û-opT m3»b in» 
t=p?ana manbn Dima n^nrrb ?an irma» an j anrj ï» j-iavau» 



ORDINATION ET AUTORISATION 207 

*fs tpOItt ^Ttf Smb ^IttN ,nnlM 1731» ÏT*D ^ t^Wn ^73^ "J73 

: ï-nb aw Nb*D lia ^m ia isr 'n n73H .t^na* -fb inau: ha b* 
1» /nb»« TEitt manbi .û^ns nifcnbi ^-na "pniibi ,i"nrp 1"iib 
h$ *p spoi» *^n ïrb -i»n ,nnqnïî i^nn îrna ■na t^a ^eti 
ana *jb ïrûio fi». Ainsi qu'il résulte du Babli et du Yerouschalmi, 
après l'exposé que nous avons fait plus haut, la collation d'une 
autorisation de la Palestine pour la Babylonie était impossible ; il 
faut donc que notre passage du Yerouschalmi, qui, d'après attno 
'«fcbiU'rïH, ne traite que de l'inspection des tnarû et de l'annula- 
tion des vœux, se rapporte à une permission que Rab reçut de 
Rabbi pour des décisions à rendre à l'intérieur de la Palestine et 
dont il demande l'extension au fils de Rabbi, R. Gamliel, égale- 
ment pour l'intérieur de la Palestine. Mais il y a plus. Du mo- 
ment qu'on croyait par erreur, comme on l'a fait jusqu'ici, qu'il 
s'agissait d'une rD*>730, on pouvait penser que Rab, qui vivait en 
Babylonie, demanda à Rabbi Gamliel l'extension de la ï-Disao ; mais 
puisqu'il s'agit seulement d'une permission de rendre des déci- 
sions rituelles (mizn), comment Rab, qui vivait en Babylo- 
nie, en serait-il venu à demander au patriarche de la Pa- 
lestine le droit de permettre les premiers-nés (nvrDa Tnfib) et 
d'inspecter les trttro et à croire qu'il ne pourrait pas exercer 
de telles fonctions en Babylonie sans en avoir reçu le droit du 
patriarche? Tous les Amoraïm babyloniens n'ont-ils pas exercé 
ces fonctions, depuis Samuel jusqu'au dernier sans être allés 
en prendre l'autorisation en Palestine? Mais, nous l'avons dit, 
non seulement aucun Amora demeurant en Babylonie n'a été 
prendre d'autorisation pour des décisions rituelles auprès du pa- 
triarche palestinien : une telle autorisation n'aurait eu abso- 
lument aucune valeur. C'est donc une erreur évidente que de 
croire que Rab, lorsqu'il vivait en Babylonie et dirigeait la Me- 
tibta, demanda au fils de Rabbi l'extension de l'autorisation. Il faut, 
par conséquent, séparer le passage du Yerouschalmi de celui de 
b. Sanhédrin : les deux textes parlent de choses différentes. 
Dans le Babli on raconte que lorsque Rab voulut partir en 
voyage, Rabbi lui accorda la permission de rendre des décisions 
rituelles à l'intérieur de la Palestine ou dans les cercles dépen- 
dant delà sphère d'influence de ce pays. Fidèle au principe : Ttobn 
■n-itt mun bas p da aba rmv.ba, qu'un disciple ne doit pas 
rendre de décision rituelle sans en avoir reçu la permission de 
son maître, Rabbi lui donna cette permission, en disant : ïttp 
■pT }^ î-îtp ' . Dans le Yerouschalmi il est question de ce que 

1 Halévy se trompe quand il croit que l'autorisation était : fiTT ÎT1P pour les 
décisions rituelles, et *pTi l n É 7i pour les procès cirils. Le premier mot de chaque 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Rabbi désigna Rab pour inspecter les ù^rû et valider les pre- 
miers nés, dans l'endroit où lui-même, Rabbi, résidait. 11 lui con- 
féra donc par là, non seulement un droit, mais encore une fonc- 
tion. L'expression du Yerouschalmi ...ïWiE zr, correspond 
exactement à celle de j. Taanil, iv, 2 : pin ■rçfc» mn w 
. . ."p"Vfttt. Il est donc clair et net que Rab resta encore en Pales- 
tine après la mort de Rabbi et qu'il demanda à Rabbi Gamliel 
d'étendre en sa faveur, en Palestine, les fonctions que lui avait 
confiées son père en Palestine... » (p. 25 etss.). 

Des considérations que j'ai développées il résulte sans plus 
que toute cette argumentation repose sur de fausses prémisses. 
Pour toutes les fonctions qui sont mentionées dans le Yerou- 
schalmi la permission du maître ne suffisait pas ; elles exigeaient 
un nnEitt ou un collège de trois personnes. Il ne peut donc être 
question, dans le Yerouschalmi, d'une permission telle que la 
comprend Halévy, mais d'une autorisation équivalant à une or- 
dination. On admet donc avec raison que Rab, ayant reçu aupa- 
ravant l'ordination partielle de Rabbi, voulut en obtenir de son 
fils l'extension. Nous savons aussi qu'une autorisation donnée en 
Palestine était valable en Babylonie. Quand Halévy affirme que 
« c'est une erreur évidente de croire que Rab, lorsqu'il vivait en 
Babylonie et dirigeait la Metibta, demanda au fils de Rabbi l'exten- 
sion de l'autorisation », l'erreur évidente est du côté de Halévy. 
Une telle chose n'a pu être et n'a été affirmée par personne. A 
l'époque où Rab s'adressa à R. Gamliel pour obtenir l'extension 
de l'autorisation, il est impossible qu'il fût déjà chef de l'acadé- 
mie de Soura, car Rab fonda cette académie vers 219 après 
l'ère vulgaire et à ce moment R. Gamliel était déjà mort. D'après 
Rappoport, qui est visé ici, Rab adressa sa demande à R. Gamliel, 
de Nehardéa, peu après son arrivée dans cette ville, ou bien il 
entreprit un voyage de Nehardéa en Palestine afin de demander 
personnellement à R. Gamliel l'extension de son autorisation, ou 
bien encore Rabbi mourut aussitôt après avoir donné l'autori- 
sation à Rab et celui-ci, pour en obtenir l'extension, négocia 
encore avant son départ avec R. Gamliel. En aucune façon, per- 
sonne n'a affirmé que Rab fût déjà à cette époque chef de l'école 
de Soura. 

C'est encore à tort que Halévy explique le Yerouschalmi en ce 
sens que Rabbi aurait installé Rab comme fonctionnaire dans 

phrase est la question de R. Hiyya, le deuxième la réponse de Rabbi. Hamburger 
commet la même erreur dans Real-Encyclopâdie, II, s. v. Ordination. Par la der- 
nière phrase de l'autorisation conférée à Rab ("1TP btf m"!"D3 TTPjj ces sa- 
vants auraient pu se rendre compte que la réponse suit ici partout la question. 



ORDINATION ET AUTORISATION 209 

endroit où lui-môme demeurait. Des paroles de R. Yosé b. R. 
Boun : « Il lui permit tout, de juger seul les procès civils, etc. » 
il ressort clairement qu'il s'agit ici seulement d'une collation de 
droits, et non d'une entrée en fonctions. Rabbi conféra à Rab un 
rang, il ne l'installa pas dans une charge. Le verbe ^tt au paël 
signifie , dans le Yerouschalmi , aussi bien que « désigner » , 
« ordonner » ou « autoriser ». Dans le sens d' « ordonner » le 
Yerouschalmi se sert presque exclusivement de ce mot, tandis 
que le Talmud de Babylone emploie dans ce cas ^730 ou bas 
nwi (voir Levy, s. v. ^12) l . ""m rprvott m doit donc être traduit 
dans notre passage par « Rabbi autorisa Rab », et non par « Rabbi 
désigna Rab ». 

De plus, je ne comprends pas du tout pourquoi le récit du Ye- 
rouschalmi doit être distingué de celui du Babli. Il est vraisem- 
blable, pour moi, que c'est d'un seul et même fait qu'il est ques- 
tion dans les deux Talmuds. De ce que le récit diffère quelque 
peu d'un passage à l'autre, ce n'est pas une raison suffisante pour 
songer à deux événements distincts. Les deux Talmuds divergent 
souvent dans la reproduction des mêmes faits (voir Frankel, 
Mebo, p. 40 et ss.). Au surplus, les divergences de nos récits ne 
sont pas d'une grande importance et on pourrait à la rigueur les 
concilier. Ainsi le Yerouschalmi parle de procès civils et de 
celles des fonctions rituelles que ne pouvait exercer qu'un 
HW2M2 ou un collège de trois membres, parce que c'est pour ces 
fonctions seulement qu'une ordination partielle était nécessaire. 
Les décisions rituelles ordinaires ne sont pas mentionnées dans 
le Yerouschalmi parce que, pour celles-ci, une simple autorisation 
du maître suffisait. Gomme le Yerouschalmi n'a en vue que l'or- 
dination partielle (ûittp ù^-mb d"OpT mittb iren), il omet, sans en 
tenir compte, l'autorisation de rendre des décisions rituelles or- 
dinaires. Au contraire, le Talmud babli raconte, sans aucune 
arrière-pensée, comment le fait s'est passé; c'est pourquoi il 
parle aussi de cette permission (mv>), expliquant qu'elle doit être 
considérée, non comme une ordination, mais comme une permis- 
sion du maître. De plus, dans mv sont comprises, outre les dé- 
cisions rituelles ordinaires, la remise des vœux (û^Vrt nnrt) et 
l'inspection des taches (araro rr^an), qui sont également des lois 
religieuses ; c'est sans doute la raison pour laquelle ces deux 
fonctions ne sont plus mentionnées dans le Babli. Seule la vali- 
dation des premiers -nés (nvnaa mm) faisait exception, parce 

1 Les actes en vertu desquels les juges étaient installés en Babylonie étaient éga- 
lement appelés NnYI3'"n ^p^D, voir Harkavy, Responsoi der Gaonim, p. 355. 
T. XLVI, n° 92. 14 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que cette fonction faisait partie des prérogatives du patriarche l . 
C'est pourquoi R. Hiyya se croyait autorisé à poser la question : 
nmaa *pm. En réalité, Rabbi fit ici une exception et refusa ce 
droit à Rab, entièrement d'après l'un, en partie seulement d'après 
l'autre (R. Yosé b. R. Boun). 

Mais s'il plut à Rab d'obtenir du patriarche Gamliel l'autorisa- 
tion de valider les premiers-nés des animaux, il y avait à cela 
une bonne raison. Rab était préoccupé de l'idée de fonder en Ba- 
bylonie une Académie avec un tribunal particulier, à l'exemple 
de l'Académie et du tribunal du patriarche palestinien, qui 
étaient considérés comme faisant suite au Sanhédrin d'autre- 
fois 2 . Il voulait créer aussi en Babylonie une institution qui prît 
la place du Sanhédrin et fût autant que possible indépendante de 
l'exilarque. Il parvint à fonder à Soura une Académie avec un 
tribunal suprême (bvw "pr ma), à côté de celui de l'exilarque, 
comme le raconte Scherira (Neubauer, Anecdota, I, 27, 29) et 
comme je l'ai retracé {Revue, XLIV, 61). L'école de Soura était 
organisée à l'image du Sanhédrin (Nathan Babli, chez Neubauer, 
ibid., II, 87) ; aussi était-elle regardée comme une espèce de San- 
hédrin 3 . Des Consultations qui émanent de l'Académie de Soura 
parlent du grand et du petit Sanhédrin de leur école 4 . L'école 

1 Toma, 78 a (cité par Halévv). 

8 Cf. bania^ ynab nby ab-i? n&mab d^iwtDi irnNtti d">sbN nsm&n 

■pH^n^O U3N"1 ÏTIfn [Séder Olam Zoutta, i. f). Plus tard encore il est parlé de 
!lb*na 1"m;"j30 et ae ïl3C3p "p"tt!13D en Palestine par Ben Méïr, en 921 (Re- 
vue, XL1I, 181, 182) et dans une Consultation palestinienne de 960 (Buchler, ibid., 
XLIV, 23). 

» Scherira écrit : nm (en Babylonie) &OM !mn "papa^E Tn p ^ by ïjfin 

r-nn ab [■p-nnsoi] «na-n» wm baet Tïi ma» irmba ^ioni inb 
■^ena abi baaa ïwn mn «mba tzma ^an iubw nsn «/pria 

(Neubauer, 1, 27) M ,ÎMmDi y-|«3 ^TinaO "VB&n ^3"^ D"W1Z»1 Nn3Tl33 

fnann] min duj ya-n «ana -n^bn [ann] span ..♦«maïab 2-1 tmrpi 

ïiiîT) aunnrwa m itrbm pan ^na ->3uj [bann] vm .t'a Dti) ^api 

{ibid, p. 29) ,„3") ÎTJSp'T NTID3 im "133- Ainsi, jusqu'à la fondation de l'école 
de Soura par Rab, il n'y avait pas en Babylonie d'académie qui pût remplacer le 
Sanhédrin. C'est seulement après la mort de Rabbi qu'il s'en constitua dans ce 
pays, et d'abord à Soura, grâce à Rab. Plus tard Samuel aussi convertit en Acadé- 
mie l'école de Nehardéa. 

* Ainsi le Gaon de Soura Amram écrit : NS-n^ fPûït ai "1E531 "^ 3 5353 D"lbtt5 ibap 

pi ïtbina ■mrfco taipTas dï-tcj Dragon û^ann bam ->ba iot 'pai «aan 

■n*7?130 Û1p)32 ÛÏIU: (l. "»73TO, voir Halberstam, I 'eschouroun , V ", 137) n'mip "»M 
!l3I3p [Consulta d. Gaonim, éd. Lyck, n° 56). Nous ne savons pas encore si les 
Gaonim de l'école de Poumbadita avaient coutume d'écrire ainsi. Sémah mentionne 
ïlbllÛ "^"71135 et î^3I3p "H"î!t30 dans une Consultation qui date de l'époque où 
il était chef du tribunal de l'exilarque de Bagdad, voir Harkavy, Besp. der Gaonim, 
p. 389. Ce fait a encore besoin d'être étudié, car les exilarques ne recevaient pas de 
consultations (Nathan, chez Neubauer, II, 86). En tout cas, il est constant que le 



ORDINATION ET AUTORISATION 211 

de Soura n'aurait pu élever la prétention d'être considérée comme 
faisant suite au Sanhédrin, si son fondateur ne s'était pas muni 
de l'autorisation du patriarche. Car les patriarches étaient dans 
le principe les présidents du Sanhédrin et, plus tard, du tribunal 
suprême qui prit la place du Sanhédrin. Il est donc facile de com- 
prendre pourquoi Rab voulait obtenir des patriaches l'autorisation 
d'exercer son activité en Babylonie. C'est seulement grâce à cette 
autorisation qu'il pouvait donner à l'école de Soura le caractère 
d'un Sanhédrin et lui assurer la plus grande indépendance pos- 
sible vis-à-vis de l'exilarcat. 

Les affirmations de Halévy, dans sa nouvelle discussion, sont 
donc insoutenables. Au contraire, il est sûr que l'autorisation 
que Rab reçut de Rabbi était une ordination partielle qui com- 
prenait aussi la permission de répondre aux questions rituelles 
ordinaires. Les ordinations même partielles étaient valables en 
Babylonie, sauf en cas d'erreur du juge. De même, la permission 
d'un docteur palestinien pour les décisions rituelles conservait 
toute sa valeur en Babylonie. L'autorisation que Rab et Rabba 
reçurent de Rabbi visait la Babylonie, et nous avons vu que 
Rabba en fit usage dans ce pays. Rab, à l'époque où il obtint 
l'autorisation de Rabbi, devait déjà être résolu à retourner en 
Babylonie. En effet, il revint dans sa patrie aussitôt ou peu de 
temps après. Plus tard il alla à Soura et y fonda une école su- 
périeure telle qu'il n'y en avait pas encore en Babylonie. L'étude 
principale y consistait dans l'explication de la Mischna de Rabbi, 
à la naissance de laquelle il avait assisté, ainsi que je l'ai mon- 
tré à la fin de mon article Le Retour de Rab en Babylonie 
{Revue, XLIV). 

A. Epstein. 



académies babyloniennes se considéraient quasiment comme des Sanhédrin. Ha- 
lévy [Dorot harischonim, III, 218; le conteste et affirme que les mots de grand et 
petit Sanhédrin sont simplement des qualifications honorifiques données aux 
différents savants des écoles. Mais comme l'organisation des écoles babyloniennes 
rappelait celle du Sanhédrin, on conçoit facilement qu'elles se soient considérées 
comme remplaçant le Sanhédrin. C'est aussi ce que semblent indiquer les mots ûrNZ) 

...rtbiia "mnao ûipwa. 



UN PAPYRUS BIBLIQUE 



Voici, de nouveau, une surprise dont nous sommes redevables 
au sol égyptien : c'est un papyrus hébreu contenant le Dêcalogue 
et le Schéma, mais sous une forme différente de celle du texte 
massorétique. M. Cook vient de le publier avec un fac-similé 
photographique et un commentaire très copieux dans les Pro- 
ceedint/s of the Society of biblical archœology (t. XXV, part i, 
p. 34-56). Cette pièce appartient à M. Nash, mais on ne nous 
dit pas comment, elle est entrée en sa possession ni d'où elle 
provient. 

Gomme on le sait, les papyrus hébreux sont jusqu'ici en nombre 
très restreint et, d'autre part, ne contiennent aucun fragment de 
l'Écriture. A ces deux points de vue déjà, la découverte est des 
plus précieuses. En outre, ceux que nous possédions sont d'une 
époque relativement récente, postérieurs de plusieurs siècles à 
Tère chrétienne ; l'écriture en est toute semblable à celle des plus 
vieux manuscrits. Or, celui-ci est certainement très ancien ; les 
caractères ont toutes les particularités distinctives de ceux des 
inscriptions palmyréniennes et surtout nabatéennes, lesquelles 
ne dépassent pas le iv e siècle. M. Cook lui assigne pour date le 
11 e siècle, et il n'y a aucune raison de combattre cette hypothèse. 
Le papyrus Nash est donc appelé à servir de point de repère pour 
la constitution de la paléographie hébraïque. L'examen de ces 
particularités serait digne de retenir un instant l'attention, mais 
comme nos lecteurs n'ont pas sous les yeux le fac-similé, il serait 
oiseux d'insister sur ce point. Aussi bien avons -nous mieux à 
faire : il nous faut discuter la thèse de l'éditeur, d'après lequel le 
contenu de ce papyrus serait un extrait du Pentateuque. Comme 
il offre des variantes importantes, non seulement avec la recen- 
sion de la Massora, mais encore avec les plus anciennes versions, 
ce serait un document du plus haut prix pour la critique du Pen- 
tateuque. 



UN PAPYRUS BIBLIQUE 213 

Pour mettre à même les lecteurs de suivre notre argumenta- 
tion, il est indispensable de reproduire la pièce en. litige, dont le 
déchiffrement, d'ailleurs, est très aisé et ne prête presque à aucun 
doute. 

)Î2 yiW3 ■pntaï'iïT] iiûn ^iiba ï-hn[i ^3») 

]mûjn Nib "Has bj3> a^iriN tombât 

jyiaa na&n 5*5253 to^ttsn -kbn[ 

lûïib mnnïïn aib yiab nnn53[ 

i]pa t^iip ba '■pribN i-nm ^3N[ 

]-W3tab û^ai ban û^bus bs> d[ 

]n t^b ^msia "nattsbi ^ariNbf 

]î-nm !-ip3"« «ib ■o «ittïb ^nb[N 

]b 'hsian av« na tûï awb m53[ui 

lû'pan ta jn^Nb?3 ba S-pœsn iiaw &[ 

]rïaNb53 ba ri3 ï-naj>n tnb "pnbKf 

]a bai -p73m ^iia ^nfcNi ^pa^t 

]■> ï-na* û' l 73"» ntûtiî ^a "pi^oat 

]n ba nan û^rs nN yiNn n&o a[ 

] na mm "pa p b* tarant ] râFi 

*fl53N ntn *paN hn laa riznp'n ^"aizîïi 

]ï-W3TNîi hy *yw "pa-nio p»bn ^b aa^ 

t^]nb mnn aib ^n enb "p ina ^rrb» ïmm 

]m»nn r*^b Niia i* 'pia ï-i33>n Nib a3[3n] 

îïfliiB ^an nfta ns mânn «n[ 

"pnb ira» bai 1153m r-nhan 

n]N Ï1U553 ÏTlit 1UJN Û^US^am &^[ 

y53]u5 û">iiT73 yiN53 ûnNita iai73a[ 
]an &on ina mm ■wttVà ï-rim baira-» 
b 

C'est, comme on le voit, le Décalogue selon l'Exode (avec des 
divergences que nous examinerons plus loin), suivi du commence- 
ment du Schéma. 

Un détail arrête immédiatement l'attention, c'est la phrase qui 
s'intercale entre le Décalogue et le Schéma, phrase qui n'est ni 
dans le Pentateuque, ni dans le rituel de la synagogue. Or cette 
phrase, comme l'a reconnu M. Cook, correspond exactement â 
un verset qui se lit dans la Septante avant le Schéma et qui 
manque dans le texte massorétique. Ce verset, qui doit se resti- 
tuer sûrement ainsi : 

iai53a bfcma-< m n« rwn fc-nae iuîn a^attwm a^pnrt iib&o 

0^1^53 yiN53 ùnNira 



2!4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est ainsi conçu en grec : xocî xauxa xà Btxaioojjiaxa xat xà xptfxaxa oaa 

£vïx£(Xqcxo xup'.oç (variante : Mioucnî;) xo?ç uioî<; 'IfffaTjX HjeXQovxoov aù- 
xaiv èx yTj; Atyu7rxou. 

D'après M. Gook, le Décalogue finissant, dans le Deutéronome, 
au en. v, 19, et le Schéma commençant un peu plus loin, au ch. 
vi, 4, on a simplement omis les versets intermédiaires, v, 19-30, 
et vi, 3. Cette opinion est insoutenable, puisque le Décalogue du 
papyrus n'est pas celui du Deutéronome, mais représente en gros 
celui de l'Exode. M. Gook s'est résigné à cette idée cependant 
pour ne pas adopter celle qui se présente immédiatement à l'es- 
prit. La seule juxtaposition, en eflet, de ces deux morceaux, qui 
ne se suivent pas dans le Pentateuque, montre que le papyrus 
n'est pas un extrait ordinaire de la Bible, mais un écrit servant à 
un usage particulier, domestique ou synagogal. Tout le monde 
sait que, dans l'ancien rituel de la synagogue, on récitait chaque 
jour le Décalogue et le Schéma — le Décalogue en premier et le 
Schéma ensuite — et que cet usage ne fut aboli qu'à cause du 
parti qu'en tirait le christianisme : les judéo-chrétiens, ou Minim, 
voyaient dans le choix du Décalogue la confirmation de leur 
thèse que seuls les dix commandements ont été révélés à Moïse 
sur le Sinaï. C'est ainsi, tout au moins que deux rabbins 
(R. Matna et R. Samuel b. Nathan) expliquent l'abrogation de ce 
rite (j. Berachol, 3 c). Cette mesure était déjà un fait accompli 
avant le milieu du n e siècle, puisque R. Nathan, qui a vécu à cette 
date, en parle déjà. Deux rabbins babyloniens, au iv e et au 
v e siècles, voulurent restaurer l'usage dans leur ville, mais on 
leur rappela l'abrogation qui en avait été faite, et ils se le tinrent 
pour dit 1 . 

A l'époque qui précède la destruction du Temple, l'usage était 
si bien consacré que les prêtres récitaient le matin le Décalogue 
suivi du Schéma 2 . 

M. Cook n'ignorait pas ces faits, et, dit-il, il penchait d'abord à 
voir, en conséquence, dans ce papyrus une pièce liturgique. 
Mais deux considérations l'ont obligé à écarter cette hypothèse : 
1° la présence du verset qui sert d'introduction au Schéma, 
2° l'absence des eulogies qui, dans le rituel, accompagnent la ré- 
citation du Schéma. 

1 Berachot, Ma. Salomon Louria (Consultations, n° 64) veut que la mesure ne 
soit valable qu'en public; mais dans le privé, il faut, d'après lui, réciter le Déca- 
logue, et, en effet, les rituels de prières ont inséré le morceau parmi ceux qui se 
disent chaque jour par les fidèles. 

1 Mischna, Tamid, v, 1. 



UN PAPYRUS BIBLIQUE 215 

Ces considérations auraient quelque valeur si cette pièce était 
d'origine palestinienne; mais comme, sans le moindre doute, elle 
est égyptienne, il résulterait seulement de ces particularités que 
les synagogues égyptiennes, d'accord avec celles de la Palestine 
pour le choix des lectures liturgiques, ne l'étaient pas sur tout ce 
qui concerne cette récitation. Il y a plus, la deuxième objection 
n'est aucunement fondée. M. Gook suppose qu'il faudrait, sui- 
vant le rite palestinien, une eulogie entre le Décalogue et le 
Schéma, mais c'est, croyons-nous,, une erreur : l'eulogie n'est pas 
destinée à servir d'introduction au Schéma en particulier, mais 
à la récitation d'un extrait du Pentateuque l . Le fidèle, avant cette 
récitation, remercie Dieu d'avoir donné à Israël une preuve de 
son amour en lui révélant sa Loi. Lors donc que les deux mor- 
ceaux étaient lus consécutivement, l'eulogie précédait nécessai- 
rement le premier. Les deux extraits se suivaient sans interrup- 
tion, comme le Schéma lui-même a été suivi immédiatement des 
deux péricopes qui lui sont actuellement annexées, 9tm ù* t-pîm 
et iio&m. 

Quant à l'insertion, avant le Schéma, du verset qui se lit dans 
la Septante et qui n'est pas dans l'hébreu, elle montre seulement 
que l'exemplaire du Pentateuque dont se servaient les Juifs 
d'Egypte était d'accord sur ce point avec le grec. Notre papyrus 
nous apprendrait, en même temps, que la traduction des Septante 
n'avait pas évincé — au moins dans une certaine région de 
l'Egypte — la connaissance et la récitation des passages consa- 
crés de la Bible hébraïque. S'il date du i er ou du n° siècle, la cons- 
tatation est des plus instructives. 

Mais qu'importe que ce papyrus ait servi à un usage litur- 
gique ou soit un extrait du Pentateuque : les variantes qu'il offre 
avec le texte massorétique ne doivent-elles pas être retenues 
pour la critique de la Bible? En effet, un texte lu à la synagogue, 
même mêlé à la prière, devait représenter la leçon reçue et con- 
sacrée, et ne devait pas différer de celui du rouleau de la Loi. 
Seulement est-il avéré que ce papyrus était employé à la syna- 
gogue? Rien ne le prouve et il est tout autant licite de lui assi- 
gner un usage domestique. Dans ce cas, le scribe ne devait pas 
beaucoup s'embarrasser des règles sévères prescrites pour la 
copie des rouleaux sacrés; peut-être même écrivait-il de mé- 
moire. En d'autres termes, notre papyrus ne représente pas 

1 La lecture du Schéma a été instituée pour répondre à l'obligation de méditer la 
Loi jour et nuit, c'est à-dire soir et matin. Naturellement on a choisi intentionnelle- 
ment ce paragraphe, ma:s l'objet essentiel de cette récitation était celui qui vient 
d'être dit. 



21 G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'œuvre d'un scribe professionnel, mais d'un amateur. Cet ama- 
teur, d'ailleurs, n'était qu'un demi-savant, et ainsi s'expliquent 
nombre de particularités. C'est par ignorance et pour mieux 
reproduire la prononciation qu'il écrit toujours aib pour ab, 
(comme dans Jérémie) wip'n pour inunp^i , qu'il adopte la 
scriptio plena (na?n, Yittnn, etc.); c'est pour avoir une idée er- 
ronée de l'ancienne orthographe qu'il emploie le n comme affixe 
pronominal de la 3 e pers. masc. sing., au lieu dei, et qu'il met 
rttt© au lieu de ittia et na au lieu de ia. 

Écrivant de mémoire, ce pseudo-scribe mêle sans cesse à la re- 
cension du Décalogue de l'Exode, qu'il reproduit en gros, des 
variantes de celle du Deutéronome. C'est ainsi que s'expliquent 
l'addition de bai ■plfcm Tpna au 4 e commmandement, de pub 
Tb ncr" 1 au 5 e , la leçon aira iy au 9 e , et en général la teneur du 10°. 
Que s'il remplace nausn av na par varan a Y» na, c'est qu'il se 
rappelle Genèse, n, 3, qui se récite tous les vendredis. Les leçons 
qui paraissent préférables à celles du texte massorétique, tarai, 
au lieu de un, l'addition de na (— ia), sont des corrections in- 
conscientes tendant à rendre la phrase plus coulante. Ce qui 
montre le mieux le peu de cas à faire de ces divergences, c'est 
ia transposition des 6 e et "7 e commandements, due évidemment à 
une étourderie. 

La variante la plus curieuse est l'addition du mot son après 
m» dans la première phrase du Schéma. Ce détail nous avait 
d'abord fait penser à une retraduction du grec, car la Septante 
porte elç Unb ; mais comme pour le reste du papyrus cette expli- 
cation serait inadmissible — il eût été impossible à un Juif 
égyptien de retrouver si heureusement l'original hébreu — , il faut 
attribuer l'insertion de ce mot am à l'une des causes susdites : le 
désir de rendre la proposition plus claire. En Palestine, nul ne se 
serait permis de pareilles libertés avec le texte et nul, surtout, 
n'aurait eu la pensée d'ajouter ce mot Nina la première phrase du 
Schéma. En effet, on avait l'usage de prolonger l'articulation du 
dalet final (baraïta,j. Berachot, 4a; b. 13&), Akiba, au dire de 
la tradition, mourut en prononçant le motina, dernier mot de la 
profession de foi israélite, toutes choses qui supposent bien que 
la phrase se terminait avec ce vocable. Mais, encore une fois, 
nous sommes en Egypte, où, sans le moindre doute, les prescrip- 
tions rabbiniques ne devaient pas toutes être en vigueur. 

S'il fallait une autre preuve du caractère, pour ainsi dire, popu- 
laire de ce papyrus, il suffirait de montrer l'absurdité de la thèse 
qui y voit un extrait du Pentateuque. Oui ou non, croit-on qu'il y 
ait jamais eu un exemplaire de la Tora où, soit dans l'Exode, soit 



UN PAPYRUS BIBLIQUE '217 

dans le Deutéronome, le Décalogue ait présenté cette forme hy- 
bride? M. Cook lui-même n'ose pas le dire nettement ; aussi bien, 
aucune version, à commencer par la Septante, n'autorise-t-elle 
une pareille conjecture. Or, si la main du scribe improvisé se ma- 
nifeste dans cette fusion des deux versions du Décalogue, quelle 
valeur accorder aux autres variantes qui émaillent notre papyrus? 
A notre avis, cette pièce, d'un très grand intérêt pour la paléo- 
graphie, n'en offre, pour ainsi dire, aucun pour la critique du 
texte biblique. Elle atteste seulement l'existence, chez les Juifs 
d'Egypte, d'une Tora où le Schéma était précédé de l'introduction 
qui se lit dans la Septante. En outre, elle montre que le choix 
du Décalogue et du Schéma, comme morceaux représentatifs du 
Judaïsme, n'était pas resté propre à la Palestine. Enfin, elle est 
la preuve de la connaissance de l'hébreu parmi les Juifs d'Egypte 
encore au n° siècle de l'ère chrétienne '. 

Au moment d'envoyer à l'impression ces quelques notes, nous 
prenons connaissance d'un article de M. F. C. Burkitt, consacré 
au même sujet [Jew. Quarterly Rerdew, t. XV, p. 392 et suiv.). 
Nous sommes heureux de nous être rencontré avec le savant An- 
glais sur le fond du litige. Ainsi s'exprime-t-il (p. 398) : « Il est 
impossible de résister à l'impression que le papyrus donne un 
texte contenant des éléments empruntés en même temps à l'Exode 
et au Deutéronome, une sorte de texte comme il a pu s'en former 
dans une œuvre liturgique, fondée à la vérité sur le Pentateuque, 
mais non une transcription directe de l'Exode ou du Deutéro- 
nome. » « Ce n'est pas la reproduction savante d'un manuscrit, 
mais un monument de religion populaire donnant un texte du Dé- 
calogue avec les difficultés grammaticales résolues » (p. 402). « Le 
texte du quatrième commandement donne une leçon plus facile ». 
M. Burkitt veut même (p. 399) que ce papyrus contienne « le culte 
journalier d'un pieux Juif égyptien vivant avant l'abolition de 
l'usage ». C'est admettre que la réforme a nécessairement passé 
de Palestine en Egypte, ce qui n'est pas démontré. 

Israël Lévi. 



1 Prétendre que le scribe aurait été un des zélateurs venus en ce pays après la 
prise de Jérusalem ou un de leurs descendants serait absurde, car celui-là n'aurait 
pas, par exemple, inséré le verset conservé seulement dans la Septante. 



LES 

DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE LA PALESTINE 

A L'ÉPOQUE ROMAINE 



La conquête de la Palestine par Pompée, en 63 avant l'ère chré- 
tienne, mit bien la Palestine, pour longtemps, sous la domination 
romaine, mais les principes de l'administration de la nouvelle pro- 
vince n'étaient, à ce moment nullement établis. Depuis la première 
conquête jusqu'à l'époque byzantine on remarque dans l'adminis- 
tration de la Palestine de réels changements, dont quelques-uns 
n'ont pas encore été exactement étudiés. Cette remarque s'applique 
surtout à la période postérieure, sur laquelle nous n'avons aucune 
source digne de foi ; quelques renseignements rabbiniques qui se 
sont conservés sur cette question n'ont pas encore été, en général, 
utilisés. 

La plus ancienne période est clairement présente à l'esprit et il 
suffira d'en esquisser le tableau à grands traits. En 63 avant l'ère 
vulgaire, la Judée devint une partie de la province de Syrie, tout 
en jouissant d'une certaine autonomie, particulièrement en ce qui 
concernait les impôts, qui étaient autrement réglés en Judée que 
dans le reste de la Syrie. Nominalement depuis 40 avant l'ère 
chrétienne, mais en fait depuis 37 seulement, la Judée fut un 
royaume sous le gouvernement d'Hérode, quoique ce prince ne 
fût, pour ainsi parler, que le procurateur de l'empereur romain 
décoré du titre de roi. A la mort d'Hérode, le pays fut divisé en 
trois parties : la Judée propre (avec Samarie et l'Idumée) échut à 
Archélaùs, qui prit le titre d'ethnarque ; la partie nord-est (Tra- 
chonitide, Auranitide, Batanée, Gaulanitide et Iturée) et la Galilée 
furent érigées en tétrarchies. Après deux ans de gouvernement, 
Archélaiis fut déposé et la Judée fut administrée par des procura- 
teurs (6-41 de l'ère vulgaire). Agrippa I réunit encore une fois 



LES DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE LA PALESTINE 219 

tout le pays sous son pouvoir (41-44), et la Judée propre fut de 
nouveau gouvernée, de 44 à 66, par des procurateurs qui, au point 
de vue militaire et judiciaire, étaient soumis au légat de Syrie. 

A la suite de la Révolution juive, la Palestine fut séparée de la 
Syrie et reçut, en 66 de l'ère vulgaire, un légat impérial dans la 
personne de Vespasien. Après la prise de Jérusalem, survenue en 
l'an TfO, la Judée ' resta encore une province distincte, c'est-à-dire 
administrée, non par un procurateur, mais par un légat, ordinaire- 
ment de rang prétorien, mais, en temps de guerre, de rang consu- 
laire. Cette situation de la Palestine dans l'Empire ne fut pas non 
plus modifiée par la guerre de Bar-Cochba, de sorte que la Pales- 
tine figura pendant cent ans environ comme une province indé- 
pendante de l'empire romain. 

Les incertitudes touchant la situation de la Palestine ne com- 
mencent que sous Marc-Aurèle. Après la guerre parthique (162- 
165) Marc-Aurèle abandonna le gouvernement de « toute l'Asie » à 
Avidius Gassius 2 . Comme Avidius Cassius, qui prit plus tard le 
titre d'empereur, eut aussi à réprimer une révolte en Egypte, 
Borghesi 3 croit qu'il n'aurait pas pu le faire s'il n'avait pas gou- 
verné aussi la Palestine placée sur son chemin ; il faut donc que 
la Palestine ait été rattachée à ce moment à la Syrie. Cela résulte 
aussi, d'après Borghesi, de ce qu'Hérodien (livre II, en. 7) dit for- 
mellement de Pescennius Niger, qu'il administrait toute la Syrie et 
que c'était, dans les troubles d'alors, une fonction importante, car 
la Phénicie aussi, ainsi que toute la contrée jusqu'à l'Euphrate, lui 
était soumise. 

Pour donner une idée delà rigueur de fer de Pescennius Niger 4 , 
son biographe rapporte de lui le trait suivant. Comme, près de 
l'Egypte, les soldats de la frontière lui demandaient du vin, il ré- 
pondit : Vous avez le Nil et vous demandez du vin ! Lorsque les 
Palestiniens le prièrent d'alléger leurs impôts trop lourds, il répon- 
dit : Vous voudriez voir vos champs allégés du poids de l'impôt; 
je voudrais, moi, imposer l'air même que vous respirez s ! Le plus 
simple, ici encore, est d'expliquer le passage comme si Niger, dont 

1 La question si le terme officiel était Judée ou Palestine sera examinée plus loin. 

* Dion Cassius, LXXI, 3 : tov (xévtoi Kacraiov 6 Màpxo; Trj; 'Aai'a; à7ià<jr,ç £7UTpo- 
iTôusiv èxé).euaev. 

3 Œuvres complètes de Bartolomeo Borghesi, Paris, 1865, IV, 16i : « Il governo di 
Avidio confinava coll 1 Egitto, e quindi accorse a reprimere la sedizione dei Bucoli, il 
che non avrebbe potuto tare se non avesse avuto sotto la sua giurisdizione l'interme- 
dia Palestina. » 

k Sur la situation des Juifs sous Pescennius Niger, v. Graetz, Geschichte derluden, 
3° éd., IV, 208. Sur fcn^N, dans B. Meçia, 46 b, qui ne signifie pas : monnaie de 
« Niger ., cf. Lehnwôrter, II, 63. 

8 Spartien, Pescennius, ch. vu. 



220 REVUE DES ETUDES JUIVES 

les soldats se trouvaient à la frontière de l'Egypte et qui avait 
affaire avec des Palestiniens *, administrait naturellement la Pales- 
tine en même temps que la Syrie ; mais Borghesi ne tire pas cette 
conséquence, il se contente d'admettre que la domination de Niger 
s'étendait jusqu'à la branche pélusiaque du Nil. Même de cette in- 
terprétation il résulte, pour l'administration de la Palestine, que 
la province de Syrie comprenait, pour le moins, tout le littoral de- 
puis Sidon jusqu'à Péluse et, par conséquent, que les villes phéni- 
ciennes et helléniques étaient séparées de la Palestine. Toutefois, 
Borghesi admet pour une autre raison la réunion de la Palestine 
à la Syrie; une inscription 2 qu'il place à l'époque de Commode 
(180-192) parle de M. Cornélius Nigrinus Curiatius Maternus 
comme d'un légat de « toute » la Syrie, terme qui correspond à 
l'expression d'Hérodien « toute la Syrie » (Supia â7rà<7^) , qu'il ne faut 
donc pas changer en Cœlé-Syrie. Le partage de la grande province 
de Syrie est, d'après Borghesi, l'œuvre de Septime-Sévère (193- 
211) et il fut inspiré non pas tant par le désir de punir la capitale 
Antioche 3 , qui s'était donnée à Pescennius Niger, que par la judi- 
cieuse considération politique qu'il n'était pas bon de mettre entre 
les mains d'un seul tout l'empire de l'Orient. Tertullien connaît ce 
partage quand il dit que Damas fut réunie à l'Arabie 4 , mais qu'au- 
paravant, lors du partage de la Syrie, elle appartenait à la Syro- 
phénicie*. Le titre de « Syria » disparaît à ce moment et est rem- 
placé par « Syria Cœle » et « Syria Phœnices », et la Palestine 
faisait partie de cette dernière province. Borghesi le prouve par 
ce fait que Dion Cassius, parlant des pays qui ont leurs propres 
préfets (III, 12), cite seulement la Cœlésyrie et la Phénicie, mais 
non la Palestine- 

Différente est l'interprétation de Tillemont ; d'après lui, malgré 
la division en Cœle Syria et en Syria Phœnices, toute la contrée 
était administrée par un seul légat. Tout autre encore nous appa- 
raît la position de ces provinces d'après l'interprétation deKuhn 6 , 

1 A la vérité, Spartien dit seulement « Palaestinis rogantibus », mais il est pro- 
bable que c'est bien les Juifs qu'il a en vue; cf. Graetz, op. cit., 207. On peut re- 
marquer que les anciens auteurs évitent çà et là le nom de « Juifs » ; c'est le cas, par 
exemple, d'Appien, Bell, civ., V, 75, qui fait d'Hérode le roi des Iduméens et des 
Samaritains et ne nomme pas les Juifs. 

* Muratori, p. 343, 1 : LEG. AUG. PR. PR. PROVINC... CUNC[tae] SYRIAE. 

3 Déjà Adrien voulut séparer la Phénicie de la Syrie, « ne tôt civitatum metropolis 
Antiochia diceretur » (Spartien, Adrien, ch. vin), mais son projet ne fut pas exécuté. 

4 La province d'Arabie fut organisée par Trajan en 105. 

5 Tertullien, Adversus Marcionem, III, 13 (inexactement dans Borghesi : Adversus 
Judœos, ch. ix) : « Damascus Arabiae deputabatur, antequam transcripta esset in 
Syrophoenicen ex distinctione Syriarum. » 

Kuhn, Die stàdtische und bùrgerliche Verfassung des romischen Reiches lis auf 
die Zeiten Justinians, Leipzig, 1865, II, 197 et s. 



LES DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE LA PALESTINE 221 

à laquelle se rallie aussi Marquardt *. D'après ce dernier, chaque 
province, même sous Avidius Cassius, qui fut placé à la tête de 
'« toute l'Asie », avait son propre gouverneur. Marquardt démontre 
par des textes que la Palestine resta tout le temps une province 
indépendante et qu'elle est mentionnée comme telle ; il est exact 
notamment que la ville de Néapolis (Sichem), à l'époque d'Antonin 
le Pieux et jusqu'à Alexandre Sévère (mort en 235), se nomme sur 
ses monnaies, donc officiellement : <î>Xaoi>(a NedbroXi; Sypiaç LTaXa^- 
Tiv-Tiç 2 , et de même Tibériade, tandis que Gésarée 3 s'appelle encore 
plus tard « metropolis provincise Syrise Palsestinse ». Nous con- 
naissons aussi nommément quelques gouverneurs de Palestine à 
cette époque, tels : Erucius Clarus 4 , puis Ulpius Arabianus s , plus 
tard, sous Gallien (vers 261), Achaeus 6 , Flavianus en 303 7 ,Ur- 
banus sous Dioclétien, en 304, et son successeur Firmilianus sous 
Constantin en 308 s . Il y avait donc à côté l'une de l'autre la 
Syria Magna (appelée aussi, à cette époque, Syria Cœlë), la Syria 
Phœnices et la Palaestina. Ce qui nous importe surtout, c'est que 
la Palestine resta une province distincte. J'en puis donner une 
preuve frappante tirée du Midrasch. 

Les mots de Gen., xl, 54 : « il y eut famine dans tous les pays », 
où "pan baa s'oppose à l'Egypte et qui ne peut, par conséquent, 
désigner que le pays de Canaan, sont expliqués comme suit par un 
Midrasch anonyme 9 : ^naobam ara-pai arpasa matT» îabtzn, « dans 
trois pays : en Phénicie, en Arabie et en Palestine ». Cette re- 
marque est sûrement fondée sur la nomenclature officielle usitée 
sous l'Empire. Nous ne possédons malheureusement aucun indice 
qui nous permette de déterminer la date de ce passage, mais la 
mention des trois provinces milite clairement, à elle seule, pour- 
une époque postérieure à Septime Sévère, car c'est seulement alors, 

1 Marquardt, Rômische Staatsverwaltung, Leipzig, 1873, I, 263. 

2 Mionnet, Description des monnaies antiques, V, 500-506 ; Schûrer, Geschichte des 
jûdischen Volkes itn Zeitalter J. Chr., 3 e éd., II, 173. 

3 Voir mon article dans iajewisk Encyclopedia. 

* riyejxtov 'lovoatocç àvxKTTpàxriYo;, sur une inscription d'Ephèse, dans Waddington, 
Inscriptions grecques et latines, n°1842<s. 

5 Inscription d 1 Amastris, CI. G., n<> 4151. Marquardt suppose qu'Ulpianus fut légat 
vers 196. 

6 Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VII, 15. Il y est question du martyre d'un chré- 
tien nommé Marinus, êv Kaisapcîa xvjç ïlaXaisTivyiç, et le juge (oixacroç) fut Achaeus. 
Comme il avait droit de vie et de mort, ce devait être le gouverneur. 

7 Eusèbe, De martyribus Palestince , proœmium : riyeTxo u-èv <ï>Xaêiavo; toû tû>v 
naXouGTtvùiv sôvou;. Si Eusèbe parle de plusieurs Palestines, c'est qu'il y est entraîné 
par la nomenclature postérieure. 

8 Eusèbe, op. cit., 8, 9, 11 ; il l'appelle •fjy oup.£voç. 

9 Genèse Rabba, xc, 6. Ce passage manque dans toutes les autres compilations mi- 
draschiques, et cela même montre que ce Midrasch l'emporte pour l'authenticité sur 
toutes les autres compositions midraschiques. 



222 REVUE DES ETUDES JUIVES 

à partir de 198 à peu près, qu'il y eut une province indépendante 
de Phénicie. L' « Arabie » existait depuis 105 et le Midrasch nous 
apprend que la Palestine formait également une province distincte : 
cette assertion ne doit plus être révoquée en doute. 

Si le Midrasch ne mentionne pas en même temps la Cœlésyrie, 
c'est une preuve précisément du crédit que mérite ce texte, car 
l'auteur en question doit sans doute avoir su que par « Cœlésyrie » 
on comprenait aussi à cette époque la Syrie propre, c'est-à-dire la 
Syria Magna, qu'il était impossible de compter avec le pays de 
Canaan, tandis que l'Arabie pouvait fort bien, en un certain sens, 
être comptée avec la Palestine. Il est surprenant que l'auteur com- 
mence par la Phénicie et finisse par la Palestine, alors que sous la 
plume d'un Juif, surtout quand il est question de la disette qui sé- 
vissait dans le pays de Canaan, on aurait plutôt attendu la Pales- 
tine en premier lieu. Peut-être l'auteur de ce Midrasch vivait-il à 
Tibériade ou dans une autre localité de la Galilée , , où, après la 
guerre de Bar-Cochba, se concentra toute la vie juive, et qui était 
peut-être réunie à la province de Phénicie, — supposition que l'on 
ne peut, il est vrai, démontrer pour cette époque, mais que rien 
non plus n'infirme ; on s'expliquerait ainsi la première place 
donnée à la Phénicie. 

Nous ne savons pas si la division politique de la Palestine a 
exercé quelque influence sur les Juifs de ce pays ; en tout cas, 
quelques passages du Talmud et du Midrasch devraient être exa- 
minés à ce point de vue. Je crois que l'indication des frontières de 
la Palestine, qu'on trouve si souvent dans la littérature rabbi- 
nique, procède de la division romaine ; quand, par exemple, dans 
le Pseudo- Jonathan sur Nombres, xxxiv, 12, le ïaurus Amanus 
représente la limite septentrionale de la Palestine, ou quand Aulse 
de Cilicie (^pb^pT Dbna, ibid., verset 8) 2 est indiqué comme point 
frontière, c'est sans doute aux limites de la province romaine de 
Syrie qu'on songe, et les limites de la Syrie étaient, en quelque 
façon, les limites de la Palestine. 

L'organisation de l'Église chrétienne se plia rapidement au 
cadre de la division politique. A la vérité, la nomenclature offi- 
cielle n'est pas toujours conservée par les auteurs chrétiens; ainsi 
Eusèbe {Hist. ecclés., V, 25) distingue les évêques de Tyr et de 
Ptolémaïs, c'est-à-dire de Phénicie, de ceux de Palestine, et cela 
à propos de la controverse pascale qui eut lieu vers 190, alors qu'il 

1 Toutes les œuvres midraschiques ont conservé, ad loc, l'indication donnée par R. 
Juda que la récoite de Tibériade fut emmagasinée à Tibériade, celle de Sepphoris à 
Seppboris ; ainsi on songeait avant tout à la Galilée. 

* Voir sur ce nom Lehntvôrter, II, 15. 



LES DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE LA PALESTINE 223 

n'y avait pas encore du tout une province de Phénicie *. Mais, in- 
dépendamment de ces inexactitudes, nous trouvons toujours chez 
les auteurs chrétiens la nomenclature officielle. Dans les années 
231-232 saint Jérôme (Epîtres, xxxiii, 4) parle d'un acte des 
évêques de Palestine, d'Arabie et de Phénicie-, nomenclature tout 
à fait officielle. Origène, qui vivait à Césarée, fait, en 215, un 
voyage auprès du gouverneur romain d'Arabie (Eusèbe, Hist. 
ecclés., VI, 19); pareillement beaucoup de Juifs delà Judée propre 
peuvent souvent avoir eu affaire avec le gouverneur romain de la 
province voisine d'Arabie ; aussi la mention de cette province dans 
le Midrasch précédemment cité ne doit-elle pas nous étonner. 

Un passage midraschique, remarquable à plus d'un titre, nous 
fournit encore des renseignements plus détaillés sur la division 
politique delà Palestine. Dans Echa rabba sur i, 5, on lit : « Pen- 
dant trois ans et demi Vespasien investit Jérusalem et il avait avec 
lui quatre généraux (« duces ») : le dux d'Arabie, le dux de Phé- 
nicie, le dux d'Alexandrie et le dux de Palestine. » Au sujet du 
dux d'Arabie deux Amoraïm sont en désaccord : d'après l'un, il 
s'appelait Kilos (oiVp), d'après l'autre Pangar (-iros). 

En reproduisant ce texte, j'y ai en même temps apporté une 
correction, car au lieu du dux d'Afrique, leçon des textes vul- 
gaires, l'édition de Buber (page 33 de la pagination hébraïque) porte 
dux de Phénicie (np^îd^ DTDTr), et cette lecture est naturellement 
la seule exacte, tant à cause du passage précité de Genèse rabba 
que pour des raisons de fond. Par contre, le texte de Buber con- 
tient une leçon qu'il faut résolument rejeter, à savoir : dux de 
Sébasténé 3 , car Sébaste, c'est-à-dire Samarie, n'ayant été, à 
aucun moment de la domination romaine, une province à part, ne 
peut pas figurer dans le contexte du Midrasch. Dans cette leçon la 
Palestine occupe la quatrième et dernière place, ce qui est encore 
analogue au passage de Genèse rabba; l'édition de Buber met en 
dernier lieu Alexandrie. 

Nous parlerons plus tard d'autres inexactitudes de ce texte. A 
présent nous voudrions nous demander si ce récit midraschique 
est fondé sur quelque fait, s'il recouvre un fond de souvenirs his- 
toriques. 

Ce qui nous reporte tout de suite dans un milieu historique, c'est 

1 Eusèbe a employé, par anachronisme, la nomenclature postérieure, ou bien sa di- 
vision est non pas politique, mais provinciale, si Ton peut dire, et, à ce point de vue, 
il n^st pas douteux que la Phénicie soit distincte de la Palestine. 

8 « Damnatur Origines a Demetrio episcopo, exceptio Palaestinae et Arabiae et 
Phœnices atque Achaiae sacerdotibus. » 

3 "O^m^O ne peut être rendu que par EsêasxrivYj, bien que je ne trouve nulle part 
cette désignation. 



22 i REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la donnée que la guerre en question ' a duré trois ans et demi, ce 
qui concorde parfaitement avec ce qui est dit, dans les sources 
non juives, de Bétar et de la guerre de Bar-Cochba -. Par contre, 
la mention du dux d'Arabie nous replace tout à fait dans le second 
siècle, car c'est seulement en 105, comme nous l'avons dit, que la 
province d'Arabie fut organisée. Or, clans le cours du récit c'est 
précisément le dux d'Arabie qui joue un plus grand rôle que les 
autres gouverneurs, car non seulement on nous donne son nom, 
mais de plus on raconte qu'il rivalisa de fines sentences avec R. Yo- 
hanan b. Zaccaï devant Vespasien et que plus tard il fut cause 
de la conservation du mur occidental 3 du temple, ce pourquoi 
il fut condamné à mort par Vespasien. Ces détails sont séparés du 
récit principal par un grand intervalle, je ne les regarde donc pas 
comme historiques ; mais il me paraît certain que le dux d'Arabie, 
qui est nommé en premier lieu, dont on cherchait encore à savoir 
le nom et au sujet de qui on rapporte ces détails, a joué dans la 
guerre un rôle prépondérant. 

Or, nous savons en effet que la III e Cyrénaïque, qui, depuis 
Trajan, formait la garnison de la province d'Arabie nouvellement 
formée et dont une partie stationnait à Jérusalem en 116 4 , prit la 
plus grande part à la guerre 5 . Il va sans dire que dans cette guerre 
furent aussi engagées les troupes établies en Palestine, comme la 
X° Fretensis, et c'est ainsi que s'explique la présence, dans le 
Midrasch, du dux de Palestine. Sur le rôle du dux d'Alexandrie 
(désignation inexacte en elle-même, car il faudrait en tout cas dux 
d'Egypte), je n'ai pas de renseignements historiques 6 , mais je con- 
jecture qu'Alexandrie est nommée à cause d'une phase antérieure 
de la guerre, où Adrien réduisit à l'obéissance les Juifs d'Alexan- 
drie soulevés 7 , à la suite de quoi ses généraux reculèrent en Pa- 
lestine pour y soumettre les révoltés. Il est seulement difficile de 
comprendre comment le dax de Phénicie peut être nommé dans 

1 Û5Ï3T*)" 1 PiS rppn est une expression inexacte pour désigner toute la guerre. Cf. 

ïïcu Habba, n, 2 : nmnb ncnp diïn^^n Eppn mtran d^ta »?©. 

2 Seder Olam rabba, éd. Neubauer, p. 66, éd. Ratner, p. 145 : N2^Tld *p n!3ftbm 
Ï1!£n?21 Û^jTZ) ©blD ; il est vrai que dans quelques éditions on lit : n^rnsi Q^jTD ^ZMÛ, 
mais la première date seule est exocte ; v. Schûrer, op, cit., 3 e éd , p. 6~0, et mon 
article Bar-Cochba dans la Jewibh Encyclopedia. 

3 Dans le texte il est question à proprement parler de la porte occidentale (^b^S 

4 Nachrichten des deutschen Palaestina-Vereins, 1895, p. 21 et s. 

5 Darmesteter dans Revue des Études juives, I, 42-49; Schûrer, op. cit., I, 687, 
note 116. 

6 Peut-être faut-il lire BPSiaStf au lieu de &n*l!30db8i de sorte ( I u ' il s'agirait 
de la Syrie. 

7 Le Sjncelle : 'Aoptavo; lovoaîov; xarà 'A).si|avopéwv aTaffiâÇovToci êy.6).a<y£v. 



LES DJVJSIONS ADMINISTRATIVES DE LA PALESTINE 225 

ces conjonctures, alors que la province de Phénicie n'existait pas 
encore à cette époque. Assurément on se tirerait d'affaire ici 
aussi avec le prétexte commode qu'on a employé une dénomina- 
tion postérieure; mais le contenu historique du passage, plu- 
sieurs fois confirmé, nous interdit de songer à une phrase inu- 
tile. Toutefois la flotte syrienne 1 eut aussi à intervenir dans 
la guerre de Bar-Cochba et elle stationnait, naturellement dans 
les ports de la côte phénicienne, de sorte qu'on pourrait aussi, 
en un sens un peu différent, parler du dux de Phénicie, dési- 
gnation qui, à la vérité, n'était pas officielle, mais qui pouvait 
bien être employée pour indiquer une province. J'admets donc 
que le passage de Echa rabba ne s'occupe pas, ainsi que le 
dit littéralement le texte, de la guerre de Titus, mais de celle 
d'Adrien 2 . 

Si l'on pouvait identifier le nom du gouverneur d'Arabie men- 
tionné, ce résultat jetterait une vive lumière sur le récit tout 
entier. Mais les Amoraïm 3 ne connaissent plus eux-mêmes ce 
nom exactement, car ils sont en désaccord sur ce point et, pour 
comble de malheur, le texte qui porte les noms est tout à fait in- 
certain. Le texte vulgaire porte Kilos et Pangar ; dans celui de 
Buber, le premier nom est écrit Julius 4 et le second Abgar 3 . 
J. Derenbourg 6 a donné de ces deux noms une explication ingé- 
nieuse assurément, mais déjà viciée par le fait qu'en ce qui con- 
cerne Kilos, elle repose sur un texte corrompu. Quand même 
nous aurions dans Julius et Abgar les formes exactes, ce qui est 
loin d'être établi, nous ne pouvons pas affirmer que nous ayons 
affaire à des noms historiques, parce qu'il ne nous est pas possible 
d'en identifier les porteurs avec des personnages connus autre- 
ment. Mais il ne faut pas non plus rejeter ces noms, car la liste 

1 « Classis syriaca », C.7.Z., VIII, n* 8934. 

s Vespasien se trouve souvent dans le Midrasch, par erreur, pour Adrien, et inver- 
sement ; v. ma remarque dans EEJ, XXX,211, note 5, et dans la revue Jérusalem, 
VI, 13. Les événements de 70 et ceux de 135 sont très souvent confondus par les 
rabbins; aussi ne faut-il pas s'étonner de ce que « Jérusalem > se trouve ici pour 
« Bétar ». Cf. Sachs, Beitrâge, I, 113; Kohut, dans JQB, III, 350, et J. Perles, 
dans Monalssckrift, 1893, p. 358. 

3 Ainsi le récit ne date pas des Tannaïtes, il n'est donc pas contemporain des évé- 
nements. 

* Db"W (lisez ob^N; ne peut être que « Julius » ; cf., Lehmvorter, II, 20, oblN, que 
je transcris 'I6X>aç. 

5 Dans Buber aussi t "|à73tt, mais c'est la même chose ; "IJQN se trouve aussi chez 
Saadia, Proverbes, éd. J. Derenbourg, Paris, 1891, p. 156. 

G HEJ, XIX, 148, en se fondant sur la citation de Saadia sur Prov., xxvr. 19; 
d'après lui, Olb^p serait « Kaïl >, titre des princes chez des tribus nabatéennes, et 
"IJiSÎÎ est le nom connu Abgar, fameux surtout pour avoir été porté par le roi d : Edesse 
qui aurait correspondu avec Jésus. 

T. XLVI, N° 92. 13 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

des gouverneurs d'Arabie nous est trop peu connue 1 pour que 
nous puissions en excepter Julius et Abgar -. 

C'est une question, au surplus, si par le mot dux du Midrasch 
il faut véritablement comprendre le gouverneur. En plusieurs 
passages de la littérature rabbinique le mot didti, si fréquent, ne 
désigne certainement pas le gouverneur, mais un général haut 
placé quelconque 3 ; cependant, dans le passage de Echa rabha, 
où chaque province a « un » dux, ce dux est à coup sûr 
le gouverneur. Le mot a le sens politique de gouverneur depuis 
l'époque de Septime Sévère 4 , et notre passage doit dater d'un 
siècle environ plus tard. Le terme correspond tout à fait à la no- 
menclature officielle de l'époque postérieure, car dans la Notitia 
dignitatum, liste officielle des fonctionnaires politiques composée 
vers 400, on parle assez souvent du « dux Palestine » et du « dux 
Arabise 5 » et cela reste ainsi pendant toute l'époque byzantine ; 
ainsi le dux Palestine est mentionné par Jean Moschus, ch. xlix, 
par Théophane en l'année 22 d'Anastase, le dux d'Arabie, dePhé- 
nicie et de Mésopotamie encore par Théophane en l'an 2 de Justi- 
nien, tous passages qui se trouvent dans Du Cange, Glossar* 
Grœc, et auxquels on en peut ajouter un autre de Cyrillus 
Skythopolitanus dans la Vita Sancli Sahœ , ch. lvi, où on 
nomme un certain Olympios qui avait le « duché » de la Palestine 
(xbv oouxoctov syovxa IlaXatffTiv^ç). Dans toutes ces citations, le dux 
d'Arabie apparaît à côté du dux de Palestine, tout comme dans 
le Midrasch ; ces deux provinces auront été, à l'époque byzan- 
tine, effectivement assimilées, en toutes choses, l'une à l'autre. 

La participation des troupes romaines d'Arabie à la guerre de 
Bar-Gochba nous amène encore, ce me semble, à reconnaître 
pourquoi les rabbins s'expriment avec tant de haine sur le 
compte de Palmyre. Palmyre fut probablement occupée par les 
Romains, en l'an 106, en même temps que Pétra et Damas 6 et, 
selon toute apparence, jointe à la province d'Arabie. Adrien 
visita la ville en 129, c'est-à-dire immédiatement avant que la 
guerre de Bar-Gochba eût éclaté, et, à partir de ce moment, cette 
ville devint comme un point d'appui de la domination romaine 
en Orient. La III e Oallica y tenait garnison 7 , et il y a des indices 

1 Statilius Ammianus, que Marquardt ne cite pas, nous est connu par des inscrip- 
tions ; v. Zeitschrift des deutschen Palaestina-Vereins, 1888, XI, 42. 

2 Peut-être l'un de ces noms désigne-t-il Julius Severus, le célèbre légat de Syrie. 

3 Voir Krauss, Lehnwôrter^ II, 188. 

4 Duruy, Histoire des Romains, 1883, VI, p. 49, note. 

5 Ed. Boecking, Orient., I, 78 et 81. 

6 Marquardt, o_p. cit., p. 255. 

7 Nous ne le savons, il est vrai, que par la Notitia Dignitatum, mais comme il y 



LES DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE LA PALESTINE 227 

que cette légion participa à la guerre contre les Juifs *, en sorte 
que les Juifs pouvaient croire, en quelque façon, que c'était Pal- 
myre qui leur avait fait la guerre. 

La plus ancienne autorité qui proclame la haine de Palmyre 
n'est rien moins que Rabin, c'est-à-dire Juda I, qui vivait im- 
médiatement après la guerre de Bar-Cochba et dont le Midrasch 
dit formellement qu'il avait de fidèles souvenirs au sujet de la 
destruction 2 . A propos des mots : « Ta descendance conquerra les 
portes de ses ennemis » (Gen., xxn, 17), Rabbi remarque 3 qu'ils 
désignent Palmyre, et d'autres rabbins prononcent des paroles 
pleines d'animosité contre cette ville 4 . Cette haine ne peut pas 
avoir son origine dans les événements qui se passèrent sous Ode- 
nath et Zénobie (dont les Juifs eurent d'ailleurs à souffrir), car 
Juda I vivait presque un siècle auparavant, mais ce sentiment 
s'explique fort bien si nous songeons à la guerre de Bar-Cochba, 
car, outre la III e Gallica, qui tenait garnison à Palmyre, les ha- 
bitants de cette ville auront sans doute pris part à la lutte contre 
les Juifs comme auxiliaires. Au contraire, lorsqu'Aurélien com- 
battit Zénobie, les Romains avaient aussi dans leur camp devant 
Emèse, entre autres troupes, des Syriens, des Phéniciens et des 
Palestiniens 5 , et il est en tout cas intéressant d'apprendre que 
ce furent les Palestiniens, armés d'une façon spéciale, qui déci- 
dèrent la victoire en faveur des Romains. Ainsi les Palestiniens, 
encore que ce ne fussent pas précisément des Juifs, ont rendu 
aux Palmyréniens la monnaie de leurs méfaits, et c'est ainsi que 
plus d'un Amora, en exprimant la haine de Palmyre et en parlant 
de sa ruine, peut avoir eu précisément en vue cet événement. Pour 
notre sujet, il résulte des paroles de Zosime que, vers 273, on 
distinguait officiellement la Syrie, la Phénicie et la Palestine, et, 
naturellement, il y avait en même temps l'Arabie. La ville de 

eut stabilité, pendant quelques siècles, dans l'organisation militaire de la Palestine et 
de l'Orient, nous pouvons considérer le fait comme vrai pour l'époque antérieure 
aussi. 

1 Schùrer, op, cit., I, 688. 

2 Dans Echa Rabba sur n, 2, on lit : « Rabbi est proche de l'époque qui suivit la 
destruction. » Par « destruction » ( l p'"nt"î) la source comprend sans doute la destruc- 
tion sous Titus, mais nous avons le droit de songer à la guerre de Bar-Cochba, car 
certaines des paroles de Rabbi reflètent sûrement cette époque. 

3 Genèse Rabba, lvi, 11 (ces paroles ne se trouvent pas dans les passages parallèles). 
R. Yohanan oit : « Heureux celui qui voit la ruine de Palmyre! » (j. Taanit, iv, 
69 b\ Echa Rabba sur n, 2, etc.). R. Yohanan dit qu'on peut accueillir les prosélytes 
de Palmyre (Yebamot, 16 b). 

* De même, R. Yohanan, R. Youdan et R. Houna (v. les passages dans la note 
précédente]. 

8 Zosime, I, 52, éd. Bonn, p. 46 : Suvdcu.etç... âx Supia; xac <ï>oivtxY)<; xaîÏÏaXat<mvY]ç.., 
Les Palestiniens étaient armés de masses et de barres (xopvvat, pôrcaAa). 



22S REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Palmyre appartint longtemps à la Syrie phénicienne, puis, à 
partir de Dioclétien, à la Phénicie du Liban (Phœnicia Libanesia). 
Sous Dioclétien, qui fut trois fois en Syrie, ce pays et les pro- 
vinces voisines subirent un changement considérable, car la di- 
vision politique que nous allons indiquer maintenant remonte, 
sinon peut-être entièrement, du moins dans ses lignes essen- 
tielles, à Dioclétien *. 

1. Syria prima, avec un « consularis » 2 , et les villes d'An- 

tioche , Séleucie , Laodicée , Gabala , Paltos , Bérée , 
Chalcis. 

2. Syria secunda, avec un « praeses :i », et les villes d'Apamée, 

Epiphanie, Aréthuse, Balanée, Raphanse, Séleucobélos. 

3. Augusta Euphratesia*. 

4. Phœnice 5 , avec « consularis », et les villes de Tyr, Ptolé- 

maïs, Sidon, Béryte, Byblos, Bostrys, Triplis, Arcse, 
Arados, Panéas. 

5. Phœnice Libanesia, avec un « praeses ». Villes : Emèse, Lao- 

dicée 6 , Héliopolis, Abila, Damas, Palmyre. 

6. Palaestina prima, avec un « consularis ». Villes : Césarée, 

Diospolis, Azotos, Aelia Capitolina (Jérusalem) 7 , Néa- 
polis, Sébaste, Ahthédon, Joppé, Gaza, Ascalon. 

7. Palaestina secunda, avec un « praeses », et les villes de Scy- 

thopolis, Gadara, Antioche « ad Hippum », Tibériade, 
Gabae. 

Il est facile de déterminer le domaine de chaque province grâce 
à l'indication des villes qui en faisaient partie. Pour le domaine 

1 Les indications précises qui suivent sont tirées du Synecdemus d'Hiéroclès (recen- 
sion de Burckhardt, Leipzig, 1893). Hiéroclès vivait au vi e siècle. 

2 De même en grec xovaouXàpioç, distinct de ^ysucov = praeses. Dans le langage 
rabbinique, *p733;i seul a acquis droit de cité, mais non praeses ; seul, le mot praesi- 
dia s'y retrouve fréquemment; voir mon article dans Mafjazin fur die Wissenschaft 
des Judcnthums, XIX, 227, et Lehnwôrter, II, 483. 

3 Le praeses avait également le droit de vie et de mort (« jus gladii »). 
k Cette province ne nous intéresse pas. 

5 Ou : Phoenicia maritima, 4>oivixy] 7ràpaXoç. 

6 C'est Laodicée-sur-Mer. Les Juifs de cette ville avaient des libertés (Josèphe, 
Antiquités, XIV, x, 20) ; Hérode fit construire pour les habitants un aqueduc (Guerre 
juive, I, xxi, 11). Laodicée appartenant à un autre gouvernement, on comprend que 
R. Ismaël b. R. Yosé ait pu s'enfuir à Laodicée, de même que son père s'était, en 
son temps, enfui en • Asie • (Baba Meçia, 84 a). 11 existe aussi une ville appelée Lao- 
dicée du Lycus (êrcl tw Auxoj) en Phrygie, qui était également habitée par de nom- 
breux Juifs. 

7 Aelia était le nom de Jérusalem employé exclusivement dans les cercles officiels 
et de préférence à tout autre dans les cercles ecclésiastiques. Dans le préambule des 
actes du Concile qui se tint à Jérusalem en 536, on lit : èv xoXwvia AlXi'a [xï)Tpo7r6),ei 
tri xai 'Ispo<7o) t u[Aoi? ; v. Kuhn, op. cit., II, 358. 



LES DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE LA PALESTINE 229 

de l'ancienne Judée, c'est la province Paleslina prima qui y ré- 
pond le mieux ; il faut y ajouter la province d'Arabie qui fut plus 
tard divisée en deux parties, dont la méridionale figure aussi 
comme Palaestina tertia*. 

Un décret de Théodose 2 , qui touche de très près les Juifs, pa- 
raît dire qu'il n'y avait de synedrion juif que dans deux provinces 
de la Palestine. Gothofredus, l'éditeur du Gode théodosien, croyait 
que la Palaestina iertia n'avait pas de synedrion, ce qui est diffi- 
cilement concevable, car de deux choses l'une : ou bien il s'agit 
du synedrin suprême, qui, à cette époque, avait, sans doute, son 
siège à Tibériade, mais alors il n'y en avait qu'un seul 3 ; ou bien 
ce sont des collèges savants subalternes qu'on a en vue, et, de ces 
institutions, il s'en trouvait partout où des Juifs demeuraient et 
particulièrement dans les contrées limitrophes de la Palestine, 
et, dans ce cas, on ne comprend plus pourquoi l'ordonnance 
impériale n'indique que deux provinces de Palestine comme en 
étant le siège. Encore qu'il soit difficile d'admettre une expres- 
sion inexacte dans un acte officiel (comme c'est le cas pour le 
décret impérial), je crois qu'ici, c'est le seul expédient possible. 
L'existence d'une Palaestina tertia, ou, comme on l'appelait en- 
core, Palaestina salataris*, était, en effet, souvent ignorée. On 
ne prenait pas à la lettre la séparation de ces provinces Tune 
de l'autre ; le dux d'Arabie a sous ses ordres des troupes qui 
stationnent dans la Palaestina salutaris ; des troupes de cette der- 
nière province obéissent au dnx de la Palaestina prima 5 , ce qui 
veut presque dire que la Palaestina tertia n'était pas administrée 
comme une province indépendante. Eusèbe, en deux endroits, fait 
dépendre Pétra, la capitale de l'Arabie méridionale, simplement 
de la Palestine ; c'est encore lui qui désigne les mines de Phénon 
comme étant situées en Palestine. Au concile de Nicée, Févêque 
d'Aïla, c'est-à-dire Aïlon, sur la mer Rouge, figure comme évêque 
de Palestine. Kuhn (II, 3*79) voit là un anachronisme, mais ce 
n^est pas se tirer d'affaire, car même alors on attendrait l'addi- 
tion : Palaestina « tertia ». Il semble donc que le nom de Palaes- 
tina tertia n'ait pas, si l'on peut dire, acquis véritablement droit 
de bourgeoisie, ce qui résulte aussi du fait qu'il a été aussitôt 

1 L'Arabie fut divisée, au m e siècle, en deux provinces, avec Bostra et Pétra pour 
capitales. Cf. Procope, De aedificiis, V, 8 : èv os tî] 7rà).ai fj.èv 'ApaSca, \vv Se Hc/.\ot.i<j- 
tivy} xpixY] xaXouyivY] x^P a f^ v ëpY](Jioç stcï [xaxpov xaTaTSivei... Le l'ait que cette pro- 
vince est en bonne partie un désert peut avoir contribué à la rendre peu connue. 

2 11 s'agit de Théodose II (408-450). 

* Le texte, qui porte synédrions au pluriel, s'oppose à cette interprétation. 

* Nous en parlerons encore plus loin, 
s Kuhn, op. cit., II, 387. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

remplacé par celui de Palaeslina salutaris*. Aussi cette province 
est-elle seulement indiquée, mais non formellement désignée, dans 
le décret impérial de 429 : « Judseorum Primates, qui inutriusque 
Palaestinse synedriis nominantur vel in aliis provinciis degunt, 
qusecunque post excessum Patriarcharum pensionis nomine sus- 
cepere, cogantur exsolvere 2 . » 

Sur les rapports du gouverneur romain de la Palestine avec le 
plus haut dignitaire du judaïsme, le patriarche, nous possédons 
un précieux renseignement de saint Jérôme (Epistola ad Pama- 
chium) 3 . Hésychius, un Grec à en juger par son nom, avait fait 
enlever par un secrétaire ses papiers au patriarche Gamliel. 
Théodose I condamna ce gouverneur à la peine capitale. Graetz 
(3° édit, IV, 450) place ce fait vers 380 et voit dans le pa- 
triarche Gamliel V, fils de Hillel IL Je laisse sans solution la ques- 
tion chronologique, ne pouvant tirer des quelques mots de saint 
Jérôme tous les renseignements désirables ; par contre, je crois 
bien que ce passage éclaircira quelques points d'ordre adminis- 
tratif. Hésychius, qui était « vir consularis », se montre, par cela 
même, comme le gouverneur de la I re Palestine ; mais le patriarche 
Gamliel nous est connu, au commencement du iv e siècle, en Ga- 
lilée seulement, plus exactement à Tibériade, c'est-à-dire dans la 
II e Palestine. Comment donc Hésychius en vint-il à s'ingérer dans 
les affaires d'une autre province ? Sans doute, nous avons déjà 
pu constater que les fonctionnaires romains d'une province em- 
piétaient l'un sur l'autre, mais la chose n'étant pas tellement évi- 
dente, une explication plus plausible ne peut être que la bienvenue. 
L'explication réside, ce me semble, dans le fait raconté par saint 
Jérôme, que le gouverneur fit saisir les papiers du patriarche : il 
doit s'agir des lettres sur la fixation des fêtes, les aumônes ou une 
autre question intéressant spécialement les Juifs, que le pa- 

1 La Notifia dignit. Orient., p. 9 (vers 400) connaît déjà le nom de P. Salutaris, car 
elle énumère une province d'Arabie et trois de Palestine, à savoir : Palaestina, Palaes- 
tina Salutaris et Palaestina secunda ; par contre, on lit dans une ordonnance de 409 : 
< per primant, secundam ac tertiam Palaestinam » (Code Théodosien, Vil, iv, 30). 
Que l'appellation • P. Salutaris » tût encore nouvelle, c'est ce qui ressort de saint 
Jérôme : t Gerar, quse provincia ante no i grande tempus ex divisione prœsidum 
Palœstinse Salutaris est dicta » (Quœst. hebr. in Genesin., xxi, 30). Voir l'article de 
NSldeke, Die rômischen Provinzen Palaestina Salutaris und Arabia, dans Hermès, 
1876, X, 164. — En un autre endroit, saint Jérôme dit de Guerar : • erat olim... 
civitas metropolis Palaestinse » (Onomastica sacra, éd. Lagarde, 124, 15), donc Pales- 
tine tout court, sans addition. De même, il dit simplement de Arx (Pétra) que c'est 
une ville de Palestine (ibid., 98, 4). 

2 Code Théodosien, XVI, vin, 29, cité par Graetz, Geschichle, 3e édit., IV, 443, et 
Boeckiug, Notifia Dignit atum, p. 511. 

3 « Dudum Esychium virum consularem, contra quem Patriarcha Gamliel gravis- 
simas inimicitias exercnit, Theodosius princeps capite damnavit, quod sollicitato no- 
tario charlas illius invasisset. » 



LES DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE LA PALESTINE 231 

triarche aura envoyées aux communautés étrangères, c'est-à-dire, 
dans notre cas précis, aux communautés de la I re Palestine. Nous 
connaissons des lettres semblables de Rabban Gamliel *, dont l'une 
fut adressée aux Juifs du « Darom » ou « Sud », tout comme ici; 
nous en connaissons aussi qui furent envoyées par l'autorité cen- 
trale en Cilicie 2 . Hésychius, donc, ne voulut peut-être pas souf- 
frir qu'il y eût dans le pays d'un collègue, son voisin, qui, ayant 
le titre de « prœses », était d'un rang inférieur à lui « consularis », 
une autorité donnant clés ordres à la population juive de sa pro- 
vince ; voilà pourquoi il saisit les lettres du patriarche. 

Nous manquons malheureusement de détails précis, de sorte que 
nous sommes réduits à de vagues conjectures. Il est difficile aussi 
de comprendre que « Gamliel fut animé contre le gouverneur de 
sentiments hostiles » ; on s'attendrait, au contraire, à ce que ce soit 
le gouverneur qui se fût montré l'ennemi des Juifs. Le sévère châ- 
timent qui frappa le gouverneur pour cette faute — il la paya de sa 
vie — n'est pas non plus facile à comprendre. L'indication que le 
gouverneur fit intercepter les lettres par son secrétaire reçoit son 
véritable sens quand on sait qu'il y avait de ces fonctionnaires au 
service du gouverneur, ce qui, d'ailleurs, se comprend de soi-même 3 . 

Le même Théodose le Grand, dont nous venons de commenter 
l'acte de justice, a encore pris une autre mesure d'une grande 
portée concernant l'administration de la Palestine : encore une 
fois — et, semble-t-il, pour la dernière fois — toute la Palestine 
fut réunie sous l'autorité d'un seul gouverneur, qui fut Hilarius, 
personnage distingué qui avait été auparavant légat à Antioche, 
aux côtés du célèbre philosophe Libanius et que l'historien nous 
dépeint comme un homme éminent par sa haute extraction et sa 
culture très étendue 4 . 

* J. Sanhédrin, 18 £, Tosefta Sanhédrin, n, 6, et passages parallèles. 

* Epiphane (Haeres. Panarwm), XXX, 11. 

3 La Notitia Dignitatum, ch. xl (I, 110, éd. Boecking) s'exprime ainsi à ce propos : 
« Sub dispositione viri clarissimi consularis Palaestinaj : Provincia Palaestina. Officium 
autem habet ita : Principera de eodem officio, cornicularium, commentariensem, ad- 
jutorem, numerarium, ab actis, a libellis, exceptores et ceteros cortinalios. . . » Le 
« notarius » correspond au « ab actis » ou au « a libellis ». — Remarquons en môme 
temps que, comme on le voit par ce texte, la Palestine propre élait appelée simple- 
ment « Palaestina », sans adjonction du mot « prima ». 11 en est de même chez Hié- 
roclès ; mais chez cet auteur, chose remarquable, le nombre n'est pas non plus accolé 
à la 111° Palestine : Tïa).ai<jTÎvy), Uctla'.Gxivy] (3, IlaXaiaTWY] [yj. Par contre, on lit exac- 
tement dans les Novelles de Justinien, VIII, 6 : àpy^v Ila),aicmvY); 7rpwxy];... Nous 
voyons ici le mot àpycov dans le langage officiel, ce qui en explique le fréquent emploi 
dans la langue rabbinique ("pDIN). 

* Zosirae, IV, 41 (p. 224 de l'éd. Bonn) : 'IXàpioç ôà Sià tô (jiysôoç ir^ àpsTyj; èirat- 
vtov àEiwOst; apyeiv uapà [5acri).£toç s-càrrero IlaXatGTivr]:; aTcàay]:, et, auparavant : 
'D.âp'-ov, ysvov; re >.ct[j.7tp6Tr,Ti xai Txavxt rcatoeiatç eïôsi Trporjxovxa. Hilarius montra ses 
mérites a Aulioche, où des troubles avaient éclaté. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Or, si Hilarius fut le successeur de cet Hésychius — hypothèse 
que rien n'infirme — nous avons là, comme disent les Allemands, 
un clair pragmatisme : le conflit entre Hésychius et Gamliel doit, 
d'après notre hypothèse, se rapporter aux questions d'administra- 
tion de la Palestine ; l'empereur prit une mesure radicale : il 
réunit toute la Palestine dans les mains d'un seul et choisit, pour 
lui confier ce pouvoir, un homme éclairé et cultivé, qui sût s'ac- 
commoder du caractère particulier des Juifs. J'ajoute l'hypothèse 
que Hilarius était peut-être, comme l'indique son nom, son éru- 
dition et sa liaison avec Libanius, un païen, et par conséquence 
juste vers les Juifs, tandis que Hésychius était peut-être un 'chré- 
tiens et comme tel le premier dans le gouvernement de la Pales- 
tine ; de là l'animosité de Gamliel contre lui. 

Sur la situation administrative de la Palestine dans les derniers 
temps de la domination romaine, il n'y a pas accord entre les his- 
toriens. Kuhn, qui, le premier, a exactement étudié la question, 
admet que la Syrie et la Palestine seraient restées réunies depuis 
Vespasien jusqu'à Arcadius (II, 361), et Mommsen 1 , aussi, place 
la division de la Syrie en Phénicie et Palestine vers 395-399 seu- 
lement, c'est-à-dire après Théodose I; par contre, Bormann 2 
croit à une autre annulation de l'organisation de Dioclétien, et 
conséquemment à un double partage. Cette opinion doit être 
exacte. Marquardt, en négligeant la notice de Zosime, ignore la 
réunion des deux provinces qui eut lieu sous Théodose I et laisse 
subsister la division jusqu'à la fin de la domination byzantine en 
Palestine. Je ne me sens pas la force d'intervenir résolument 
dans ce conflit d'opinions. 

D'une façon générale, nous n'avons plus à notre disposition, 
depuis cette époque, que des sources ecclésiastiques. Au concile 
de Chalcédoine, les trois Palestines furent définitivement subor- 
données à l'évèque de Jérusalem, tandis que les deux Phénicies et 
l'Arabie l'étaient à celui d'Antioche (Kuhn, op. cit., II, 361). Cette 
organisation, qui se maintint jusqu'à l'époque des Croisades 3 , 
répondait parfaitement à la situation, et on peut en conclure que, 
politiquement aussi, les trois Palestines avaient une espèce d'u- 
nité, tandis que les provinces plus helléniques de Phénicie et 
d'Arabie voyaient leur capitale dans Antioche. 

Sur cette division ecclésiastique on a découvert dans ces der- 



1 Abkandlung . der Berliner Académie, 1862, p. 503. 

2 Bormann, De Syria provincia, p. 28. 

3 Voir Gelzer dans la Zeitschrift des dentschen Palaestina-Vereins, XVII, 37. 



LES DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE LA PALESTINE 233 

niers temps quelques sources que je voudrais faire connaître 
brièvement. 

Le point de départ de beaucoup d'écrits semblables est consti- 
tué par la Description du monde romoÀn, de Georges de Chypre 1 . 
L'éditeur de cet ouvrage, le savant bien connu H. Gelzer, place 
l'apparition de cet ouvrage sous Maurice (vers 590), plus exac- 
tement au commencement du règne de Phocas, c'est-à-dire au 
début du vu siècle. Cet écrit donne la description suivante de la 
partie de l'Asie qui nous intéresse : 

1. 'ETrap^ta Supi'aç A (Province 2 de Syrie I). Capitale : Antioche 

près de Daphné, siège aussi du « trône » du patriarche. 

2. 'Ejrap^ia Supia; B (Province de Syrie II). Capitale : Apamée 3 . 

3. 'E7ca^ia EùcpparT,crtaçxac 'AyiouTcoXswç (Province d'Euphratésie et 

de Hagiopolis). 

4. 'E7rap/(a ©soowpiaSoç (Province de Théodorias). Capitale : Lao- 

dicée. 

5. 'E7rap;(ia 'OffpoTjv^ç (Province d'Osrhoène 4 ). Capitale : Edesse. 

6. 'Eirap/ta Me<;o7coTa{i.[aç àvto (Province de la Haute-Mésopota- 

mie) 5 ou Arménie IV. Capitale : Amida. 

7. 'E7rap/ia A 'Apjjt-sviaç ocXXy,ç (Province de la seconde Armé- 

nie IV). 

8. 'Ejrap/ta «Êoivix^ç IlapaAiaç (Province de Phénicie maritime). Ca- 

pitale G : Tyr. — Autres villes : Sidon, Ptolémaïs, Béryte, 
Biblos, Tripolis, Arcse , Orthosias, Botrys, village de 
Gigerta, Arados, Antarados,Panéas,Gonasi(?) ou Salton. 

9. 'E-rcao/ja $otvix7jç Ai6avï)criaç (Province de Phénicie du Liban). 

Capitale : Emissa. — Laodicée, Héliopolis, Abila, Da- 
mas, la contrée (-xXifxa) de Jambrudse, Euarius ou Jus- 
tiniapolis, Palmyre, la contrée de Magludae, Saltus Go- 
naïticus (dans l'original : SaXrov rovaïTixdv), Salamias, la 
contrée orientale (xXi'pa 'AvaxoXixov). 

1 Georgii Cyprii descriptio orbis Romani, éd. H. Gelzer, L°ipzig, 1890. 

2 Le mot Èirapyia est surtout employé à plusieurs reprises par le Targoum du 
Pseudo-Jonathan sur Genèse, x. 

3 Apamée sur l'Oronte, distinct d'Apamée en Phrygie et en Messénie; v. Jewish 
Encyclopedia, s. v. 

4 La Notitia Dignitatum mentionne dans l'Osrhoène « équités promoti indigenae 
Sina Judaeorum ». Bœcking (p. 398) cite, à ce propos, la « littérature », et dit finale- 
ment qu'il ne sait pas pourquoi l'endroit était dénommé d'après des Juifs. Cela doit 
venir de ce qu^l n'y avait que des Juifs qui demeurassent en ce lieu tout proche de la 
Babylonie. Saint Jérôme désigne expressément Osrhoèno comme un pays jusqu'où 
sont parvenus les Juifs de la Diaspora (Epistola 129, ad Dardanum, I, 966 de l'éd. 
J. Martianay et A. Pouget, Paris, 1706). 

5 Dans le Midrasch : fc^ttEaiSlOlO. 

6 {ttjTpôrcoXiç, dans le Talmud : 'pblDTnaft, en parlant de Césarée, par exemple. 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

10. 'E7iap^ta naXatGTtvYiÇ A (Province de Palestine I). Aelia Jéru- 

salem, ville sainte ». Capitale : Césarée. — Dora, Antipa- 
tris , Diospolis ou Georgiopolis , Jamnia , Nicopolis , 
Onous, Sozusa, Joppé, Ascalon, Gaza, Raphia, Anthé- 
don, Dioclétianopolis, Eleutheropolis, Neapolis, Sébaste, 
contrée - d'Apathus (Amathus), contrée de Jéricho, con- 
trée de Livias, contrée de Gadara , Azotus-sur-Mer, 
Azotus près Hippos, Eucomazon, Bittylius, Tricomias, 
Toxus, Saltus de Gonstantianice, Saltus Géraïticus ou 
Barsamon 3 . 

11. 'E7:ap/ta naXatcTtvTqç B (Province de Palestine II). Capitale : 

Scythopolis. — Pellse, Gadara, Capétolias, Abila, Maxi- 
mianopolis, Diocsesarée, Tibériade, Gabge, Hélénopolis, 
Hippos, Tétracomia, contrée (xXi^a) de Gaulané (Gaulan), 
village de Naïs. 

12. 'E7rap/Ja IlaXaiaTiV^ç r (Province de Palestine III). Capitale : 

Petrse. — Augustopolis , Arindela, Charamuda, Aréo- 
polis, Mapsis, Elusa, Zoora, Birosabon, Elas, Pentaco- 
mia, Mamopsora, Métrocomia, Saltus hiératicus (S<£Xtov 
UpaTixdv). 

13. 'ETrapy/a 'Apaêiaç (Province d'Arabie). Capitale : Bostra. — 

Adrasus, Dia, Medaba 4 , Gerasa , Neve , Philadelphia, 
Esbous , Neapolis (Hiérapolis) , Philippolis , Phénutus, 
Constantiné, Dionysias, Pentacomia, Canothas, Saltus 
de Batanis, Hexacomia, Enacomia (suivent dix villages, 
xwjjltj), Néotès, la contrée orientale et occidentale (suivent 
deux villages). 

14. 'E7rap/ta 'App^viaç Meya^T^ (Province de Grande-Arménie). 

Le parallèle de Hiéroclès avec Georges tourne à l'avantage du 
dernier; Georges est plus exact, énumérant les villes sans en 
excepter presque une. Reste à savoir si Georges donne la divi- 
sion politique ou la division ecclésiastique. Gelzer essaie de 
montrer que Georges a en vue la situation politique, sans qu'il 
ignore, naturellement, l'autre. Schlatter 5 écrit, au contraire: 
« Si je mets le tableau que donne Georges des villes de la Pales- 

1 AD.îa 'JepoaoXûp.cov 'Ayi'a JI6).i;, comme si 'Ayîa IIôXiç était un nom propre ; cf. 
l'arabe El-Kuds. La ville est citée en premier lieu à cause de sou importance. 

2 Toujours psyccov = regio. 

3 V. la note de Gelzer ai locum ; cette ville n'est pas identique avec Ber-Séba. 

4 On a trouvé, il y a quelques années, à Médaba, une carte de la Palestine -en mo- 
saïque; on voit par là combien on voulait étudier la géographie du pays, tout à l'ait 
comme Georges de Chypre. 

5 Zur Topographie uni G-eschichte Palâstinas, p. 46, note 1. 



LES DIVISIONS ADMINISTRATIVES DE LA PALESTINE 235 

tine au nombre des listes d'évêchés, c'est que cela résulte de la 
comparaison de ce tableau avec la Notitia Antiochena ou laZtes- 
cnptio parochiœ Jérusalem, It. hieros., éd. Tobler et Molinier, 
p. 323 et suiv. Ces listes latines des évêchés des III Palestines et 
de l'Arabie sont une traduction très corrompue de la liste qui 
s'est conservée en grec chez Georges ». Contre cette interpré- 
tation Gelzer a défendu à nouveau le caractère politique des 
listes de Georges 1 , sans y trop réussir, je crois, car Georges 
part manifestement d'un point de vue ecclésiastique, de sorte 
que ses listes ne représentent pas exactement l'état de choses 
politique. Déjà au début du moyen âge on mettait à profit l'ou- 
vrage de cet auteur exclusivement pour des renseignements ec- 
clésiastiques, comme, par exemple, dans un abrégé qui avait déjà 
été publié auparavant par Gelzer et d'après lequel la Palestine 
apparaît sous l'aspect suivant : 

Quatre sièges épiscopaux sont subordonnés à celui de Jéru- 
salem : Césarée, Basan, Pétra et Bostra. La province de Pales- 
tine I a pour capitale Césarée de Philippe 2 . Celle de Pales- 
tine II, Scythopolis ou Basan (ce doit être Bet-Schéan) ; puis 
viennent la III e Palestine, capitale : Pétra en Arabie, et Arabie 
avec Bostra pour capitale 3 . 

Gelzer incline à placer ce texte au xi e siècle, époque où ces pays 
n'étaient plus, depuis longtemps, aux mains des Chrétiens, mais 
la division ecclésiastique se maintint encore au moins virtuelle- 
ment. — De mon côté, je ne connais qu'un texte profane qui té- 
moigne aussi pour l'ancienne division politique de la Palestine, 
en faveur d'une date postérieure ; c'est le fait que l'empereur 
Théophile (829-841) fit inscrire sur le bouclier de ses soldats de 
Babylonie, de Phénicie, de Cœlésyrie, de la -Palestine et de la 
Libye inférieure, le mot « Amorium » (patrie de Théophile) 4 . On 
voit que la distinction un peu artificielle des trois Palestines dut 
s'effacer dans le cours du temps devant la division naturelle et 
sanctionnée de toute antiquité par l'histoire, c'est-à-dire : Phé- 
nicie, Cœlésyrie et Palestine. Ainsi, saint Jérôme dit aussi, dans 
le passage déjà cité (Epist. 129, ad Dardanum), que les Juifs sont 
dispersés, depuis la Mauritanie, dans toute l'Afrique, en Egypte, 

1 Zeitschrift des dcutschen Palâstina-Vereins, 1894, XVII, 36-41. 
* C'est évidemment une erreur pour Césarée sur la Méditerranée. 

3 Codex Vaticanus Grsec, 1455, f° 245 r , publié dans la Byzantinische Zeitschrift, 
I, 251. 

4 Theophanes contimtati, livre III, ch. xxx (p. 125 dans l'éd. de Bonn). 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

en Palestine, en Phénicie, en Cœlésyrie, en Osrhoène, en Méso- 
potamie et en Perse : on n'entrevoit plus ici aucune trace de la 
division de la Palestine en plusieurs provinces. Par contre, le 
titre du Code Justinien (XI, 50), où il est question des colons de 
la Palestine * conserve sans doute le point de vue plus ancien 
d'après lequel tout le territoire au sud de la Syrie s'appelle sim- 
plement Palestine. 

Budapest, mars 1903. 

Samuel Krauss. 



1 « De colonis Palaestinis ». Au reste, le titre seul de celte loi, mais non la loi elle- 
même, s'est conservée dans la « Basilica » grecque. 



JUIFS, SORCIERS & HÉRÉTIQUES AU MOYEN AGE 

D'APRÈS LES MÉMOIRES D'UN MOINE DU XI* SIÈCLE 
(GUIBERT DE NOGENT) 1 



Une des sources les plus intéressantes et les moins exploitées 
de l'histoire des mœurs et des idées de la fin du xi e siècle est 
Y Histoire de ma vie ( Monodiaria ) , de Guibert de Nogent. 
Guibert, moine de Flavigny, puis abbé de Nogent, sous Coucy, 
était né au milieu du xi e siècle, vers 1054 probablement, d'une 
famille de petite noblesse du Beauvaisis. Orphelin de bonne 
heure, après une jeunesse triste et sévère, il passa de longues 
années dans la riche bibliothèque de l'abbaye de Flavigny à 
étudier l'histoire et la littérature anciennes, la théologie, la phi- 
losophie. Il appliqua un esprit remarquablement critique et cul- 
tivé à l'histoire de la première croisade, dont il voulut remanier 
et corriger le récit barbare 2 , aux reliques, auxquelles il consacra 
un gros ouvrage, le De Pignoribus Sanctorum, qui est non 
seulement un traité contre les fausses reliques, mais contre 
les reliques en général et l'usage qu'en faisaient les religieux 
de son temps, et à l'exégèse biblique, qu'il considérait non point 
comme les théologiens du moyen âge au point de vue littéral et 
scolastique, mais uniquement au point de vue moral et péda- 
gogique. Enfin, la partie la plus intéressante de son œuvre est 
son Histoire de ma vie, dans laquelle il nous raconte naïvement 
son enfance, puis sa jeunesse au milieu des moines de Flavigny, 
et, enfin, la partie officielle et politique de son existence, lors- 

1 Les œuvres complètes de Guibert ont été publiées par d'Achery, in-f'ol., 1651, 
réimprimées par Migne, Patrologie, t. GLVI. On n'en a ni manuscrits ni édition cri- 
tique. — Quelques fragments dans Dom Bouquet , Recueil des Historiens des 
Gaules, t. XII. 

.* C'est le texte qu'on connaît sous le nom de « Gesta Anonyma », ou dont on 
désigne l'auteur simplement par le terme « Y Anonyme ». 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'abbé de Nogent, il fut mêlé aux graves affaires de la commune 
de Laon. Il a vu de près des religieux et des nobles, des papes et 
des évêques, il a reçu des confidences de ses frères, il a assisté à 
de grands mouvements religieux. 

Il était admirablement situé pour juger l'Église, et il ne lui 
épargne, dans son amour, ni les jugements ni les blâmes sévères. 
J'ai cru intéressant de rechercher, dans les mémoires si sincères 
de cet homme, que je crois le plus éclairé et le plus impartial de 
son siècle, ce qu'il savait sur les Juifs, ce qu'on disait d'eux 
autour de lui dans son couvent, quel rôle les Juifs ont, d'après 
lui, joué à cette époque, et quelle influence ils ont exercée sur 
les chrétiens, enfin quelles accusations on lançait contre eux. 

Nous verrons que c'est, en somme, le crime de sorcellerie, de 
magie noire qu'on leur reproche toujours; et, d'autre part, si 
nous cherchons, dans ces Mémoires de Guibert de Nogent 1 , ce 
qu'il sait des hérétiques, dissidents du christianisme qui se ré- 
pandent au début du xn e siècle, nous verrons qu'on reproche 
déjà à ceux-ci ce que, quelques années plus tard, on reprochera 
aux Juifs : le meurtre rituel entre en scène parmi les principales 
armes du clergé pour confondre et réduire ceux qu'il consi- 
dérait comme ses ennemis. 

Pour le moine Guibert, outre l'opulence et la débauche, une 
des principales causes de corruption et de perdition morale qui 
menaçaient le clergé régulier était la sorcellerie. Sans parler 
encore de l'hérésie raisonnée et convaincue, qui est souvent une 
forme dissidente de la foi chrétienne, la sorcellerie, magie noire, 
dévotion à Satan, faisait des ravages dans les monastères. L'exal- 
tation mystique dans laquelle vivaient certains de ces religieux, 
la terreur divine, la crainte du diable, les visions et les miracles 
fantastiques dont ils étaient chaque jour spectateurs, devaient 
fatalement les entraîner à la sorcellerie : d'abord pour écarter le 
démon, puis pour l'attacher à quelque ennemi, enfin pour se le 
concilier et obtenir de lui la fortune ou la puissance. On croyait 
vivre en perpétuel voisinage avec Satan et ses armées de démons, 
innombrables et terribles bandes qui épiaient spécialement les 
couvents, car leur maître, paraît-il, était friand des âmes de 
religieux. Elles avaient pour lui d'autant plus de valeur qu'elles 
s'étaient plus rapprochées de Dieu, et il n'y avait pas une mala- 
die, pas un accident, pas une mort subite ou violente dans la- 
quelle on ne reconnût l'intervention du « Prince du Mal ». 

1 Monodiaria : 1. I et XXVI, et 1. 111, XVI et XVII. 



JUIFS, SORCIERS ET HÉRÉTIQUES AU MOYEN AGE 239 

Mais le simple religieux catholique n'est pas spontanément sor- 
cier. Il ignore en quoi consistent les sorcelleries et le culte de 
Satan. Il faut que quelque méchant l'induise en tentation : qui 
sera ce séducteur pervers et redoutable ? — Le Juif. Ici se révèle 
tout l'antisémitisme naïf du moyen âge, qui considère non la 
question de race, mais uniquement la question religieuse : et 
Guibert ne juge pas autrement que ses contemporains. 

Le Juif est l'héritier de Judas, celui que Dieu a élevé jadis 
d'autant plus haut qu'il voulait l'abaisser plus bas ; le Juif qui ne 
croit pas à l'Eucharistie, qu'on ne brûle pas encore parce qu'il est 
Juif, mais qui est souvent brûlé à cause des crimes qu'on lui im- 
pute. — Guibert raconte sans indignation comment les habitants 
de Rouen, sur le point de partir pour la Croisade, traitèrent les 
Juifs assez nombreux qui se trouvaient dans la ville. Ils disaient : 
« Nous désirons aller combattre les ennemis de Dieu en Orient ; 
mais nous avons sous les yeux des Juifs, race plus ennemie de 
Dieu que ne l'est aucune autre : c'est prendre l'affaire tout à re- 
bours ! » A ces mots, ils courent aux armes, « chassent de force 
ou par artifice les Juifs dans une église, où ils les massacrent tous 
sans pitié et sans égard pour le sexe ni l'âge ». Pourtant, ajoute 
Guibert, on épargnait ceux qui voulaient bien embrasser la foi 
chrétienne : le Baptême ou la Mort! Il ne dit pas si les con- 
versions furent nombreuses. 

Beaucoup de Juifs étaient instruits, et naturellement considérés 
comme sorciers. Plusieurs de ceux dont parle Guibert avaient 
étudié la médecine : de là â être empoisonneurs et alchimistes, 
il n'y a qu'un pas. C'est un Juif qui aide la comtesse de Soissons â 
crever les yeux et à arracher la langue à un malheureux diacre, 
puis à empoisonner son propre frère. C'est dans la maison d'un 
Juif que le misérable comte Jean de Soissons donnait ses rendez- 
vous d'amour à « la vieille et laide prostituée » avec laquelle, 
« dans les fureurs de sa honteuse lubricité », il trompait sa jeune 
et belle épouse. En même temps, pour donner le change, il en- 
voyait, « quand les lumières étaient éteintes », un de ses parasites 
prendre sa place dans le lit de sa femme. Cet ami et protecteur des 
Juifs était si bien circonvenu par eux, il montrait pour leurs 
doctrines un si vif penchant que, « chose que les Juifs eux- 
mêmes n'oseraient jamais », avoue Guibert, il parlait du Christ 
en termes criminels. Il proférait de telles abominations que 
ceux-ci, effrayés d'avoir un ami aussi compromettant, le re- 
gardaient comme un insensé. Un soir, le samedi de Pâques, il 
était allé veiller dans l'église ; abordant un humble clerc, il lui 
demande de lui expliquer les mystères de la Semaine-Sainte. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tandis que le clerc lui parle candidement de la Passion et de la 
Résurrection, il l'interrompt en traitant son récit de fable men- 
songère. Celui-ci, étonné, lui demande ce qu'il vient alors faire 
dans l'église : « C'est, répliqua le comte, que je m'amuse à lorgner 
les belles femmes qui viennent y passer la nuit ! » 

La mort de cet ami des Juifs fut digne de sa vie : après avoir 
eu la vision d'un effrayant et immense globe de feu, il se rendit 
encore chez sa vieille prostituée. « Mais ce fut avec l'affreuse 
mort qu'il se coucha », dit Guibert ; comme il souffrait d'horribles 
tortures, il manda un clerc pour le consulter sur la nature de ses 
urines. Apprenant qu'il allait mourir, et pressé d'expier sa vie de 
débauches par le repentir, la confession et de pieuses donations, 
il s'écria, hors de lui : « Tu veux, je le vois, que je donne mes 
biens aux parasites, c'est-à-dire aux prêtres ! Ils n'en auront pas 
seulement une obole. . . D'ailleurs, de plus malins que toi me l'ont 
dit : toutes les femmes doivent être communes, il n'y a aucun 
péché à se livrer à leurs caresses. » Après ces blasphèmes, il 
gesticula comme un fou furieux, renversant tout le monde, me- 
naçant sa femme de coups de pied, si bien qu'il fallut l'attacher, 
le ligoter, lui tenir les mains et attendre ainsi que, enfin épuisé, 
il rendît son âme diabolique. 

Mais le comte Jean était un laïc, un noble issu d'une famille 
déjà tarée, d'un père débauché, d'une mère fratricide. Il n'y avait 
rien d'étonnant à ce qu'il se laissât entraîner par les Juifs. Bien 
plus grave était l'action du Juif quand elle s'attaquait à quelque 
religieux, véritable fils du Christ et pauvre brebis du grand trou- 
peau du Sauveur. Et pourtant la malice savait triompher de la 
foi ! Le Juif rôdait toujours autour des couvents, comme les 
troupes de démons, ses frères : c'est ainsi qu'un moine, élevé, 
depuis son enfance, dans le cloître, tombé malade et placé par 
l'abbé dans une cellule attenante au monastère, « eut l'occasion 
de parler de son mal à un certain Juif qui avait étudié la méde- 
cine ». Une confiance charmante s'établit entre eux, ils se révé- 
lèrent mutuellement leurs secrets, et bientôt le moine, « plein de 
curiosité pour les étranges artifices du Juif, qui s'entendait en 
maléfices », insista auprès de lui pour qu'il lui permît de participer 
à ses sorcelleries. Le Juif lui promit d'être son entremetteur au- 
près du diable, et, au jour dit, au lieu convenu, il le met en pré- 
sence du « Prince Scélérat ». Le moine ayant demandé au démon 
de l'initier à sa doctrine, celui-ci lui déclare qu'il doit pour cela 
renoncer à la foi chrétienne et lui offrir un sacrifice. — « Et quel 
sacrifice? — Le sacrifice de ce qu'il y a de plus précieux dans 



JUIFS, SORCIERS ET HÉRÉTIQUES AU MOYEN AGE 241 

l'homme, dit Satan. — Quoi donc? — Tu feras une libation de ton 
sperme, et, lorsque tu le répandras devant moi, tu en goûteras le 
premier ainsi que doit faire le sacrificateur ! » Et Guibert de s'in- 
digner justement : « crime, ô honte, et celui de qui on exigeait 
une telle chose était prêtre ! Offense sacrilège à l'hostie sacrée ! » 
Le misérable fit la libation demandée et reçut, en échange, du 
malin le don magique : il était enchanteur. Il parvint même à 
métamorphoser une femme en un chien énorme ! Mais Dieu, dans 
son infinie bonté, lui envoya une salutaire maladie, et la con- 
fession sauva son âme. 

Les Juifs toutefois ne sont pas à jamais damnés : ils peuvent se 
convertir. C'est ainsi que dans le massacre de Rouen, le jeune 
comte Guillaume sauva un enfant en bas âge, dont il avait eu pitié, 
le fit baptiser et élever dans la religion chrétienne par sa mère, la 
comtesse Helisende, puis au couvent de S. Germer, où Guibert le 
connut. C'était un moine modèle, reconnaissant à ses sauveurs de 
l'avoir tiré des erreurs du judaïsme, plus attaché à l'austérité de 
la règle qu'aucun de ses compagnons, et qui fut, par sa péné- 
trante et vive intelligence, la gloire du Couvent. C'est pour lui 
que Guibert écrivit son livre Contre les Juifs, traité de théologie 
sur Y Eucharistie et pamphlet dirigé contre l'infâme Jean de 
Soissons. Le jeune moine goûta tellement l'ouvrage de Guibert 
« qu'il travailla dans sa pieuse ardeur à en composer un du même 
genre, avec les arguments de la foi ». — Nous pensons qu'à côté 
des Juifs sorciers, des Juifs empoisonneurs et des Juifs convertis, 
il y avait encore au xi e siècle quelques Juifs, restés Israélites, et 
cependant honnêtes gens, dont Guibert ne nous a pas parlé. . . 
parce qu'il ne les connaissait pas. 

La religion catholique avait d'autres ennemis que les Juifs. Le 
xi° siècle, en particulier, vit s'épanouir en France une émouvante 
éclosion d'hérésies, parallèle à la campagne de réforme ecclésias- 
tique provoquée par le Saint Siège. En dehors des hérésies d'école, 
sorties des discussions théologiques, sur l'essence de l'Eucharistie 
ou la prédestination de la grâce, et qui datent de bien des siècles, 
fruit naturel des recherches scolastiques et du développement de la 
pensée libre, illustrées par Claude de Turni, Agobard, Gotte- 
schalck, Scot Erigène, et, à cette époque, par le célèbre Bérenger 
de Tours, nous constatons à la fin du xi e siècle un mouvement 
hérétique d'un caractère tout différent. Ce mouvement semble 
être né d'un besoin de réforme, réalisée, non pas officiellement 
comme celle de Grégoire VII, mais par les individus eux-mêmes, 
T. XLVI, n° 92. 16 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

devenus seuls juges de ce qu'il convenait de garder et de com- 
prendre dans le Christianisme. L'immoralité du clergé avait pro- 
voqué ce mouvement : immoralité des monastères trop riches, 
dirigés par des abbés plus chevaliers que moines ; immoralité du 
clergé séculier, débauché et simoniaque, que le pape même ne 
parvenait pas à corriger. Puisque les ministres étaient indignes, 
ne valait-il pas mieux se faire une conception intime, indivi- 
duelle, de la foi, et l'appliquer à sa manière de vivre, confor- 
mément aux leçons du Christ? Les papes eux-mêmes étaient 
responsables de ce mouvement par leurs décisions contradic- 
toires : Alexandre II, par exemple, tout en condamnant le concu- 
binage des clercs, prétendait que les sacrements donnés par des 
prêtres mariés n'en étaient pas moins valables. Urbain II, réfor- 
miste intransigeant, vient dire le contraire. Qui croire? De qui 
recevoir les sacrements dès lors ? A qui se fier? Ne valait-il pas 
mieux s'en tenir à la parole du Christ, beaucoup plus simple et 
édifiante, beaucoup plus rapprochée aussi de la vérité de Dieu 
que les contradictions de ses ministres? Si bien que l'héré- 
siarque qui, au xi c siècle, « s'oppose à la tradition, s'écarte du 
sentier par sa façon de comprendre le dogme et les institutions 
de l'Eglise, battu, non par incrédulité, mais par religiosité, en 
voulant ramener les mœurs et la discipline à l'âge d'or de la 
constitution chrétienne » ! . Afin de bien montrer leur supériorité 
sur le clergé corrompu qui les entourait, ils menaient une vie aus- 
tère de privations et de sacrifices, considéraient l'union sexuelle 
comme un péché, et, de crainte de recevoir les sacrements de 
mains impures, renonçaient au baptême et à la communion. 
. Guibert, qui n'est pas très au courant des différentes sectes et 
de leurs doctrines, les traite tous de Manichéens, à cause des ana- 
logies qu'il trouve entre leurs idées et celles des Manichéens dont 
parle saint Augustin. Il ne nous dit cependant pas qu'ils crussent 
comme eux au double principe du Bien et du Mal ; leur prétention 
de « mener une vie conforme à celle des apôtres », c'est-à-dire de 
retourner à la foi ancienne et aux pratiques religieuses du i or siè- 
cle, nous porterait plutôt à les rattacher à la secte des Aposto- 
liques, qui se développera au xn e siècle, et qu'il ne faut pas con- 
fondre avec celle des Néo-Manichéens ou Cathares 2 . Il était, d'ail- 
leurs, difficile de se rendre compte de la doctrine de ces gens qui 
refusaient, même soumis à la torture, de révéler leurs convictions. 

1 Luehaire, Histoire de France, p. 193. 

* Cela réfuterait, d'ailleurs, ce que dit M. Luchaire, p. 235, sur ces hérétiques, eu 
reportautà trente ans plus tôt l'origine des Apostoliques, qu'il fait sortir en 1145 du 
château de Monticor. 



JUIFS, SORCIERS ET HÉRÉTIQUES AU MOYEN AGE 243 

Ils ne reconnaissaient pour juge que Dieu, et opposaient un stoïque 
mépris aux tentatives du clergé, qui cherchait à leur faire ab- 
jurer leurs erreurs. 

Naturellement, l'imagination exaltée des moines du moyen âge, 
les confidences ou aveux mensongers des disciples qui les avaient 
abandonnés, peut-être pour n'avoir pas eu la force de se plier à 
l'austérité de la règle imposée, ne contribuèrent pas peu à en faire 
des monstres, et à leur attribuer non seulement des idées impies, 
mais aussi des pratiques et un culte abominables. 

Guibert fut, avec son cousin Lysiard, évêque de Soissons, juge 
dans un procès instruit contre deux de ces hérétiques, les frères 
Everard et Clément, du village de Bussi, dénoncés par une vieille 
matrone qu'ils avaient ensorcelée pendant plus d'un an, et par un 
diacre qui prétendait les avoir entendus proférer de méchants 
discours ! De quoi sont -ils accusés? Guibert résume ainsi leur doc- 
trine : « Ils déclarent nul le baptême des petits enfants ; l'Eucha- 
ristie est pour eux un objet d'horreur » ; ce qui s'explique fort bien 
par leur opposition aux sacrements donnés par des prêtres indi- 
gnes. « Ils condamnent le mariage et regardent comme criminelle 
l'union d'une femme et d'un homme. » Résultat naturel de leur 
austérité, qui leur commandait la continence, comme le pape l'or- 
donnait à tous ses religieux ! Ici, l'accusation est plus grave : « Ils 
traitent de fable le crucifiement du fils de la Vierge. » Est-ce le 
crucifiement lui-même ou les légendes qui l'entourent que Everard 
et Clément n'admettaient pas ? C'est la seule croyance nettement 
antichrétienne qu'on puisse leur reprocher, et elle cadre peu avec 
l'ensemble de leur foi. « Ils expliquent le verbe de Dieu par des 
discours longs et embrouillés. » Ici Guibert ne se donne pas la peine 
de discuter. Et d'ailleurs, les plus vénérés des théologiens du 
moyen âge n'ont guère fait autre chose à ce point de vue que les 
hérétiques de Bussi ! 

Enfin, si l'on passe de la théorie à la pratique, ils se livrent à 
un culte monstrueux. Et Guibert nous décrit une de leurs céré- 
monies (en contradiction absolue, d'ailleurs, avec l'accusation 
lancée contre eux de condamner l'union des hommes et des 
femmes), véritable messe noire aussi criminelle que celles dont on 
accusa les Juifs pendant tout le moyen âge. 

« C'est dans des caves ou des souterrains cachés qu'ils tiennent 
leurs assemblées : là, les deux sexes sont confondus pêle-mêle ; 
là, pendant que les lumières sont allumées, une des femmes relève 
sa robe à la vue de tous les assistants, et se présente dans cet état 
indécent, à celui qui est prosterné derrière elle. Aussitôt, on éteint 
les lumières, tous se mettent à hurler : Chaos I Chaos ! et chacun 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s'unit à la première femme qui lui tombe sous la main. S'il en ré- 
sulte une grossesse, aussitôt l'accouchement terminé, on se réunit 
de nouveau dans le même souterrain : on allume un grand feu, 
tous s'assoient autour, se passent l'enfant de main en main, puis 
le jettent dans le brasier, et, lorsqu'il est consumé, font de ses 
restes une espèce de pain, dont chacun mange en guise de com- 
munion 1 . Quand on en a mangé, on ne revient jamais de cette 
hérésie. » 

Le procès était difficile à instruire. Quand on les interrogeait, 
ils répondaient, simples d'esprit qui se voyaient réserver le 
royaume de Dieu : « Ne cherchez pas, au nom de Dieu à sonder si 
profondément nos idées : nous croyons tout ce que vous dites ». 
Sur le baptême, ils répètent les paroles de saint Marc : « Celui qui 
croira et qui sera baptisé, sera sauvé. » Et ils « s'expliquent dans 
les termes les plus chrétiens », si bien que, incapable de les con- 
vaincre d'erreur, Guibert conclut que, comme les Priscillianistes, 
ils appliquent la maxime : 

Jura, perjura, secretum prodere noli. 

Cependant, il fallait les éprouver : on décida de les jeter dans 
une cuve pleine d'eau. Après avoir reçu la Sainte Communion, ils 
jurèrent n'avoir jamais rien dit, cru ni enseigné de contraire à la 
foi chrétienne. Clément, jeté dans le bassin, surnage ! L'évêque ne 
savait quel parti prendre. Il s'en rapporta au Synode de Beauvais. 
Heureusement pour ses hésitations, le peuple des fidèles avait 
moins de scrupules. Pendant l'absence de Lysiard et de Guibert, 
il courut à la prison, enleva les frères hérétiques, et sur un bûcher 
élevé en dehors de la ville, les brûla ! La question était tranchée, 
Guibert trouve bien légitime le zèle du peuple de Dieu contre ces 
misérables. 

Cette histoire étrange, ce récit, un des premiers sans doute 2 que 
nous ayons de la célébration d'une messe noire, nous intéresse par- 

1 Ce sacrilège, la parodie de la communion sous cette forme infâme, est une des 
innovations du clergé du xi e et du xn e siècles. Les hérétiques, manichéens ou 
autres des premiers siècles de lËglise, étaient aussi accusés de se livrer à de mons- 
trueuses orgies, mais ce qui l'ait véritablement ressembler ces scènes, dont Guibert 
nous fait le récit, à des messes noires, c'est l'introduction de cet élément nouveau, le 
simulacre de la communion avec une hostie sacrilège. De là dérivera plus tard le 
cérémonial de la messe noire proprement dite, dans laquelle le prêtre dissident com- 
mence par consacrer une hostie véritable sur le ventre d'une femme nue avant de se 
livrer à d'autres pratiques sataniques. 

» Une preuve du peu de fondement qu'avaient ces accusations d'orgies sata- 
niques vient de l'identité même qu'on trouve dans tous les récits analogues. Le même 



JUIFS, SORCIERS ET HÉRÉTIQUES AU MOYEN AGE 245 

ticulièrement après ce que Guibert nous a dit des Juifs. En effet, il 
est à remarquer qu'au moyen âge les accusations odieuses lancées 
contre les Juifs (surtout au sujet du meurtre rituel) ne sont autre 
chose que la répétition fantaisiste de celles dont on accablait les 
sorciers de toute sorte, les magiciens et nécromans qui trouvaient 
dans le mysticisme catholique un facile champ d'exploitation. Nous 
avons vu, d'un côté, un Juif accusé d'un acte de sorcellerie accom- 
pagné de pratiques immondes; d'autre part, Guibert par le récit 
delà messe noire des hérétiques apostoliques de Bussi nous donne 
un exemple des accusations qui seront souvent reprises contre les 
Juifs au cours du xn e et surtout du xnr 3 au xvi e siècle. Celles-ci 
n'étaient pas plus fondées que celles-là. Mais il est curieux de voir 
d'où elles sortirent, comment on les formulait et les soutenait, et 
comment, en somme, l'Eglise catholique devait toujours triompher 
par les mêmes moyens, par les mêmes fables, de tous ceux qu'elle 
ne pouvait asservir à sa foi. 

Bernard Monod. 



cliché servait suivant les circonstances, pour des hérétiques fort différents. En 1026, 
dans l'affaire des hérétiques d'Orléans, on reproche aux accusés de se livrer aux 
mêmes débauches, et à peu près dans les mêmes termes. Voir, à ce propos, le texte 
curieux du Cartulaire de Saint Père de Chartres, 109-115. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 

(SUITE l ) 



Les Registres des Notaires nous montrent des Juifs de Mar- 
seille accomplissant les diverses opérations commerciales, s'en- 
gageant vis-à-vis de leurs créanciers et recevant des engagements 
semblables de la part de leurs débiteurs. Certains de ces actes 
attestent même que les Juifs ne laissaient pas toujours, en mou- 
rant, des situations bien nettes et que leurs héritiers éprouvaient 
parfois de la peine à les liquider 2 . 

Non seulement les Juifs se trouvaient, par le fait de transac- 
tions commerciales, débiteurs de Chrétiens, mais encore il leur 
arrivait parfois de leur emprunter de l'argent. Ainsi, le 26 octobre 
1234, la Juive Daisone, veuve de Salomon Ferrussol, et son fils 
empruntent à Bernard de Manduel une somme de 60 sous coro- 
nats, qu'ils s'engagent à rembourser dans le délai d'un mois. 
Mais la dette resta plus longtemps en suspens que le créancier et 
le débiteur ne l'avaient espéré tout d'abord, puisqu'une sentence 
du juge de Marseille, rendue le 27 novembre 1263, en fixa 
l'échéance à Pâques 1264 3 . Un délai de trente ans accordé à un 
débiteur pour le remboursement d'une somme relativement mi- 
nime ne dénote pas d'habitude une aisance extraordinaire ! Il est 

1 Voyez plus haut, p. 1. 

2 Voir Blancard, loc. cit., II, n° 518 v», p. 76 : Procuration par Augier Gros à 
Guil. Bérenger, épicier, à l'effet de réclamer et recevoir... neuf livres de monnaie 
mêlée de Bonisac, Juif, pour solde d'un prêt de 30 livres fait à feu son père Naquet. 
— Même recueil, I, n° 113, p. 184 : Sentence de Bertrand Brun, juge en la Cour de 
Marseille, du 8 avril 1250, qui, vu le libelle de Jean de Manduel, frère et héritier de 
feu Bernard de Manduel, contre Fortanier de Condom, curateur de la succession des 
époux Bonafous, Juifs, en leur vivant débiteurs dudit Bernard de 60 livres, valeur 
reçue en blé, et attendu que, après la production des titres, le curateur ne conteste 
pas la dette, condamne celui-ci à payer à Jean de Manduel sur la succession Bona- 
fous la somme réclamée de 60 livres. 

Blancard, loc. cit., I, n° 55, p. 79. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 247 

vrai que, pendant ce long intervalle de temps, Marseille avait 
traversé une cruelle crise politique, à laquelle on peut attribuer 
la cause de la gêne dont avaient incontestablement souffert les 
Ferrussol. 

Une autre preuve que tous les Juifs de Marseille n'étaient pas 
les coupables manieurs d'argent que la malignité publique se plai- 
sait parfois â voir en eux, mais que certains d'entre eux étaient, 
au contraire, embarrassés pour remplir leurs engagements et sol- 
licitaient des délais de la part de leurs créanciers, c'est la délibé- 
ration prise le 9 avril 1332 par le Conseil de la ville. Un Juif, 
Astrugon Capelle, sollicitait un délai pour payer à l'hôpital du 
Saint-Esprit une somme de 60 sous royaux, dont il était débiteur. 
Le Conseil accueillit la demande, à la condition que le débiteur 
remettrait une suffisante caution entre les mains des recteurs de 
l'hôpital et que la dette serait intégralement payée aux prochaines 
fêtes de Pâques, c'est-â-dire qu'il accordait au débiteur un délai 
d'une année environ pour se libérer complètement vis-à-vis de son 
créancier l . 

En regard de ces divers documents qui nous montrent des Juifs 
débiteurs de Chrétiens et éprouvant parfois des difficultés pour 
satisfaire aux engagements pris, nous pouvons placer d'autres 
documents qui, au contraire, nous font voir des Juifs consentant 
des prêts d'argent à des Chrétiens ou à des Juifs, obtenant de 
leurs débiteurs la reconnaissance de leurs créances ou leur don- 
nant quittance définitive 2 . Ces opérations paraissent avoir été 
absolument régulières. Ce qui l'atteste, c'est que, non seulement 
elles ont fait l'objet d'actes passés par devant notaire, mais 
qu'elles ont encore parfois provoqué l'intervention des magistrats 
de la ville en faveur du créancier. Il existe, en effet, une lettre 
datée du 21 novembre 1324 et écrite par Pierre Salomon, juge de 
la Cour de la ville supérieure, à Albert de Tyzon, juge de la Cour 
de la ville vicomtale. Cette lettre a pour objet de demander à ce 
dernier de faire estimer et de faire vendre une vigne située dans 
son ressort afin d'assurer le paiement de deux dettes, l'une de 
6 livres de royaux et l'autre de 60 sous royaux, contractées par 

1 Voir Pièces justificatives, n° XXXVI. 

* VoirBlaacard, loc. cit., II, n° 716, p. 161 ; II, n° 963, p. 274 ; II, n» 984, p. 274; 
II, 3 e partie, n° 23, p. 423. — Arcb. mun. de Marseille. Registre du notaire GuiL 
Farand, acte de Kal. juni 1278 : RecDnnaissance pas Foulque Robert d'une dette de 
10 1. 1 s., au Juif Bonenfant, (ils de feu Rosach. Même registre : acte de pridie kal. 
julii 1278, reconnaissance d'une dette de la Juive Faba, à Bonisac, fils de Boninde ; 
même registre : acte de 1284, reconnaissance d'une dette à Jacob Capelle par plu- 
sieurs habitants du château de Gignac ; 3 id. febr. 1284 : Guillaume Robaud, tra- 
vailleur de terre, reconnaît devoir 4 1. 10 s. à Dieulosal, médecin,.. 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Foulque-Aycard et son fils Pierre vis-à-vis du Juif Bondavin de 
Draguignan ! . Or, ce Bondavin de Draguignan, qui obtenait 
ainsi contre son créancier l'appui de la justice, paraît avoir fait à 
Marseille le commerce de l'argent. Le 1T juin 1316, en effet, Guil- 
laume Novelli reconnaît avoir reçu, à titre de prêt, d'Abraham de 
Draguignan, père de Bondavin, une somme de 6 livres, et le lende- 
main, par devant le même notaire, le changeur Hugue Laugier 
signe, en faveur de Bondavin lui-même, la reconnaissance d'une 
dette de 61 livres, 2 sous, reçue également à titre de prêt 2 . Abra- 
ham et Bondavin, de Draguignan, sont donc bien ce que, dans la 
langue de l'époque, on appelait des usuriers, sans cependant don- 
ner à ce mot le sens infamant que nous lui attribuons aujourd'hui. 

11 semble bien, en effet, résulter d'un certain nombre de docu- 
ments que nous allons étudier maintenant que Xusure, à Marseille 
du moins, se confondait avec le prêt à intérêt, qu'elle y était consi- 
dérée comme licite et que les Chrétiens l'exerçaient comme les Juifs. 

Un article des Statuts réglait le taux de l'intérêt que le prêteur 
pouvait exiger de son débiteur et prescrivait aux juges, chargés 
de régler les différends qui pouvaient s'élever à propos des 
règlements de comptes, de réduire tous les comptes qui auraient 
été établis contrairement à cette prescription. Ce taux était fixé 
à 3 deniers par livre et par mois, ce qui faisait un intérêt annuel 
de 36 deniers ou de 3 sous par livre, soit un taux de 15 °/ . Les 
Statuts ajoutaient, en outre, que, en cas de mort du débiteur, le 
paiement des intérêts n'était pas exigible de ses héritiers à partir 
du jour du décès, à moins que ces héritiers ne se fussent person- 
nellement engagés vis-à-vis du créancier 3 . 



1 Voir Pièces justificatives, n° XXXVII. 

2 Arch. mun. de Marseille. Registre des Judlcatures (not. Pierre Elziar), 14 kal. 
junii 1316 et 15 kal. junh 1316. 

3 Arch. mun. de Marseille. Livre des Statuts, II, 19. Pro qua quantitate usure 
adj udicentur . Presenti constituto firmamus ut omnes judices curiarum Massilie te- 
neantur quod compellant aliquem vel aliquos ad solvendum usuras creditoribus seu 
condempnent ultra très denarios per lib. ad racionem mensis et quod omnes dictos 
creditores contentos esse f'aciant et compellant dicta quantitate usurarum diclarum, 
quod quidem locum habere volumus in illis casibus quando aliquis certas usuras 
alicui se daturum promittit seu convenit. Et si qua pena indictis contractibus oppo- 
sita i'uerit redi^atur ad i'ormam diclarum usurarum et eodem modo eademjudicetur. — 
Iluic de novo addimus quod mortuo debitore qui tenebatur prestare dictas usuras 
seu erat obligatus in hujus modi usuris seu pénis solvendis, statim cesset cursus 
usurarum et penarum supradictarum, ita quod pro tempore currenti post mortem 
dicti debitoris heredes débitons vel ejus bona non teneantur nec notnine usurarum 
vel penarum hujusmodi nec aliquid adjudicetur pro dicto tempore contra heredes dicti 
debitoris vel contra aliquas personas que pro dicto debitore se obligassent. Et hec 
supradicta intelligiraus nisi post mortem dicti debitoris esse i'acta renovacio dicti 
debiti cum predictis heredibus vel aliis pro eis cum repeticione predictarum usura- 
rum vel penarum. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 249 

Mais, de très bonne heure, ce statut fut violé, et le Conseil dut, 
à différentes reprises, statuer à ce sujet et prendre des mesures 
destinées à réprimer ces manœuvres frauduleuses. 

La première de ces décisions si particulièrement intéressantes 
est du 24 novembre 1293. Elle a été prise par le Conseil général 
de la ville vicomtale, et elle a dû, dans la suite, être considérée 
comme ayant une importance capitale, puisqu'elle a été inscrite 
sur le registre des Statuts, parmi les règlements municipaux et 
les ordonnances des Comtes de Provence qui forment le sixième 
livre supplémentaire ajouté aux cinq livres fondamentaux de la 
Constitution marseillaise 1 . Le Conseil prend donc en considéra- 
tion une plainte qui lui a été faite contre des usuriers chrétiens 
et juifs - qui, sans tenir compte d'une ordonnance faite par deux 
citoyens de Marseille, Gautier Benoît et Rostaing-Blanchard, ont 
exigé de leurs débiteurs un intérêt supérieur à celui qui a été fixé 
et n'ont accepté qu'en secret le paiement du capital et des intérêts 
qui leur étaient dus, afin de détruire toute preuve qu'ils avaient 
perçu des intérêts illicites et afin de n'être pas contraints de 
restituer à leurs débiteurs les gages qu'ils en avaient reçus. Pour 
porter remède à ce scandale, le Conseil a donné pleins pouvoirs 
au juge de la Cour du palais, assisté des deux prudhommes 
Gautier Benoît et Guillaume de Montuel, et le juge commis a 
édicté toutes les mesures qui lui ont paru nécessaires à cet effet. 

L'autre décision est encore une délibération prise par le Conseil 
le 23 juin 1313. Elle est, comme la précédente, inscrite au sixième 
livre des Statuts. Elle a pour objet d'éviter le renouvellement des 
« perniciosas fraudes que cotidie fiunt non solum per judeos, sed 
alios malos christianos ». Les prêteurs ont, en effet, pris l'habi- 
tude, en renouvelant l'acte de reconnaissance de la dette, d'y 



1 Arch. mun. de Marseille. Livre des Statuts, VI, f* 164. — Le livre VI des 
Statuts est encore inédit. Il n'a d'ailleurs été donné des cinq livres des Statuts de 
Marseille qu'une édition fautive et incomplète par Méry etGuindon, dans leur His- 
toire analytique et chronologique des actes et des délibérations du Corps et du Conseil 
de la municipalité de Marseille, 5 vol. in-8°, Marseille, 1844. 

s Considerato nimie immensitatis annulo usurarum quas usurarii Christiani et Judei 
in civitate perquirebant, quod probi viri Gauterius Benediclus et Rostagnus Blan- 
querii quantitate ipsarum usurarum tenerent ultra quam in futurum exhigere non 
liceret ab usurariis memoratis, quam ordinationem dicti probi insequentes super pre- 
cipue ut conveniat ordinassent ipsaque ordinatio i'uisset per civitatem Massilie 
publiée iniciata, tantaque esset predictorum usu:ariorum temerata calliditas quod 
ipsa ordinatio causantibus eorumdem excogitantis fraudibus in nichilo servabatur 
fraudem de tempore ad tempora in predictorum receptionem committentes, solutiones 
sortis et usurarum non aliter acceptantes quoddam et nullis aliis presentibus quod 
usurario et debitore solvente ad detrahendas solventibus omnis probationis speciem 
super exactione usurarum quam ultra ordinationem jamdictam faciebant antequam 
vellent ipsis debitoribus quos ab hiis habebant cautiones vel pignora restituere... 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

inscrire des conditions différentes de celles qui avaient été primi- 
tivement arrêtées, ce qui leur permet, dans la suite, d'exiger des 
débiteurs ou de leurs héritiers plus qu'il ne leur est dû 1 . Le 
Conseil prescrit, en conséquence, que, désormais, aucun usurier, 
» nullus judeus vel christianus », n'agisse de la sorte en faisant 
procéder au renouvellement ou à la confirmation des dettes con- 
tractées à son égard. De plus, le Conseil ordonne que doréna- 
vant le notaire devant qui seront passés des actes de ce genre 
devra demander au créancier et au débiteur si celui-ci est engagé 
envers celui-là pour une autre dette, afin qu'il puisse être fait 
mention dans l'acte de la réponse négative ou affirmative. En 
cas de réponse affirmative, l'acte devra indiquer l'importance de 
la somme prêtée et faire mention de la cause de l'emprunt, de 
l'année, du mois et du jour où il a été contracté. Au cas enfin où 
l'acte ne mentionnerait ni la demande du notaire ni la réponse, le 
Conseil décide que toutes les dettes antérieures, s'il y en a, 
seront confondues avec celle qui aura donné lieu au présent 
engagement. 

Ainsi se confirme bien l'opinion que nous avons exprimée plus 
haut : non seulement le prêt à intérêt était toléré à Marseille, 
mais il était encore étroitement réglementé; seule la fraude était 
interdite et les magistrats municipaux s'efforçaient d'empêcher 
les prêteurs de s'y livrer. 

Mais, — et cette conclusion nous paraît plus importante encore 
que la précédente, — ce métier n'était pas seulement exercé par 
des Juifs : Abraham et Bondavin de Draguignan avaient des 
confrères chrétiens. Cela ressort, de façon évidente, des docu- 
ments que nous avons analysés plus haut, puisqu'ils mentionnent 
expressément que, parmi les usuriers dont on se plaint, se 
trouvent à la fois des Chrétiens et des Juifs. Ainsi, à Marseille 
du moins, les décisions des Conciles qui avaient interdit aux 
Chrétiens de pratiquer le prêt à intérêt étaient restées à l'état de 
lettre morte, et, en cette matière comme en toutes les autres, 
rien ou pas grand'chose ne distinguait le Juif du Chrétien. 

1 Arch. mun. de Marseille. Livre des Statuts, VI, f° 180. — De usurariis. Ad evitan- 
das psrniciosas fraudes que cotidie fiunt non solum perjudeos sed etiam per alios ma- 
los christianos exterrentes usurarum pravitatem, qui renovando et reformare sibi fa- 
ciendo semel secundo et pluries débita que debentur eisdem retinent pênes se 
incartamenta et mandamenta vetera nullam mensionem ab ipsis faciendo in ultimo 
incartamento seu judiciario mandamento, licet dicta verba incartamenta seu man- 
damenta sint in ad ullimum incartamento seu mandamento inter credilorem et de- 
bitorem verbo tenus computata, et postmodo tractu temporiset temporum ex ipsis om- 
nibus incartamentis et mandamentis exigunt a predictis debitonbus seu ab eorum 
heredibus, qui predictas fraudes et falsitatem ignorant, omnes quantitates peeuniarum 
in ipsis incartamentis et mandamentis contentas... 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 251 

Cependant, au xiv e siècle, les Juifs de Marseille et de la Pro- 
vence se plaignaient des difficultés qu'ils éprouvaient à obtenir 
de leurs débiteurs qu'ils s'acquittassent envers eux, et ils s'a- 
dressaient au Comte de Provence, qui prenait des mesures en 
conséquence ainsi qu'en témoigne une lettre du roi Robert 
adressée le 25 avril 1310 aux différents officiers royaux et viguiers 
de la Provence. Il leur enjoint, sans tenir compte des lettres 
dilatoires qui auraient pu leur être antérieurement adressées, de 
contraindre les débiteurs à payer intégralement à leurs créan- 
ciers juifs les dettes qu'ils ont jurées (« juratis debitis »). Cet 
ordre dut ne pas être ponctuellement exécuté, puisque, sur une 
nouvelle plainte des Juifs, le roi Robert rédigea une seconde 
lettre le 19 avril 1324. Il en fut encore de même le 1 er juin 1329 ; 
et le 24 février 1331, le sénéchal de Provence, Philippe de 
Sanguinet, adressa aux officiers royaux placés sous ses ordres 
une copie de ces différentes lettres royales, en leur enjoignant 
de veiller sévèrement à leur observation. Malgré ces précau- 
tions, les ordres du Comte de Provence n'étaient pas encore 
exécutés à Marseille comme ils auraient dû l'être, puisque, le 
18 janvier 1332, le sénéchal se crut obligé de rappeler spé- 
cialement aux différents officiers royaux et aux magistrats mu- 
nicipaux de Marseille les intentions du roi Robert au sujet du 
paiement aux Juifs des dettes qui avaient été contractées vis- 
à-vis d'eux '. 

Dès ce moment-là, sans doute, les débiteurs chrétiens cher- 
chaient à se soustraire, sous prétexte d'opérations illicites, aux 
obligations qui les liaient à leurs créanciers juifs. L'habitude 
devait en être facilement prise, et les plaintes allaient, dès le 
xv e siècle, représenter les Juifs comme d'odieux usuriers pressu- 
rant leurs créanciers et méritant d'être châtiés. Cependant, tant 
que la Provence demeura indépendante, les Comtes refusèrent de 
prêter l'oreille aux plaintes exagérées qu'on portait devant eux 
contre les Juifs, qui, à Marseille du moins, continuèrent à vivre 
sous le régime bienfaisant des Statuts et des franchises munici- 
pales. 

Une ordonnance du roi René du 23 juin 1453 revient, en effet, 
sur cette question de l'usure des Juifs pour la trancher, dans un 
esprit de justice, conformément aux coutumes de Marseille. 
Plainte a été portée au roi que des Juifs auraient exigé des 
Chrétiens qui leur ont emprunté de l'argent un intérêt mensuel 
d'un demi-gros par florin, supérieur à celui de deux patacs que 

1 Voir Pièces justificatives, n° XXXVIII. 



252 REVUE DES ETUDES JUIVES 

permet l'usage l . Les Juifs auraient même prétendu recevoir des 
gages en argent, en or ou en d'autres matières précieuses d'une 
valeur cinq fois supérieure à celle de l'argent prêté et se seraient 
refusés à laisser faire mention dans un acte écrit ou devant 
témoins de la remise de ces gages afin d'en nier plus facilement 
la possession. Ainsi leurs débiteurs sont victimes de ces usures 
qui les menacent de ruine. Mais les méfaits reprochés aux Juifs 
ne s'arrêtent pas là. Ils achètent et ils recèlent des objets volés, 
prétendant en avoir le droit et invoquant, à cet effet, un règle- 
ment royal de rébus furtivis, qui ordonne, d'après eux, à qui- 
conque veut rentrer en possession de ses biens volés d'en rem- 
bourser le prix à celui qui les a achetés ou reçus en nantissement, 
ce qui est contraire à un statut de Marseille donnant la faculté à 
quiconque reconnaît son bien volé de le récupérer sans donner 
d'indemnité au détenteur. Les plaignants demandent donc au roi 
de faire respecter par les Juifs les prescriptions de ce statut. Ils le 
supplient en même temps de leur interdire désormais d'exiger, 
pour les emprunts qui leur seront faits, un intérêt supérieur à 
l'intérêt usuel et, s'ils reçoivent des gages pour garantir le prêt, 
que, du moins, ces gages ne soient que du double de la somme 
empruntée et que la remise en soit constatée par un acte public 
ou par un acte écrit de la main des parties ou par le serment des 
Chrétiens, et que, enfin, il soit ordonné aux Juifs qui se livrent au 
prêt d'argent de poser au-dessus de leur porte une enseigne qui 
puisse les faire reconnaître 2 . 

Les manœuvres frauduleuses qui sont dénoncées par la popu- 
lation de Marseille au roi René sont les mêmes que celles contre 
lesquelles avait dû sévir le Conseil général de la ville dans les 
premières années du xiv e siècle. La seule différence qui se mani- 
feste entre les deux époques, c'est qu'alors il s'agissait de pré- 
server la population contre des abus commis également par des 
Chrétiens et par des Juifs, tandis que maintenant la plainte ne 
s'applique qu'aux Juifs. Le roi cependant n'use pas de rigueurs 

1 Du Cange dit que des florins furent frappés, en Provence, à l'effigie des 
comtes, à l'exemple des florins pontificaux. La valeur en a varié. Au xiv e siècle, le 
florin valait 32 sous. Il était divisé en 12 gros, qui valaient, par conséquent, chacun 
2 sous et 8 deniers, le sou étant de 12 deniers. Mais il semble que, au xv e siècle, 
la valeur du florin et, par conséquent, du gros ait diminué de moitié. Du Cange dit, 
en elfet, qu'en 1438 — époque la plus rapprochée de celle où fut écrite la lettre du 
roi René qui nous occupe, — le florin était compté pour seize sous de monnaie de Pro- 
vence (voir Du Cange, v° florenus). Par conséquent, la valeur du gros était tombée 
à 1 sou 4 deniers. — Le patac était une pièce de monnaie de cuivre qui, en 1455, 
valait deux deniers (voir Du Cange, v° Patacus). — L'usage permettait donc un in- 
térêt de 25 %, et les Juifs étaient accusés d'exiger un intérêt double, de 50 °/ . 

* Voir Pièces justificatives, n° XXXIX. 



LES JUTFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 253 

excessives à l'égard des coupables, et il se contente de les rap- 
peler à l'observation des règlements en vigueur : le taux de l'in- 
térêt ne pourra pas dépasser 25 florins p. 100 et par an, et les 
biens de ceux qui exigeront un intérêt supérieur seront confis- 
qués. Il prescrit aussi que les gages reçus seront conservés, qu'un 
acte authentique en mentionnera l'existence et que la peine de la 
confiscation sera également appliquée aux contrevenants. En ce 
qui concerne, enfin, l'accusation de recel portée contre les Juifs, 
le roi ordonne d'appliquer aux coupables le droit commun; mais 
il ne dit pas quel doit être ce droit commun et si le juge devra 
appliquer le statut royal de rébus furtivis ou le statut de Mar- 
seille, qui est en contradiction absolue avec celui-ci. Le roi 
néglige aussi de se prononcer sur la prière qui lui a été faite 
d'obliger les Juifs qui se livrent au commerce de l'argent de placer 
une enseigne au-dessus de leurs portes. 

Ainsi, du xm e au xv e siècle, la doctrine n'a pas changé. L'usure 
est licite à Marseille, à condition que l'usurier ne moleste pas son 
débiteur. Les règlements lui laissent, du reste, assez de latitude 
pour qu'il retire de son commerce le plus de bénéfice possible, 
puisque cette ordonnance du roi René fixe le taux de l'intérêt à 
25 % et que les statuts le fixaient à 15 %. Il est vraisemblable 
que, même parmi les usuriers juifs, le plus grand nombre devait 
se contenter de cet intérêt légal et que seule une faible minorité 
provoquait les plaintes dans le genre de celles qui furent portées 
au roi René. D'ailleurs, cette minorité de prêteurs malhonnêtes 
existait-elle et les plaintes étaient-elles justifiées ? Les termes 
dans lesquels elles sont énoncées, pour précis qu'ils soient dans 
renonciation des griefs, sont encore vagues puisqu'ils ne dé- 
signent pas, par leurs noms, les Juifs dont la conduite a provoqué 
la démarche des plaignants. En outre, ils sont analogues à ceux 
dont on se servait au xiv e siècle pour formuler des plaintes contre 
des prêteurs chrétiens et juifs. D'autre part, le roi ne prend pas la 
peine d'en examiner le bien fondé. Lui qui, dans une ordonnance 
postérieure du 4 février 1463, — d'ailleurs révoquée peu après et 
cancellée sur le registre où les scribes de Marseille l'avaient 
transcrite ' , — prétendait que les Juifs avaient droit à la protec- 
tion particulière du prince, parce qu'ils ne pouvaient compter 

1 Arch. mun. de Marseille. Livre des Statuts, VI, f° 238. — Lettres du roi René 
du 4 lévrier 1463. Après le texte de ces lettres sont ajoutés ces mots : Cancellate 
fuerunt hec littere que fuerunt revocate et habetur littera revocationis. . . alia capitula 
in archivo hujus civitatis Massilie. » 11 ne nous a pas été possible de retrouver les 
lettres révoquant ces lettres royales du 4 février 1463. Nous en donnons le texte aux 
Pièces justificatives , n°XL. 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que sur elle, celle de l'Eglise leur faisant défaut, ne semble pas 
avoir été animée à leur égard, en 1453, d'un large esprit de 
justice puisque, sans les entendre, il accueille les plaintes qui lui 
sont adressées contre eux. Son excuse est qu'il n'aggravait pas 
la législation sous laquelle étaient placés ceux qui pratiquaient 
à Marseille le prêt à intérêt et que les Juifs pouvaient, d'ailleurs, 
avoir toujours recours à sa sollicitude contre les injustices dont 
ils pouvaient être les victimes . 



IV 



Nous avons essayé d'établir, avec toute la précision que nous 
permettaient d'apporter les documents dont nous disposions, 
quelle avait été la situation légale des Juifs à Marseille, du xin e 
au xv e siècle, quelles obligations leur étaient imposées et jusqu'où 
allait leur sévérité, de quelle manière ils vivaient dans cette 
ville qui les avait si libéralement accueillis et, pour ainsi dire, 
adoptés pour ses enfants, et à quelles occupations principales 
ils s'y livraient. Sur la plupart de ces questions, même sur celle 
de l'usure, notre conclusion a été que des différences insignifiantes 
distinguaient les Juifs des Chrétiens. Il nous reste maintenant à 
déterminer jusqu'à quel degré de prospérité matérielle s'était 
élevée la Communauté juive de Marseille et par suite de quels 
événements elle fut dispersée, officiellement du moins, à la fin 
du xv e siècle, ou dans les premières années du xvi e . 

Les avantages incontestés que les statuts de Marseille et l'esprit 
de tolérance de la population marseillaise assuraient aux Juifs 
avaient dû en attirer un très grand nombre dans cette ville, qui 
en avait retiré des profits réels pour l'activité et la prospérité de 
son commerce. Aussi, jamais aucune plainte ne paraît s 1 être élevée 
contre la Communauté juive tout entière, si quelques Juifs provo- 
quèrent par leurs procédés les plaintes particulières dont nous 
avons eu précédemment l'occasion de nous occuper. Bien plus, 
un document du 4 novembre 1424 nous montre le souci des 
Marseillais d'assurer à cette communauté, après des temps 
troublés, des conditions normales d'existence qui lui permissent 
de rendre de nouveau à leur ville les services que celle-ci en avait 
déjà reçus. 

Au mois de novembre 1423, Marseille, qui avait pris une part 
active dans la querelle soulevée entre le comte d'Anjou et de 
Provence, Louis III, et le roi d'Aragon, Alphonse V, pour la 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 253 

possession du royaume de Naples,fut assiégée parle roi d'Aragon. 
Après une résistance qui ne manqua pas de grandeur, elle fut prise 
et livrée au pillage par les Aragonais, qui, si l'on en croit la légende 
accréditée par la suite, auraient emporté dans leur butin les 
reliques de saint Louis, évêque de Toulouse, conservées jusque- 
là à l'abbaye de Saint- Victor, la chaîne du port qu'ils avaient 
brisée pour permettre à leurs navires d'entrer dans la ville, et 
même les archives de l'Hôtel de Ville. Les habitants effrayés, pour 
échapper aux violences et aux cruautés des vainqueurs, s'étaient 
enfuis dans la campagne, et la ville se trouva complètement déserte 
et ruinée. Il fallut que le Comte intervînt pour réparer dans la 
mesure du possible les conséquences du désastre : diverses ordon- 
nances qu'il prit alors prescrivirent de confisquer les biens des 
Marseillais qui ne rentreraient pas dans la ville qu'ils avaient 
abandonnée, prorogèrent « de trois ans l'exigibilité de toutes les 
dettes contractées par la Commune et les particuliers, et suspen- 
dirent, pendant le même espace de temps, le cours des intérêts ' ». 

La Communauté juive était importante et riche et l'adminis- 
tration municipale se félicitait de sa présence à cause des différents 
avantages qui en résultaient pour la cité 2 . Or, les Juifs semblent 
avoir particulièrement souffert de l'invasion aragonaise, car, si 
nous en croyons les historiens marseillais, Alphonse V, réunissant 
ses compagnons d'armes au moment d'attaquer la ville, leur avait 
recommandé d'être sans pitié, demandant seulement à leur fureur 
d'épargner « les choses saintes et les temples du Seigneur ». Les 
Juifs avaient été ainsi plus exposés que les autres habitants de la 
ville aux violences des soldats du roi d'Aragon, puisqu'ils n'avaient 
pas eu la suprême ressource de trouver un asile dans les églises 
ou dans les monastères, qui, à peu près tous, échappèrent au 
pillage. Aussi la plupart d'entre eux s'enfuirent-ils de Marseille, 
se réfugiant en divers endroits de la Provence où ils espéraient 
trouver un abri plus sûr, tandis qu'un petit nombre de leurs 
coreligionnaires, à la faveur d'un sauf-conduit, revenaient dans 
la ville, une fois passés les premiers moments de trouble et de 
terreur. 

Dans l'œuvre de restauration qu'ils avaient entreprise, les 
syndics de Marseille et les membres du Conseil de Ville s'aper- 

1 Augustin Fabre, Histoire de Marseille, I, p. 481-491. 

8 Voir Pièces justificatives, n° XLI. — c ...Ante miserabilem ipsius civitatis ca- 
sum, multi judei in eadem sexus utriusque habitabant qui, in omnibus ejusdem tam 
realibus personalibus quam mixtis, prout totidie occurrebantur, contribuere et solvere 
non negabant, et alias ex ipsorum habitatione judeorum varia sufFragia in communi 
et particulari ipsi universitati commodius accrescebantur, ut cuique intuenti clare ap- 
parere potest. » 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

curent des inconvénients qui résulteraient pour leur cité de ce 
départ en masse. De même qu'ils avaient sollicité et obtenu de 
Charles du Maine, qui gouvernait la Provence au nom de son frère 
Louis III, qu'il suspendit pendant trois années le paiement des 
intérêts et du capital des dettes contractées par la Communauté 
et par les particuliers, de même ils lui demandèrent de remédier 
par un édit à la situation qui leur était faite par la fuite de 
leurs nombreux coreligionnaires : ils ne pouvaient pas supporter 
la charge des dettes contractées par la Communauté tout entière 
avant les malheurs de 1423. 

Le Régent accueillit la demande des Marseillais, comprenant 
bien que la mesure qu'il prenait sauvegardait à la fois les intérêts 
généraux de la ville et les intérêts particuliers des Juifs qui y 
étaient revenus. Il prescrivit donc qu'il serait enjoint à tous les 
Juifs ou Juives qui s'étaient enfuis de Marseille et qui résidaient 
maintenant dans le reste de la Provence, de rentrer dans la ville 
dans un délai de quinze jours. Cet ordre s'appliquait même aux 
Juives qui, par suite d'un mariage récent avec un étranger, ne 
devaient plus habiter Marseille : ces femmes devaient donc s'y 
conformer sous peine d'une amende de cent marcs d'argent fin. 
Enfin, dans le cas où des Juifs refuseraient de revenir à Marseille, 
ils devraient fournir à leurs coreligionnaires une caution suffi- 
sante pour garantir le paiement de la dette commune qui leur 
incombait 1 . 

A une première lecture, cette ordonnance peut paraître une 
mesure de persécution dirigée contre les Juifs. En réalité, il n'en 
est rien. C'est une décision de la puissance souveraine, comme il 
en intervient toujours à la suite de perturbations aussi graves que 
celles qu'avait amenées à Marseille la victoire du roi d'Aragon. Il 
s'agit après cela de rétablir autant que possible les choses dans 
l'état où elles étaient précédemment, et il est juste que tous ceux 
qui essaient de profiter de semblables occasions pour se dérober 
aux obligations, particulières ou communes, qu'ils ont contractées 
auparavant, soient contraints de remplir tous les engagements 
qu'ils ont pris. 

Peut-être pourrait-on s'étonner que Charles du Maine, ayant 
accordé à la ville et aux particuliers un délai de trois ans pour 
acquitter leurs dettes, suspendant même le paiement des intérêts 
pendant cet intervalle de temps, n'ait pas fait une pareille faveur 
aux Juifs fugitifs. Mais rien dans l'ordonnance ne permet de 
supposer qu'un régime particulier ait été établi pour le paiement 

1 Voir Pièces justificatives, n° XLI. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 257 

des dettes de la Communauté juive. Il s'agit de reconstituer cette 
communauté autant que possible telle qu'elle était avant le siège 
de 1423, afin que les charges qui pesaient sur elle soient plus 
équitablement réparties entre tous ses membres ; il n'est pas 
question d'impartir aux membres de cette communauté pour 
payer ses dettes un délai différent de celui qui est accordé au 
reste de la population. L'ordonnance n'exige même pas des Juifs 
qui se refuseraient à venir à Marseille le paiement immédiat de la 
part de la dette commune qui leur revient. Elle se contente 
d'ordonner qu'il sera exigé d'eux une caution suffisante qui sera 
remise entre les mains des Juifs domiciliés. Rien ne nous autorise 
donc à supposer que cette ordonnance du 4 novembre 1424 ait 
prétendu déroger de quelque manière à l'ordonnance générale 
dont nous avons parlé d'après Augustin Fabre. Au contraire, cet 
historien mentionne aussi une ordonnance par laquelle la reine 
Yolande de Sicile, veuve de Louis II d'Anjou et mère de Louis III 
et de Charles du Maine, aurait prescrit à tous les Marseillais 
fugitifs de rentrer dans la ville sous peine de confiscation de leurs 
biens*. Donc, les souverains faisaient à propos des Chrétiens aussi 
bien que des Juifs, la distinction que nous établissons entre l'o- 
bligation imposée indistinctement à tous les fugitifs de rentrer 
dans la ville sous les peines les plus graves et le paiement des 
dettes, pour lequel ils accordaient tous les tempéraments possibles 
avec la situation troublée de la cité. 

Il convient peut-être de signaler les soins pris par Charles du 
Maine de promulguer une ordonnance particulière aux Juifs et de 
ne pas les comprendre dans l'ordonnance générale de sa mère 
Yolande. Les Juifs fugitifs avaient-ils manifesté de quelque façon 
le dessein de ne pas se soumettre à l'ordonnance générale ? N'est- 
ce pas plutôt parce que, malgré la qualité de citoyen de Marseille 
qui appartenait individuellement à chacun d'eux, les Juifs for- 
maient dans la ville une communauté distincte, jouissant entre 
autres privilèges d'une espèce d'autonomie financière, et capable 
de contracter des emprunts, ainsi qu'il résulte d'une ordonnance 
de la reine Marie précédemment analysée? Naturellement, la 
Commune et le Souverain devaient être amenés à veiller à l'exé- 
cution stricte des engagements pris et à prendre garde que la 
Communauté ne subît aucune diminution numérique afin de 
pouvoir mieux satisfaire à toutes ses obligations. 

Nous savons, en effet, que si des Juifs prêtaient de l'argent en 
particulier, leur communauté se trouvait parfois dans la nécessité 

1 Aug. Fabre, loc.cit., I, p. 491. 

T. XLVI, n° 92. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES! JUIVES 

d'en emprunter elle-même. M. Isidore Loeb a publié l divers 
documents, datés de 1492, qui montrent les trois syndics de la 
Communauté de Marseille empruntant à Charles Forbin une 
somme de quinze cents livres. Cette somme était destinée â payer 
la rançon de cent dix-huit Juifs aragonais qui, fuyant l'Espagne 
à la suite de l'édit de proscription pris par Ferdinand et Isabelle 
contre les Juifs de leurs Etats, étaient tombés en mer entre les 
mains du capitaine d'un navire niçois, qui les avait amenés dans 
le port de Marseille, où il les retenait prisonniers à son bord. 
Comme gage de l'emprunt, l'acte stipule que « les trois syndics 
pourront engager et donner en hypothèque les personnes et les 
biens des dits Juifs constituant cette Commission. . . et les biens et 
droits des dites carrière et communauté, les hypothéquant et 
soumettant à toutes les Cours de la Provence. . . » 

Ainsi, jusqu'à la veille de leur proscription, les Juifs de Marseille 
passaient des contrats avec les Chrétiens, apportant dans ces opé- 
rations une loyauté dont ne devaient pas douter ceux qui les leur 
consentaient. 

Déjà, cependant, la Communauté de Marseille, comme du reste 
toutes les autres Communautés de la Provence, était entrée dans 
la crise qui devait, à brève échéance, provoquer contre elle des 
mesures de rigueur. 

Il nous paraît inutile de refaire le récit des excès dont furent 
victimes en 1484 les Juifs de Provence. Dans la plupart des villes, 
à Arles d'abord, à Aix et à Tarascon ensuite, des bandes de 
malfaiteurs mirent leurs biens au pillage et se livrèrent même à 
des violences sur leurs personnes. Les Juifs de Marseille ne furent 
pas à l'abri de ces maux. Ruffi raconte que, après avoir passé 
paisiblement les années qui suivirent immédiatement la réunion 
de Marseille et de la Provence à la France survenue en 1481 , les 
Juifs entrèrent, dès 1485, dans une période de tristesses et de 
malheurs. « En l'an 1485, dit-il, les Juifs s'étant rendus odieux par 
leurs grandes usures et par une infinité d'autres crimes, les 
Marseillais se persuadèrent que les abominations que commettaient 
ces obstinés avaient attiré sur leurs têtes la peste et la famine qui 
avaient affligé la ville. Si bien qu'ils se ruèrent sur eux et en mas- 
sacrèrent une grande partie, quoique la justice fit tout son pos- 
sible pour s'y opposer ; mais, non contents de ce qu'ils avaient fait, 
ils députèrent en l'an 1487 Honoré de Forbin, un des plus appa- 
rents gentilshommes de leur ville, pour obtenir du roi Charles VIII 
qu'elle fût purgée de cette vermine. Ce prince ordonna que les 

1 Un convoi d'eœilés d'Espagne à Marseille, en 4A9Ï, dans la Revue des Etudes 
juives, IX, p. 66. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 259 

officiers casseraient les obligations faites en faveur des Juifs 
pourvu qu'il leur apparût que les intérêts des sommes qu'ils avaient 
prêtées eussent été converties au sort principal, en quoi les Juifs 
en conçurent tant d'appréhension que, l'année suivante, ils se 
mirent en devoir de vendre tous leurs biens, d'emporter le prix et 
leurs facultés en d'autres États où ils avaient fait dessein de 
s'établir . . . * » 

D'après les documents que nous avons entre les mains, les faits 
ne paraissent pas s'être passés absolument de la façon dont les 
expose l'historien du xvn e siècle. Dans tous les cas, ils furent plus 
précipités et se répartirent exclusivement dans l'intervalle de 
temps compris entre le mois de mai 1485 et le mois de février 
i486 2 . 

Il paraît donc probable que les événements qui s'étaient passés 
dans les différentes autres villes de Provence eurent aussi leur 
répercussion à Marseille. Il serait bien difficile d'en déterminer 
les causes : est-ce le fanatisme ou la cupidité qui poussèrent les 
agresseurs des Juifs ? On ne pourrait le dire. Le fanatisme paraît 
invraisemblable dans une ville où il ne s'était jamais manifesté 
auparavant et à une époque qui peut être caractérisée par son 
absence de foi profonde. Quant à la cupidité, les Juifs avaient 
depuis si longtemps trafiqué et acquis des richesses à Marseille, 
qu'on est étonné que la jalousie des habitants ait attendu si long- 
temps pour se produire. A moins que le passage de Marseille sous 
l'autorité des rois de France n'ait modifié complètement les 
sentiments de la population catholique de cette ville à l'égard de 
leurs concitoyens de religion juive et ne leur ait fait perdre le 
souvenir de la vie en commun menée depuis si longtemps et du 
large esprit de tolérance dont ils n'avaient pas cessé de donner 
maintes preuves. Quoi qu'il en soit, ces habitudes et ces traditions 
étaient trop fortement enracinées, pour qu'elles n'eussent pas 
laissé des traces qui sont sensibles dans la difficulté que paraissent 
avoir rencontrée les ennemis des Juifs pour arriver à leurs fins. 

Les Juifs persécutés adressèrent leurs plaintes au roi de France. 
Celui-ci n'était pas probablement bien fixé sur cette affaire ou il 
n'était pas encore sous l'influence qui devait le déterminer peu 
après à prendre contre les Juifs une mesure de rigueur. Aussi 

1 Ruffi, Histoire de Marseille, XIII, 26, p. 308. 

* Les documents portent tous la date de 1485 ; mais on suivait encore à ce mo- 
ment l'ère de l'Incarnation, c'est-à-dire que, l'année commençant à Pâques, c'est exac- 
tement, en nous reportant au système du calendrier grégorien, entre les premiers mois 
de l'année 1485 et les premiers mois de l'année 1486 que se passèrent les événements 
que Ruffi place entre les années 1484 et 1487. D'ailleurs, on peut dire d'une manière 
générale que toute la chronologie de Ruffi est incertaine. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

adressa-t-il de Rouen, le 27 avril 1485, à Aymar de Poitiers, sieur 
de Saint- Vallier, qui était alors Sénéchal de Provence, une lettre 
où il déclarait qu'il prenait sous sa sauvegarde les Juifs de cette 
partie de son royaume, invoquant pour expliquer cette mesure l'é- 
loignement momentané du Conservateur des Juifs, Jacques Galiot, 
envoyé en Bourgogne à la tête d'une troupe de gens de guerre. A 
son tour, le 18 mai suivant, le Sénéchal adressait au viguier et aux 
Consuls de Marseille une copie de la lettre du roi, leur enjoignant 
de veillera l'exécution de ses prescriptions. Et le Conseil, après 
avoir, dans sa séance du 20 mai, entendu lecture de la décision 
royale et des ordres du Sénéchal, délibérait qu'il serait publié 
dans la ville « quod nulla persona cujuscumque status, gradus 
aut conditionis existât, extrania aut privata, audeat seu présumât 
invadere, offendere seu dampnincare judeos presentis Civitatis in 
eorum personis vel bonis, cum sint sub protectione et salvagardia 
regia sub pena indignationis régie, in dictis litteris excellents 
domini magnifici senescalli contenta et vinginti quinque marcha- 
rum argenti fini pro quolibet et vice-quolibet 1 . » 

Ainsi le Conseil enregistrait l'ordonnance de Charles VIII sans 
faire la moindre réflexion, sans même revendiquer pour lui seul, 
comme il l'avait fait jadis, au nom des privilèges et des libertés 
de la ville dont il était le gardien, l'honneur de protéger et de 
défendre les Juifs de Marseille, à l'exclusion de tous autres officiers 
du Comte. Mais, du moins, les excès commis contre les Juifs 
étaient-ils interdits. 

Cependant, les ennemis des Juifs ne se tinrent pour battus. La 
violence ne leur avait pas réussi, ils eurent recours à la ruse et 
peut-être à la calomnie. Ils avaient parmi eux des personnages 
importants, jouissant de quelque crédit à la Cour : ceux-ci s'em- 
ployèrent à obtenir du roi des mesures de rigueur contre leurs 
victimes. Parmi eux se trouvait Honoré de Forbin. Un Forbin, 
Palamède, avait été, en 1481, l'artisan le plus actif de la réunion 
de la Provence à la France et Louis XI lui avait témoigné sa recon- 
naissance en le nommant son grand sénéchal. Après lui, Aymar 
de Poitiers avait été appelé à remplir cette charge, mais il est 
permis de supposer que les Forbin avaient continué à avoir 
l'oreille du souverain et de ses conseillers immédiats et qu'ils s'é- 
taient faits en Provence les auxiliaires les plus actifs de la poli- 
tique royale. Or, c'est Honoré de Forbin qui mène l'affaire contre 
les Juifs, peut-être, comme nous le verrons bientôt, en opposition 
de sentiments avec la majorité de la population marseillaise. 

1 Pièces justificatives, n« XLII. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 26* 

L'accusation qu'on porta contre les Juifs par devant le roi de 
France est toujours la même: c'est celle qu'on avait déjà portée en 
1453 par devant le roi René. Ils se livrent à l'usure et arrivent, 
par des manœuvres frauduleuses, à perpétuer les dettes de leurs 
débiteurs, ne tenant pas compte des paiements partiels qui ont 
pu leur être faits, et qu'ils devraient en bonne justice déduire du 
capital, convertissant « par soubtils moyens leurs intérêts et 
usures en principal, tellement que lesdits chrétiens ne peuvent 
avoir fin de payement avec eulx jusqu'à ce qu'ils soient paiez 
entièrement et à une fois de toute la somme par eulx prestée avec 
leurs dites usures et ne vouldroient pas lesdits juifs que leur 
principal leur feust payé en brief tant pour en avoir plus grandes 
usures. » Ils en arrivent ainsi à causer dans le pays une véritable 
terreur, qui ne peut que déterminer sa ruine. Le roi ne peut 
raisonnablement exposer ainsi ses sujets chrétiens à tous ces 
maux ; aussi ordonne-t-il à ses officiers, par ses lettres du 
7 novembre 1485 l , toutes les fois qu'ils auront acquis la conviction 
que des actes repréhensibles de ce genre auront été commis par 
des Juifs, de «tenir les débiteurs quittes et paisibles des dites 
sommes principales... sans souffrir estre constraints aucunes 
choses en paye des dits intérest et usures ». 

Mais l'ordonnance royale dont nous venons d'analyser les 
parties essentielles ne dut satisfaire qu'à moitié ceux qui en 
avaient poursuivi la promulgation, puisque, moins d'un mois 
après, le 1 er décembre 1485, Charles VIII adressait de nouvelles 
lettres-patentes au sujet des Juifs à son sénéchal de Provence, 
aux membres de la Chambre des Comptes d'Aix, au Viguier et 
aux Consuls de Marseille 2 . Elles visent d'autres manœuvres frau- 
duleuses imputées aux Juifs qui se livrent au commerce de l'argent. 
Ces Juifs « cometans et faisans usures sur les chrétiens et, qui 
pis est, se vantent avoir de nous privilège et permission de ce faire, 
et font transport, rémission et cession de leurs dettes à gens 
estrangers ou non congneus de leurs débiteurs et aussi les font 
obliger à plusieurs personnes non congneues à celle fin que l'obli- 
gation demeure toujours en son entier, combien qu'elle soit par ce 
et agnulée et que le principal débiteur ne puisse facilement treuver 
celui à qui est fait le transport ou celui au nom duquel est fait le 
debt pour faire cauteler et abolir ladite obligation ou autrement 
pour le convenir; et que toujours par tels moiens lesdits juifs 
soient paiez de leurs damnables usures et que les pauvres chrétiens 
débiteurs demeurent perpétuellement obligez. » Le roi décide que 

1 Pièces justificatives, n° XL1II. 
* Pièces justificatives, n° XL1V. 



262 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de pareils méfaits, répréhensibles par la loi divine et par la loi 
humaine, ne peuvent être plus longtemps supportés, et il enjoint 
à ses officiers et aux magistrats municipaux de faire comparaître 
les créanciers et les débiteurs et de décharger des obligations 
qu'ils ont contractées ceux des débiteurs qui apporteront le prin- 
cipal de leur dette. 

De semblables décisions peuvent paraître partiales. Elles ont 
été prises sur le rapport de la seule partie plaignante et sans 
qu'on ait pris la peine d'entendre ceux qui en étaient l'objet : 
elles ont ainsi généralisé des faits qui n'avaient peut - être 
été accomplis qu'exceptionnellement, si tant est qu'ils l'aient 
été réellement. Elles n'en laissaient pas moins les Juifs de 
Marseille et même de la Provence en possession des privi- 
lèges dont ils avaient joui jusqu'alors, leur permettant ainsi de 
continuer à jouir des biens qu'ils avaient acquis et de faire par 
leurs opérations commerciales ou industrielles une concurrence 
insupportable aux Chrétiens. Le mouvement tournant tenté pour 
se débarrasser d'eux avait échoué puisqu'il aboutissait, en'somme, 
à faire renouveler par le roi de France des décisions déjà prises 
antérieurement soit par le Conseil général de la Ville, soit par les 
Comtes de Provence. Il fallait atteindre la Communauté tout en- 
tière, et non pas seulement les « plusieurs Juifs » qui se livraient à 
l'usure. On produisit alors contre eux une accusation impossible à 
vérifier par son imprécision même: ils furent accusés d'avoir pro- 
voqué la peste et la famine dont probablement Marseille était alors 
affligée. On montra au roi la colère du peuple, excité par la souf- 
france que ces maux lui faisaient endurer, se tournant contre les 
Juifs, dont « on en a tué, noyé, et pillé plusieurs dudit pays et 
cité », et l'impuissance des officiers de police et de justice pour 
mettre un terme à ces atrocités. Il n'y avait d'autre remède effi- 
cace que d'interdire aux Juifs d'habiter Marseille ou la Provence. 
C'est la solution à laquelle s'arrêtèrent effectivement Honorât de 
Forbin et ses amis. Ils supplièrent donc Charles VIII que « en 
ensuyant les louables ordonnances et coutumes de ses prédé- 
cesseurs, Roys de France de bonne mémoire, lesquels firent 
chasser lesdits juifs,. . . et les faire aller habiter hors de sa dite 
ville et cité de Marseille, considéré que icelle cité est de présent 
sous son obéissance et jointe à la couronne 1 ». 

Charles VIII n'osa pas cependant sanctionner immédiatement 
par un ordre d'expulsion brutale une demande que motivaient 
d'aussi peu concluantes raisons et qui était si contraire aux 

1 Voir Pièces justificatives, n° XLV. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 263 

traditions de large tolérance dont s'était honoré jusqu'alors le 
gouvernement des Comtes de Provence. Il différa donc de se pro- 
noncer sur cette matière jusqu'à ce qu'il en fût plus amplement 
informé, et, le 6 décembre 1485, il ordonna de laisser sortir 
librement de Marseille et de la Provence tous les Juifs qui le dési- 
reraient et qui pourraient emporter leurs biens avec eux, à con- 
dition qu'ils eussent au préalable rempli tous les engagements 
auxquels ils pourraient être tenus envers des Chrétiens * . 

La décision du roi ne répondait donc pas à la demande présentée 
par Forbin au nom des Marseillais. En effet, le vœu de voir 
Charles VIII ordonner que les Juifs seraient chassés de Provence 
avait été nettement formulé. Au lieu de l'accueillir, le roi ren- 
voyait à plus tard sa décision, et se contentait d'accorder aux 
Juifs qui le désireraient l'autorisation de sortir librement de Mar- 
seille et de la Provence en emportant leurs biens, sous réserve de 
remplir des conditions qu'il est légitime d'imposer à ceux qui 
changent définitivement de résidence. Si les persécuteurs des Juifs 
avaient cherché, en faisant auprès du roi d'incessantes démarches 
et en le pressant pendant un mois de leur accorder satisfaction, à 
faire naître l'occasion de dépouiller légalement les Juifs, ils pou- 
vaient maintenant reconnaître qu'ils avaient échoué. Mais, in- 
fluençant à leur grêle viguier et les différents magistrats ou offi- 
ciers municipaux de Marseille, ils avaient encore la ressource de 
donner aux ordres du roi une signification qu'ils n'avaient pas et 
de mettre à leur discrétion tous les Juifs de Marseille, qu'ils eussent 
ou non l'intention de quitter la ville. C'est, du moins, ce qui nous 
paraît résulter d'une criée publiée par Ruffi, qui la présente 
comme la conséquence des démarches faites par Honoré de Forbin 
auprès de Charles VIII 2 : « Mandamen es de par lo Rey, nostre 

1 Voir Pièces justificatives, n» XLV. 

1 11 ne nous a pas été possible de retrouver l'original de ce document aux Archives 
municipales de Marseille. Il existe, en effet, une lacune de cinquante-six années (1485- 
1541) dans la collection des Registres des Délibérations du Conseil de la ville, et ce 
document, paraissant être postérieur au mois d'octobre 1485, doit avoir été transcrit 
sur l'un des registres qui manquent. Nous ne pouvons donc pas en affirmer rigou- 
reusement l'authenticité, quoique rien ne nous autorise à le rejeter comme apocryphe: 
il se place, d'ailleurs, fort bien dans l'ensemble des documents authentiques qui nous 
sont parvenus sur cette question. Nous ne pouvons pas davantage lui assigner une date 
précise. Ruffi le place en 1487 et son argumentation indique qu'il aurait été postérieur 
aux démarches que Honoré de Forbin fit auprès de Charles VIII ; mais Ruffi place 
ces démarches elles-mêmes en 1487 ; par conséquent, la date qu'il donne à notre docu- 
ment n'est pas exacte. Si nous retenons cependant l'indication qu'il nous fournit sur 
le moment de la crise traversée par la Communauté de Marseille où elle fut publiée, 
nous verrons que nous avo:is de bonnes raisons pour faire cette criée postérieure aux 
lettres-patentes de Charles VIII du 6 décembre 1485, dont elle ne paraît être d'ail- 
leurs qu'une interprétation, comme nous l'indiquons ci-dessus. Par conséquent, cette 



264 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sobeyran Segnor, et per part de Moussu lo Viguier, que degun 
Jusiou ni Jusieva, de quai estât o condicion que sia en la cieutat 
de Maseilla, ni en son terrador e distrech, d'aissi en avant, non 
ausa ni presumesca s'en anar ni transportai^ per mar, ni per terra, 
foras del Païs de Proensa, ni en persona ni en bens, e encaronon 
ausa ni presumesca vendre ni alienar deguna causa de sos bens 
ni heritagis a degun ni baillia en gardia ni en commanda deguna 
causa de sos bens a degun Chrestian ni altra persona, sensa pre- 
mierament aver donat bonas fermansias, e en licentia de la 
Cour, sotta la pena de la confiscation de cors e de ben per cascun 
e cascuna, e quel fara al contrari applicadous en la Court Roïal. » 
Cet ordre modifiait singulièrement celui qui avait été donné 
par Charles VIII. Il détruisait complètement la liberté, dont les 
Juifs paraissent avoir joui de tout temps à Marseille et dont 
Charles VIII leur laissait l'usage, d'aller et de venir à leur guise. 
Il les mettait à la discrétion d'une sentence arbitraire, toujours 
possible. Alors même que le tribunal qui devait connaître de ces 
questions eût été impartial, c'était une suite ininterrompue de 
conflits, dont l'écho se serait naturellement répercuté jusqu'à la 
Cour et qui auraient fini par lasser le Roi et par le persuader que 
le seul moyen d'y mettre un terme était d'accorder enfin ce qu'on 
avait vainement sollicité de lui et ce qu'il avait refusé, c'est-à-dire 
l'expulsion en masse et sans conditions des Juifs de Marseille. 

Les Juifs eurent l'intelligence de la situation nouvelle qu'on 
prétendait leur faire, alors que rien encore n'avait modifié leur 
condition légale. Se souvenant fort à propos que le roi, en jurant 
à son avènement les Chapitres de Paix, franchises et libertés de 
la ville de Marseille, avait implicitement confirmé leurs privilèges 
particuliers, ils décidèrent de demander aux magistrats munici- 
paux de les protéger contre l'arbitraire royal, comme il était de 
leur devoir de protéger tous les citoyens de Marseille. Après avoir 
rédigé une protestation, pleine de dignité et de mesure, ils char- 
gèrent trois d'entre eux, Salvet Tonias, Bonjues del Cestier, leurs 
bayions, et Durand d'Alais, d'aller la présenter en leur nom au 
Viguier et au Conseil de la ville. C'est le 24 février 1485 (vieux 
style) que le Conseil donna audience à la délégation de la « Car- 
rière et de la Communauté des Juifs de la ville », et qu'il entendit 
lecture de la protestation dont les délégués étaient porteurs '. 

C'est une supplique rédigée en langue provençale et qui est in- 
criée fut publiée après que les lettres royales du 6 décembre 1485 furent parvenues à 
Marseille et eurent été lues au Conseil, c'est-à-dire dans les derniers jours de dé- 
cembre 1485 ou dans les premiers jours de janvier 1486. 
1 Voir Pièces justificatives, n« XL VI. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 265 

contestablement une réponse directe aux diverses lettres-patentes 
de Charles VIII. En effet, aussitôt après la formule du début, qui 
n'est qu'une protestation d'obéissance des Juifs aux ordres du roi 
et aux décisions du Conseil, le rédacteur rappelle « la bona voloun- 
tat de la magestat del Rey, nostre sobeyran senhor, et la ordonansa 
de la dicha cieutat fâcha de reprimar toutas usuras como si coun- 
ten en las lectras reals sus aysso constitudas. . . » et il demande au 
Conseil d'écouter quelle réponse leur fait la Communauté des Juifs. 

Et d'abord, on ne saurait voir dans cette démarche un acte de 
désobéissance à l'égard du Prince ou de la ville. Les Juifs ne se 
sont-ils pas montrés, au contraire, de tout temps très obéissants 
vis-à-vis de leurs magistrats, en bons citoyens de Marseille qu'ils 
sont, et n'ont-ils pas eu à honneur de se soumettre au bon plaisir 
du roi et aux ordres des magistrats de la cité ? C'est pour cette 
raison qu'ils demandent que les enquêtes ordonnées par les 
lettres-patentes de Charles VIII leur offrent toutes les garanties 
d'impartialité désirables. Ils supplient donc le Conseil d'adjoindre 
aux officiers chargés de l'enquête, deux autres commissaires, 
Julien Bayssan et Roustan Blanchard, notables citoyens et 
membres du Conseil, à qui ils demandent d'écouter attentivement 
l'une et l'autre parties et d'attendre pour se décider que la cause 
leur ait été clairement exposée. Les Juifs accusés d'usure n'ont 
pas peur de leurs investigations : du reste, s'ils ont agi comme ils 
l'ont fait, c'est qu'ils y étaient formellement autorisés par les pri- 
vilèges que leur ont accordés les comtes de Provence défunts et 
que le roi de France leur a confirmés. En outre, puisque les 
Consuls ont reçu mandat de protéger tous les citoyens de Mar- 
seille, chrétiens ou juifs, les auteurs de la pétition demandent au 
Conseil d'ordonner que les Consuls seront présents au procès 
pour assister les officiers chargés de l'enquête et « pour main- 
tenir les droits de chacun ». 

Le Conseil accueillit la demande des Juifs sur tous ces points, ad- 
joignant Julien Bayssan et Roustan Blanchard, ses membres, aux 
personnages déjà précédemment désignés et ordonnant aussi que 
les Consuls participeraient à l'enquête sur cette accusation d'usure. 

Cette longue délibération est instructive. D'abord, elle nous 
montre la Communauté des Juifs de Marseille résolue à se faire 
faire droit, malgré la mauvaise foi qui peut inspirer ses accu- 
sateurs. C'est là une attitude différente de celle que la tradition 
attribue d'habitude aux Juifs du moyen âge, qu'elle représente 
comme pleins d'humilité et de crainte, prêts à tout accepter, 
même les pires humiliations et les plus criantes injustices, plutôt 
que de s'exposer à la colère ou à la vengeance des Chrétiens. Au 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

contraire, les Juifs de Marseille revendiquent leur bon droit : ils 
sont membres de la cité au même titre que les autres habitants, et 
comme tels ils se réclament de la protection des Consuls et de tous 
les autres magistrats. 

De plus, l'insistance qu'ils mettent à rappeler les privilèges qui 
leur ont été accordés par tous les Comtes de Provence et que 
Charles VIII a confirmés, semblerait prouver qu'ils sont innocents 
des accusations portées contre eux. Déjà l'acte de 1453 avait in- 
diqué cet appel qu'ils avaient fait aux statuts de la ville et la 
décision du roi René leur avait été somme toute favorable. Ils s'en 
autorisent maintenant et c'est leur principal moyen de défense. 

Il n'était sans doute pas aussi mauvais qu'on pourrait le croire 
tout d'abord, puisque les Conseillers de la ville ont pris en consi- 
dération les réclamations des Juifs, sans y rien relever de con- 
traire aux usages de la cité. 

Nous ignorons malheureusement quels furent les résultats de 
l'enquête à laquelle il fut procédé. Les Juifs durent y gagner 
encore quelques années de répit puisque, le document de 1492 
nous le montre, leur organisation en Communauté subsista et qu'ils 
continuèrent à traiter des affaires d'importance avec les Chré- 
tiens. Mais leur tranquillité ne dura pas longtemps et ils durent 
subir le même sort que leurs coreligionnaires d'Arles et de Ta- 
rascon, expulsés sur l'ordre du roi Charles VIII en 1496. Mais nous 
n'avons trouvé aux Archives de Marseille aucun document per- 
mettant d'affirmer qu'il ait été pris contre eux une mesure spé- 
ciale, comme il en fut pris contre les Juifs d'Arles et de Tarascon. 
Il ne nous est donc pas possible de préciser la date à laquelle il 
leur fallut quitter Marseille. 

Ruffi et, d'après lui, les autres historiens de Marseille préten- 
dent qu'un édit fut promulgué par le roi de France en 1489, mais 
ils ajoutent que cet édit ne put être exécuté qu'en 1501. Le premier 
ne donne ni le texte ni une analyse de cet édit et il le représente 
comme la conséquence des troubles qui avaient précédé la dé- 
marche de Honoré de Forbin auprès de Charles VIII 1 . Nous n'a- 
vons pas à nous arrêter longuement à cette date de 1489, puis- 
qu'elle est controuvée par les documents publiés par M. Isidore 
Loeb, qui montrent qu'en 1492 la Communauté juive de Marseille 
existait encore et jouissait des privilèges dont elle avait joui dans 
le cours de sa longue histoire. Mais, nous avons déjà pu le con- 
stater, les indications chronologiques de Ruffi sont loin d'être 
sûres. D'ailleurs, il se contredit lui-même à un autre endroit de 

1 Ruffi, Histoire de Marseille, XIII, 26, p. 305. 



LES JUIFS DE MARSEILLE AU MOYEN AGE 267 

son histoire, puisqu'il rapporte que le cimetière juif du Montju- 
sieu « persista jusqu'en l'an de 1495 », en plaçant à cette date 
— 13 mai 1495 — des lettres-patentes de Charles VIII qui font 
présent des terrains de ce cimetière à un citoyen de Marseille, 
Antoine Caussemille *. 

Quoi qu'il en soit, il est certain que les Juifs de Marseille durent, 
dans les dernières années du xv e siècle, abandonner une ville qui 
avait été pour eux si largement hospitalière et dont, jusqu'au der- 
nier moment, ils avaient cru pouvoir se dire les citoyens. Ils suc- 
combaient à une coalition d'ennemis qui paraissent en avoir voulu 
plus à leurs biens qu'à leur foi. 

Nous ne croyons pas, en effet, que, à Marseille du moins, les 
Juifs aient succombé à la suite d'un soulèvement général de la po- 
pulation contre eux. Sans doute, les lettres-patentes de Charles VIII, 
où il faut rechercher l'origine de leur ruine, attribuent bien aux 
Consuls et aux habitants de Marseille la dénonciation des malver- 
sations commises parles Juifs, mais on peut douter que la popula- 
tion marseillaise tout entière ait été réellement animée à leur égard 
de sentiments d'hostilité ou de haine, car la délibération du 
24 février 1486 écarte a priori une telle supposition : à coup sûr, 
les Consuls et les membres du Conseil n'auraient pas accueilli en 
tous ses points la réclamation des Juifs si eux-mêmes ou leurs pré- 
décesseurs avaient provoqué par leurs plaintes la décision royale. 
On ne peut pas attribuer davantage à une explosion violente de 
fanatisme l'expulsion des Juifs de Marseille et même de la Pro- 
vence : nous avons vu combien l'administration municipale de 
Marseille, et certainement le peuple tout entier dont elle était 
l'émanation, bien qu'elle ait été élue à un suffrage très restreint, 
était indifférente en matière religieuse. N'avait-on pas, en 1480, un 
an avant la réunion à la France, ordonné des mesures sévères 
contre ceux qui avaient aidé au rapt et à la conversion d'une jeune 
fille juive et prescrit qu'un pareil crime ne devrait plus être 
commis désormais ? Comment expliquerait-on, si l'on acceptait 
l'opinion de Ruffi, que, cinq ans après, tous les Marseillais, magis- 
trats et habitants, se fussent trouvés d'accord pour reprocher aux 
Juifs, non seulement d'avoir commis des actes d'usure, mais encore 
d'être les « ennemis de la foi chrétienne », de faire et dire « chas- 
cun jour plusieurs choses malsonnantes et abhominables en diffa- 
mation de notre Rédempteur Jésus, de sa benoiste'mère, la Vierge 
Marie », et enfin de semer « bien souvent. . . erreurs et hérésies 
entre le simple peuple ? 2 » 

1 Ruffi, Histoire de Marseille, XIII, 26, p. 307. 
* Voir Pièces justificatives, n° XLVI. 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce sont là des accusations beaucoup trop vagues pour être 
fondées. Elles ont été imaginées par des Provençaux qui suppor- 
taient difficilement la présence parmi eux de Juifs actifs, intelli- 
gents et riches. Quelques-uns d'entre eux avaient la faveur du roi 
parce qu'ils avaient, peut-être au mépris des intérêts de leur 
propre pays, favorisé la réunion de la Provence à la France. Ils 
voulurent profiter de cette faveur pour s'enrichir aux dépens des 
Juifs. En effet, les Juifs à peine partis, ils s'en partagèrent les dé- 
pouilles. Antoine Caussemille reçut les terrains du cimetière ; 
d'autres durent recevoir d'autres bienfaits du roi, les documents 
seuls nous manquent pour l'affirmer d'une façon catégorique. 

Ainsi disparaissait, à la suite d'une intrigue, la Communauté des 
Juifs de Marseille. Elle avait duré plusieurs siècles et elle avait 
profité du libéralisme des institutions marseillaises. Tant que les 
Marseillais avaient été les maîtres dans leur ville, les Juifs y avaient 
demeuré, à l'abri de l'arbitraire, sous l'égide protectrice des statuts 
dont ils ne paraissent jamais s'être réclamés en vain. Du jour où 
la royauté capétienne pénétra en souveraine en Provence et à 
Marseille, la situation des Juifs fut compromise. Elle ne pouvait 
s'accommoder du régime unitaire et despotique qui était en train 
de triompher en France avec Louis XI et ses successeurs, et qui 
s'efforça nécessairement de prévaloir dans la province nouvelle- 
ment acquise par les rois. L'unité religieuse était pour les inven- 
teurs de la monarchie absolue la condition essentielle et préalable 
de l'unité politique. Les Juifs devaient donc disparaître puisqu'ils 
entravaient le développement de la France tel que l'avaient conçu 
les légistes des rois, nourris de droit romain. Ils furent sacrifiés 
à la raison d'Etat, comme plus tard les Protestants. Du moins, 
par le long espace de temps pendant lequel ils avaient vécu pai- 
siblement mêlés à la vie des autres habitants de Marseille, les Juifs 
avaient acquis des droits à la reconnaissance de la cité dont ils 
avaient contribué à faire la prospérité, comme la cité avait acquis 
des droits à leur reconnaissance. Le peu qu'on a écrit sur l'histoire 
de Marseille au moyen âge a prouvé qu'on ne pouvait séparer, 
dans le récit du développement de la grande cité, le groupe de 
Juifs qui y avait trouvé un asile si sûr et le reste de la population 
chrétienne. C'est à l'honneur de celle-ci, et peut-être ne serait-il 
pas difficile de trouver encore aujourd'hui dans les mœurs pu- 
bliques et privées la persistance de ces nobles traditions de tolé- 
rance et de liberté. 

Ad. Crémieux. 
(A suivre.) 



LES RABBINS DE SUISSE 



Au dix-septième siècle les Juifs avaient presque entièrement 
disparu de la Suisse, c'est à peine si dans quelques villages on les 
trouvait encore en petit nombre. Dans le village de Mammern, en 
Thurgovie, il y avait, en 1643, vingt-quatre familles juives, qui 
avaient un vieillard comme rabbin et qui célébraient leur culte 
dans une maison louée; mais elles furent bientôt expulsées ! . Plu- 
sieurs Juifs doivent avoir également demeuré, vers cette époque, 
àKlingenau, village de l'Argovie. Les Juifs de la Suisse résidaient 
principalement dans les deux localités de Lengnau et d'Endingen, 
situées dans le comté de Bade ; mais là même leur nombre fut 
très restreint jusqu'au commencement du xviii siècle: en 1702 les 
deux communautés réunies ne comptaient pas plus de trente- 
cinq familles, de sorte qu'elles étaient à peine en état d'avoir un 
rabbin particulier. 

Le premier rabbin qui fut nommé en Suisse « Rab et More 
Cédek » fut Matityahon ben Adonia Israël Sée, petit-fils d'Israël 
Heppingen et élève et correspondant de Samson Bacharach. Il 
mena une vie ascétique à Thiengen — communauté à la frontière 
de la Suisse et du duché de Bade — et à Stùhlingen; il mourut 
après 1653 en Suisse, peut-être à Endingen 2 . 

Pendant quelque temps les fonctions rabbiniques furent occupées 
en Suisse par R. Aryéh Yehouda Lob Thèomim, appelé aussi Lob 
Schnapper, qui fut rabbin à Brisach, puis assesseur rabbinique â 

1 Ulrich, Sammlung jûdischer Geschichten. . . in der Schweit, p. 253. 

5 Dans le Memorbuck de Worms {Kobez al yad, III, 16), on lit : 'n*Tï?173 ÏTlrt 

yvnu) nnjaa pi£ srrnKi m r-^nv) bfiotzji ïtw» '-mito "p "lïrnrna 

nu: tjd:t irns^an p3^uu) p"]?^ jima y"-pn nvrorn imrm rrïii 

y^lTC nD ,, l723. Dans un autre Memorbuch {Kobez al yad, IX, 15), il est appelé 
y^T© n3"H723 pS^n^TS ; il n'existe pas de localité qui s'appelle Merdingen ; 
il faut peut-être lire p2*H3y7a d'Endingen pour l33' 1 1 b T , 73- Sur Matityahou voir 
encore Encyclop. d'Ersch et Gruber, 2« section, t. XXVI11, p. 50; Revue, XVI, 318; 
XX, 309. 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Francfort- sur-le-Mein. C'est comme tel qu'il publia en 1710 les 
Deraschot de son père Ahron Théomim, assassiné à Cracovie en 
1690 et l'ouvrage Maité Ahron sur la Haggada de Pâque, du même * . 

Le premier rabbin particulier des deux communautés suisses de 
Lengnau et Endingen fut R. Lob Pintschow, dont nous ne savons 
rien de plus. Il mourut vers 1*750 et fut enterré sur le « Judenàul », 
ainsi que s'appelle l'ancien cimetière des Juifs de Suisse, dans une 
île située près de Goblenz, sur le Rhin. C'est là que se trouvait 
encore, il y a quarante ans, la tombe, très simple, de ce rabbin et 
de sa femme. 

Le successeur de Pintschow fut Jacob ben Isserl Schweich, qui, 
d'après notre conjecture, fut appelé d'Alsace, vers 1758, à Len- 
gnau- Endingen. Dans l'état des Juifs des deux communautés qui 
fut dressé le 22 avril 1761 par le pasteur Grob, de Tâgerfelden, 
on lit : « Jacob Schweich, rabbin, sa femme, un fils, une fille, 
présentement à Endingen » 2 . Il y avait, en effet, entre les deux 
communautés, comme encore cent ans plus tard, une convention 
d'après laquelle le rabbin devait changer de résidence tous les 
trois ans. Lengnau était alors la communauté de beaucoup la plus 
importante. Comme Jacob Schweich avait déjà transféré sa rési- 
dence à Endingen en 1761, les trois années qu'il avait à demeurer 
à Lengnau étaient déjà écoulées ; son entrée en fonctions ne doit 
donc pas être placée après 1758. Schweich était un remarquable 
connaisseur de la littérature talmudique et rabbinique, et, pour sa 
finesse ainsi que pour ses connaissances, il était tenu en grande 
estime par le rabbin Joseph Steinhardt de Niederenheim, depuis 
1765 à Fùrth, très considéré par ses contemporains et avec lequel 
il était en correspondance. 11 l'appelait « la grande lumière », « le 
prince de la Tora » , « celui qui a un nom parmi les grands » . Pen- 
dant que Steinhardt était encore à Niederenheim, Schweich le 
consulta sur l'usage du vin cascher que les membres de sa com- 
munauté ne préparaient pas, à son avis, conformément à la loi. 
Deux ans plus tard il s'adressa à lui dans la circonstance suivante. 
Au commencement de septembre 1770 quatorze Juifs de la Suisse 
moururent subitement dans le voisinage immédiat de l'île des Juifs 
mentionnée plus haut. Le vaisseau qui devait porter les visiteurs 
du marché de Waldshut s'engloutit au fond du Rhin avec les pas- 
sagers, au nombre de cent cinquante. Des vingt Juifs qui se trou- 
vaient sur le vaisseau, six seulement furent sauvés « comme par 

1 Revue, XLI, 135 et s.; M. Horovitz, Frankfurter Rabbiner, II, 73 ; Isr. Wochen- 
schrift far die Sckweit, 1901, n° 12, p. 5. 

* Manuscrit à la bibliothèque cantonale d'Aarau. Voir aussi Ulrich, l. r., p. 294 
et suiv. 



LES RABBINS DE SUISSE 271 

miracle » ; les autres trouvèrent la mort dans le Rhin. Les corps des 
malheureux, poussés en aval, furent retrouvés plusieurs semaines 
après et dignement inhumés. Les veuves des noyés pouvaient- 
elles se remarier et les orphelins dire le Kadisch ? Telles sont les 
questions que Schweich adressa à Joseph Steinhardt, à Fûrth, 
dans une lettre datée du 22 octobre 1770, et Steinhardt lui répon- 
dit aussitôt en détail, en se prononçant pour l'affirmative *. Jacob 
Schweich fut également en correspondance avec Moïse Men- 
delssohn. Quand, en 1774, le gouverneur de Bade décréta que le 
nombre des Juifs établis à Lengnau et à Endingen serait limité à 
cent trois familles et que les personnes sans ressources ne pour- 
raient pas contracter mariage, le rabbin Schweich s'adressa à 
Mendelssohn, le priant de bien vouloir s'employer pour ses coreli- 
gionnaires opprimés auprès du pasteur Lavater de Zurich, dont il 
connaissait l'amitié pour lui. Mendelssohn intervint avec empres- 
sement et obtint le résultat espéré" 2 . Jacob Schweich se rendit 
plus tard à Nancy, où il avait été nommé successeur de Jacob 
Perle. C'est de cetteville qu'il accorda, vers 1787, une lettre d'ap- 
probation à Salomon Dubno, le grammairien connu, l'ancien ami 
de Mendelssohn 3 . 

Jacob Schweich mourut en 1812 à l'âge de quatre-vingt-dix- 
sept ans. Le 28 mars 1810, il écrivait encore en qualité de Grand 
rabbin du Consistoire des Israélites de la circonscription de 
Nancy, en exécution de l'article 12 du décret du 10 décembre 1806, 
une circulaire recommandant aux Israélites de renoncer au petit 
commerce improductif, et de former leurs enfants aux études, à 
l'agriculture ou aux arts et métiers. Durant sa longue existence, 
sa bonté lui valut beaucoup de sympathies. Les nombreux assis- 
tants qui suivirent son convoi « ressemblaient à une famille en 
deuil pleurant son père et bienfaiteur 4 ». 

Le successeur de Jacob Schweich fut Raphaël Ris, appelé 
aussi, d'après son lieu de naissance et de séjour, Raphaël Hagen- 
thal. On ne dit nulle part à quel moment il entra en fonctions ; 
mais comme Schweich émigra à Nancy vers 1780 et que Ris fut 
son successeur immédiat, il vint sûrement en Suisse avant 1793. 
Il était le disciple du rabbin Wolf ben Jacob Reichshofen de 
Bouxviller et il dirigea, jusqu'à ce qu'il eut été appelé à Endingen- 

1 Jos. Steinhardt, Zichron Joseph, Consult., II, 5 et s. ; IV, 4. 

* Mos. Mendelssohn, Ges. Schriften, III, 107; Kayserling, Moses Mendelssohn 
(2« édit.), p. 271 et s. 

3 Gross, Gallia judaica, p. 400, l'appelle Jacob Schweich, sans rien ajouter sur 
lui, et dans l'Index, p. 703, Jacob Schweiz ! 

* Sulamith, III, 1 , 151 et s. ; IV, 1, 68. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lengnau, une école talmudique à Hagenthal. Séligman Ris, qui 
vivait à Oberhagenthal en 1784-1785, était probablement son 
frère. Raphaël Ris, très estimé pour ses connaissances et sa piété 
mourut, à un âge très avancé, le 25 mai 1813, à Endingen 1 . En 
son honneur et en l'honneur de son maître Wolf Reichshofen, 
mort à la même époque, le rabbin Hirsch Katzenellenbogen pro- 
nonça un panégyrique le 11 juillet 1813 à Winzenheim. Des com- 
mentaires de Ris sur le Talmud se trouvent en manuscrit à la Bi- 
bliothèque de TUniversité de Strasbourg 2 . 

Jusque-là le gouvernement de l'Argovie ne s'était pas occupé du 
culte israélite en ce qui concerne la nomination du rabbin. C'est 
seulement après la mort de Raphaël Ris qu'il se réserva de con- 
firmer le rabbin à élire 3 . En 1815 les communautés d'Endingen- 
Lengnau choisirent un nouveau rabbin dans la personne d'Abra- 
ham Isaac Lunteschûtz. Il était le fils d'un certain Jacob Samuel 
ben Ahron Lunteschûtz, inconnu d'ailleurs, et, à ce qu'il dit lui- 
même, le petit-fils du célèbre prédicateur de Prague Ephraïm Lun- 
teschûtz. Il fut beaucoup éprouvé par le destin. Dans sa jeunesse, 
il fut souvent, d'après son propre récit, en danger de mort : pen- 
dant une grave maladie on lui ajouta le nom d'Abraham ; une autre 
fois il avala une grosse aiguille et plus tard il faillit être brûlé et 
tué. Il était, comme Raphaël Ris, élève de Wolf Reichshofen et 
fut rabbin à Westhofen, où il dirigea une « Yeschiba ». Pendant la 
Révolution française et notamment sous la dictature de Robes- 
pierre il eut aussi beaucoup à souffrir comme rabbin : il y perdit 
non seulement toute sa fortune, mais encore, du 26 Tammouz au 
9 Ab (c'est-à-dire du 24 juillet au 5 août 1794), la liberté 4 . 

Pour des raisons que nous ignorons Lunteschûtz n'entra en 
fonctions à Endingen-Lengnau qu'en 1817. Aussitôt après son 
entrée en charge il envoya (le fait m'a été raconté il y a quarante 
ans par des vieillards qui l'avaient encore connu personnel- 
lement) à tous les membres riches de ses communautés, avec 
une dédicace autographe, son ouvrage intitulé Kelilat Yofî, con- 
tenant des Novelles et imprimé en 1813 par son fils Jonas, 
savant talmudiste 5 . Ses autres écrits, par exemple des Novelles 
sur Berachot et sur Baba Meçia, auxquels il renvoie souvent 6 , 

1 V. App., n° 1. Je dois la copie des épitaphes à M. Schachnowitz, ministre-offi- 
ciant à Endingen. 

» Revue, XLI, p. 133-135. 

1 Haller, Die reclitiiche Siellung der Juden im Kanton Aargau (Aarau, 1901 \ p. 158. 

* Lunteschûtz, Kelilat Yufi, préface et p. 29 a, 30 a; Monatsschrift, XVII, 150 et s.; 
cf. à ce sujet Graetz, Geschichte der Juden, XI, p. 611. 

» Rôdelheim, Heidenheim, 1813. 

• Les premiers portaient le titre de pn^ Ù!T"DN nD^3, v. Kelilat Tofi, 20 a, 



LES RABBINS DE SUISSE 273 

ainsi que ses Deraschot, entre autres, sont restés inédits. Lunte- 
schùtz, à qui, jusqu'en 1813, la mort avait enlevé deux femmes, 
n'exerça le rabbinat des Juifs de Suisse que peu de temps : il 
mourut le 24 Eloul — 25 septembre 1818 l . Sa troisième femme lui 
survécut encore quarante-deux ans. 

A la mort de Lunteschùtz le rabbinat des deux communautés 
passa à Abraham Ris, fils de Raphaël Ris, qui fut plusieurs 
années rabbin de Mùhringen. Il ne lui fut pas donné de jouir du 
repos et de la paix dans le sein de sa communauté. Wolf Dreifus, 
natif d'Endingen, fut nommé en 1824 rabbin de cette localité par 
le gouvernement de l'Argovie, sur la proposition d'un parti. Ce cas 
pénible fut soumis par Abraham Ris à la décision de R. Moïse 
Sopher de Presbourg, qui était reconnu au loin comme une au- 
torité rabbinique. Sopher, dans sa lettre du 30 mai 1824 adressée 
à Ris, déclara que Wolf Dreifus contrevenait à la législation rabbi- 
nique en se faisant nommer rabbin par un gouvernement sans Tas- 
sentiment de la communauté et qu'une pareille démarche le rendait 
indigne, en général, d'occuper une fonction rabbinique. A Wolf 
Dreifus, qui avait essayé de se justifier auprès de lui, en disant que 
Ris n'avait été nommé que pour trois ans, que lui-même avait 
beaucoup d'enfants et qu'en qualité de natif d'Endingen, il devait 
l'emporter sur un étranger, Sopher fit la même réponse; il lui dé* 
clara tout net que même dans le cas où Ris âe démettrait de sa 
charge et où la communauté s'adresserait à lui, il ne pourrait ac- 
cepter le poste 2 . Le gouvernement de l'Argovie, qui avait nommé 
Dreifus rabbin, regarda la plainte que Ris avait adressée à un 
rabbin étranger comme une révolte contre ses volontés. Il le me- 
naça, en août 1824, de l'expulser s'il se permettait à l'avenir de 
faire de semblables démarches sans autorisation 3 . Ris exerça le 
rabbinat encore une dizaine d'années, qu'il passa pour la plus 
grande partie à Lengnau, où il mourut le 19 avril 1834*. 

Le rétablissement du rabbinat à Endingen étant devenu néces^ 
saire après la mort d'Abraham Ris, le gouvernement se réserva le 
droit de soumettre les candidats à un examen spécial. La com i 
munauté, fidèle à la ligne de conduite orthodoxe, désirait faire 
subir cette épreuve à deux « rabbins âgés et célèbres » . Le « Kan- 
tonsschulrath » s'y opposa; il fit entendre que même un homme 

33 a, 62 b ; il intitula les autres î pHifci blO "fr^N, v. Kelilat Tofi, kb, 20 a, 37 è, 
50*, 64a, 65 a. 

1 App., n» 2. 

* Hatam Sopher, Consult. sur Boschen Michpat, n° 21 et 22. 

a Haller, op. cit., p . 132. 

4 App., n«»3. 

T. XLVI, N° 92, 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'une culture bornée pouvait avoir l'aptitude aux fonctions ri- 
tuelles du rabbin et il exigea non seulement que le candidat pro- 
duisît un diplôme rabbinique « d'une autorité religieuse reconnue », 
mais qu'il fît preuve, dans un examen civil, de connaissances 
scientifiques et de sa capacité à prononcer des discours religieux 
et moraux. Cette proposition fut érigée en un décret par le gou- 
vernement; en même temps, celui-ci s'arrogea le droit, si l'accord 
ne se faisait pas dans la communauté, de nommer lui-même le 
rabbin. 

Le seul candidat qui subit l'épreuve avec succès fut Léopold 
Wyler, jeune homme d'Endingen qui avait séjourné plusieurs 
années à Francfort-sur-le-Mein pour acquérir une culture rabbi- 
nique et scientifique. Après son retour dans sa patrie il fut nommé 
premier professeur, puis présenté par le gouvernement comme 
rabbin au choix de la communauté d'Endingen. Bien qu'il n'eût pas 
obtenu dans trois élections la majorité, le gouvernement le nomma 
rabbin, de sa propre autorité *. A la suite de ces faits la paix cessa 
pour longtemps de régner dans la communauté. Wyler inclinait 
vers le progrès religieux, mais modéré. En 1845 il assista au 
synode rabbinique de Bade qui siégeait à Mannheim, et y fit la 
proposition d'une revision de toutes les lois mortuaires juives 2 . 
Wyler eut beaucoup d'ennemis. Les contestations dans le sein de 
la communauté ne prenaient pas fin. Plaintes sur plaintes furent 
portées contre le rabbin ; elles amenèrent une enquête judiciaire 
et le gouvernement se vit obligé de destituer Wyler de son poste, 
par un décret du 28 janvier 1852 3 . Wyler mourut le 16 juil- 
let 1857 4 . 

En 1854 Julius Fùrst de Mannheim fut choisi comme rabbin 
d'Endingen, mais au bout de peu d'années il résigna ses fonctions, 
pour exercer le rabbinat à Mergentheim. A la mort du vieux rab- 
bin Wolf Dreifus de Lengnau, survenue en 1860, le rabbinat des 
deux communautés fut de nouveau réuni et l'auteur de ces lignes 
en fut nommé titulaire, en août 1861, par le gouvernement, avec 
le consentement des communautés. A son départ pour Budapest, 
en 1870, le rabbinat ne fut plus occupé. 

M. Kayserling. 



* Haller, op. cit., p. 161 et s. 

» Frankel, Zeitschrift fur die religiôsen Interessen des Judenthums, II, 398. 
3 Haller, op. cit., p. 167. 

* App., n° 4. 



LES RABBINS DE SUISSE 275 

N° 1. 

D^fitt ynaa vùk\ wnprt ïnaa rûiwrt îtoizj pa p^b 

bab a^aai arj T^wn Tarin bran "pfiwii ann n"n72H rr'rr 

b"T ûmas 'ris p bas-i n"mri73 

p"ab a"*pn -i^n »inb iT'a 'a a-na '^pbab qoNan 

n?anN naTtt ttipn naxaab' n«m pan naaio 

/n'a'atYri 

N° 2. 

fiihnbi bas? iab> wi a->ay a^aian Tnpns nm ùrn 
rîTrr a-prr baa brin nra *a wn «brr 
•paioi in ■nia-iai banttp aan b-mn ain "p*wn n"n 
■onmtti n"aN bbian aan "wb* im n*nN 
b"T banEiz) apyi n"a p pmr« an-iaa n"mn?a 
p"ab n"j>pn bibs iznnb m* 1 T'a p"ia:? 'i ara ru3"n 3na*i 
■ntt* ba spam 
/n'a's'3'ïi 

N° 3. 

b^aia ■pan sp* pN bi^TTa a^pba na-pa p^st nn^a ab ûï-i» "ina 
n*7an Nb naba nmn -ppbN rrnn pins mm abia> naîb 

'n &rm nan&oa iar vmiDN 
a-in p an-iaa T'mji» ao-nsTan b™n -nawan ann n"i»N n"n 

b"T baan n"-nri7a 
nap3T loia '■» ann nrn îannb ne» b-nan naïaa masaio 
.p"ab Y'spn p-o n"-> '« ava ^b» min a? a*na 

N° 4. 

nmjan ti^k nrraai mbywa aomswi absnart ann 
b"T -ia>b-n nb^rn n"a n-na rmïr T'-nnTa 
.pr-û? p"pa n&mn aoa ba> aw n^n -kbn 
a^p a^on n;n»aa poa> aai rmn&w m ia n?aanm n-nnn 
a-na abn nb-ian -naa nbna* b?a nb^an m-m nhinn rrna 
mn "pm dn bi aa a^a Ntf}na mi ab ■pmnaim moitt 
nba»7a bia na^ia rapan:] ->na bab b-OMi nwb7an n^aT7a 
p"ob T"-»nn Tjttn T'a 'n ara 
.'tt'a'stVn 



BIBLIOGRAPHIE 



REYUE BIBLIOGRAPHIQUE 

4 e TRIMESTRE 1902 — 1 er SEMESTRE 1903 

(Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de V auteur du livre 
mais de V auteur de la bibliographie, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.) 



1. Ouvrages hébreux. 

Dibwn 1"P5t nnïlN 'D Ahawath Zion We-Jeruscbolairn. Varianten u. 
Ergânzungen des Textes des jerusalemitischen Talmuds nach alten Quel- 
len u. handschriftl. Fragmenten, voa B. Ratner. Traktat Sabbath. Vilna, 
impr. F. Garber, 1902; in-8° de vi + 168 p. 
Voir plus haut, p. 154. 

]im Hagoren. Abhandlungen ûber die Wissenschaft des Judenthums, re- 
digiert von S. -A. Horodezky. III. Berditschew, impr. J. Scheftel, 1902; 
in-8° de 226 p. 

Excellente Revue. Il faut louer surtout le directeur, M. Horodezky, des 
biographies intéressantes qu'il consacre aux écrivains de second ordre, qui, 
sans avoir marqué dans l'histoire de la littérature, ont exercé cependant 
une sérieuse influence sur leurs successeurs et, de leur temps, ont été con- 
sidérés comme des autorités. Dans le présent recueil il étudie Isaac 
Aboab I et Gerson Aschkenazi, qui fut rabbin de Metz. M. H. a eu la bonne 
fortune de grouper autour de lui les savants les plus renommés. Citons seu- 
lement les Notes de M. Bâcher sur divers passages du Talmud et du Mi- 
drasch; la très sérieuse étude de M. Epstein sur les Halachot Guedolot; un 
texte curieux publié par M. Harkavy et où il voit, peut-être à tort, le can- 
tique d'un faux Messie ; un article de M. David Kahna sur Dounasch b. 
Labrat et sa critique de Saadia ; l'édition du Commentaire d'Eliézer de 
Beaugency sur Hosée par M. S. Poznanski ; la biographie et des compo- 
sitions poétiques inédites d'Isaac Aboab III, présentées par M. M. Kay- 
serhng ; la traduction du Commentaire de Tanhoum Yerouschalmi sur les 
Ps. 27 et 28 par M. S. Eppenstein ; la publication de lettres inédites de 
Rappoport, Jost, Polak, Simon Sachs à J.-S. Reggio, par A. Berliner. A 
côté de ces noms universellement connus figurent ceux de jeunes écrivains 



BIBLIOGRAPHIE 277 

comme M. Abraham Kahna, qui donne un extrait très intéressant d'un 
commentaire hébreu sur la Genèse. M. A. Kahna a projeté la publication, 
en hébreu, d'un Commentaire scientifique de la Bible et des Apocryphes, 
qui serait l'œuvre de savants juifs. 

Û^IIBanb f-n^ï Studien u. Mittheilungen aus der Kais. ôffentl. Bibliothek 
zu St. Petersburg. 8 Theil. Likkute Kadinoniot II. Zur Geschichte des 
Karaismus u. der karâischen Literatur. I. Heft. Aus den âltesten ka- 
ràischen Gesetzbùchern. Leipzig, Voss, 1903 ; in-8° de xn -f- 211 p. 
Il sera rendu compte prochainement de cet important ouvrage. 

ïlb^b niiVîn Chezionoth laïla. Traumgebilde. Phantastische Scenen aus 
der biblischen Geschichte von G. Syrkin. Berlin, impr. Itzkowski, 1903; 
in 8 e de vin -f 98 p. 

^bttîtt b^ ^TStoSl aipb^ '0. Jalkut ha-Machiri. Sammlung midraschischer 
Auslegungen der Sprûche Salomons von R. Machir bar Abba Mari, zum 
ersten Maie... hrsg. vcn L. Grùnhut. Francfort, J. Kauflfmann, 1902; 
in-8° de 20 p. -f- 104 ff. 

Û^b'O'lT' Jérusalem. Jahrbuch zur Befôrderung einer wissenschaftl. ge- 
nauen Kenntniss des jetzigen u. des alten Palâstinas hrsg. von A. -M. 
Luncz. Band VI, Heft 3. Jérusalem, chez l'e'diteur, 1903;in-8°de 
p. 173-264. 

bN ta lUÎ"> y"ltf mb Litterarischer Palâstina - Almanach fur das Jahr 5663- 
1902/1903 hrsg. von A. -M. Luncz. VIII. Jahrgang. Jérusalem, chez l'édi- 
teur, 1902 ; in-32 de 24 -f 116 + 34 p. 

Partie littéraire : Luncz, Traditions littéraires palestiniennes. — S. Ra- 
falowitz : Vie des Bédouins. — Localités situées dans le gouvernement de 
Sichem. — A. S. J. Juda, Chants arabes traduits librement en hébreu. — 
Noms des villages de la banlieue de Jaffa. — Entretien avec le grand-prêtre 
des Samaritains. — Revue de l'année en Palestine. 

Û^Ûlpbln *1Ô0 Sefer ha-likkutim. Sammlung selterer Midraschim u. wis- 
sensch. Abhandlungen. VI. Theil : a) Fragmente des Jalkut ha-Machiri 
zu Mischle; è) Collectaneen aus dem alten Midrasch Jelamdenu zum 
1. B. M. nebst Anmerkungen zu Sefer ha-Likkutim Theil IV. u. V. von 
S. Buber, von L. Grùnhut. Francfort, J. Kauffmann, 1902 ; in-8° de 14 
-f- 4 p. non paginées -f- 23 ff. 

ûblB'W mi2)373 Commentaire du Talmud de Jérusalem avec références par 
II. -J. Kazowski. 1 er fascicule, Berachot. Jérusalem, impr. Luncz, 1903; 
pet. in-8° de 72 p. 

bTlàfî USTia Midrasch Hag-gadol, forming a collection of ancient Rabbi- 
nic homilies to the Pentateuch, edited for the first time from various 
Yemen manuscripls and provided with notes and préface by S. Schech- 
ter. Genesis. Cambridge, University Press, 1902 ; gr. in-4° de xxvm p. -f- 
826 col. 

Le dépouillement de la gueniza du Caire et la publication des textes les 
plus importants qu'elle a conservés n'ont pas détourné notre savant ami 
M. Schechter de l'édition du Midrash Hagadol entreprise depuis une dizaine 
d'années. La première partie de cette compilation vient de paraître, elle 
embrasse la Genèse. Comme on le sait, ce Midrasch est l'œuvre d'un Juif 
du Yémen, qui a vécu après Maïmonide, dont il s'inspire souvent. Étant si 
rapprochée de nous, cette compilation n'est pas pour cela dénuée de tout 
intérêt, car, ayant été composée à l'aide de Midraschim qui ne nous sont 



278 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plus connus, elle offre beaucoup d'inédit. Dans quelle mesure l'auteur de ce 
recueil a-t-il respecté les passages qu'il copiait, on ne saurait le dire avec 
certitude ; cependant la comparaison des extraits avec les textes à nous 
connus qu'il a utilisés nous permet de croire à sa fidélité. M. Schechter se 
proposait de faire précéder cette édition d'une étude copieuse, mais il a 
remis à plus tard ce complément de sa tâche. 11 s'est borné à indiquer avec 
un soin minutieux les références des extraits, marquant d'un signe spécial 
ceux dont la source lui échappait. Il y aurait lieu de soumettre à un examen 
d'ensemble ces derniers, mais, pour le faire avec fruit, il faudra attendre 
l'achèvement de l'édition. Contentons- nous pour aujourd'hui de remercier 
M. S. de ce nouveau monument de son infatigable activité et de lui de- 
mander de hâter l'apparition des suivants. M. S. nous pardonnera de lui 
adresser un reproche : le livre est trop luxueusement imprimé et partant 
beaucoup trop cher : 30 shillings, soit 150 pour l'édition complète (187 fr. 
50), c'est vraiment trop pour la majorité des savants à qui est destinée cette 
publication. 

C|D5 ^b3 ÏTHS? Zehn Schriften des R. Josef ibn Kaspi, mit textkritischen 
u. eriâuternden Anmerkungen, zum ersten Maie hrsg. von Isaac Last. 
Nebst einer Einleitung von Ludwig Blau. I. Band. Presbourg, impr. Al- 
kalay, 1903 ; in-8° de xx + 216 + 24 p. 

Un compte rendu détaillé de cette publication, dû à la plume de M. W. 
Bâcher, paraîtra dans le prochain fascicule. 

rvnN y*3> Cp3> Familienstarambaum der bekannten jùd. Familien Horowitz, 
Heilpern, Rappaport, Margulies, Schorr, Kaznelnbogen etc., von Sa- 
muel Kahan. Cracovie, impr. Fischer, 1903 ; in-8° de 70 + xxxvi p. 
-f- photographies. 

îiaiNBS î'P'lp Biographien u. Leichensteininschriften hervorragender Mân- 
ner, Rabbiner, Gemeindevorsteher u. Schriftgelehrter der Stadt Zolkiew, 
alfabetischer Reihenfolge geordnet, nebst einem Beitrage zur Geschichte 
der Juden in Zolkiew, von S. Buber. Cracovie, impr. J. Fischer, 1903 ; 
in-8° de 128 p. 

Û"^n min 'O Torath Chajim. Hebràische Vortrâge fur das Trauerhaus von 
H. Rabbinowicz. Francfort, J. Kauffmann, 1902; in-8° de 59 p. 



2. Ouvrages en langues modernes. 

A concise Bible dictionary, based on the Cambridge Companion to the 
Bible. Cambridge, University Press, 1902; in-8° de vin -\~ 160 p. 

Ce petit dictionnaire de la Bible, qui ne coûte qu'uu shelling, doit être 
dans les mains de tout étudiant. 

Adler. The jewish ministry. A sermon. Londres, Wertheimer et Lea, 1902; 
11p. 

Adler (H.). The Bar-Mitzvah Rite. A sermon. Londres, Alfred-J. Isaacs, 
1902; 12 p. (The North London pulpit, n° 17). 

Bahr (H.). Die babylon. Busspsalmen u. das Alte Testament. Zum Streit 
um Bibel u. Babel. Leipzig, Deichert, 1903 ; in-8° de 48 p. 

11 faut renoncer à donner la liste complète des brochures destinées à ré- 
futer les assertions de Delitzsch dans sa conférence, désormais fameuse, sur 
Bibel und Babel. La présence de l'empereur Guillaume à cette lecture et la 
lettre qu'il a écrite à ce sujet ne sont pas pour rien dans cette floraison de 



BIBLIOGRAPHIE 279 

factums innombrables. Les libraires allemands ont maintenant, dans leurs 
Catalogues, une rubrique : Bibel u. Babel. Voir plus loin : Budde, De- 

LITZSCH, DlEGKMANN, GEYSER, GOLDSCHMIED, GUNKEL, HeYN, HûMMEL, 

Jeremias, Kittel , Klàusner, Kœnkî, Leimdœrfer, Lœhr, Munz, 
Plato, Sghieler, Sghmidt, Sommer, Volck, Walter. 

Bericht (21.) uber die Lehranstalt fur die Wissenchaft des Judenthums in 
Berlin. Mit einer wissenschaftl. Beigabe von E. Baneth : Maimuni's 
Neumondsberechnung. Teil VI. (Schluss). Berlin, impr. Itzkowski, 1903 ; 
in-8° de p. 117-196 +18 p. 

Bernstein (Herman). In the gâtes of Israël. Stories of the Ghetto and the 
Jews. New-York, J.-F. Taylor, 1902; in-18 de 316 p. 

Bewan (E.-R.). The house of Seleucus. 2 vol. with plates and maps. 
Londres, Arnold, 1902 ; gr. in-8° de xn + 330 + vm + 333 p. 

Le second volume est le plus intéressant pour nos études, puisqu'il traite 
des rapports des Séleucides avec les Juifs. 

Blake (B.). Joseph and Moses, the founders of Israël. Londres, Clark, 
. 1902 ; in-8° de 290 p. 

Bousset (W.). Die Religion des Judentums im neutestamentlichen Zeit- 
alter. Berlin, Reuther et Richard, 1903; gr. in-8° de xiv + 512 p. 
Voir plus loin Perles (P.). 

Braunschweiger (M.). Die Lehrer der Mischnah ; ihr Leben u. Wirken 
fur Schule u. Haus nach den Quellen bearbeitet. 2° édition, corrigée et 
enrichie. Francfort, J. Kauffmann, 1903; in-8° de ix -f- 319 p. 

C'est plutôt un livre de lecture qu'un ouvrage de science, quoi qu'en 
pense l'auteur. Eu veut-on une preuve? Nous prenons au hasard l'article 
Eléazar de Modin. On connaît le dire de ce docteur enregistré dans Abot, 
III, 11 : « Celui qui profane les choses saintes (ou les Sabbats, d'après 
Abot de B. Nathan), méprise les fêtes, fait pâlir publiquement son pro- 
chain (ce détail manque dans Sifrè, Nombres, 122, passage que l'auteur 
ignore, et dans Abot de B. Nathan), abolit l'alliance d'Abraham et explique 
la Loi contrairement à la règle, celui-là, quel que soit son mérite dans la 
connaissance de la Loi et la pratique des bonnes œuvres, n'aura pas part à 
la vie future. » 11 est évident que la plupart de ces traits désignent des hé- 
rétiques, gnostiques ou judéo-chrétiens, et qu'en particulier l'abolition de 
l'alliance d'Abraham s'explique par l'usage de Yépiplasme auquel avaient 
recours des Juifs pour échapper au fiscus judaiais. Voici comment l'auteur 
interprète ce passage : « Bien que ces sentences visent les circonstances 
contemporaines, pendant l'insurrection de Barkochbaï {sic), elles renferment 
cependant aussi des vérités qui ont une valeur permanente, car dès que 
l'homme commet ces péchés, etc. i Voilà pour l'édification, et c'est en cela 
que l'ouvrage justifie son titre : c pour les écoles et la Camille ». L'auteur se 
vante d'avoir étudié tous les textes indispensables à la confection de ces 
biographies. On est donc surpris qu'il ne trouve pas l'occasion de citer la 
Mechilta, au sujet d'Eléazar de Modin. S'il avait seulement feuilleté ce 
Midrasch, il aurait été certainement frappé de la place considérable qu'il 
occupe dass les chapitres relatifs à l'épisode de Mara, à la manne, 
au combat contre les Amalécites et à la venue de Jéthro, et du ca- 
ractère personnel de ses interprétations , qui s'opposent à celles de R. 
Josué b. Hanania. Il y avait dans ces interprétations matière à des extraits 
intéressants, même pour les * écoles et la famille ». A défaut du texte origi- 
nal, M. B. n'aurait eu qu'à mieux utiliser qu'il n'a fait les pages de M. Bâ- 
cher (Agada der Tannaiten, I, p. 194 et suiv.) qui sont consacrées à ce sujet. 
— Malgré tout, il faut être reconnaissant à l'auteur de sa tentative, qui ren- 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dra des services à ceux qui veulent se faire une idée de la vie et de l'ensei- 
gnement des docteurs de la Mischna. 

Budde (K.). Die Bûcher Samuel. Tubingue, J.-C.-B. Mohr, 1902; gr. in-8° 
de xxvn •+■ 343 p. (Kurzer Hand-Kommentar deK. Marti.) 

Budde (K). Das alte Testament und die Ausgrabungen. Giessen, J. Ricker, 
1903 ; in-8° de 39 p. 

Cette conférence a été provoquée par la publication de la brochure de De- 
litzsch « Babel und Bibel • (voir Hevue, t. XLV,p. 14). Au fond, M. Budde, 
auteur des « Origines de l'histoire biblique » et de « la Religion du peuple 
d'Israël », a à cœur de défendre la critique biblique fondée sur la tradition 
contre les affirmations de certains assyriologues, tout en leur faisant 
quelques concessions. Il s'en prend surtout à Winckler : il lui reproche 
d'avoir systématisé et exagéré les tendances de son maître Schrader, dont il 
a réédité dernièrement l'ouvrage célèbre • Les inscriptions cunéiformes et 
l'A. T. », d'avoir défiguré cette œuvre si pratique en la grossissant d'hy- 
pothèses aussi téméraires que récentes. Il discute la théQrie de Winckler 
sur la signification astronomique de certains héros bibliques et ses asser- 
tions relatives à l'influence que la Bab3 7 lonie a exercée sur la Palestine et 
qui, suivant M. B., est à la fois incomplète et intermittente. — M. Liber. 

Burney (G.-F.). Notes on the hebrew text of the Books of Kings. Oxford, 
Clarendon Press, 1903 ; in-8° de xlviii + 384 p. 

Carpenter (J.-E.). Composition of the Hexateuch. Londres, Longmans, 
1902; in-8 û de554 p. 

Catalog and program of the Hebrew union Collège. Cincinnati, May et 
Kreidler, 1902 ; in-8° de 34 p. 

Charles (R.-H.). Book of Jubilees, or the little Genesis. Translated from 
the editors Ethiopie text, with introduction notes and indices. Londres, 
Black, 1902 ; gr. in-8° de 368 p. 

Cooke (G.-A). A text-book of North-Semitic inscriptions, Moabite, Hebrew, 
Phœnician, Aramaic, Nabataean, Palmyrene, Jewish. Oxford, Clarendon 
Press, 1903 ; in-8° de xxiv + 407 + 14 planches. 

Après l'admirable Manuel de Lidzbarski (Handbuch der Nordsemitischen 
JEpigraphik), celui-ci sera encore le bienvenu. D'abord, quoique magnifique- 
ment imprimé, selon l'usage anglais, et enrichi de planches d'une exécution 
parfaite, il coûte moins cher; en outre, il vise plus à la vulgarisation. L'au- 
teur n'a pas voulu faire œuvre personnelle ; il s'est contenté de reproduire 
les opinions de ses devanciers en indiquant ses préférences, généralement 
avec tact. Grâce à ce Manuel pratique; tous les sémitisants qui ne pou- 
vaient posséder les trop luxueux in-f° du Corpus inscriptionum semiticarum 
aborderont aisément l'étude de l'épigraphie sémitique, qui semblait réservée 
jusqu'ici à un cercle étroit de privilégiés enviés. 

Curtiss (S.-J.). Primitive semitic religion of to day. Record of researches, 
discoveries and studies in Syria, Palestine and the Sinaitic peninsula. 
Londres, Hodder, 1902 ; in-8° de 288 p. 

Delitzsgh (F.). Zweiter Vortrag ùber Babel u. Bibel. Stuttgart, Deutsche 
Verlags-Anstalt, 1903 ; in-8° de 48 p. + 20 gravures. 

Dieckmann (Ch.). Das Gilgamis-Epos in seiner Bedeutung fur Bibel u. 
Babel. Leipzig, C Steffen, 1902 ; gr. in-8° de 198 p. 

Durnow (S. -M.). Jewish history, essay in philosophy of history. Londres, 
Macmillan, 1903 ; in-8° de 182 p. 



BIBLIOGRAPHIE 281 

Dupp (Archibald), The theology and ethic of the Hebrews. Londres, John 
G. Nimmo, 1902; in-12 de xvn + 304 p. 

Durand-Gasselin (G,). La conversion chez les prophètes d'Israël, ses pos- 
tulats, sa nature. Gahors, impr. Coueslant, 1902; in-8° de 104 p. 

Duhm (B.). Bas Buch Jeremia ùbersetzt. Tubingue, J.-C.-D. Mohr, 1903; 
in-8° de xxxiv + 153 p. 

Ecclesiasticus, éd. by N. Schmidt. Londres, J.-M. Dent [1903] ; in-16 de 
xxxii + 180 p. (The Temple Bible). 

C'est la traduction de la version grecque. Après l'avoir terminée, sans 
doute, on a été avisé de la découverte de fragments de l'original hébreu, 
mais on n'a pas eu le courage de modifier la traduction, et l'on s'est borné 
de temps en temps à indiquer, à la fin, la variante offerte par l'hébreu. C'est 
ainsi que, ch. xliv, 16, n^T D1N est rendu par « exemple de repentir », 
conformément au grec. Dans la note finale on dit que le verset est proba- 
blement une interpolation, entendez : une interpolation grecque. C'était 
l'opinion de Frankel {Ueber den Einfluss der palâstin. Exegesis, p. 44), mais 
cette opinion était motivée par les mots grecs, tandis qu'elle n'a plus de 
raison d'être aujourd'hui où nous savons que le texte portait simplement : 
« exemple instructif ». M. S. ajoute : « Le glossateur à qui nous devons 
les notices supplémentaires de xlix, 14-16, n'aurait pas commencé ce 
paragraphe par Enoch, si ce nom avait déjà figuré comme celui du premier 
patriarche dans l'hymne ». (Ce glossateur, comme nous allons le voir, est 
l'auteur des ch. xliv et suiv.) Mais si M. S. avait mieux compris le sens 
de ces « notices supplémentaires », il aurait reconnu que c'est une reprise, 
selon la manière de l'auteur, destinée à servir de transition entre l'éloge des 
ancêtres et celui du grand prêtre Siméon. M. S. continue: « Le présent texte 
hébreu pourrait être traduit : « Une merveille de science pour toutes les 
générations. » Ici la conjecture repose simplement sur un contre-sens. rnN 
■"ITIT TT15 rrtfT ne peut avoir ce sens : on ne dit pas, en hébreu, qu'un 
homme est une merveille de science, ce mot niN se rapporte nécessairement 
à la chose, au fait dont il vient d'être parlé : l'enlèvement d'Enoch. Pour- 
suivant la gageure, M. S. ajoute : « Si Enoch n'avait pas passé pour un tel 
prodige de science, les livres d'Enoch n'auraient jamais été écrits. » La mé- 
prise est manifeste, car tout le monde sait que, si Enoch est devenu le révé- 
lateur des choses du monde céleste, comme du monde terrestre, c'est qu'il a 
été enlevé vivant au ciel, près de Dieu. Pour brocher sur le tout, à la fin on 
concède que • repentir » est dû à une corruption du texte [grec]. A quoi bon, 
alors, toutes les allégations que nous venons de critiquer ? Ce qui plus que 
ce système d'annotations provoquera la surprise des siracisants, c'est l'intro- 
duction, où l'on nous apprend que le ch. xxxvi et les ch. xliv et suivants 
sont formés d'une série d'additions successives. « Le ch. xxxvi, 1-17 semble 
avoir été écrit entre l'apparition du livre de Daniel (165) et la prise de pos- 
session du haut pontificat par Jonathan (153). Siméon, fils de Jésus b. Sira, 
qui peut avoir été l'auteur des ch. xliv à l, a probablement vécu au temps 
de Jean Hyrcan (137-104) », etc. Quant au Siméon, dont il est fait un por- 
trait si enthousiaste, c'est Siméon Macchabée. Inutile d'insister : la langue 
et le style de ces prétendues interpolations et des chapitres qu'on déclare au- 
thentiques montre une telle unité qu'il faudrait supposer aux différents in- 
terpolateurs vraiment trop de malice. D'ailleurs, séparer le ch. xliv des 
précédents, c'est ne pas vouloir reconnaître le plan dont l'auteur ne fait 
aucunement mystère : après la description des œuvres de Dieu (xlii, 15 et 
suiv.) vient le tableau des gloires d'Israël, et Ben Sira tient si bien à lier 
les deux développements qu'il dit : • C'est Dieu qui a tout fait, et aux gens 
de bien il accorde. la sagesse » — voila pour la fin du premier — • Je veux 
louer les gens de bien » — voilà pour amorcer le second. 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Elbogen (J.) Geschichte des Achtzehngebets. Breslau, W. Kœbner, 1903 ; 
in-8° de 64 p. (tirage à part de la Monatsschrift, 1902.) 

L'auteur a assez bien résumé les études antérieures (Zunz, Landshuth, 
Baer, etc.), mais sans fournir, pour aiusi parler, aucune donnée nouvel'e. 
Il croit qu'à l'époque de R. Gamliel II, Simon ha-Peculi n'ordonna que 
dix-sept bénédictions et que Samuel le jeune composa la douzième, dite 
des Minim ; la cinquième serait postérieure à R. Gamliel. Que la quator- 
zième et la quinzième n'aient formé qu'une seule bénédiction, cela est hors de 
doute ; que le nombre total des bénédictions sous R. Gamliel n'ait été que 
dix-huit, c'est probable ; mais ce qui est moins certain, c'est la postériorité 
de la quinzième. Il nous semble plus juste de dire qu'à l'époque de R. Gam- 
liel, il y avait plusieurs bénédictions qui furent réunies : la quinzième, qui 
n'en formait qu'une avec la quatorzième, la prière des prosélytes^ qui fut 
incorporée dans la treizième — ou remaniée — comme la douzième, qui ne 
fut pas composée, ainsi que le dit M. E., mais seulement modifiée à l'époque 
de R. Gamliel (cf. Revue, t. XIX, p. 18) : l'ancienne bénédiction contre 
les Sadducéens, qui n'avait plus raison d'être, fut changée en celle des 
Minim. — M. E. veut que la dix-septième bénédiction soit la plus an- 
cienne ;' il se fonde sur ce qu'on y demande à Dieu d'agréer les sacrifices. 
L'argument n'a pas de valeur : étant donné que c'est le seul endroit où Ton 
parle des sacrifices, il est plus juste d'admettre que la prière, née proba- 
blement hors du Temple, ne fait pas allusion aux sacrifices; c'est seulement 
plus tard, quand la prière pénétra dans le Temple, qu'on y ajouta les mots 
b&riTÛ^ -»125N"Ï (cf. Revue, t. XXXI, p. 162 et p. 165). La répétition du 
mot Dnbsm prouve cette interpolation. — M. E. prétend que la douzième 
bénédiction ne fait pas allusion aux juges sadducéens, mais développe un 
thème général, l'idée du juge intègre si fréquent dans Isaïe. Mais l'insis- 
tance de l'auteur de la prière, la place qu'occupe cette eulogie (à côté de 
l'ancienne bénédiction des Sadducéens), les autres productions littéraires 
de l'époque, prouvent qu'il faut voir là une allusion à des faits contempo- 
rains. — Ces quelques remarques ne diminuent pas le mérite de la diligente 
étude de M. Elbogen, qui a été honoré par le séminaire de Breslau du prix 
David Rosin. — A. Back. 

Encyclopedia (The jewisb). T. III (Bencemero-Chazanuth) et t. IV (Cha- 
zars-Dreyfus). New-York et Londres, Funk et Wagnalls, 1902 et 1903; 
gr. in-8° de xxn + 684 + xxn -f- 688 p. 

On voit avec quelle rapidité se succèdent ces volumes, c'est de bon 
augure pour l'achèvement de celte entreprise colossale. Les éditeurs, 
comme nous l'avons demandé, ont jeté du lest, écarté ces longs articles 
qu'on n'aurait pas l'idée d'aller chercher dans une encyclopédie, diminué 
le nombre des illustrations inutiles — et peut-être n'ont-ils pas été encore 
assez sévères. Parmi les articles de quelque étendue qui figurent dans ces 
deux tomes citons les suivants : Beni-Israel (Joseph Ezechiel et Josepb 
Jacobs), Benjamin de Tudèle (W. Bâcher), Berakot (M. Friedlànder), Be- 
rechiah ben Natronai Krespia Ha-Nakdan (J. Jacobs ; intéressant seule- 
ment pour la table de concordance des fables de Berechia avec celles de 
Marie de France et de Romulus; le titre de l'article et nombre d'asser- 
tions de l'auteur sont erronés (voir plus loin, s. v. Gollanz), Berera (M. 
Zuckermandel), Bereschit Rabbah (Theodor), Berlin (A. Freimann), Be- 
trothal (fiançailles, avec beaucoup d'ihustrations, B. Drachmann), Bible 
Canon (L. Blau, N. Schmidt), Bible éditions (R. Gottheil), Bible exegesis, 
jewish (W. Bâcher), modem and non-jewish (F. Me. Curdy), Bible ma- 
nuscripts (I. Broydé) , Bible translations (R. Gottheil), Bibliomancy 
(M. Grùnwald-Kœhler), Black death (J. Jacobs, avec une carte des localités 
de l'Europe centrale où la peste noire amena le massacre des Juifs ; pour- 
quoi avoir exclu la France et l'Espagne?), Blood accusation (H.-L. Strack; 
avec une liste des accusations de meurtre rituel, par J. Jacobs ; pour la 



BIBLIOGRAPHIE 283 

France, la liste est incomplète, il y en a eu avant l'affaire de Blois, comme 
on le verra dans l'article France que nous avons écrit pour l'Encyclopédie), 
Bohemia (A. Kurrein), Bokhara (W. Bâcher et Elkan N. Adler), Bordeaux 
(A. -M. Friedenberg), Bostanaï (L. Ginzberg), Botany (I. Lôw), Bresl-Li- 
tovsk (H. Rosenthal), Budapest (Alex. Buchler), Burial (Kœhler), Byzan- 
tine Empire (S. Krauss) , Gabala (Kœhler et L. Ginzberg, la contri- 
bution de ce dernier, qui porte sur l'histoire de la Cabbale, est la plus 
intéressante et sera consultée avec fruit), Caesarea (S. Krauss), Calendar 
(G. Adler et M. Friedlànder) , Candlestick (W. Nowack), Cantillation 
(F.-L. Cohen), Captivity, or Exile, Babylonian (V. Ryssel), Caro, Joseph 
(L. Ginzberg), Catacombs (S. Krauss), Caucasus (H. Rosenthal), Cen- 
sorship of Hebrew books (N. Porges et Zametkin), Charity (Kœhler, Frie- 
denberg, L.-K. Frankel), Chazars (H. Rosenthal), Childbirth (M. Grun- 
wald), China (H. Cordier et Kœhler), Christianity in its relation to ju- 
daism (Kœhler), Chronology (Me Curdy et Jacobs), Church Fathers (S. 
Krauss), Circumcision (Kôhler, Jacobs et A. Friedenwald), Coat of Arms 
(H. Gutenstein et Jacobs), Commerce (Jacobs), Community (L.-N. Demb- 
witz et Gottheil), Cordova (Kayserling), Corfu (M. Caimi et Gottheil), Cos- 
mogony (Emil G. Hirsch et Kœhler), Cossacks (H. Rosenthal), Costume (avec 
un chromo grotesque, Jacobs), Council of four lands (Dubnow), Courland 
(H. Rosenthal), Debarim Rabba (Theodor), Decalogue (E. Kcinig et E.-G. 
Hirsch), Decalogue in jewish theology (Hirsch), Demonology (Kœhler; ne 
connaît pas l'excellent travail de Blau !), Denmark (D. Simonsen), Derek 
Erez Rabbah, Derek Erez Zuta (L. Ginzberg ; nous ne sommes pas d'ac- 
cord avec l'auteur sur la date de composition de ce dernier traité, nous 
reviendrons sur cette question quand nous en aurons le loisir), Deute- 
ronomy (S.-R. Driver et B. Jacob), Diaspora (Th. Reinach), Dictionnaires 
hebrew (W. Bâcher), Didache (Kœhler), Didascalia (Kœhler), Dreyfus 
case (X.). 

Erbt (W.). Jeremia u. seine Zeit. Die Geschichte der letzten 50 Jahre des 
vorexil. Juda. Gottingue, Vandenhoeck et Ruprecht, 1902 ; gr. in-8° de 
vin + 300 p. 

Erbt (W.). Die Sicherstellung des Monotheismus durch die Gesetzgebung 
im vorexilischen Juda. Gottingue, Vandenhoeck et Ruprecht, 1903 ; in-8° 
de vu + 120 p. 

Feldmann (Franz). Textkritische Materialien zum Buch der Weisheit, 
gesaramelt ans der sahidischen, syrohexaplar. u. armen. Uebersetzung. 
Fribourg-en-Brisgau, Herder, 1902 ; gr. iu-8° de vu -f- 84 p. 

Festschrift zum siebzigsten Geburtstage A. Berliner's gewidmet vonFreun- 
den uud Schùlern, hrgg. von A. Freimann und M. Hildesheimer. Franc- 
fort, Kauffmann , 1903 ; gr. in-8° de xxxi -f- 376 + 130 p. 

Adler (Herman), The Baal-Shem of London ; 

Bâcher (W.), Ein hebrâisch-arabisches Liederbuch aus Jemen ; 

Barth (J.), Midraschische Elemente in der muslimischen Tradition; 

Blau (Ludwig), Ueber den Eiofluss des althebrâischen Buchwesens auf 
die Originale und auf die àltesten Handschriften der Septuaginta, des neuen 
Testaments und der Hexapla ; 

Bloch (Ph.), Der Mamran (pEfc), der jûdisch-polnische Wechselbrief; 

Brody (Heinrich), n»ri niNHE Û^lp (fragments de poésies iné- 
dites) ; 

Buber (Salomon), nfiK "p SrO mipS (sur un commentaire alphabé- 
tique des Piyoutim qui se trouve au Jews Collège de Londres); 

Elbogen (J.), Ein hebràisch-italienischer Glossar philosophischer Aus- 
drûcke; 

Eppenstein (S.), Der Commentar Joseph Kara's zu Micha ; 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Felsentahl (B.), Jûdische Thesen; 

Frânkel (Siegmund), Kleine Beitrâge zum targumischen Wôrterbuch; 

Freimann (A.), Annaleu der hebraischen Druckerei in Wilhelmsdorf ; Bi- 
. bliographie der Schrifteu und Aufsâtze des D r Berliner ; 

Friedlander (Miîhael), îr\y 'ba ÏTWÏ1Ï1 'd; 

Friedlander (Israël), Die Messiasidee im Islam ; 

Goldziber (J.), Mohammedanischer Aberglaube ùber Gedâchtnisskraft und 
Vergesslichkeit mit Parallelen aus der jùdischen Litteratur, Beitrag zur 
Voikskunde ; 

Griinhut, Bemerkungen zu Berliners Raschiausgabe ; 

Gùdemana (M.), Ein Projekt zur Grùndung einer jùdischen Universitât 
aus dem 16. Jahrhundert; 

Guidi (Ignazio), Domenico Gerosolimitano; 

Harkavy (A.), Netira uud seine Sôhne, eine angesehene jûdische Fami- 
lie in Bagdad am Aufang des X. Jahrhunderts (en hébreu) ; 

Hirschfeld (Hartwig), Einige arabische Gutachten des Abraham Maimuni; 

Hoffmann (D.). Ein Midrascch ûber die dreizehn Midot ; 

Horovitz (M.), Halacha und Schrifterklàrung ; 

Jaré (G.), ma n"tt pn^ ins 'd» mabna ipa rrîi «"jmtt un 

'b *"HÏÎN Y'5 'N (fragment inédit du Pahad Yiçhak) ; 

Kahn (Zadoc), (Û'na*! t|10 *1* m»tt5) ïtipm t\OV '0, Extrait du 
livre de Joseph le Zélateur ; 

Karpeles (Gustav), « Litte von Regensburg » ; 

KOhler (K.), Zum Kapitel der jùdischen Wohlthâtigkeitspflege; 

Krauss (Samuel), Zur Katakombenforschung; 

Landauer (S.). Das Elif als mater lectiouis im Jùdisch-Aramâischen; 

Lattes (Guglielmo), Apologia délia tradizione ; 

Lôw (Immanuel), Abbreviaturen ; 

Margulies (S.-H.), Ein Brief Mose Alatinos an den Apostaten Andréa 
del Monte ; 

Porges (N.), Index expurgatorius, p^.p^Tïl 'D ; 

Poznanski (Samuel), Ù3>bn Ja ÏTnrP na^b JTÛIÎT ISO b* OTlS, 
Commentaire sur Josué de Juda h. Bilam ; 

Preuss (D r ), U^blE *pa bei Raschi ; 

Rosentbal (F.), Briel'e Prof. Kaufmanns an Berliner ; 

Schechter (S.), Genizah Ms. ; 

Simonsen (D.j, Giulio Morosinis Mitteilungen ùber seinen Lehrer Léon da 
Modena und seine jùdischen Zeitgenossen ; 

Steinschneider (Moritz), Die hebraischen Commentare zum • Fùhrer • 
des Maimonides ; 

Stem (Moritz), Memorbuch de Vienne avant l'expulsion de 1670 (en 
hébreu) ; 

Wolgemuth (J.), Das jûdische Strafrecht und die positive Strafrechts- 
schule. 

Frankfurter israelitischer Volks-Kalender nebst jùdischem Hotel-Adressbuch 
1902-1903. Francfort, J. Kaunmarm, 1902 ; in-32 de 150 -f 34 p. 

Freudenthal (Max). Die jùdischen Besucher der Leipziger Messen in den 
Jahren 1675-1699. Francfort, J. Kauffmaun, 1902; in-8° de 48 p. (Son- 
derabdruck aus der Monatsschrift f. Geschichte u. Wissensch. des Juden- 
thums 1901). 

Funk (S.). Die Juden in Babylonien (200-500). BerliD, M. Poppelauer, 

1902 ; in-8° de vin + 148 -f xxn p. 

Geyser (N.). Der Kampf um das Alte Testament. Greifswald, Bamberg, 

1903 ; in-8° de 39 p. 

Ginsburger (M.). Pseudo-Jonathan (Thargum Jonathan ben Usiël zum 



BIBLIOGRAPHIE 285 

Pentateuch) nach der Londoner Handschrift (Brit. Mus. add. 27Q31) 

hrsg. Berlin, S- Calvary, 1903; in-8° de xxi + 366 p. 

Edition très utile, souhaitée depuis longtemps et faite avec soin. C'est le 
ms. du British Muséum qu'a suivi M. G., mais en le corrigeant à l'occasion 
d'après l'édition princeps. Au bas des pages sont indiquées les références, pour 
le fond, des Talmuds et des Midraschim, avec une sobriété qu'on aurait voulu 
un peu moins rigoureuse. C'est ainsi qu'on aurait pu renvoyer à Geiger 
( Urschrift et Jild. Zeitschrift, t. IV) pour les passages dont ce savant s'est 
servi pour affirmer des corrections faites au texte biblique sous l'influence 
des doctriDes du rabbinisme. Ce n'eût pas été adhérer à la thèse de Geiger, 
ni à sa théorie sur l'antiquité du Pseudo-Jonathan. — Cette sobriété parfois, 
il est vrai, se relâche sans qu'on sache pourquoi. Ainsi à propos de Gen., 
i, 15, le Targoum, suivant le Midrasch classique, dit que le soleil et la lune 
étaient d'abord égaux en éclat. A ce propos on renvoie à Pirkè R. Eliézer, 
6, Cholin,60£, et Ber. Rabba, 6. Pourquoi ce luxe de citations et pour- 
quoi cet ordre, qui n'est sûrement pas chronologique? En plaçant en tête 
le P. R. E., qui est postérieur au Talmud et au Ber. R., a-t-on voulu in- 
diquer que le Pseudo-Jonathan s'inspire directement de cet ouvrage ? On 
aurait eu raison, le fait a été constaté il y fort longtemps par Zunz, mais dans 
ce cas, il eût été bon d'éclairer le lecteur. — L'introduction cause une certaine 
déception. Par moments M. G. a l'air de vouloir renverser les opinions cou- 
rantes et sur le titre de ce Targoum et sur ses rapports avec le Targoum 
Yerouschalmi, et finalement il s'y rallie. En gros, M. G. donne raison à 
Bassfreund (voir notre compte rendu de son étude, Revue, t. XXXIV, 134), 
mais pourquoi ne prononce-t-il pas même le nom de ce savant regretté? 
Malgré ces critiques, nous rendons hommage à la science de M. G., et lui 
sommes reconnaissant de nous avoir rendu, sous une forme correcte et sûre, 
un Targoum si intéressant pour l'histoire de la pensée juive. 

Gluck (R.). Die Scholien des Gregorius Abulfarag Barhebraeus zu Gen. 
21-50. Exod. 14. 15. Leviticus-Deuteron. u. Josua auf jùd. Quellen un- 
tersucht. Francfort, J. Kauffmann, 1903 ; in-8° de 75 p. 

Cette brochure porte, en tête, le titre suivant : Beitrâge zur Geschichte 
der Bibelexegese. En quoi ces notes apportent une contribution à Yhistoire de 
l'exégèse biblique, c'est ce qu'on cherche vainement. L'auteur extrait des 
explications de Bar Hebraeus celles qui sont analogues aux interprétations 
de Raschi, de Samuel b. Méïr (Raschbam), de Kimhi, d'Abraham ibn Ezra, 
de Nahmanide, etc. Que prouvent ces analogies ? Que Bar Hebraeus a connu 
les commentaires de ces auteurs du moyen âge? Personne ne le croira. Ou 
bien qu'il s'inspire des commentateurs anciens dont Raschi et les autres 
exégètes ont recueilli les opinions? Il fallait le prouver. — Ces notes sans 
lien et sans utilité sont précédées d'un rapide aperçu sur les anciens Mi- 
draschim et les Targoumim qui montre que les études de l'auteur dans le 
domaine juif se sont arrêtées il y a une vingtaine d'années. Aussi, par 
exemple, peut-il parler de la Mechilta, du Sifra et du Sifrè, comme si Hoff- 
mann n'avait rien écrit à ce sujet, du Targoum palestinien sans soupçon- 
ner l'existence des travaux de Bassfreund et de Ginsburger. 11 est vrai que 
M. G. connaît un savant moderne, auquel il renvoie : c'est M. Karpeles, 
c'est-à-dire un homme de lettres, plein de talent, mais qui n'a pas voulu faire 
œuvre de science et dont le travail, l'Histoire de la littérature juive, est cri- 
blé d'erreurs et de confusions de toute sorte. 

Goldsghmied (L.). Der Kampf um Babel-Bibel im Lichte des Judenthums. 
Francfort, J. Kauffmann, 1903; in-8° de 39 p. 

Gollanz (H.). The ethical treatises of Berachya, son of Rabbi Natronai 
ha-Nakdan, being the Compendium and the Masref, new edited for the 
first time from mss. at Parma and Munich with an English translation, 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

introduction, notes, etc. Londres, David Nutt, 1902; gr. in-8° de lui -f- 
361 + 153 + ix p. 

Nous avons publié dans la Revue de l'histoire des religions, nov.-déc. 1902, 
un compte rendu de cet ouvrage. Nous demandons la permission d'en repro- 
duire ici les lignes essentielles. Berachia, fils de Natronaï, le Ponctuateur, 
est l'auteur, comme on sait : 1" d'un recueil de fables (Mischlé Schoualim) 
en prose rimée, 2° d'un dialogue entre un oncle et son neveu (Dodi ve- 
nèchdi), adaptation des Quœstiones naturelles d'A délard de Bath, 3° d'un 
Lapidaire, imité de quelque traité latin ou français. Deux autres de ses 
œuvres n'étaient connues jusqu'ici — comme les deux précédentes — que 
par de brèves notices des bibliographes ; c'est d'abord un court traité de 
morale, appelé Maçrèf, puis une compilation, sans titre spécial, de passages 
empruntés spécialement aux Emounot vedèot de Saadia. Ce sont ces deux 
écrits que M. Gollanz a eu la bonne idée de publier, avec un luxe inusité 
jusqu'ici pour ces sortes d'ouvrages. Pourquoi les a-t-il intitulés tous les 
deux • traités éthiques », nous ne le devinons pas, car le compendium 
(terme inexact d'ailleurs) est consacré presque entièrement à des questions 
de théologie; ce qui seul pourrait justifier cette dénomination, c'est la courte 
section (ch. 115-119) où Berachia, parlant en son nom, réunit un certain 
nombre de maximes de conduite tirées de récits de la Bible ou des ensei- 
gnements des rabbins. Même le Maçref n'a pas complètement droit à cette 
désignation, car, pour la plus grande part, ce n'est qu'une compilation de 
chapitres de théologie, faisant double emploi avec le Compendium. Ces deux 
écrits n'ajouteront rien à la gloire de Berachia, ni n'occuperont une grande 
place dans le tableau de la littérature juive. Ils n'offrent vraiment d'intérêt 
que pour l'histoire des traductions de l'ouvrage de Saadia mentionné plus 
haut. A côté de la version de Juda ibn Tibbon il en existait une autre, ré- 
pandue aussi bien en Espagne qu'en France et en Allemagne. Grâce à Be- 
rachia, nous possédons maintenant un plus grand nombre de fragments de 
cette traduction anonyme. (Disons, à ce propos, que si M. G. avait connu 
l'article de Neubauer, Eœpositor, février 1888, p. 92 et s., et celui d'Isidore 
Loeb, Revue, XV1I1, 1889, p. 46 et s., sur Jacob b. Reuben, il n'aurait pas 
manqué de comparera son texte les citations de cette traduction qui se lisent 
dans le traité de polémique de cet auteur.) 

L'introduction de M. G. est principalement consacrée à la détermination 
de l'identité de Berachia. Longtemps on a fait vivre cet auteur au 
xn° siècle, mais les savants s'étaient mis d'accord pour le placer au siècle 
suivant, en se fondant sur les raisons suivantes : 1° Berachia dans ses 
Fables, se donne aussi le nom de Crispia le Ponctuateur. Or l'écolo talmu- 
dique de Dreux était présidée après 1224 par un certain Cresbia. — 2 e Dans 
son dialogue, Berachia, comme nous l'avons dit, a imité les Quœstiones 
naturales d'Adélard de Bath, auteur du xn e siècle. Mais, comme les Juifs 
ignoraient généralement le latin, il faut admettre que l'œuvre du savant 
Anglais avait eu le temps d'être traduite en français, ce qui nous reporte 
au xm c siècle. — 3o Berachia a dédié son Compendium à Meschoullam Ha- 
nadiv (le noble). Or, en 1216, un ms. est copié à la Rochelle par un certain 
David, fils de Meschoullam, et ce Meschoullam est encore envie, car son 
nom n'est pas suivi de l'eulogie qui accompagne d'ordinaire la mention des 
défunts. — 4° Une glose du Séfer Raterouma déclare que Crespia le Ponc- 
tuateur a copié le Grand livre des Préceptes (composé vers 1250). Le même 
scribe aurait achevé vers 1243 la copie d'un ms. du Mischné Tora de Maï- 
monide. — A la vérité, tous ces arguments sont d'une extrême faiblesse. 
Le second n'a aucune valeur : Adélard ayant écrit au commencement du 
xn e siècle, on ne voit pas pourquoi Berachia n'aurait pu le connaître, 
même sous son masque français qu'au xm e siècle. Le troisième ne se dis- 
cute même pas : n'y avait-il donc qu'un Meschoullam aux xn s et 
xiii e siècles ? — Les deux autres preuves se fondent sur l'identité de Crespia 
et de Berachia. Or cette identité n'est rien moins que fondée, et M. G. a eu 



BIBLIOGRAPHIE 287 

raison ici de rompre en visière avec l'opinion accréditée. En tête de ses 
Fables, Berachia donne son nom : Berachia fils de Natronaï, le Ponctuateur. 
Par la suite, ce nom revient deux fois dans les vers qui accompagnent par- 
fois la moralité des fables. Or dans la dernière pièce de la collection, qui est 
le fableau bien connu « le Convoiteux et l'Envieux », on lit, au commence- 
ment : t Ecoutez les paroles (ou l'histoire) de Crespia le Ponctuateur, qui a 
rendu son arrêt dans le procès du Convoiteux et de l'Envieux » ; puis, à la 
fin : « Le Ponetuateur Crispia pria son Créateur de le garder de l'envie et 
de le sauver de la convoitise. Quant à celui qui a écrit l'histoire de Cris- 
pia, que Dieu l'éloigné de l'envie et de la convoitise ! » L'auteur changerait 
donc ici de nom brusquement ; en ouire, il se mettrait lui-même en scène 
dans le fableau ; enfin, il se ferait passer pour le simple rédacteur de l'his- 
toire de Crispia, et cela uniquement pour répéter les mêmes termes dans 
deux phrases consécutives. Tout cela est étrange et rend fort sujette à cau- 
tion l'identification de ce Crispia avec l'auteur des Fables. Crispia est-il un 
personnage fictif, ou ne fait-il qu'un avec le copiste dont il a été question 
plus haut, la question importe peu. Mais si nous croyons vains tous les ar- 
guments que nous venons de passer en revue, nous n'hésitons pas à consi- 
dérer comme décisive la preuve qu'on a tirée de la souscription de deux 
mss. L'un de ces mss. a été copié en 1299 (J33) par Blie fils de Berachia 
le Ponctuateur, I'auteur des fables », l'autre en 1333 (}"£) par le même 
scribe, qui signe : « Elie fils de Berachia le Ponctuateur, qui a composé des 
fables et parlé des arbres et des pierres ». Ici ce ne sont plus de simples 
homonymes : l'identité de ce Berachia est attestée par la mention des 
Fables et l'allusion au Lapidaire. Le scribe ajoutant qu'il est le fils de la 
vieillesse de son père, il en résulte que Berachia a flori au milieu du 
xni e siècle. Disons encore que si Jean Bodel (ou Bedel) est, comme l'admet 
M. Gaston Paris, non seulement le rédacteur, mais l'inventeur du fableau 
du Convoiteux et de l'Envieux, cette conclusion est mise hors de doute, 
Jean Bodel ayant vécu dans le Nord de la France au xm e siècle. (Rap- 
pelons pour mémoire que VAmoudé Hagola, qui contient aussi ce fableau, 
est également une œuvre de la France du Nord de la seconde moitié du 
xin e siècle.) 

M. Gollanz a repris à son compte la vieille hypothèse. Mais que fait-il 
des dates dont il vient d'être parlé? Comme elles le gênent, il les corrige 
en diminuant les chiffres d'une centaine. Mais on ne s'avise pas de tout : 
de pareilles erreurs de copiste sont admissibles à la rigueur quand une seule 
lettre ou plusieurs lettres graphiquement ressemblantes peuvent avoir 
prêté à une confusion. Or il faudrait qu'Elie dans un ms. eût écrit E3 au 
lieu de Caprin, puis, trente-quatre ans plus tard, commettant dans un 
autre ms. une erreur analogue, a"i£ au lieu de SiSpnn. Supposer qu'il 
aurait sous-entendu le nombre des centaines, ce serait lui prêter une erreur 
inconcevable, car on ne peut négliger, dans le petit comput, que les mille. 
— Nous aurions le droit de nous en tenir là, mais il ne sera pas inutile 
d'examiner les raisons qui ont conduit M. G. à cet oubli singulier. Natu- 
rellement c'est le jeu des équations qui a résolu le problème. Le nom de 
Natronaï a été peu répandu en France ; or il a existé un talmudiste nommé 
Samuel fils de Natronaï qui a vécu vers 1175 : c'était évidemment un frère 
de Berachia ! D'autre part on cite une fois un Samuel le Ponctuateur gram- 
mairien à côté d'un Berachia, la coïncidence n'est-elle pas significative ? 
Que le premier ne porte pas le surnom de Ponctuateur, que le second s'ap- 
pelle simplement Berachia, ce sont bagatelles dont on ne s'embarrasse pas 
La date assignée à l'activité de Berachia par cette équation est confirmée 
par une autre circonstance : Berachia cite Abraham ibn Daud mort en 1180 
sans accompagner son nom de l'eulogie employée pour les défunts ; c'est 
donc qu'il a écrit du vivant de cet auteur. Dans ce cas, ajouterons -nous, il 
faut qu'il ait écrit également dans la première partie du xi e siècle, puis- 
qu'il cite, par exemple, Gabirol sans la dite formule. Autre preuve : Be- 
rachia n'utilisa des « Devoirs des Cœurs » de Bahia que les deux premiers 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

chapitres, seuls traduits, sur l'ordre de Meschoullam de Luncl, par Juda 
ibn Tibbon avant 1170. Les suivants l'ayant été vers 1200 par Kimhi, il 
faut que Berachia ait écrit avant cette date. En outre, il exploite la ver- 
sion du Mibhar Hapeninim de Gabirol, faite en 1161, tandis qu'il ignore 
le Kozari, traduit en 1167, etc. Ces divers indices auraient quelque valeur 
s'il était démontré que les écrivains du moyen âge, en quelque lieu qu'ils 
fussent, possédaient nécessairement dans leur bibliothèque tous les ouvrages 
parus. — Enfin, M. G. est arrivé à déterminer même le lieu de résidence 
de Berachia : il habitait Lunel ou les environs vers 1170. Il est vrai que, 
dans son Dialogue et son Lapidaire, il se sert de mots de langue d'oil, 
mais, dit M. G., la faute en est peut-être à un copiste français qui a fran- 
cisé les termes provençaux, ou à l'insouciance de l'auteur, qui aura con- 
servé telles quelles les expressions de l'écrivain français son modèle. On 
admirera ces raisons. Et comment sait-on que Berachia a vécu à Lunel ? 
C'est qu'il a dédié son Compendium à un Meschoullam, qui ne peut être 
que Meschoullam de Lunel, le même qui commanda à Juda ibn Tibbon la 
version du Emounot vedèot. Ici un Meschoullam, là un Meschoullam, l'iden- 
tité s'impose. Seulement si c'était le fameux Meschoullam, celui qui diri- 
geait l'école rabbinique de Lunel, dont l'autorité était universellement 
acceptée, qui joignait à la science du Talmud celle de la philosophie, com- 
ment Berachia se contenterait-il de l'appeller, comme il le fait i3"nJK 
« Monsieur » sans autre compliment, ou n^TDÏl « le généreux » ? Qu'on 
compare à ces maigres épithètes les éloges dithyrambiques que Juda ibn 
Tibbon prodigue à ce célèbre rabbin ! Et à l'époque où Berachia l'aurait 
traité avec celte désinvolture, Meschoullam était au terme de sa carrière ! 

En résumé, les efforts de M. G. pour raffraîchir la vieille hypothèse ont 
avorté. Cela ne nous empêche pas de remercier l'éditeur d'avoir exhumé 
ces deux écrits, qui sans être de premier ordre, contribuent à éclairer un 
peu la physionomie du fabuliste juif, plus connu jusqu'ici pour son amour 
de la littérature populaire que pour ses visées théologiques. 

Gollangz (Hermann). !"JttblD firiDtt Clavicula Saloraonis. A hebrew ma- 
nuscript newly discovered and now described. Francfort, J. Kauffmann 
(Londres, D. Nutt), 1903 ; in-8° de 46 p. 

Grunwald (M.)* Juden als Rheder u. Seefahrer. Berlin, M. Poppelauer, 
1902; in-8°de 13 p. 

Grunwald (M.). Portugiesengrâber auf deutscher Erde. Beitrâge zur Kul- 
tur-u. Kunstgeschichte. Hambourg, Alfred Janssen, 1902; in-8°de 180 p* 
+ de nombreuses illustrations. 

Gun&el (H .)• Israël u. Babylonien. Der Einfluss Babyloniens auf die 
israelitische Religion. Gottingue, Vandenhoeck et Ruprecht, 1903 ; 
in-8° de 48 p. 

Halévy (.T.). Te'ezaza Sanbat (Commandements du Sabbat), accompagné 
de six autres e'crits pseudo-e'pigraphiques admis par les Falachas ou 
Juifs d'Abyssinie, texte e'tbiopien publié et traduit. Paris, E. Bouillon, 
1902; gr. in-8° de xxxv + 239 p. 

Nous montrerons dans le prochain numéro l'intérêt capital de ces écrits 
religieux des Falachas pour l'origine de ces singuliers Israélites, qui ont vécu 
pendant des siècles séparés de leurs coreligionnaires du dehors. 

Heinrigh (Pinkas). Fragment eines Gebetbuches aus Yemen . Ein Bei- 
trag zur Gescbichte der jùdiscben und jùdisch-arabischen Synagogal- 
poesie u. zur Kenntniss des arabiscben Vulgârdialects in Yemen. Wien, 
Cari Gerold's Sobn, 1902; in-8° de 84 p. 



BIBLIOGRAPHIE 289 

IIerzberg (J.). Gcschiclile der Juden ia Bromberg. Zugleich ein Eeitrag 
zur Geschicble der Juden des Landes Posen. Francfort, J. Kauffmann, 
1903 ; gr. in-8° de iv -4- 106 p. 

Heyn (J.). Zum SlreiL uni Babel u. Bibel. Greifswald, Bamberg, 1903; 
in-8° de 55 p. 

Hilprecrt (H -V.). Explorations in Bible lands during tbe 19th century. 

200 illustr., 4 maps. Londres, Clark, 1903 ; in-8° de 834 p. 
IIirsgh (Samson-Rapbael). Gesammelte Schriften. I. Band. Francfort, 

J. Kauffmann, 1902 ; in 8° de ix + 486 p. 

IIirsghfeld (Harlwig). New researcbes iuto tbe composition and exegesis 
ofthe Qoran. Londres, Royal Asiatic Society, 1902; in-4° de ni -j- 155 p. 
(Asiatic monograpbies. vol III). 

Hôlsgher (G.)- Palâstina in der persisehen u. bellenistiscben Zeit. Berlin, 
Weidmann, 1903 ; in-8° de xir + 99 p. 

Holzer (J.). Zur Geschichte der Dogmenlebre in der jùdiscben Religions- 
philosopbie des Miltellaters. Mose Maimûni's Einleitung zu Cbelek im 
arabischen Urtext u. in der bcbr. Ucbersetzung. Berlin, M. Poppelauer, 
1901 ; in-8°de 42 + 30 p. 

Le tilre est peut-être un peu ambitieux pour une simple édition de l'in- 
troduction du commentdire de Miïmonide sur le traité Hélek. L ''auteur a 
joint au texte original une traduction hébraïque et un commentaire princi- 
palement philologique. 

IIommel (F.). Die altorientalischen Denkmàler u. das alte Testament. Eine 
Erwiderung auf Prof Fr. Delitzscb's « Babel u. Bibel ». Berlin, Orient- 
Mission, 1902; gr. in-8° de 38 p. 

Hummelauer (F. de). Gommentarius in librum Josue. Paris, P. Lethiel- 
leux, 1903. 

Jacob (G.). Das Hohelied, auf arab. u. anderer Paral'.elen untersucbt. 
Berlin, Mayer et Mùller, 1902 ; gr. in -8° de 45 p. 

Jahn (G.). Beitrâge zur Beurtbeilung der Septuaginla. Eine Wùrdigung 
Wellbausenscber Textkritik. Leyde, E.-J. Brill, 1902 ; gr. in-8° de 
52 p. 

Jabresbericbt (25.) der Landes-Rabbinerscbule in Budapest fur das Schul- 
jabr 1901-1902. Voran gebt : Studien zum altbebrâischen Buchwesen u. 
zur bibliscben Lilteralurgescbicbte von Ludwig Blau. Budapest, 1902; 
in-8° de iv -4- 203 + 39 p. 

Jelski. Das Wesen des Judenthums. [Berlin] M. Poppelauer, 1902; in-8° 
de 43 p. 

Jeremias (Alfred). Im Kampfe um Babel u. Bibel. Ein Wort zur Verslandi- 
gung u. Abwehr. Leipzig, J.-G. Ilinricbs, 1903 ; in-8° de 38 p. 

Jeremias (A ). Hôlle u. Paradies bei dcn Babyloniern. 2. verbesserle 
Auflage mit 10 Abbildungen, unter Berùcksichtigung der bibliscben Pa- 
rallelen. Leipzig, Hinrichs, 1903; in-8° de 43 p. (Der Alte Orient. 1. 
Jahrgang, Heft 3.) 

Jeremias (J.). Moses u. Hammurabi. Leipzig, Hinriebs, 1903 ; in-8° de 

47 p. 

T. XLVI, N° 92. 19 



290 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Jewish colouization Association. Rapport de l'administration centrale au 
Conseil d'administration pour l'anne'e 1901 présente' aux actionnaires à 
l'Assemblée géne'rale du 22 juin 1902. Paris, impr. R. Weneziani, 1902; 
in-8° de 134 p. 

Jewish (The) theological seminary of America. Preliminary announcement. 
New-York, impr. P. Cowen, 1902 ; 12 p. 

Kahle (P.)- Der massoretische Text des Alten Testaments nach der Ueber- 
lieferung der babylon. Juden. Leipzig, J.-C. Hinrichs, 1902 ; gr. in-8° de 
iv +103. 

KATz(Leopold). Pflichten des Bar Mizwa. Francfort, J. Kauffmann, 1902; 
in-8° de 43 p. 

Kauffmann (Félix). Traktat ùber die Neulichtbeobachtung und den Jah- 
resbeginn bei den Karâern von Samuel b. Moses, nach einer ara- 
bischen Handschrift mit dem Fragmente einer hebràischen Uebersetzung 
kritisch herausgegeben und ins Deutsche ùbertragen. Francfort, Kauf- 
mann, 1903; in-8° de xvm + 31 + 26 p. 

Kittel (R.). Der Babel-Bibel-Streit u. die Offenbarungsfrage. Ein Verzicht 
auf Verstàndigung. Leipzig, Deichert, 1903 ; in T 8° de 25 p. 

Kittel (R.). Die babylonischen Ausgrabungen u. die bibl. Urgeschichte. 
Leipzig, A. Deichert, 1903 ; gr. in-8° de 36 p. 

Klausner (M.-A.). Hie Babel-hie Bibel. Anmerkungen zu des Professors 
Delitzsch zweitem Vortrag. Berlin, S. Calvary, 1903 ; in-8° de 29 p. 

Kogh (P.). Der Ritualmord. Eine Forderung des Alten Testaments. Berlin, 
A. Paritschke, 1902 ; gr. in-8° de 39 p. 

Kônig (E.). Babylonisierungsversuche betreffs der Patriarchen u. KÔnige 
Israels. Gûtersloh, Bertelsmann, 1903 ; in-8 9 de 36 p. 

Kurzes Bibelwôrterbuch , unter Mitarbeit von G. Becr f Holtzmann, 
Kautzsch u. a. hrsg. von H. Guthe. Mit 4 Beigaben, 2 Karten u. 
215 Abbildungen im Text. Tubingue, J. C. B. Mohr, 1903 ; gr. in-8° de 
xxviii + 768 p. 

Kutna(D f S.-N.). Sollen wir unsere Knâblein beschneiden? Przemysl, Ro- 
binsohn et Beglùckter, 1903 ; in-8° de 108 p. 

Kuttner (Bernhari). Judische Sagen u. Legenden fur jung u. ait. I.-II. Bd. 
Francfort, J. Kauffmann, 1902-1903; in-8<> de 72 + 75 p. 
Livre de lecture qui ne manque pas d'intérêt. 

Lagrange (M.-J.). Etudes bibliques. Le Livres des Juges. Paris, Victor 
Lecoffre, 1903 ; gr. in-8° de xlviii + 338 p. 

Lagrange (M.-J.). Etudes bibliques. Etudes sur les religions sémitiques. 
Paris, Victor Lecoffre, 1903; gr. in-8° de xn + 430 p. 

Laible (H.). Der Tosefta-Traktat Berachot, aus dem Hebr. ins Deutsche 
ùbersetzt. Leipzig, Kaufmann, 1902; in-8° de 32 p. 

Lang (M.). Moses. Ein Lebens-u. Zeitbild. Vienne, Eisenstein, 1902; in-12 
de 74 p. 

Leimdôrfer (D.). Der Jhwh-Fund von Babel in der Bibel. Hambourg, Boy- 
sen, 1903 ; in-8° de 32 p. 



BlHLIOtinAPNIW gg{ 

Lévv (Emile), La bénédiction, Bayonne. iropr. Marquineg, 1903 ; in-8° 
de 15 p, 

Littmann (E.). Zur Entzifferung der Safâ-lnschriflen. Leipzig, Harrasso-, 
witz, 1901 ; in-8° de x + 76 p. 

Lohr (M.)- Babel u. die biblische Urgeschichte. Breslau, Aderholz, 1903; 
in-8° de 28 p. 

Maimonides Commentar zum Tractale Tamid. Arabischer Text mit ver- 
besserter hebr. Uebersetzung hrsg. von M. Fried. Francfort, J. Kauffmann, 
1903 ; gr. in-8° de 16 -|- 36 p. 

Màrgoliouth (D.-S.). Religions of Bible lands. Londres, Hodder, 1902; 
in-8° de 140 p. 

Marx (A.). Seder Olam (Cap. 1-10) nach Handschriften u. Druckwerken 
hrsg., ûbersetzt u. erklârt. Inaugural-: 
1903 ; in-8° de xxxiv + 37+21 p. 

Meyer (S.). Contra Delitzsch. Die Babel-Hypothesen widerlegt. I Heft. 
Francfort, J. Kauffmann, 1903 ; in-8° de 59 p. 

Minkqwsry (P.). Die Entwickelung der synagogalen Liturgie bis nach der 
Reformation des 19. Jahrhunderts. Leipzig, Kaufmann, 1902 ; in-8° de 
65 p. 

Monceaux (P.) Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne depuis les ori- 
gines jusqu'à l'invasion arabe. T. I er : Tertulien et les origines. T. II : 
Saint Cyprien et son temps. Paris, E. Leroux, 1901-1902; gr. in-8° de 
vu + 512 + 390 p. 

M. M. a bien voulu donuer à nos lecteurs la primeur des parties de ces 
deux beaux volumes qui ont trait à l'histoire juive (J&evuè, t. XLIl et 
XLilI). Inutile, par conséquent, de les analyser. Nous voudrions seulement 
appeler l'attention de l'auteur sur l'emploi qu'il fait des sources chrétiennes 
pour peindre la conduite des Juifs. Peut-être accepte-il trop docilement 
sous ce rapport toutes les allégations des chrétiens, quand il n'y ajoute pas 
lui-même. Ainsi, p. 9 : « Nous savons d'ailleurs que les Juifs se sentaient 
forts à Carthage puisqu'ils donnèrent parfois le signal des émeutes et des per- 
sécutions contre les chrétiens. » En note : «Tert., Apolog. 7 et 16; ad. Nat. 1, 
14. » Plus loin l'auteur revient sur ce point, p. 39 : « Les chrétiens avaient 
à Carthage des ennemis intimes qui se chargeaient d'attiser cette haine. 
C'étaient les Juifs fort nombreux et très remuants. Les Juifs avaient irna- 
giné d'assurer leur sécurité en lâchant la bride à leur jalousie. » Or que dit 
le texte? « Tôt hostes quoi exlranei et quidem proprie ex œmulatione 
Judei. » Tertullien parle seulement de la jalousie ; tout ce qu'ajoute M. M. 
est donc du commentaire. Plus loin il revient une seconde fois sur cette 
accusation : t Ils ne négligeaient rien pour détourner sur les chrétiens 
les soupçons et la malveillance de la foule. ». Mais ici point de ré- 
férence. Ce qui doit prouver cette a sertion, c'est une histoire que Ter- 
tullien raconte par deux fois, dans Ad Nationes, écrit après février 197, et 
l' Apologétique, composée à la fin de la même année. Voici ce récit sous sa 
première forme : < Mais il court sur notre Dieu une nouvelle histoire. Il y 
a à peine quelques jours qu'un vaurien de Juif, qui n'est Juif qu'au dé- 
triment de sa peau (veut-il dire qu'il n'avait de Juif que la circoncision?), 
s'est avisé de promener par la ville une image avec cette inscription : Ono- 
choète (adorateur d'âne). Cette image représentait un homme en toge avec 
des oreilles d'âne ou de cheval, tenant en main un livre et ayapt un de ses 
pieds fourchu. Et la populace de croire au Juif, qui prétendait que c'était 
là le culte des chrétiens, car c'est de cette nation juive que partent toutes 



292 REVUE DES ETUDES JUIVES 

les calomnies dirigées contre nous. » Dans V Apologétique, xvi, qui est une 
autre rédaction de Ad Nationes, Tertullien dit simplement : « Depuis peu 
un de ces hommes qui se louent pour combattre contre les bêtes a exposé 
un tableau avec cette inscription : Le Dieu des chrétiens, race d'âne. Il y 
était représenté avec des oreilles d'âne, un pied de corne, un livre à la 
main et vêtu de la toge. » Or ici il n'est plus question de l'origine juive 
de ce vaurien. Serait-ce que Tertullien eut pris ses informations par la 
suite? Ce belluaire n'avait pas besoin d'être juif pour tracer ce tableau : 
on sait que la même caricature s'est conservée sur les murs de Pompéi. 
Quoi qu'il en soit, la caution n'est pas assez sûre pour permettre d'affir- 
mer ce mauvais dessein de « détourner sur les chrétiens les soupçons de la 
foule ». Gela n'empêche pas M. M. de reprendre encore une fois cette his- 
toire et son commentaire, p. 294. Nous regrettons d'autant plus ces menues 
taches que pour le reste, même en ce qui concerne les Juifs, M. M. se 
montre admirablement informé et fait preuve d'un esprit critique très sûr et 
très prudent. Cette histoire littéraire, encore qu'un peu copieuse, est un 
chef-d'œuvre et inaugure un genre nouveau en France. Il serait à désirer 
que l'histoire de la littérature juive, écrite jusqu'ici par des bibliographes 
ou des amateurs, fût traitée pour le fond comme pour la forme avec la 
même conscience, la même compétence et le même talent. 

Monceaux (P.). Païens judaïsants. Essai d'explication d'une inscription 
africaine. Paris, Leroux, 1902 ; in-8° de 20 p. 

Montefiore (C.-G.). Libéral judaism, an essay. Londres, Macmillan, 1903; 
in-8° de 222 p. 

Moy (L.). Les adorateurs du soleil : juifs et chre'tiens. Étude philosophique 
populaire sur les origines du judaïsme et du christianisme. Paris, Buis- 
son, 1903 ; in~8° de 143 p. 

Muller (W). Urkundliche Beitrâge zur Geschichte der mâhr. Juden- 
schaft 17. u. 18. Jahrhundert. Olmùtz, Laurenz Kuliil, 1903; gr. in-8° 
de 198 p. 

Mùnz (W.). « Es werde Lient. » Eine Aufklârung ûber Bibel u. Babel. 
Breslau, W. Kœbner, 1903 ; in-8° de 52 p. (2-4 Tausend). 

Nagel (G.). Der Zug des Sanherib gegeu Jérusalem. Leipzig, J.-C. Hin- 
richs, 1902 ; gr. in-8° de vin + 124 p. 

Nobel (Israël). Sabbath-u. Festpredigten. Francfort, J. Kauffmann, 1902; 
in-8° de 50 p. 

Nolan (Edmond) and Hirsch (S. -A.). The Greek grammar of Roger Bacon 
and a fragment of his Hebrew grammar. Cambridge, University Press, 
1902 ; in-8° de lxxv + 212 p. 

Le fragment de grammaire hébraïque est très court et offre peu d'intérêt. 

Notes et documents concernant la famille Cerfbeer, recueillis par un de ses 
membres. Paris, typogr. Plon-Nourrit, 1902; gr. in-4° de 144 p. + 3 hé- 
liogravures et un tableau généalogique. 

Oettli (S.). Das Gesetz Hammurabis u. die Thora Israels. Leipzig, Dei- 
chert, 1903 ; in-8° de 88 p. 

Oppert (G.). Tharshish u. Ophir. Berlin, J. Springer, 1903; gr. ln-8° de 
vin -j- 87 p. (Sonderabdruck aus der Zeitschrift fur Ethnologie, 1903, 
Heft 1-3). 

La thèse de l'autour, très savamment édifiée, est la suivante. La pro- 



BIBLIOGRAPHIE 293 

vince de l'Espagne méridionale appelée Tartessis ou Tarschisch, de même 
que la ville et le fleuve Tartessus, tire son nom des habitants primitifs de 
cette région, les Tartes ou Turtes. Cette province était renommée dans l'an- 
tiquité pour sa fertilité, sa richesse en métaux, son commerce et ses arma- 
teurs. Les bateaux faisant de grands voyages avec cette région pour point 
dé départ ou d'arrivée furent appelés par la suite : bateaux de Tarschisch 
ou de la mer. De là, grâce aux voyages des Phéniciens, Tharthisch (Thar- 
schisch) reçut vraisemblablement la signification de mer, et ce nom passa 
avec ce sens chez les peuples voisins. C'est ainsi que la Septante, Isaïe, 
ii, 16, rend Tarschisch par 6a>àcoy], que les Targoumim — imités par la 
Vulgate — traduisent généralement ce mot par ^73^ « la mer > et que, in- 
versement, le Talmud palestinien identifie 0"Pobn Thalassios avec Tar- 
schisch. D'autre part, il faut distinguer entre l'expédition envoyée de con- 
cert par Salomon et Hiram à Ophir (I Rois, ix, 26-28) et celle qui n'avait 
pas cette destination (I Rois, x, 22). La première alla à la côte orientale de 
l'Afrique, la dernière, qui dura trois ans, dans les Indes. Ophir désigna tout 
d"abord un territoire situé dans l'Arabie du Sud, près d'IIadramaut, puis 
les côtes de plus en plus méridionales de l'Afrique orientale. 

Perles (F.). Bousset's Religion des Judentums im neutestamentlichen 
Zeitaller kritisch untersucht. Berlin, Wolf Peiser, 1903; in-8° de vi -f- 
133 p. 

Le livre de Bousset ne va pas manquer de devenir aussi classique que le 
fut jusqu'ici celui de Weber (Jûdische Théologie). Il le devra à la notoriété 
de l'auteur, connu pour sa science des apocryphes et particulièrement des 
apocalypses. Méritera-t-il plus que son devancier le crédit que lui accor- 
deront sans réserve les savants heureux de jurer par la parole d'un maître et 
de se donner des airs de bien informés? Assurément l'effort de Bousset, 
son tour d'esprit, ses lumières générales le placent bien au-dessus de l'oracle 
démodé qui avait découvert le t système de la théologie juive ». Mais pos- 
sède-t-il la compétence requise dans la connaissance des Talmuds et de leurs 
annexes, qu'il prétend justement utiliser, voilà ce que s'est demandé M. Perles, 
et le résultat de cette enquête forme la matière du livre que nous annonçons. 
M. P. montre que cette connaissance est incomplète, insuffisante, mal 
avertie; il relève des inexactitudes et des méprises étranges, un parti pris 
inconscient, des ignorances criantes, le tout surmonté d'une suftisance un 
peu naïve. Ces critiques sont généralement justes et il ne saurait être ques- 
tion de les analyser ici. Il y aurait, suivant nous, à y ajouter une obser- 
vation préjudicielle : ce que nous reprocherions plus encore à ces historiens de 
la théologie juive, c'est d'ignorer que précisément cette théologie a une histoire, 
qui reste encore à faire, c'est de prendre au hasard les textes, même ceux 
d'une époque déterminée sans rechercher — non seulement s'ils représentent 
des opinions individuelles ou celles de la masse des penseurs contemporains 
— mais encore si ce sont des survivances d'une théologie disparue ou des 
principes vivants. Avant l'analyse méthodique du Talmud, toute synthèse 
ressemblera à un divertissement puéril, à un attrape-nigaud. 

Perles (F.). Zur Erklârung der Psalmen Salomos- Berlin, Wolf Peiser, 
1902; in-8° de 56 p. (Sonderabzug aus der Orientalistichen Litteratur- 
Zeitung. 5. Jahrgang). 

Pick (H.)- Assyrisches u. Talmudisches. Berlin, S. Calvary, 1903 ; in-8° 
de 33 p. 

Pinches (T. -G.). The Old Testament, in the light of the historical records 
and legends of Assyria and Babylonia. Londres, 1902; in-8° de 520 p. 

Plato (J.). Reflexionen ùber Babel u. Bibel. Hambourg, Verlangsanstalt, 
1903 ; in-8° de 39 p. 

Populâr-wissenschaftliche Vortrâge ûber jûdische Geschichte u. Literatur 



2flî REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

brsg. von J. Gossel. I. Band. Francfort, J. Kauffmahn, 1902; in-8° de 

vu -f- 372 p. 

C'est un recueil de dix-neuf conférences auquel l'éditeur n'a contribué 
que (:ar un morceau : « sur le philosophe Salomon Maïmon ». Le titre ne dit 
pas assez nettement le caractère du livre. Voici la liste de ces conférences 
(la table des matières ne donne même pas le nom des auteurs) : Caesar Se- 
ligmann, Die providentielle Fûhrung Israels. Einleitende Ideen zur jud. Ge- 
schichte ; — D r Ollendorf, Moses u. Lykurg; — Vogelstein (Stettin), Die 
altisraelitische Staatsverfassung ; — Samuel : Die Bûcher Jona u. Ruth ; 

— Franck (Cologne), Vortrag am Chanukafeste ; — J. Rùlf. Das Prinzip 
der Parteibildung im Judenthum ; — Sal. Kaufmann, Der Philosoph Philo 
von Alexandrien ; — L. Frank, Onkelos u. seine Utbersetzung d r Thora ; 

— B. Elsass, R. Akiba ; — H. Reuss, Raschi; — L. Frank, Jehuda 11a- 
levi ; — Ollendorf, Die Kreuzzùge u. ihre Rùckwirkung auf die Lage der 
Juden; — Silberstein, Shylock u. sein Urbild ; — Richter, Spinoza u. seine 
Stellung zum Judentum ; — Julius Lœwenstein , Arthur Schopenhauer 
u, das Judentum; — M. Spanier, Zur Emanzipation der Juden in Deutsch- 
land ; — Salzer, Die Namen der Juden ; — Em. Goldschmidt, Grûndet Lite- 
raturvereine ! 

Das Prager Ghetto, unter Mitwirkurjg von Ignat Herrmann, Jos. Teige u. 
Zikm. Winter. Zeichnungen von A. Kaspar. Prague, Bôhm. graphische 
Gesellschaft, 1903; format album de 173 p. 

PROCK.SCH (0.). Gescbichtsbetracbtung u. gescbicbllicbe Ueberlieferung 
bel den vorexilisch. Propheten. Leipzig, J.-C. Ilinricbs, 1902 ; gr. iu-8° 
de vin -|- 176 p. 

Publications of tbe American jewish historical Society. N° 10. Baltimore, 
Friedenwald C°, 1902 ; in-8° de xi + 202 p. 

Table des matières : 

Morris Jastrow, jr., Références to the Jews in the diary of Ezra Stiles ; 

George E. Barnett, A method of determining the Jewish population of 
the United States ; 

Max J. Kohler, Jewish activity in American colonial commerce; 

Léon Huhner, The Jews of Georgia in colonial times ; 

David Philipson, The Cincinnati Community in 1825; 

Oscar S. Straus, New light on the career of Colonel David S. Franks : 

Myer S. Isaacs, Sampson Simson ; 

Joseph Jacobs, The Damascus affair of 1840 and the Jews of America ; 

Albert M. Friedenberg, Salomon Heydenfeldt, a Jewish jurist of Alabama 
and California ; 

G. Herbert Cône, The Jews in Curaçao. Accorcfing to documents from the 
archives of the state of New York. 

Rapport sur le Séminaire israe'lite et le Talmud-Tora. Paris, impr. Ed. Lyon, 
1902; in-8° de vi + 40 p. 

Rosenberg (J.). Lebrbucb der Neusyrischen Schrift- und Umgangssprache. 
Vienne Pest-Leipzig, Hartleben, [1903] ; in-S° de 160 p. 

Rosenthal (L.-A.). Die Mischna Aufbau u. Quellenscheidung. I. Thell : 
Die Ordnung Seraim. I. Hâlfte : Yon Berakhot 1 
K.-J. Trùbner, 1903; gr. in-8° de xxix + 156 p. 

ouanet (Gustave). Les Juifs en Roumanie. Paris 
de 29 p. (Extrait de la Revue Socialiste, juillet 1902). 

Roy (IL). Israël u. die Welt in Jesaja 40-55. Ein Beitrag zur Ebed Jabwe- 
Frage. Leipzig, Jansa, 1903; in-8° de vin -\- 69 p. 



BIBLIOGRAPHIE 295 

La Sainte Bible polyglotte, éd. par F. Vigouroux. Ancien Testament. 
T. III : Les Paralipomènes, Esdras, Néhémie, Tobie, Judith, Esther, Job. 
Paris, Roger et Chernovicz, 1902, gr. in-8° de vm -j- 830 p. 

Sgerbo (F.)- H vecchio Testamento e la critica odierna. Florence, impr. 
E. Ariani, 1903; in-8° de iv + 115 p. 

Sgerbo (F). Nuovo saggio di critica biblica (D'un passo d'I c aia presunto 
errato, 63, 9), Florence, libr. Fiorentina, 1902 ; in-8° de iv + 34 p, 

Schjkrf (T.). Das gottesdienstliche Jahr bei den Juden. Leipzig, J.-C. Hin- 
richs, 1902; gr. in-8° de 142 p. (Schriften des Institulum Judaicum in 
Berlin, n° 30). 

Schechter (S.). Saadyana. Geniza fragments of writings of R. Saadia Gaon 
and others- Cambridge, Deigbton et Bell, 1903; in-8° de xn •+■ 148 p. 

Fragments de la Gueniza du Caire se rattachant à Saadia et publiés déjà 
par M. S. dans le Jewish Quart erhj Review. 

Schieler. Die Babel- u. Bibelfrage. Danzig, John et Rosenberg, 1903; 
in-8° de 23 p. 

Schmidt (G.). Babel u. Bibel. Apologetischer Vortrag. Kœnigsberg, Grâfe 
et UDzer, 1903 ; in-8° de 10 p. 

Schneedorfer (L.-A.). Das Buch Jeremias, des Propheten Klagelieder 
u. das Buch Baruch, erklart. Vienne, Mayer, 1903 ; iu-8° de xxiv -j- 
482 p . 

Schwab (Moïse). Répertoire des articles relatifs à l'histoire et à la litté- 
rature juives parus dans les périodiques de 1783 à 1900. Supplément. 
Paris, Durlacher, 1903; in-8° dev+ 304 p. 

Sèches (Edgard). La science et le judaïsme. Sermon. Saint-Étienne, impr. 
L. Wolff, 1902 ; 12 p. 

Slouschz (Nahum). La renaissance de la littérature hébraïque (1743- 
1885). Paris, Société nouvelle de librairie et d'édition, 1902 ; in-8° de 
xi -j- 228 p. 

Oeuvre extrêmement intéressante qui a valu à son auteur le diplôme de 
docteur de l'Université de Paris et que nous étudierons à loisir dans le pro- 
chain fascicule. 

Sommer (B.). Biblische Geschichtslùgen. Ein Beitrag zur Babel-Bibel- 
Frage. Bamberg, Handels-Druckerei, 1903 ; in-8° de 63 p. 

Steinberg (Augusta). Studien zur Geschichte der Juden in der Schweiz 
wâhrend des Mittelalters. Zurich, Schulthess, 1902 [la couverture porte : 
1903] ; gr. in-8° de vi + 159 p. 

Steinschneider (M.). Die arabische Literatur der Juden. Ein Beitrag zur 
Literaturgeschichte der Araber, grossenteils ans handschriftlichen Quel- 
les Francfort, J. Kauffmann, 1902 ; gr. in-8° de liv + 348 p. -f 32 p. 
d'indices. 

Est-il besoin de recommander une œuvre de M. Steinschneider, le Nestor 
et Maître de la bibliographie juive? Le Manuel dont le titre figure en tête 
de cette note est l'histoire littéraire de tous les auteurs juifs ayant écrit en 
arabe. Dans chaque arlicle sent condensés tous les renseignements dési-> 
râbles sur leurs travaux et l'histoire de ces travaux. Et ces renseignements 
ne sont pas puisés seulement dans les ouvrages imprimés, mais aussi et 



296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

largement dans les mss. inédits. C'est le fruit d'une activité prodigieuse di- 
rigée depuis plus de cinquante ans dans le même sens. Ce Manuel sera un 
instrument indispensable aux chercheurs. 

Strack. (Hermann L.). Die Sprùche Jésus', des Sohncs Sirachs. Der 
jùngst gefundene bebrâiscbe Text mit Anmeikungen u. Wôrterbucb. 
Leipzig, A. Deichlert, 1903; in-8° de vi -f- ^4 p. (Schriften des Institutura 
judaicum in Berlin, n° ST. 

Nous sommes mal à l'aise pour louer comme il convient cette très utile 
publication, car, chargé par la librairie Brill d^ Leyde d'une édition an- 
glaise du Ben Sira hébreu à l'usage des étudiants, nous nous sommes ren- 
contré avec M. S. pour le plan et la dit-position de ce petit ouvrage. D'autre 
part, M. S. accorde, soit à notre façon de lire les textes, soit à nos corre2- 
tions ou interprétations, un accueil si bienveillant que notre confusion en 
augmente. Au risque de faire du tort à l'édition de la maison Brill, édition 
qui aurait déjà dû paraître Pan dernier, nous dirons que celle de M. S. est 
excellente, comme tout ce qu'entreprend l'auteur. L'introduction est très 
sommaire et donne seulement la description des quatre mss. jusqu : ici re- 
trouvés, et la bibliographie des ouvrages ou articles principaux consacrés 
au sujet. A la fin vient un glossaire de la langue de Ben Sira. Le texte, 
comme dans notre grande édition, est partout divisé en hémistiches, ainsi 
que dans le ms. B. Eu note sont indiquées les variantes, les leçons diver- 
gentes des versions grecque et syriaque, les références à la Bible, les cor- 
rections proposées par les divers critiques; quelquefois la ponctuation est 
ajoutée comme interprétation, ou de courtes notes grammaticales rendent 
compte de la forme des noms ou verbes. Eu généra 1 , M. S. respecte la 
leçon du ou des mss., quitte à la corriger en note s'il y a lieu. Mais ce 
système est parfois abandonné sans motif, et le corps de la page offre la 
leçon rectifiée, tandis que le lapsus est rejeté dans la note. Ce ilottement 
ne manque pas de présenter des inconvénients. Croyant, comme nous, 
à des doublets provenant du syriaque, M. S. met entre crochets ceux 
qui ont cette origine ; seulement ici encore il n'est pas couséquent avec lui- 
même ; c'est ainsi que la parenthèse manque, iv, 19; v, 1 ; xxxi, \6c-d. 
Au ch. xxxu, 28 c-d, le verset signalé comme doublet est justement l'ori- 
ginal, c'est l'autre qui aurait dû être mis entre crochets. — Dans la resti- 
tution des passages endommagés M. S. a peut-être tort de paraître trop sûr 
du succès des essais de ses devanciers. Ainsi vu, 31 c-d, il reproduit celle 
que nous avons suggérée, encore qu'elle soit conjecturale, sans prévenir le lec- 
teur de l'incertitude du text9 ainsi rétabli. Quelquefois même il couvre de son 
autorité telle reconstruction tout au moins aventureuse, sinon mauvaise, 
comme xi, 19c, t]brt n^n*i !"ïtt **P tfb, ou 2S : lîtiJ^ WJ T-Nn btt- 
Ce sont là les conjectures de M. Peters, qui est rarement heureux dans ses 
tentatives, faute d'un sentiment assez délicat de l'hébreu. — Le reproche 
le plus grave que nous adresserons à M. S. est de n'avoir pas averti le 
lecteur, quand il le fallait, de l'obscurité ou même de Finintelligibilité de 
certains passages, comme xm, 12; xxxi, 10, ou d'avoir laissé ignorer les 
divergences sérieuses qui régnent parfois entre l'hébreu et les versions, 
divergences provenant tout probablement de l'altération de l'hébreu, comme 
m, 13, 16, 17, 18, 31 ; iv, 7 (où T|2 n'est même pas corrigé en T3>), 
10a; v, 11; ix, 7, 8c; x, 10, 22; xxxi, 19 c-d ; xxxu, 29 ; xl, 16. Enfin, 
l'interprétation personnelle de M. S. ne me paraît pas toujours au-dessus de 
toute critique. Ainsi, dans la phrase y^rn TÊ5K "ISN1 ~IS3> ÎINSP H12 
"PIS ÛTP, il est impossible que Ù"I"P doive se lire DTP ayant pour com- 
pléments *"|DN1 ""ÎDJ-V car ces deux mots forment une locution signifiant 
simplement « l'homme », t celui qui est poussière et cendre » ; de là aussi le 
singulier J-!N!P et l'affixe singulier dans "p^fD et dans "pi}. — Mais ces 
menues réserves n'enlèvent rien au mérite de ce petit volume, que nous 
recommandons chaleureusement aux étudiants, 



BIBLIOGRAPHIE 29? 

Sulzbach (A-)- Dichtcrklânge aus Spaniens bessercn Tagen. Auswahl aus 
den Meisterwerken jùdisch- 'spanischer Dichter metrisch ûberselzt u. 
mit Noten vcrsehcn. 2. vermebrte u. verbesserte Auflage. Francfort, 
J. Kauffmann, 1 ( J03 ; in-18 de xv + 144 p. 

Ce sont des extraits du Divan de Juda Halévi, du Tahkemoni de Harizi 
et du S. Schaaschouïm de Joseph Sabara. L'ouvrage n'est pas seulement, à 
recommander pour Té'égancj de la composition typographique, la commo- 
dité du format, mais pour le choix judicieux des morceaux et la fidélité de 
la traduction. Il serait à souhaiter que l'exemple de M. S. fût suivi en 
France. 

Sycz (S.). Ursprung u. Wiedergabo der bibliseben Eigcnnamcn im Koran. 
Francfort, J. Kauffmann, 1903; in-8° do 64 p. 

Unna (Isak-Dr.). Die Leichenverbrennung vom Standpunkt des Judentums. 
Ein Vortrag. Francfort, Kauffmann, 1903; in-8° de 29 p. 

Urquhart (J.). Die ncueren Entdeekungen u. die Bibel. II. Von Abrabam 
bis zum Auszug ans Aegypten. III. Vom Auszug aus Aegypten bis zur 
Philisterzeit. Ueberselzimg von E. Spliedt. Stuttgart, M. Kielmann, 1902; 
in-8° de xir + 331 + xir + 351 P- 

Volck (W.). Zum Kampf um Bibel u. Babel. Rostock, Stiller, 1903; in-8° 
de 32 p. 

Volz (P.). Jùdiscbe Eschatologie von Daniel bis Akiba. Tubingue et Leip- 
zig, Mohr, 1903 ; gr. in-8° de xvi -f 412 p. 

Waltrh (C.-L.). Babel, Bibel u. — Bebel. Weimar, Leutloff, 1903; in-8° 
de 174 p. 

Weyl (A.). Die Bedeutung der Ilauses im alttestamenllicben Erziehungs- 
plane. Francfort, J. Kauffmann, 1903; in-8° de 27 p. 

Wiernikowski (I.). Das Buch Hiob nacb der Aufïassung der rabbin. Lit- 
teratur in den ersten fûnf nachebristlichen Jahrhunderten. I. Berlin, 
M. Poppelauer, 1902 ; gr. in-8° de 92 p. 

Wimmer (J.). Palastina's Boden mit seiner Pflanzen- u. Tierwelt vom Be- 
ginn der bibl. Zeiten bis zur Gegenwart. Cologne, J.-P. Bachem, 1902; 
gr. in-8° de 128 p. 

Winckler (IL). Die Babylonische Knltur in iheen Beziehungen zur unsri- 
gen. Leipzig, J.-C. Hinrichs, 1902; in-8° de 54 p. 

Winckler (H.). Abrabam als Babylonier, Joseph als Aegypter. Der welt- 
geschicbtliche Ilintergrund der bibliseben Vatergeschichten auf Grand 
der Keilinscbriften dargestellt. Leipzig, Hinrichs, 1903 ; in-8° de 38 p. 

Winckler (II,). Keilinscbriftliches Textbucb zum Alten Testament. 2. neu 
bearbeitete Auflage. Leipzig. Hinrichs 1903; in-8° de iv + 130 p. 

Wolfsohn (L.). Das Targum zum Propheten Jeremias in Jemeniscber 
Ueberlieferung. Dissertation. Halle* Witlenberg, 1902; in-8° de 31 p. 

Zapletal (V.). Der Scbôpfungsbeiicht der Genesis (i, 1-2, 3) mit Beruck- 
sichtigung der neuesten Entdeckungen und Forschungen erklârt. Fri- 
bourg, Universitâts-Bucbhandlung, 1902; in-8° de vi -\- 104 p. 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



The American journal of semitic langnagcs and litcrattires (Chi- 
cago, trimestriel). = = Vol. XIX, 1902. = = N° 1, octobres = Paul 
Haupt : The Book of Canticles. — William Hayes Ward : The Asherah. 
— Max L. Margolis : Notes on semitic grammar. — W. W. Martin : A 
Psalmist's Epithalamion. — Haus H. Spoer : Emendalions in the text of 
the Book of Job. — George R. Berry : Some textual notes on Proverbs. 
= = N° 2, janvier 1903. = = W. Gr. Seiple : Theocritean parallels to 
the Song of Songs. — Julius A. Bewer : Ci itical notes on Âmos 2, *ï and 
8, 4. == N° 3, avril. === Paul Haupt : The poetic form of the flrst 
Psalm. — Julius A. Bewer : The geullah in the Book of Ruth. — James 
A. Kelso : Is the divine name in hebrew ever équivalent to the super- 
lative? — Max L. Margolis : The twenty-sevenlh édition of Gesenius's 
Hebrew grammar. — Hans H. Spoer : Emendations in the text of Eze- 
chiel. — Charles Edo Anderson : Who was Melchizedek? 

Moiintsschrift fiir Geschichte nnd Wissensckaft des Judenthums 

(Berlin). == 46 e année, 1902. = = N° 7-8, juillet-août. = —Léo 
Bâck : ÏH30 u. *»3^0. — Sigmund Jampel : Die Wiederherstellung Israels 
unter den Achâmeniden (suite, n 0s 9-12, 1903, 1-4). — J. Elbogen : Ge- 
schichte des Achtzehngebets (suite et fin, n us 9-1S). — A. Schmiedel : 
Randbemerkungen zu Saadja's Pentateuchûbersetzung (suite , 1903 , 
n os 3-4). — Samuel Poznanski : Miscellen ùber Saadja IV. (Traduction 
d'Esther). — Moritz Steinschneider : Purim u. Parodie, [suite, n 0s 9-12, 
et 1903, n 0s 3-4). — J. Elbogen : Saadja u. Salmon b. Jerucham ; 
Kalir. == N es 9-10, septembre-octobre. = == Jos. Eschelbacher : 
Die Vorlesung Ad. Harnacks ùber das Wesen des Christenthums {suite, 
1903, n° s 1-4). — N. Kronberg : Die Amorâer in neuer Beleuchtung 
(critique de Dorot Harischonim, t. II, d'Isaak Halevy). — Sigm. Fraen- 
kel : Zum rrnaian nDD. — M. Brann : Die Grabschtiften der Fa- 
milie Frànkel-Spira in Prag [fin, n os 11-12). — W. Bâcher : Die 
Echtheit der Dunasch zugeschriebenen Kritik gegen Saadja. = = 
N 0s 11-12, novembre-de'cembre. = = J. Bergmann : Zwei talmudischo 
Notizen. — S. Eppenstein : Noch ein Wort ùber die Echtheit von Du- 
nasch's Kritik gegen Saadja. — J. Guttmann : Zwei jùngst edirte Schrif- 
ten des Berachja Hanakdan. — Lewinsky : Aus dem Hildesheimer Stadt- 
archive (fin, 1903, n cs 1-2). — Moritz Schwarz : Eine illustrirte Pessach- 
Haggadah in der Mùnchener Kgl. Hof-u. Staatsbibliothek. = = 
47 e année, 1903. = = N 0s 1-2, janvier-février. == = J. Scheftelowitz : 
Zur Kritik des griechischen u. massoretischen Bûches Esther (suite, 
n° s 3-4). — M. Gùdemann : Das Judenthum im neutestamentlichen Zeit- 
alter in christlicher Darstellung (critique de l'ouvrage de Bousset, an- 
nonce' plus haut, suite, n° s 3-4). — Salomon Brann : Eine schwierige 
Mischnah (Maaser Scheni, iv, 8). — Theodor : Die neue Ausgabe der 
Seder Eliahu rabba u. suta (de Friedmann). = == N os 2-1, mars-avril. 
= r± Pb. Bloch : Der Slreit um den Moreh des Maimonides in der Ge- 
meinde Posen um die Milte des 16. Jahrhunderts. 

Itetue biblique iii.iriiiiiionule (Paris, trimestrielle). = = 11 e année, 
1902. = = N° 4, octobre. = = L. Hackspill : L'angélologie juive à 
Te'poque ne'o-lestamentaire (suite). — Henry Hyvernat : Petite intro- 



BIBLIOGRAPHIE 299 

duction à l'élude de la Massora. — Fouilles diverses en Palestine. = = 
12° année, 1903 = ==N° 1, janvier, = = M. J. Lagrange : Le code de 
Hammourabi (comparé au Pentateuque). == = N° 2, avril. = = M. A. 
von Hoonacker : Une question touchant la composition du livre de Job. 

— M. S. Minocchi : I salmi messianici. — M. J. Lagrange : L'ange de 
Jahvé. — Ed. Kônig : De la tendance moderne à poétiser l'Ancien Tes- 
tament. — I. Guidi : Une terre coulant du lait avec du miel. — H. Vin- 
cent : Notes d'épigraphie palestinienne. 

The Jètvish quarterly Revicvi (Londres). = == Vol. XV, 1902. — = 
N° 57, octobre. ===== J. M. Rigg : The Jews of England in the thirteenth 
cehtury. — J. D. Wijnkoop : The neo-hcbraic language and its litera- 
ture. — A. M. Friedenberg : Sùsskind of Triuiberg. — J. Goldziher : Zu 
Saadyana XLI. — Samuel Poznanski : Fin altes jùdisch-arabisches 
Bûcher-Verzeichniss. — W. Bâcher : Ein neueischlossenes Capitcl der jù- 
dischen Geschichle (Le gaonat en Palestine et l'exilarehat en Egypte. 
Trèa intéressant). — J. H. Levy : The tetra (?) grammaton. — W. Bâ- 
cher : Die Staatswagen des Patriarchen (^21 ma bo nijTlp). — 
I. Friedlander : Das hebrâische ^20 in einer verkannten Bedeutung. — 
G. A. Kohut : Abraham's Iesson in tolérance. — M. Kayserling : Zur 
portugiesisch-jùdischen Literatur. — A. Bùchler : S-pparÉç in Psalm Sa- 
lomo's, il, 6. — Ludwig Blau : Methods of teaching the Talmud in the 
past and in the présent. — H. Hirschfeld : Descriptive catalogue of he- 
brew inss. of the Montefiore library [suite et fin, n° 59). — == N° 58, 
janvier 1903. == == H. Hirschfeld : The arabic portion of the Cairo geni- 
zah at Cambridge. — R. J. II. Gottheil : The Jews and the spanish In- 
quisition (1622-1721). — Cardozo de Bethencourt : The Jews in Portugal 
from 1773 to 1902 (corrections et additions, u° 59). — M. Seligsohn : The 
hebrew-persian mss. of the British-Museum. — M. Steinschneider : All- 
gemeine Einleitung in die jûdische Literatur des Mittelalters. — W. Bâ- 
cher : Eine angebliche Ergânzung zu Jahja Sâlih's Tiklal. == == N° 59, 
avril. = = H. St. J. Thackeray : Translation of the Letter of Aristeas. — 
F. G. Burkitt : The hebrew papyrus of the ten commandments (voir plus 
haut, p. 212). — E. N. Adler : Auto de Fé and Jew {fin). — C. Taylor : 
The Wisdom of Ben Sira (notes principalement sur notre e'dition de ce 
livre). — David Philipson : The beginnings of the Reform movement 

, in Judàism. — Elias Fink : Zur Geschichte der Zahl n. — I. Goldziher : 
The arabic portion of the Cairo genizah (correction à l'article de 
M. Hirschfeld). 

Zcitschrift fur die nlttestnmentliche Wissensoliaft (Giessen, semes- 
triel). = = 23 e année, 1903. = = N° 1 . = = Adolf Bender : Das Lied 
Exodus 15. — Alfred Zillessen : Die crux temporum in den griechischen 
Uebersetzungen des Jesaja (c 40-66) u. ihren Zeugen. — Eugen Milt- 
woch : Aus einer arabischen Ueberselzung u. Erklarung der Psalmen. 

— J. C . Matthes : Der Sùhnegedanke bei den Sûndopfern. — Du même : 
Miscellen. — Eb Nestlé : Miscellen (Jésus Sirach Neffe oder Enkel des 
Amos Sir-ich ; Luther ùber das Buch der Weisheit ; Jaddua als Dichter 
des 119. Psalms ; Die Schildkrote auf Hebiâisch;. — Erich Klostermann : 
Onomasticum Marchalianum. — Erwin Preuschen : Doeg als Incubant. — 

— Salomon Schill : Genesis 2, 3. — V Gall : Eine Spur von Regen- 
zauber. — Bruno Meissner : Zu Jos. 7, 21. — B. Stade : Streiilichter auf 
die Entstehung der jetzigen Gestalt der alttestamentlichen Propheten- 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

scbriften. — Du même : Der Mythus vom Paradies Gn 2, 3 u. die Zeit 
seiner EinwanderuDg in Israël. 

Zeitsclirift fur hebraeisch*» Bibliographie (Francfort, bimestriel). 
= = 6 e armée, 1902. = = N° 4. == M. Steinschneider : Supplément 
au Catalogue des mss. hébreux et samaritains de la Bibliothèque im- 
périale [suite et fin, n° 5). — W. Bâcher : Eine persische Bearbeitung 
des Mischnatraktats Aboth (voir encore n° 5). — H. Brody : Poetisches. 
V. Aus Moses ibn Esra's Maamad fur den Versôhnungstag (fin, 1903, 
n° 2). — M. Ginsburger : Die Citate aus Thargum Jeruschalmi. — 
M. Steinschneider : Miscellen und Notizcn. 13. Zur Bibliographie der 
Medicin bei den Juden (voir encore n° 6) ; 14. Schnorrbriefe. = = N° 5. 
— — M. Steinschneider : Miscellen u. Notizen. 15. Hai's Méthodologie? 
16. Satyren gegen Juden ; 17. Limoges ? (M. Steinschneider met en doute 
l'authenticité des faits racontés par un document hébreu (Ozar Tob, 1, 
49) à propos de la communauté de Limoges, en 994 [ou 999]. Avec rai- 
son, il dit que cette persécution ne peut être identique à celle dont 
Alduin, évêque de Limoges, fut l'instigateur, en 1010. 11 va même jus- 
qu'à nier l'identité' du mot 1I3* , " , 51)3' , b avec Limoges. Nous n'irons pas si 
loin; mais sur le premier point nous sommes d'accord avec lui. Dans 
l'article France de la Jewish Encyclopedia, nous ajoutons que le do- 
cument est d'autant plus suspect qu'il met en scène une accusation 
de percement d'hostie ; or cette accusation n'apparaît pas avant le 
xm e siècle). = = N° 6. = = Steinschneider : Miscellen u. Notizen. 18. 
Sahl b. Mazliach ; 19. Ein hebr. Festgebetbuch mit polnischem Glossar; 
22. ûbl3> mJTlNE de Abraham Moses. — Friedberg : Zur Généalogie 
der Familie Gùnzburg. = = 7 e année 1903. = = N° 1. = = Stein- 
schneider : Miscellen u. Notizen. 23. Handschriften in Tiberias ; 25. 
Gustav Wertheim ; 26. Ein Gebetbuch Ritus Cochin ; 27. En 1343 un 
Léo Hebraeus dédia à Philippe de Vitry un travail sur les intervalles 
musicaux. Ce Léo Hebraeus n'est autre que Le'vib. Gerson. — Sigmund 
Seeligmann : Miscellen : . . . IV. La date de naissance de Elie Loans 
n'est pas 1564, mais 1559. — Grûnhut : Ein verkanntes Wort, fcPÏÏIN. — 
G. Jaré : Wer war der jùd.. Prediger der von Giord. Bruno geruhmt 
wird? — S. Krauss : In Sachen der Toldot Jeschu (Réplique à la cri- 
tique de M. Porges). =z = N° 2. = = Steinschneider : Miscellen u. 
Notizen. 31. Alfonsus Dionysii aus Lissabon in Toledo (un traducteur); 
32. Muhji al-Din al-Telidji oder Talischi, ein Jude ? 33. Un ouvrage de 
médecine composé en hébreu vers 1622 à Francfort. — Richard Gotlheil : 
A note on the Jews in Brazil. — Kayserling : Sébastian Curtius. — 



Israël Lévi. 



BIBLIOGRAPHIE 301 



ND""I rP1I5&H3 ti5"V7!B. Bereschit Rabba mit kritiscliem Apparate u. 

Kommciitai'C von J. Theodor. l r# livraison (Parascha, i -x). Berlin, 1903;in-4° 
de p. 1-80. 



Il y a dix ans que M. Théodor a publié les premiers résultats de 
ses recherches sur le Bereschit radia, en vue d'une édition critique 
de celte œuvre capitale de la littérature post-tannaïtique. Il a donné 
dans trois années de la Monatsschrift (XXXVII, XXXVIII, XXXIX, 
1893-95) des renseignements détaillés sur l'ancien manuscrit, con- 
servé au British Muséum (add. 271, 69), qu'il avait reconnu être le 
plus précieux instrument pour la constitution d'un bon texte du 
Bereschit rabba. Il a fait ressortir avec un soin méticuleux et une 
critique pénétrante les innombrables divergences qui séparent ce 
manuscrit du texte édité et s'est attaché, en particulier, à établir que 
ce texte concorde avec les leçons conservées dans les citations que 
l'Arouch fait du Bereschit rabba. L'auteur, dont des travaux anté- 
rieurs avaient déjà montré la compétence en cette matière, a fait de 
ses notes sur le manuscrit de Londres, pour ainsi dire, les prolé- 
gomènes de l'édition qu'il projetait et préparait avec un zèle rare. 
Ce travail préliminaire autorisait à fonder les plus grandes espé- 
rances sur la nouvelle édition, et le premier fascicule, qui vient enfin 
de paraître, montre, de la manière la plus satisfaisante, combien ces 
espérances étaient justifiées. 

Un simple coup d'œil sur l'aspect extérieur du fascicule, sur sa 
composition typographique, la disposition du texte et des addi- 
tions qui l'accompagnent, suffit pour convaincre qu'à la volonté 
de consacrer tout son savoir à la tâche qu'il a choisie, se joint 
encore chez l'éditeur l'amour de cette tâche, amour qui se marque 
par le goût parfait avec lequel il a compris la partie extérieure de 
son travail. Mais le plaisir qu'on éprouve déjà au simple aspect du 
fascicule est encore augmenté quand on fait plus ample connais- 
sance avec le contenu. Lorsque l'œuvre tout entière aura paru, l'un 
des monuments les plus précieux, un de ceux qui ont eu le plus d'é- 
ditions et qui ont été le plus lus, de l'antique littérature juive nous 
sera présenté dans une édition comme aucun livre de ce genre n'en 
a eue jusqu'à présent. Ce sera la première qui réponde à toutes les 
exigences scientifiques : le texte en est épuré, établi sur une base 
sûre, accompagné d'un complet appareil critique, ainsi que d'un com- 
mentaire qui facilite d'une manière remarquable la compréhension 
du texte. 

Pour fixer le texte et en colliger les variantes qui l'accompagnent 
à chaque page dans une disposition des plus pratiques, M. Théodor 
s'est servi, outre le manuscrit londonien déjà cité, des manuscrits 
suivants: Ms. hébr. 149 de la Bibliothèque Nationale, cod. Vatic. 



302 REVUE ORS ÉTUDES JUIVES 

ebr. 30 à Rome, codd. 147 et 2,335 de la Bibliothèque Bodléienne 
d'Oxford, cod. 16, 406 du British Muséum, un manuscrit de M. Ep- 
stein, de Vienne, des variantes manuscrites qui se trouvent dans 
un exemplaire du Bereschit rabba de l'année 1567, appartenant à la 
bibliothèque du Séminaire de Breslau, enfin deux manuscrits du 
Commentaire sur le Bereschit rabba portant le nom de Raschi. 0:i 
doit y ajouter les variantes de l'édition princeps du Midrascb, Cous- 
tantinopie, 1512, les citations de l'Arouch, les extraits du Ya kout 
Schimeoni (en tenant compte de l'édition princeps du Yalkout, Sa- 
lonique, 1526), ainsi que ceux du Yalkout Machiri. Mais, de toutes 
ces sources manuscrites et imprimées, M. Théodor n'a nullement tiré 
un texte nouveau. Il reproduit comme texte de son édition le ma- 
nuscrit de Londres, avec toutes ses particularités orthographiques, 
et ne se permet de s'en écarter qu'en cas de nécessité absolue. C'est 
ainsi qu'à la place des nombreuses abréviations, il rétablit le mot 
véritable lorsque cette restitution n'est pas douteuse, ou encore qu'il 
comble des lacunes évidentes; de plus, lorsque les autres sources 
ont une leçon manifestement plus exacte, il l'incorpore dans son 
texte, plaçant celle du manuscrit de Londres au nombre des va- 
riantes. Le procédé se justifie suffisamment par la nécessité d'offrir 
un texte lisible et compréhensible par lui-même. D'ailleurs, comme 
les leçons qui diffèrent du manuscrit principal ne sont entrées 
dans le corps du texte qu'après un examen des plus minutieux, 
d'après des leçons dûment établies et nullement conjecturales, et 
que, d'autre part, il en est rendu un compte exact dans la collection 
des variantes, la critique la plus pointilleuse ne trouvera rien à re- 
dire au procédé de M. Théodor. Tout au plus pourrait-on lui repro- 
cher de n'avoir pas traité le manuscrit avec plus de liberté encore 
et de l'avoir reproduit sans changement, même là où une correction 
s'imposait au même titre que dans les passages qu'il a modifiés. 
Pour donner des exemples à l'appui, j'emprunterai au v e chapitre du 
Bereschit rabba — qui me servira plus loin à caractériser la nouvelle 
édition — les passages suivants : 

P. 35, 1. 6, M. Théodor eût fait une « restitutio in integrum » des 
plus justifiées, si, conformément à un grand nombre de sources, il 
avait ajouté après : jnp^b trn dn vnwt, les mots : biRitD* "^eb, et 
après Ditttan pin les mots p"i«n nfin. — P. 36, 1. 1, dans la phrase : 
ûp^na Nb» ^bD MB» ûin , le mot ûp">"i est une erreur manifeste 
pour "jp*n (adjectif), erreur qui provient de la fausse analogie de 
l'adverbe de l'hébreu biblique. Comme la leçon 1P"na est usitée 
ailleurs, elle aurait dû entrer dans le texte. Même remarque à faire 
à propos de N3n 'n (p, 36, 1. 5), qui n'est qu'une abréviation erronée 
de NDin '-i. Au lieu de nbpbpnii, p. 38, 1. 4, et nbpbpn^, ib. t 1. 6, il 
aurait fallu adopter ïibbpns, qui seul se comprend avec le renvoi à 
Gen., ni, 17. Quelques lignes plus loin (p. 39, 1. 2) le manuscrit porte 
lui-même rtbbpni ïittb. —P. 39, 1. 5, le texte de M. Théodor porte : b« 
"D oiD^ ; seul le Yalkout possède encore cette version. Les éditions 



BIBLIOGRAPHIE 303 

et les autres manuscrits ont toussa, qui seul est juste, car le fer 
parle de lui-même à la 1 re personne. 

Le texte offre un avantage tout spécial en ce que les citations bi- 
bliques sont imprimées en caractères espacés, ce qui permet au lec- 
teur d'embrasser d'un simple regard l'enchaînement naturel du texte 
midraschique. M. Théodor a encore eu soin de compléter les citations 
bibliques qui De sont souvent transcrites qu'à demi, là où l'expres- 
sion midraschique se rattache précisément à la partie absente du 
verset. Les signes de ponctuation, dont il use dans une mesure judi- 
cieuse, servent également à l'intelligence exacte du texte, dont ils 
facilitent la lecture (de simples virgules dans le corps d'un para- 
graphe et le traditionnel double point à la fin); de même les coupes 
résultant de la structure même du Midrasch et dont les citations bi- 
bliques initiales sont imprimées en caractères gras. Il faut encore 
savoir gré à l'éditeur d'avoir mis en marge de son texte les numéros 
des paragraphes de l'édition de Wilna et la pagination de celle de 
Venise. Pour son édition, M. Théodor ne numérote pas les para- 
graphes ; il se contente d'indiquer les numéros du verset et de mettre 
en tête de chaque page, en plus du numéro de la Parascha, le cha- 
pitre et le verset de la Genèse. Dans le corps du texte est indiqué le 
passage de chaque citation biblique. Entre le texte du Midrasch et 
l'appareil des variantes qui s'y rapporte se place, à chaque page, 
l'indication des passages parallèles de la littérature talmudique et 
midraschique, indication que l'éditeur s'est efforcé de rendre aussi 
complè'e et exacte que possible. La plus grande partie de chaque 
page est occupée par le commentaire dans lequel le savant éditeur 
nous donne les résultats des efforts qu'il a faits pour constituer un 
texte épuré et critique. Ce commentaire, écrit dans un hébreu en- 
nemi de toute phrase inutile, concis sans cesser d'être clair, est d'un 
caractère quelque peu composite. Il discute d'abord la lecture exacte 
du texte et de ses variantes et forme, de la sorte, un complément 
précieux aux variantes simplement enregistrées ; il s'attache ensuite 
à examiner de très près les passages parallèles qui lui servent à éta- 
blir le sens du texte. 

L'auteur s'y efforce, enfin, d'expliquer le texte tant pour le fond 
que pour la forme, citant de temps à autre — mais jamais inutile- 
ment — les commentaires antérieurs. L'importance capitale du com- 
mentaire réside dans l'examen minutieux des passages parallèles, 
auxquels s'ajoutent les citations midraschiques, et dans les conclu- 
sions que cet examen comporte, au point de vue du sens et de l'ex- 
pression du texte. Voici comment M. Théodor lui-même caractérise 
•son commentaire dans l'avant-propos du 1 er fascicule : « Je puise 
l'explication du Midrasch de préférence dans le Midrasch lui-même, 
dans ses sources et les passages parallèles du Talmud de Jérusalem 
et autres Midraschim, relevant en même temps les différences d'ex- 
pression, les transformations de pensée, les divergences et les ampli- 
fications qui s'y rencontrent. Dans les passages difficiles, l'explica- 



304 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lion désirée fera rarement défaut. » J'estime inutile de m 'appesantir 
davantage sur le contenu du commentaire. Au savant et au critique 
qui veut pénétrer le texte à fond et en saisir l'enchaînement, il rendra 
des services inappréciables par l'abondance du matériel harmonieu- 
sement disposé. Quant à celui qui n'a pas de préoccupations scien- 
tifiques, il y trouvera, — à côté d'un texte expurgé et débarrassé des 
difficultés des éditions ordinaires — des explications toujours judi- 
cieuses, tirées du fond et de la langue. Au premier abord, il sem- 
blerait que le commentaire, ainsi que la collection des variantes 
occupent, dans cette nouvelle édition, une place trop grande par rap- 
port au texte; mais un examen plus approfondi monire que l'édi- 
teur et commentateur n'a nullement été trop prolixe dans ses deux 
suppléments, où il a déployé tant d'exactitude et tant de compétence. 
Tout au plus aurait-il pu laisser de côté telies ou telles variantes 
plus ou moins importantes, ou renvoyer à une introduction ajoutée 
au dernier fascicule certaines catégories de variautes orthogra- 
phiques ou grammaticales, dont l'unique intérêt consiste à carac- 
tériser leurs manuscrits respectifs. Mais, d'une manière générale, il 
convient de reconnaître que, dans une première éditiou critique du 
Bereschit rabba, la collection entière des variautes était bien mieux 
à sa place qu'un choix qui risquait de faire omettre certaines parti- 
cularités relativement importantes. Nous devons d'autant plus nous 
féliciter de posséder les variantes au complet, que M. Théodor a su 
les disposer, non sans habileté, dans un ordre clair et lumineux. 
Du reste, l'apparente prolixité du commentaire provient de la nature 
même de son contenu, et — fait remarquable pour un commentaire 
sur le Midrasch — nullement d'idées personnelles ou de digressions 
déplacées. Au plus fort de ses développements, le commentaire reste 
dans le sujet qu'il traite : ce qu'il veut, c'est expliquer le texte d'une 
manière naturelle, mais non pas lui faire dire ce qui ne s'y trouve 
point. 

Qu'il nous soit encore permis, après avoir rendu hommage au tra- 
vail de l'éditeur et commentateur, de faire ressortir l'importance — 
au point de vue de l'élude scientifique de la littérature traditionnelle 
— de cette édition, qui, sans être identique au texte primitif, s'en 
rapproche néanmoins infiniment plus que toutes les éditions exis- 
tantes, faites d'après des manuscrits de valeur inférieure et remplies 
de fautes typographiques et de copistes. Nous prendrons la cin- 
quième Parascha (p. 31-39 dans l'édition de M. Th.), qui a trait à Ge- 
nèse, i, 9-13, pour montrer les renseignements divers que l'édition 
de M. Théodor nous fournit sur cette Parascha même. Nous indique- 
rons, outre la page et la ligne de cette édition, les numéros des pa- 
ragraphes de l'édition si répandue de Wilna. 

Nous constatons tout de suite dans les éditions une série d'addi- 
tions plus ou moins grandes. P. 32, 1. 2 (§ 1), avant ">b "Hp^, les 
mots &nn ^p-D UîTlpft nttN. — là., 1. 9, avant TW nVi, Nbi 
îVPEN. — Ib. t 1. 11, c'est seulement dans les éditions récentes que 



BIBLIOGRAPHIE 305 

les mots D"np^ dï*n "isuw ont passé du commentaire Matienot 
Kehounna, dans le t^xte. après les mots |ns iNin^i qu'ils expliquent. 

— Page 34, 1. 5 (§ 3), on a reporté après DTS'p'iX les paroles de R. Abba- 
hou sur l'océan, paroles qui se trouvent cb.xxni,fîn. — P. 35, 1. 4 (§ 5), 
après i«?nb (éd. "pissrib), les mots iny ronïTO 1 . —P. 36, 1. \ (§7), 
dans les expressions de : Ipn ^ "pria t^btt "»b3 et '■prû t«*b?a ^bD 
SibE "03, le deuxième "03 est chaque fois de trop. — P. 37, 1. 1, le ma- 
nuscrit de Londres reproduit textuellement le verset biblique (Jo- 
sué, ni, 10), ûsmpn ^n ba "O wn rrî» , tandis que nos édi- 
teurs en donnent la paraphrase : n"nïi ...ûwp ddn ...Tp-'ïnnia î-paw 
"psnn n^T3, paraphrase qui se trouve aussi sous une autre forme 
dans les autres sources. —P. 37, 1. 5, on a ajouté après npmtt W 
anr? les mots explicatifs de *"■» N^s ù^ïïit. — P. 37, 1. 6 (fin du pa- 
ragraphe), 'lin TsrnDn M.wmtt n"nn. — P. 37, 1.7 i§ 8), entre ïittb 
et y-)N est intercalé ïhm N"ip3. — /&., n:ip 'pin à la place de ibisn. 

— P. 38, 1. 3 (§ 9), après û^n^nnw : ïmbKi ; ib„ 1. 6, après "po 
nns : nb. 

Toutefois c'est par erreur seulement que certaines expressions de 
nos éditions manquent dans le manuscrit de Londres, car elles 
devaient faire partie du texte primitif. C'est ainsi que les éditions, 
qui ont avant ntttf tnbo nn rmrr 'n (p. 38, 1. 6) les mots miT 'i 
ons^D '~n fcnbia "ia, nous donuent certainement la leçon primitive 
parce qu'il est tout à fait dans le style talmudique d'annoncer 
d'abord les noms des agadistes dont on veut rapporter les diver- 
gences de vue. Du reste, ces mots se retrouvent dans deux de nos 
manuscrits. 

Il arrive plus rarement que les éditions courantes soient moins 
complètes que le texte de M. Théodor. Page 32, 1. 3 (M), il manque 
dans la phrase d^abN rDina rmaim, le mot tniT^ avant ùijab». — 
là., 1. 5, avant û^npD un ibN manque le premier terme de la con- 
clusion : ^ibisn trbNitai û^a^M )n •n'n tr»b« "jrïiïî p r-rn 
trbmswm 3>nttNm ï-irttia. — Dans la paraphrase dialoguée du 
Psaume xcm, 3, deR. Lévi (p. 33, 1, 5, § 3), manque une partie es- 
sentielle du dialogue : mntta * ten ^'Ta (var. )xb) inb ï^wn 
Û'OVt. — P. 37, 1. 2 (§ 7), manque le dernier mot de l'expression bdb 
""jn&n iriK. — P. 38, 1. 5 (§ 9), manque avant l'opinion de R. Yiçhak 
de Magdala la question à laquelle elle se rapporte : ib î-lbjm 
bas ; aussi le sens de ce passage est-il différent dans nos éditions, 
où le mot \n a d'ailleurs remplacé le mot Nirr. — A remarquer encore 
l'absence fréquente du mot N!-;ftnN, qui marque les phrases interro- 
gatives et qui — caractéristique bien connue du Bereschit rabba — 

1 La leçon primitive paraît avoir été "ptfanb ("PfcOrib). Car les lettres de ce mot 
sont exactement celles du mot "ïamaÔ de la Bible (Exode, xiv, 27), qu'il explique. 
Il fallait le pluriel parce que la phrase précédente a également le pluriel de "^n : 
D^n Uy ïl"2pïl fttnn l-Wn. Le mot VfcCn est devenu l&Onb dans le manus- 
crit, et *p&«nb dans les éditions, 

T. XLVI, N° 92« 20 



306 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

joue presque uniquement le rôle d'un signe de ponctuation, de 
notre point d'interrogation. Dans le manuscrit de Londres nous en 
voyons encore le fréquent emp'oi, il s'y trouve même deux t'ois 
dans une proposition inlerrogative. Voici, à titre d'exemple (p. 36 
1. 1, §7), une phrase dont le texte primitif le contenait quatre fois, 
tandis que dans nos éditions (et la plupart des sources) il n'en reste 
pas trace : ibs (Nnans) Natt ûp"n3 aba ^bD Wca D^N obi^rr àftnp 
naa n*o (Nï-ïiïnN) û^aa û^a ib-o ûbi^n *p (Nnana) isba ^pnn aba 
(aciariN) ^nx ûnpab. 

Il convient de faire ressortir les modifications de style et de langue 
que le B. rabba — le nouveau texte nous le prouve — a subies dans 
le cours des siècles. Ces changements, de nature variée, ont sou- 
vent obscurci la langue du texte primitif. Les variantes de B. rabba 
nous offrent des exemples de l'hébraïsation des parties araméennes 
du Midrasch. Dans notre Parascha (p. 34, 1. 1, §3) l'expression "mtbl 
rrabs est devenue : rraibs rvnrb'i; de naN nan (p. 34, 1. 1,§ 2) on a 
fait : naitf ïinNi; le texte de M. Théodor porte au premier des deux 
passages : 'jbs ^Vrb ; un autre manuscrit a la forme féminine Wnb 
msbs; nos éditions ont une expression moitié hébraïque moitié 
araméenne : maibs Nrû"nb. — Grâce à la leçon primitive que présente 
le texte de M. Théodor, nous retrouvons une racine verbale très 
rare (p. 33, 1. 2, § 2). Au lieu de nriN mira pboan de nos éditions, 
nous lisons rvrna ïpbisn; un manuscrit porte, au lieu'de pbin, 
IP^T. Au lieu de (quelques lignes plus loin) Dl^pia D">3 p^Di, 
notre texte porte Dir^piôO ïpb£1 (l'un des manuscrits a f$ff^ t 
l'autre : pboi). Il s'agit là, à coup sûr, d'un verbe au Kal : pbs ou 
p5iT (auquel correspond le l^y^ de Job, xn, 4 5) qui a le même sens 
que pDO {Kal : M. Tamid, n, 1 ; Piel, Mikvaot, n, 6) : presser. Une 
variante de M- Tamid, u, 1, porte D^pbiO, au lieu de Û^IO. Gomme 
ce radical est très rare il a été remplacé par celui, plus connu, de 
pbD * « écarter ». En tout cas, le verbe pS£ (pao, pbas) se rattache 
au p2k arabe (être étroit). P. 36, 1. 10, § 7, nous trouvons un autre 
exemple où le texte primitif a conservé la forme rare d'un verbe 
commençant par un £. La leçon primitive y était sans doute pair 
Tnttïi "H2 *p3. Les anciennes éditions portent pao . Le ms. de 
Londres porte la leçon, confirmée par ailleurs, de pao, leçon sans 
doute incorrecte, qui est entrée dans la nouvelle édition. 

Gomme exemples de modification de la forme du verbe nous cite- 
rons : P. 33, 1. 2 (§ 2) : pipab ■jbarr "ps, les éditions : ^ps» 
'b 'tt. Le texte primitif portait sans doute le Kal, parce que — comme 
le montrent les exemples cités par Levy. IV, 218 — il appartenait au 
dialecte palestinien. — P. 35, 1. 6 : npnn«5">u) ; édition : ipzv^tt) (va- 
riante des éditions plus récentes, non citée par M. Théodor). — P. 38, 

1 Dans Sabbat, 140 5, les mots JvnSfcb "ppbûa (classés chez Levy sous la ru- 
brique pbo, III, p. 536) doivent être aussi rattachés à pmb pîOaï"i (Mikvaot, 
n, 6) ; Levy, III, p. 558. 



BIBLIOGRAPHIE :jo7 

1. 7, § 9 : nU)3> ; éditions ; ftntël?. — P. 23, 1. 7 ; n^TO, édit. : ïtmï-TCJ. 
— P. 37, 1. 7, le ms. de Londres ainsi que les éditions ont : ïinirniD 
iSVStfi nitbrb; seul le ms. du Vatican porte rdrnïî'. Mais la leçon pri- 
mitive était peut-être ÏWHB de yn « courir, se hâter », ce qui dans 
l'ensemble serait une étymologie du mot yitf plus plausible que 
celle de nm « vouloir ». — P. 34, 1. 6 (§ 4), nous trouvons une forme 
de substantif qui nous frappe ; dans la phrase fïWJ û^ïïiin fa lui 
jFttTVï, le ms. de Londres (ainsi que celui de Rome) porte, à la place 
de D^UJ^nrt, le mot rmûTTTtt, forme de pluriel qu'on ne voit nulle 
part ailleurs employée pour désigner ceux qui expliquent l'Écriture 
(aram. nizjtyt, firtBTTï, voir Levy, I, p. 419). — Au lieu de irions des 
éditions (p. 35, 1. 1), toutes les sources ont ^3aa. Dans le développe- 
ment poétique que R. Lévi donne de Ps., xcm, 4, les mots !iiz;^i "p 3 
t^Ol3**p, comme il a été reconnu depuis longtemps (Krauss, Lehn- 
worter, II, 542), sont dénaturés; il ne s'agit nullement de louanges 
CpOibp), mais de l'accomplissement de l'ordre divin CF$"nbp , rf&éu* 
«?)• Le ms. de Londres porte 'pos'^p (le ms. de Paris Û'Vât^bp), or- 
thographe très instructive pour la lecture du mot étranger. — On 
rencontre des transpositions de mots dans les passages suivants 
de la 5 e Parascha : P. 32, 1. *0(§ 1), bin^n mi 13 Titti trm in IW 
13 Tixn. C'est à tort que les éditions donnent en premier lieu n*H 
Vûfcn. — p. 34, 1. 7 (§ 4), û^innnrr fa û^vb^n a*%rs iwna «V; 
cette leçon est plus correcte que celle des éditions, à savoir fl'p.ïl 'd Nb 
'by- 173 'm. — P. 37, 1. 9 (§ 8), D*qbi!-n ûtiide vn tws* -ij> ; les 
éditions ont : "pizis* i? 'm ûTnn» vn. — P. 38, 1. 3 [$ 9), "tf&^l 
"7; les éditions ont : Ifittt» 'il. — Voici des modifications qui ont dé- 
naturé le sens du texte. P. 34, 1. 3 (§ 3), les mots D^m (= U^J et 
à^53l"fÉI fl^S'Jti} sont devenus dans les éditions D'en et Bran». — 
P. 39, 1. 2 (à la fin de la Parascha), la phrase suivante: (^*>b) u^b 
p" , : ,n K pr>m rtY*3 a été tout à fait défigurée dans les éditions : les 
deux premiers mots sont au pluriel, tandis que la fin reste au sin- 
gulier (p^tt) — P. 35, 1. 10 (§ 6), au lieu de : 1fftn ©*D« "ilta 1HN 
ftïti&n nn 3, les éditions portent ^i:n iîia 'ni Shf3»rt nnn 'n.— 
Nous relevons pour la syntaxe (p. 37, 1. 4, §7) la phrase : rpnstfîK 
ïïnil 3W, les éditions portent devant 3TP un 1 supertlu. 

Les leçons primitives que nous donne le texte de M. Théodor sont 
surtout importantes lorsqu'elles touchent aux noms des auteurs de 
sentences. Voici les renseignements et rectifications que la 5 e Pa- 
rascha nous fournit à ce sujet. Les éditions donnent comme auteurs 
des sentences concernant la réunion des eaux dans un endroit 
(p. 33, 1. 1, § 2) les noms suivants : a un rpS'ia' 'm "hb '1 nias JW 'n 
\-\yi2V n"3 ffii 'i, ce qui signifie :'R. Youdan rapporta cette parole 
au nom de R. Lévi; R. Beréchya la rapporta au nom de R. Youdan 
b. Schimeon. C'est conformément à ce texte que j'ai placé cette pa- 
role dans l'Agada des Amoraïm palestiniens (II, p. 426 et 606). Le ms. 
de Londres est plus bref ici, il indique seulement les deux rabbins 
transmetteurs (ï~P3-i3 'Ti pv 'n), Mais les variantes indiquées par 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

M. Théodor montrent que l'indication plus complète des éditions est 
la vraie, sauf qu'au lieu de "nb 'n, il faut R. Josué b. Lévi (un ms. 
d'Oxford porte b"a"n a ma, d'où par erreur "nb na py 'n d©a; le ms. 
du Vatican et le Yalkout ont b"a yvûïrv* 'n dttîa). Le nom de Josué b. 
Lévi cadre mieux avec ce passage, parce que ce rabbin est le con- 
temporain de l'autre auteur cité par Beréchya. — Au lieu de "i 
dinan des éditions plus récentes, on lit dans les mss. et anciennes 
éditions la forme plus juste de «aman 'n (voir Ag. d. pal Am., III, 
p. 485, n. 3). — L'explication de W^b (Exode, xiv, 27) par "pfionb 
est attribuée dans les éditions à Yohanan {Ag. d. pal. Am., I, p. 329). 
Tous les ms. portent friMi 'n, mais bien que la confusion de ce nom 
avec Ï3TTV 1 '"i soit fréquente et qu'à la rigueur, la leçon des éditions 
puisse être primitive, le témoignage unanime des mss. n'en semble 
pas moins attester la paternité de R. Yonathan. — P. 37, 1. 2 (§ 8), le 
nom de PET ia bNiaiB '"), qui rapporte au nom de R. Aha (au lieu 
de ftav on trouve d'habitude io^N ou " , r i N), est devenu dans les édi- 
tions : fr»n "in '17ûU5 'n. — P. 39, 1. 4, 1iy»U5 na ïTnrn 'n est une erreur 
pour dibii: "ia ïmrn '1. Le ms. de Londres a seulement ïmrT 1 '1, les 
autres mss. portent le nom complet et exact de dlbu: na '■> 'n. 

Afin de mettre en pleine lumière l'importance de la nouvelle édi- 
tion, sous le rapport que je viens d'envisager, je me permettrai de 
citer encore brièvement les autres rectifications de noms d'auteurs 
que le texte de M. Théodor nous fournit dans les autres Parascha de 
ce fascicule. 

Parascha I (p. 3, 1. 4, § 5), Rab ("itsn an) ; dans les éditions le mot an 
a été rattaché à ce qui précède, et est devenu (par opposition à ^N-pb) 
anti "ï&mtt na d^nab abi. — P. 7, 1. 4 (§ 7), Houna rapporte un 
dire au nom de Rab (iarwa a-i dîtfa aain 'n). Les éditions ont iiana 
(deux mss. ont Nina), au lieu de ^na, ce qui veut dire que R. 
Houna rapporta au nom de R. Mathna. Même observation à faire sur 
la Parascha VII, g 4 (p. 52, 1. 9). Par suite, il faudra attribuer à Rab 
la paternité des sentences que j'ai attribuées à R. Mathna dans 
YAgada des Amoraïm babyloniens, p. 84. — Que rwiain 'n, § 10, p. 4 0, 
1. 9, soit une corruption de ttoin na, c'est ce que j'avais supposé 
d'après les passages parallèles [Ag. d. pal. Am., III, 661); les mss. 
de Londres et de Paris ont effectivement train "D. — Parascha VI, 
§ 2. Dans les éditions manque, avant l'opinion de R. Abba b. 
Kahana (p. 26, 1, 7), le nom du premier transmetteur : na apy 'i 
Nj^aN, qui ailleurs encore rapporte des paroles au nom de R. Abba 
b. Kahana et est suivi de Beréchya (voir ib., III, p. 712). — Les ex- 
plications cosmogoniques (§ 5, p. 29, 1. 6) que les éditions attribuent 
à ^TC p l"ij>53tt) "i ont été rangées sur la foi des éditions parmi les 
sentences de "JWD 'n [ïb. t II, p. 473). Mais certaines sources ont '"l 
*TD fa ïTnïT (les mss. de Paris et de Londres ont "ne p); il faut 
donc considérer comme l'auteur de ces explications R. Yehouda b. 
Pazi, dont on mentionne explicitement (p. 9, 1.1) des conférences de 
cosmogonie sur Genèse i (voir #., II, p. 168, 218). — Parascha VI. 



BIBLIOGRAPHIE 309 

L'histoire des trois dons faits par Dieu au monde, § 5 (p. 44, 1. 3), 
attribuée à R. Yohanan, appartient, au témoignage de trois mss., à 
R. Yonathan ; toutefois le ms. du .Vatican et le Yalkout portent 
eux aussi IDrTP *l, dont un ms. a fait \rn 'n. — P. 45, 1. 2 (§5), on 
trouve comme patrie de Tanhoum b. Hiyya, au lieu de 'pifi nD5, 
l^n nsi, leçon qui est probablement la vraie; dansj. Sabbat, bb, 
1 . 32, cet endroit s'appelle : *p:»a nsi. — Au lieu de iDtrp 'n, § 8 (p. 48, 
1. d), les mss. portent Jnïii '-). — Parascha VII, § 4 (p. 52, 1. 7). Voir 
plus haut la remarque à propos de p. 7, 1. 4. — Parascha VIII, §3 
(p. 58, 1.4). J'ai dit {Ag. d.pal. Am., I, p. 184) qu'il fallait nécessai- 
rement lire : *nb ni anBiïT '-), au lieu de "nb w ùU5i 3WïT 'n. Les 
mss. me donnent raison. — A remarquer, p. 60, 1. 40 (§ 5), 
l'expression "pm bs, au lieu de "pm. — lb., 1. 12, on lit, au lieu 
de imsit biû !"5m nsnfi 'n, la désignation plus exacte fcttitt 'n 
•mcin Nnn (voir ^. d. pa/. ,4m., III, p. 568, note 1), — § 7 (p. 61, 
1. 5), ma correction de bôn»iû 'n en ">nb 'n (i£., II, 391, 1) est confir- 
mée par tous les mss. — § 8 (p. 62, 1. 1). Le ms. de Londres porte, 
au lieu de *nb 'n, rt^b 'n, ce que Théodor identifie avec raison avec 
h'tn 'n (Nb^rt 'n). La difficulté qui résultait de l'attribution de cette 
opinion à R. Lévi (voir Ag. d. pal. Am., II, p. 410, note 1) n'existe 
donc plus. — P. 65, 1. 3 et 5 (§ 11), la leçon de ""IBn 'l paraît mieux 
établie que celle qui a un 1 h*nDn, ">£ODn). Toutefois cette dernière 
me paraît primitive. — Parascha IX, § 11 (p. 73, 1. 7). Au lieu de 'n 
"•DV, deux mss. portent l'orthographe plus exacte de t\W 'n (voir 
Ag. d. pal. Am., III, p. 275, 298 et s.). — La dernière phrase de cette 
Parascha mentionne un auteur : Nrrntt li 'ptt'O 'n, qu'on ne ren- 
contre nulle part ailleurs. Aussi bien faudrait-il le rayer do- 
rénavant de la liste des Amoraïm, car les mots «mu *n ne sont 
qu'une corruption de ïJrPtt Ni ; ces deux derniers mots sont suivis 
du mot ï"HI53>E} qui manque dans les éditions. M. Théodor donne une 
excellente explication de cette phrase : !iiï53>M îûmtt Ni; du reste, déjà 
une glose du ms. de Londres explique le mot ŒnTO par Niïîbin. Le 
mot "*i2;iï3!i est expliqué par îDfPîa, inf. peal de U5U5n « la faiblesse 
vint », c'est-à-dire la fin de la création, ce qui fit — ainsi que la 
phrase l'explique — qu'on cessa de compter d'après les jours et 
qu'une ère nouvelle commença. Les jours de la création formèrent, 
en quelque sorte, la première ère. Ajoutons à l'explication de 
M. Théodor que U5rP53 a le môme sens que le mot ^nbïD du Talmud 
babylonien, qui signifie bien « lassitude », mais est employé dans le 
sens de « cessation, fin » (voir les exemples cités par Levy, II, 
p. 557 et s.). Dorénavant il faudra considérer R. )V2^0 comme fauteur 
de l'explication des mots ittîion Ùl\ 

Les nombreux renseignements que nous avons pu tirer — rien 
qu'en envisageant un seul point de vue — du premier fascicule de 
l'édition de M. Théodor, montrent suffisamment que le savant édi- 
teur a bien mérité de la science juive. — Chaque page, chaque 
}igne de cette première livraison attestent pour le connaisseur le 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

?èle, le sérieux, la science, la passion avec lesquels il a préparé 
sou ouvrage, toutes qualités qu'il continue avec la même force à 
mettre au service du pénible travail de la publication et — fait im- 
portant dans l'espèce — d'une correction minutieuse des épreuves. 
Nous sommes pleinement rassurés en voyant une telle tâche dans 
de telles mains et nous espérons que la large diffusion de cette pu- 
blication récompensera les sacrifices de toute sorte que cette œuvre 
capitale a coûtés à M. Théodor. Puissent les autres fascicules se 
suivre sans trop longs intervalles, afin que l'édition soit bientôt 
achevée, au grand avantage de la science de la littérature juive! 

Budapest, 

W. Bâcher, 



Berliner (A.), Beilrage zur Gescliiehtc der Raschi < onuiientare. 

Berlin, 1903; in-8° de iv + 51 p. 

Depuis environ quarante ans M. Berliner s'occupe de Raschi et de 
son cercle, et maintenant, à son entrée dans la vieillesse — le 10 mai 
de cette année M. Berliner a accompli sa soixante-dixième année — il 
présente une série de notices très précieuses et très intéressantes 
concernant l'histoire des commentaires de Raschi et de quelques 
faits littéraires qui s'y rattachent. Ces notices, au nombre de douze, 
ne sont pas rangées dans un ordre suivi, mais un index placé à la 
fin et composé par M. Marx, élève de M. Berliner, permet de s'y 
orienter. Je voudrais, dans la masse des matériaux qui y sont ren- 
fermés, faire ressortir les points les plus importants. 

D'après M. B. (p. 6), l'activité littéraire de Raschi et de son entou- 
rage a été favorisée par le fait que l'on pouvait plus facilement que 
dans les temps précédents se procurer le matériel d'écriture. Spécia- 
ment à Troyes existaient des tanneries connues au loin, dans les- 
quelles on fabriquait aussi du parchemin. 

En rédigeant son commentaire sur le Taltnud, Raschi a utilisé, 
outre les explications de ses trois maîtres, celles qui étaient réunies 
à Mayence dans un volume et qui sont citées également dans 
l'Arouch sous le nom de NSWTa ^Dn ©Wfc. Le fond de cet ouvrage 
aurait été formé, selon M. B., par les explications de R. Gerschom 
et de ses maîtres. Il est étonnant que M. B. n'ait pas tenu compte 
de l'article instructif de M. Epstein {Mélanges Steinschneider, p. 1to 
et suiv.), qui montre que ces explications, imprimées maintenant 
pour la plus grande partie dans l'édition de Talmud de Wilua, 
portent à tort le nom de Gerschom et proviennent de l'école d'Isaac 
b. Juda, le maître de Raschi ». On doit noter aussi le fait sigualé par 

1 M. Brandiu a essayé {Revue, t. XLII, p. 238) de renverser cette conclusion de 



BIBLIOGHAPHIE 311 

M. B., que des recueils semblables d'explications se sont formés 
également à Rome, qu'ils sont parvenus ensuite dans la France du 
Nord et y sont cités sous les titres de d^fc-n ^nso, d-'Wn tams, 
etc. (voir , par exemple , Raschi sur Rosch Haschana, 14 a). Par 
contre, l'Arouch n'est cité pour la première fois que par Samuel 
b. Méir sur Baba Balra, 52 «, qui dit : Kawfi ^y idos ^naatia pi 
IWS"rtn (caries citations dans Raschi sur Sabbat, 13 #, et dans Y En 
Yaakob sur Berafikot, 28 b, sont des additions postérieures.) M. Ber- 
liner (p, 7) appelle ensuite l'attention sur ce point que Raschi a 
pris, en général, pour base de son commentaire sur chaque traité 
les explications du maître avec lequel il avait étudié ce traité. 
Ainsi, pour Houllin il a pris celles d'Isaac Halévi (voir Par des, i° 33, et 
Bekhorot, 41 a : "pbin nrrmJa "niE filBb), pour Eroubin celles de Ja- 
cob b. Yakar (voir Sabbat, 19 « : "paypJa Ttfîaiû apsn iranE),ët ainsi 
de suite. Par là se résolvent beaucoup de contradictions dans les 
commentaires de Raschi. 

Ces commentaires furent rapidement répandus et copiés, et tantôt 
enrichis d'additions, tantôt reproduits incomplètement. C'est pour 
cette raison que maints commentaires n'existent que sous une 
forme incomplète, quoique Raschi les ait achevés. Ce serait le cas, 
d'après M. B., même pour le commentaire sur Makkot, qui se ter- 
mine au f° 19 # dans nos éditions par les mots : TirtE ifiiii i^an 
•^an Trobri yirôb ^b^" 1 l^ 73 "^^ w* ®~ i-nnaa -intè©:: i-Kwm 
■jna '"13 ïTTftv*, mais qui était encore en entier sous les yeux de Yom 
Tob b. Abraham (Ritba). Cela résulterait aussi du commentaire de 
Juda b. Natan, gendre de Raschi, inséré depuis le f° 19#, si l'on ré- 
sout l'abréviation ïi"n (f° 21 a et 22 à) par Kp.oiïl i^n, et qu'on la rap- 
porte ainsi à Raschi (cf. aussi note 29). 

Parmi les élèves de Raschi, qui ont été en même temps ses colla- 
borateurs et continuateurs, M. B. (p. 17) a pu en nommer un, d'après 
le ms. Vat. 318, qui était jusqu'ici tout à fait inconnu : Samuel b. 
Périgoros, et publier une explication de lui sur Ez., xxvji, 17 (p. 23). 
Mais le plus considérable de ses élèves fut Schemaya, à qui M. Ep- 
stein a consacré une monographie très fournie (Monatsschrifè, 1897, 
p. 257 et suiv., également en tirage à part). D'après le ms. de Leipzig 
n° 1, M.B. publie (p. 18 et s.) de nouvelles additions de Schemaya au 
commentaire de Raschi sur le Pentateuque, parmi lesquelles la sui- 
vante sur Gen., xxxv, 16, est très intéressante : UJTd ir^M "i^an 
fcrrsa STVn s-ib-m -pj> ^a-i:> )yéb mab ï-ïïf na s-iabra 'n &t&a 
•vas *jan 5^ *pa. « R. Schemaya a rapporté cette explication de 
R. Salomon b. Yona du mot Kibrat : en arabe une grande ville se 
dit: medinah Kebira, un grand château : 'hesan Kebir. » Comme 
on sait, les exégètes du Nord de la France font parfois des rap- 

M. Epstein, en s'appuyant sur les gloses françaises contenues dans le commen- 
taire. Mais les motifs d'ordre littéraire et historique invoqués par M. Epstein doivent 
l'emporter. 



312 REVUE DES ETUDES JUIVES 

prochements avec l'arabe, et Menahem b. Helbo prétend même avoir 
entendu personnellement une pareille comparaison de la bouche 
d'un Arabe (voir Raschi sur I Sam., xix, 24). Ce Salomon b. Yona est 
autrement inconnu. 

Schemaya, on le sait, a participé au commentaire de Raschi sur 
Ezéchiel, comme Raschi lui-même le mentionne dans sa lettre aux 
maîtres d'Auxerre (voir le û^cn Kbtt de Gjiger, p. 36) : Û"ip73 bafti 
taaa> m TipD^ Mnan ï — it na m "nai mnoi ...ïïitd im»3 wa*a ^N 
ïrnïiam ïTa'7313 Ij^rm II ressort aussi d'un ms., comme M. B. le 
dit p. 23, que le passage sur Ez., xxvii, 17, au lieu de porler comme 
dans les éditions : ^73 1-73 ^na»-p abi «.©iirn ^ana tzmn ^n5Tn 
'121 mboiT 1 aiann &np7J2 éwmsïïj ^naatja "py73'2 "i , doit être ainsi 
conçu : i?3a i-p*îo® o-pd n73 \-ia»73"2 «bi oirm ^ana aann ^ns/vn 
'121 iTabiDIT ûia"ina 13*1:73*2 . Je suppose maintenant que plusieurs 
explications qui sont citées dans un commentaire anonyme sur Sa- 
muel au nom d'un 'a>M proviennent également de notre Schemaya. 
Ce commentaire a paru récemment (dans une édition de la Bible rab- 
binique, Lublin, 1897-99, cf. mon compte rendu dans la Zeitschrift f. 
hebr. Bibliogr.,\, 67), sous le faux nom de Joseph Kara, et son auteur 
était peut-être un élève de R. Jacob Tarn (qui s'est également occupé 
d'exégèse biblique, voir Epstein, Monatsschrift, t. XLI, p. 473). Les 
explications de '3>73"2 sont les suivantes : 

I, xiv, 32 : '-pan (xxv, u) 5231 ana csani "pas inaTt 'a»ttia ,ajn raa»"n 
(xxvin, U) !-ïl313> (l. rr'jso ; Can!., i, 7) ïrwa (Is., xxn, 17) r>vy 
n»m na^nw jnab '■>£>! (Is. xLvr, H) a^ n-iT7373 (l. -jym; xv, 19) ûa>:3i 
■»3»nai ua>"n dain ps-ni b^jô (l. fia*) i-ra-'3> "pa pbn ; cf. Raschi, 
«^ /., puis sur xv, 19 et xxvin, 4 4, et Is., xxn, 17 ; Menahem, s. r. 
ï33>, et Dounasch, éd. Filipowski, p. 31. 

lb., xv, 4 : b^ba 'a»ns3 ^d pi Nnas "nE^a 'a-ini ...a^baa dnpD*n 
nna nos b? 13733 tais "oa rraai û^bon st-ï373 rtDDr: ; cf. Kimhi, ad L 

lb., 6 : p ba> ^a n73N3'2 .bcnu^ *aa ba aa> ion nmta* ï-insn 
s"a>N 'a»7aœ '^di (Nombr., x, 31) d^a>b îab rr"m laiEa lansn na»T 
•nn->73 m-i nna anb î-pï-ï ^nin unira b drraa» [nabrra] woçtt 
ipa n^i i73ip73 aœ.b ï-nn "nna d3>273-i dn-^n dïib nenB ï"-nrrci 
nnx *îN^n [pn] a-3*n 'iai mn ,—10731 "waMia iara d^aïaai maibnna 
musa» s-rriKi marr s — tt-1 Tnan ba» epoi?aa laso (Exode, ni, 1) 'iai na^ïi 
'121 bano 11 -«3a ba aa> ion. 

/#., 1.2 : asi^i "paa N^n !-in^73 li©b i— rr t 'anoe '•*& .t ib a^awa 
ï-jïi (II Sam., xviii, 18) taaibiaaK t i~ib Nnp^"i '-iai naawa n» vna ib 
(l Rois, xviii, 30) Dinttrj 'n naT73 n« Nsn^i iïT»b«a "i73N30 naî?3r:. 
Cf. Raschi, <2âJ L, et I Rois, xviii, 30. 

lb., xxi, 2 : J-rtr: 1732 ^ria^a liiàb '3^7:0 ('■• ï:ts , i 'w-in^D .^bwnN "rnn^T 
m*»»©»» iT^ienb ^ns i"»»o ^b rrsnai (il Rois, iv, 13) ia^b« min 

^bim •2"lD73 ta l2 '27373 ïllin. 

lb., 6 : i3b'2 ^bina fama i:n ï-tt i^sa» cy»s niîa .bin ^n^ «im 
^2 T»n r*«b '"»d« n73ib2 unis '3'73'2 ^.s ...o-pn nnna ba? pa«b 
irrm ntt»aia p2b pbm n , 23'3 anbn bin ^m Nirs "JTp d^"i?3n 



BIBLIOGRAPHIE 313 

ib u5-»i ps )im25 ï-iôm (Lév.,xxiv, 9) Tsabn ïtnfcb (lis. î— irr^ï-n) 
•ps bus onp ,o*ip insrr ib •jmi *pb ïhsto ■»»• brsb namb moi 
'■Di û^onp oip in i72N3t3 0*%© biri Nbi. 

Le ms. 104 du Séminaire de Breslau, qui contient également 
ce commentaire, porte sur xxi, 2 : mas 1"lob bôOttO '"'D, et c'est 
pourquoi Rosin (/?. Samuel b. Meir aïs Schrifterklârer,^. 13) attri- 
buait ces explications à R. Samuel b. Méir l ; mais il est plus vrai- 
semblable que Sehemaya en est l'auteur. Car outre que partout on 
trouve '212V (et, par conséquent, bNTQO serait simplement une faute 
dans le ms. en question ; v. Porges, /. c), Sehemaya est aussi nommé 
par Raschi, contrairement aux habitudes de celui-ci, saus le titre de 
'"), comme nous l'avons vu plus haut. 

Sehemaya, comme le montre M. B. (page 24), a fait aussi des addi- 
tions au commentaire de Raschi sur le Talmud. Eq outre, il a com- 
posé, sous la direction de Raschi, des commentaires sur différents 
traités du Talmud, parmi lesquels celui du traité Middot a été, 
comme on sait, imprimé. D'après un ms. de la Bodléienne(Gat. Neu- 
bauer, n° 370), M. B. reproduit (p. 37 et s.) un fragment d'un commen- 
taire sur le même traité, qui porte le titre : '112 mTE Nnsott oytd 
b"T!"P3>M, mais qui diflëre considérablement du texte imprimé. Les 
premiers mots du fragment : ïiOftn pnsa ûK "O an» a fïb mbl sont 
intéressants. Le commentateur aurait donc eu sous les yeux une 
Guemara sur Middot ? 

M. B. (p. 26 et s.) parle ensuite de l'importance qu'il y a à recher- 
cher les sources des commentaires de Raschi, et il attire l'attention 
sur ce que, grâce aux publications de Buber et de Grûnhut, beau- 
coup de ces sources, concernant la Haggada, peuvent être mainte- 
nant indiquées, mais pas encore toutes. Il est aussi intéressant de 
noter les néologismes hébreux dans les commentaires de Raschi 
(p. 32), comme, par exemple, )wn{Sota, U# en haut), rrpbna (Ps., 
exix, 5), niirjr: 2 , signifiant « les restitutions » [Baba Kamma, la), 
etc. M. B. (p. 35) fait ressortir également que Raschi mentionne souvent 
des expressions françaises ou d'autres données recueillies dans sa 
ville natale, Troyes, et emploie à cette occasion les termes: ïMioba 
(Sabbat, 32«, etc.\ i:ttnp7aa (Gen., xl, 16; Sabbat, 20 £, etc.) , "P*3 
natn [HoulUn, 57 a en haut), 1*o (Aboda Zara, Il b en bas). 

A la fin (p. 41 et s.) la brochure renferme la réimpression d'addi- 
tions à Raschi sur Genèse, ch. xlvii à xlix, contenues dans l'édition 

1 Rosin cite encore les explications sur xv, 6, où il y a : '73^ '^DV M. Portes 
(Monatsschnft, 1b83, p. 171) tient cet auteur pour un exégète ou un lexicographe 
français dont, le nom Siméon n'est pas autrement précisé, mais il ne nous dit pas si 
celui-ci est désigné dans les autres passages du ms. par le nom de '730 ou de'273C 
D'ailleurs, Pexégète nomtné Siméon ej-t complètement inconnu. Comme M. Porgès 
l'indique, cet auteur es» encore eue sur I Sam , ix, 17, et xm, 18, 20, mais ce n'est 
pas le cas dans l'édition de Lublin A ce propos, remarquons que Rosin considère 
ce commentaire comme l'oeuvre de Kara, ce qui est impossible, vo.r Porgès et Zeit- 
schrift f. hebr. Bibliogr., I. c. 

2 C'est un nom d'action tiré du hifil. M. L. 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

très rare d'Ixar, 1490. Ces additions sont pour la plupart de carac- 
tère agadique. 

Notons encore les points de détail suivants : P. 12, au sujet de Ka- 
lonymos b. Sabbataï de Rome, on doit remarquer que d'après l'étude 
de M. Epstein ("îpiHrt, I, p. 29 et s.) il serait l'auteur du Pseudo- 
Raschi sur Bereschit raàba, auquel Joseph Kara a ensuite fait des ad- 
ditions. Par contre, le Kalonymos cité par Kara sur Job, xxxiii, 2b, 
[Monatsschrift, 1857, p. 467) n'est pas Kalonymos b. Sabbataï, mais 
K. b. Yehouda (voir Zunz, Litteralurgesch. d. synagog. Poésie, p. 257) l . 
— P. 14. Raschi a 'été répandu en Orient de b nne heure, mais 
il est curieux de le voir cité chez un auteur du xiv c siècle simple- 
ment sous le nom de ^naiiS Ï"ft33ïï), voir Bâcher, Ein hebr.-pers. 
Wôrlerbuch, p. 45. — P. 17, L 25, au lieu de 1857 lire 1897. — P. 24 en 
haut. Menahem b. Helbo est nommé Nlp timu 'n également par son 
neveu Joseph Kara sur Is., xxix, 9 (voir "imatt, II, p. 290) et dans un 
commentaire du Mahzor, en manuscrit à Turin (voir Epstein, hflrtîi, 
I, p. 31, note 1). — P. 28, sur l'agada relative à la caverne de Sédécias 
cf. Bùchler, dans Kavfmann-Gedenkbuch, p. 41. —P. 31, sur les 
légendes concernant la méthode employée par Raschi, principalement 
dans son commentaire sur le Pentateuque, voir aussi Azulaï, s. v. 
(cité par Michael, p. 585). — Ibid-, au lieu de Jehudu Lowinsohn, 
lire Isaac Baer Levinsohn. — P. 40 sur "•1E3, voir Luzzatto, Litte-raturbl. 
d. Orients, 1847, p. 326, et Epstein, Monatsschrift, XXXVII, 78, et 
'ipinn, /. c, p. 35 et 190. 

Pour terminer, rappelons que M. B., dans l'introduction de ces Bei- 
trâge, annonce qu'il fera paraître vers la fin de l'année une seconde 
édition revue et corrigée de son excellente publication du Commen- 
taire de Raschi sur le Pentateuque. Tous ceux qui s'intéressent à 
l'école des exégètes du Nord de la France seront heureux de cette 
nouvelle et ajouteront le vœu qu'une édition pareille du reste des 
commentaires bibliques de Raschi voie bientôt le jour. 

Varsovie. 

Samuel Pozxansk;. 



Horovitz (S.). Dcr Mikrokosmos «les Josef ibn Satldik, dans : Jahres - 
Bericht des jiidisch-theologischen Seminars Frânckel'scher StiftuDg. Breslau, 
Schatzky, 1903; in-8° de xix + 79 p. 



La traduction hébraïque du Microcosme de Josef ibn Saddik a été 
publiée pour la première fois par Ad. Jellinek en 1851 d'après une 
copie fautive d'un ras. de Hambourg, assez peu correct lui-même. Bien 

1 Cette rectiGcalion a été faite aussi après coup par M. Berliner; elle figure à la 
p. 51 qui a été ajoutée ensuite à la brochure. 



BIBLIOGRAPHIE 315 

que Jellinek ait fait suivre son texte d'un bon nombre de variantes 
empruntées à un ms. de Munich, son édition est très défectueuse. 
Or l'œuvre du Dayan de Gordoue, sans avoir l'importance de celles 
de Saadya, d'Ibn Gabirol et de Maïmonide, est intéressante pour 
l'histoire de la théologie juive et forme la transition du néoplato- 
nisme d'Ibn Gabirol à l'aristotélisme de l'auteur du More. A ce titre, 
Kaufmann consacrait à la troisième partie du Microcosme tout un 
chapitre de son ouvrage : Geschichte der AUribuUnlehre. Une élude 
sur lui a paru, en outre, en 189o, due à M. Max Doctor l . Le Micro- 
cosme méritait donc une édition nouvelle collationnée avec soin sur 
les divers mss. existants. M. S. Horovitz, qui s'occupe de la psy- 
chologie dans la philosophie religieuse des Juifs du moyen âge 
et à qui l'on doit une bonne élude sur la psychologie de Salomon 
ibn Gabirol', nous donne cette édition, dans le rapport annuel du 
séminaire de Breslau. Elle est fort en progrès sur l'édition Jellinek, 
sans toutefois prétendre à être définitive, de l'aveu même de M. Ho- 
rovitz; car il n'a pu collationner personnellement que deux mss., 
ceux de Hambourg et de Munich, en dehors desquels il n'a eu à sa 
disposition que des variantes provenant des mss. de Parme, d'Ox- 
ford et d'un ms. ayant appartenu à Kaufmann. Mais, en somme, le 
texte que nous donne M. Horovitz est établi avec la plus grande 
conscience et témoigne d'un grand labeur; les mss. varient si fré- 
quemment, qu'à chaque ligne et plusieurs fois par ligne il y avait 
à faire œuvre de critique. M. Horovitz, dans son choix judicieux 
entre les diverses leçons, donne le plus souvent la palme au ms. 
de Munich. Le texte du Microcosme ainsi rétabli par M. Horovitz est 
devenu beaucoup plus intelligible. Dans une œuvre de ce genre, les 
altérations ne proviennent pas seulement de l'ignorance ou de la 
négligence des copistes, elles sont dues parfois, au contraire, à leur 
souci de comprendre et, par conséquent, d'amender un texte qui ne 
leur présente pas de sens satisfaisant. Tel est le cas, par exemple, 
pour le copiste du ms. Kaufmann, qui corrige parfois arbitraire- 
ment ce qui ne lui paraît pas clair. M. H. en donne quelques 
exemples intéressants (p. xvm). Une de ces critiques nous paraît 
cependant contestable. M. H. reproche au copiste d'avoir substitué 
à tort ûVuin maip à KTnftrnznp (p. 45, 1. 13). Il s'agit du passage 
oùJosef ibn Saddik polémique contre les Caraïles Motazilites : ces 
philosophes, dont il combat les arguments, « évitent de dire que la 
Volonté divine est éternelle, pour ne pas conclure à Y éternité du 
monde (ûb'ijtt msrrp) », car si la Volonté divine était éternelle, le 
monde, étant voulu éternellement, serait donc coélernel à Dieu. Or, 
il y a dans les autres mss. &mnïi mttnp, a l'éternité du Créateur », 
ce qui n'offre pas de sens. Gomment M. Horovitz qui maintient la 



1 Dans les Beitrage zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters de Baeuruker 
et von. Hertling. 

* Voir Revue, t. XL, p. 112. 



316 HEVUË DES ÉTUDES JUIVES 

leçon des mss., explique-t»il ce passage? A défaut de la correction 
du ms. K, qui paraît judicieuse ^cf. p. 53, 1. 40), on peut du moins, 
comme Jellinek, lire NH25 au lieu de «ma. 

Le texte de l'édition Horovitz est précédé d'une courte introduc- 
duction en quatre chapitres où l'essentiel est dit sur la vie et les 
écrits de Josef ibn Saddik, les sources du Microcosme, sa tendance, la 
traduction et les mss. 

M. H. n'ajoute aucun détail biographique nouveau au peu qu'on 
savait. Il conteste seulement la date de 1070 présumée par Jellinek 
pour la naissance de Josef ibn Saddik, qu'il croyait disciple d'Isaac 
ibn Albalia, mort en 4 094 (Jellinek dit même 1098, par inadvertance, 
la date de 1094 étant indiquée par Abraham ibn Daud). Or, J. i. S. 
était, non le disciple, mais le hàber d'Isaac ibn Albalia. Sa date de 
naissance doit donc être reportée plus haut, sans qu'il soit vrai- 
semblable toutefois de les faire tout à fait contemporains, J. i. S. 
étant mort en 1149, c'est-à-dire cent quatorze ans après la naissance 
d'Isaac Albalia (1035). 

M. H. examine ensuite les sources de J. i. S., en commençant par 
les auteurs cités nommément, Empédocle (c'est-à-dire Pseudo-Em- 
pédocle), Platon, Aristote, Galien, Bardesanes et le Caraïte Abou 
Yacoub, auteur du Manzouri, puis les sources anonymes désignées 
par le terme vague de « le philosophe » ou « les philosophes ». « Le 
philosophe », c'est tantôt Aristote et tantôt Platon. Une maxime cu- 
rieuse citée au nom du « philosophe » (p. 42, 1. 5) : d^-l^-D imTa 
ÛSJaûa TTim : « Mourez par votre volonté et vous vivrez par votre 
nature », — c'est-à-dire: mettez fin à la vie sensuelle pour gagner la 
vraie vie conforme à la nature spirituelle de l'homme, — est attri- 
buée, nous dit M. Horovitz, à Platon par Ibn Sina. Alfarabi, dans 
son État modèle (p. 132 de la traduction allemande de Dieterici) la met 
au compte de « quelques ancieus ». J. i. S. l'a-t-il trouvée chez ces 
auteurs? Il est possible. Mais Alfarabi combat cette maxime, tandis 
que J. ibn S. se l'approprie. Il est plus probable qu'il l'a empruntée 
au fameux écrit néo-platonicien la « Théologie d'Aristote », dont 
d'ailleurs M. Horovitz signale plus loin l'influence sur J. ibn S. 
M. Harkavy indique une autre référence intéressante à propos de 
cette maxime, dans son édition des poésies de Juda Halévi (t. II, 
p. 200 ; cf. aussi p. 26 de ses notes sur le t. IV de la traduction hé- 
braïque de l'histoire de Graetz par Rabinovilz). Elle est citée, dit-il, 
par Josef Abou Jacoub Al Kirkisani (tel paraît être le vrai nom 
d'après M. Steinschneider), auteur caraïte du x c siècle dans son com- 
mentaire de la Parascha Naso, à propos de la loi de Nasir; elle est 
attribuée là aussi à Platon. 

Il y a enfin certains écrits dont J. ibn S. a subi incontestablement 
l'influence sans toutefois les nommer. Ce sent principalement les 
Frères de la Pureté, comme le remarquait déjà Maïmonide dans sa 
lettre à Samuel ibn Tibbon. Cependant cette influence ne doit pas 
être exagérée ; elle est moindre chez J. i. S. que chez Bahia. La 



BIBLIOGRAPHIE 317 

philosophie d'Ibn Saddik contient surtout des éléments néo-plato- 
niciens, la doctrine de la Volonté de Ps.-Empédccle, l'extension du 
dualisme de la matière et de la forme aux substances intelligibles. 
J. i. S. semble avoir connu la «Théologie d'Aristote ». Contrairement 
à Kaufmann, M. H. ne pense pas qu'il ait utilisé le Liber de causis ni 
les écrits de Batlayousi. 

Quant aux auteurs juifs, J. i. S., chose assez singulière, n'en men- 
tionne pas. Il connaît cependant et imite par endroits des écrits juifs 
antérieurs. On trouve chez lui une citation du Sefer Yeçira. Les res- 
semblances avec le Mekor Hayim sont assez nombreuses et assez 
notables pour qu'on soil tenté d'en faire une source essentielle du 
Microcosme. Cependant, ici encore, comme pour l'Encyclopédie des 
Frères de la Pureté, il faut se garder de conclure trop tôt à une imi- 
tation, excès où tombe peut-être Max Doctor dans son étude sur J. i. 
S., les théories du microcosme appartenant au fonds commun du 
néo-platonisme et du néo-pythagorisme, comme par exemple le pro- 
cessus qui va de la psychologie, ou connaissance de soi-même, à la 
physique, ou connaissance du monde. Ibn Saddik a-t-il connu et 
utilisé le Chazari de Juda Halévi ? Rien ne le fait croire, dit M. H. 
(p. xi). Il nie qu'il y ait une similitude entre ce que les deux au- 
teurs disent sur les attributs que les hommes donnent à la divinité 
d'après leur tempérament et les circonstances. Le rapprochement, 
fait à ce sujet par Kaufmann 1 , sans être concluant, n'est cepen- 
dant pas sans intérêt. — Quelle que soit la lecture qu'on adopte dans 
la comparaison de la pierre (p. 46), cette comparaison même a son 
analogue dans le Chazari (IT, 2). 

La pensée du « philosophe * citée dans le microcosme (p. 57, 1. 17) 
« Si la science du Créateur avait un terme dans notre connaissance 
(c'est-à-dire pouvait être entièrement connue de nous), ce serait un 
amoindrissement a sa sagesse », se retrouve également sous l'a- 
nonyme dans les Aphorismes des philosophes 2 . Mais la même pensée, 
un peu autrement exprimée, se trouve aussi dans le Chazari (V, 21). 
Elle se rencontre déjà, attribuée à Socrate, chez Schahrastânî 3 . Malgré 
ces ressemblances, qui ne sont pas négligeables, il se peut que J. 
i. S. et Juda Halévi aient simplement puisé aux mêmes sources. 
Aussi bien, les relations amicales qu'il y eut entre ces deux auteurs 
et l'incertitude où l'on est de la date où ont été écrits le Chazari et 
le Microcosme font qu'il est impossible, s'il y a eu emprunt, de déter- 
miner lequel a emprunté à l'autre. Enfin, la tendance rationaliste 
de J. i. S. est assez opposée au mysticisme de Juda Halévi. Celui- 
ci, adversaire acharné du Caraïsme, déplore l'abus qu'il fait du phi-- 
losophisme en s'appuyant sur le verset : I Chron., xxviii, 9 : « Et 
maintenant, Salomon, mon fils, connais le Dieu de tes pères et sers- 

1 Op. cit., p. 332, note 201. 

2 d^anonb^n "noia, éd.Low, p. 14. 

3 Ces exemples_et d'autres sont réunis par Kaufmann, op. cit., p. 326, noie 190. 



318 REVUE DES ifrUDES JUIVES 

le. » J. i. S., quoique adversaire du Kalâm, est bien plus près delà 
spéculation caraïte; il prend lui aussi comme devise ce verset des 
Chroniques, classique chez les auteurs caraïtes. Kaufmann va donc 
vraisemblablement trop loin en faisant le Microcosme tributaire du 
Ghazari. 

M. H. ne s'étend pas dans sa préface sur les rapports entre J. ibn S. 
et le Kalâm. Outre Abou Yacoub, l'auteur du Manzouri (en hébreu : 
Joseph Haroéh), J. ibn S. pourrait avoir connu l'œuvre de Josef Al- 
kirkisani. 

Dans le chapitre ni de la préface, M. H., sans s'étendre sur la théo- 
logie, l'éthique et l'eschatologie de J. i. S., précise la tendance du 
Microcosme ou plutôt le but didactique de l'œuvre. Sur l'influence 
exercée parle Microcosme M. H. ne dit rien. Maïmonide écrit qu'il ne 
connaît pas l'ouvrage, mais qu'il connaît l'homme et ses doctrines 1 . 
Il serait intéressant à la lumière du texte du Microcosme établi 
maintenant d'une manière satisfaisante par M. H., de comparer le ra- 
tionalisme néo-platonicien de J. i. S. avec le rationalisme aristotéli- 
cien de l'auteur du More. 

A ajouter à l'errata de la p. 79 : p. xiv, 1. 7, lire : 46 ; p. xix, 1. 10, 
lire lapn î P- 69, 1. 4 et 10, lire T2JO. 

Le texte est bien imprimé. Mais quel avantage M. H. a-t-il trouvé à 
adopter la pagination de gauche à droite, qui est insolite et déroute? 

Julien Weill. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. XLV, p. 173. — M. S. Poznauski me signale un passage du Kitab 
Altarik, e'dité par Ad. Neubauer (Anecdota Oxoniensia, II, p. 109), où 
l'auteur, traduisant en arabe le texte de la Meguillat Antiochos, a justement 
l'orthographe DN153 Bagras. En outre, dans un texte araméen de la même 
Meguilla, que vient de publier M. Wertheimer (Léket Midraschim) d'après 
un ms. du Ye'men, il y a également Bagras. Pareillement dans la traduction 
arabe contenue dans ce ms. — Israël Lévi. 

Ibid., p. 224, dernière ligne. — 0[73](p)Op72 Dlp 0*1p?3 == naxdbo; xûptoç 
ji^ijioç. — S. Krauss. 

T. XLVI, p. 212. — Nous sommes heureux d'informer nos lecteurs que 
M. Horace Hart, « controller » de 1' « University Press », d'Oxford, a bien 
voulu nous autoriser à reproduire dans notre Revue le fac-similé du pa- 
pyrus du Décalogue. Nous le publierons dans le prochain fascicule, en l'en- 
cadrant de quelques notes de paléographie. 30 juin 1903. — Israël Lévi. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIÈRES 



REVUE. 



ARTICLES DE FOND. 

Adler (Elkan A.) et Séligsohn (M.). Une nouvelle chronique 

samaritaine [fin) > 123 

Bergmann (J.). Les éléments juifs dans les pseudo-Gléméntines 89 
Bùghler (Ad.). L'enterrement des criminels d'après le Talmud 

et le Midrasch 74 

Crémieux (Ad.). Les Juifs de Marseille au moyen âge 1 et 246 

Epstetn (A.). Ordination et autorisation 1 97 

Kayserling (M.). Les rabbins de Suisse 269 

Krauss (Samuel). Les divisions administratives de la Palestine 

à l'époque romaine 218 

Kui er (K.). Le poète juif Ezéchiel 48 et 161 

Lambert (Mayer). De l'emploi des suffixes pronominaux avec 

noun et sans noun, au futur et à l'impératif 178 

Lévï (Israël). Un papyrus biblique 212 

Marmier (Général G.). Contributions à la géographie de la Pales- 
tine et des pays voisins (suite) 1 84 

Monod (Bernard). Juifs, sorciers et hérétiques au moyen âge, 

d'après les mémoires d'un moine du xi e siècle 237 

Séligsohn (M.). Une critique de la Bible au temps des Gueonim. 99 

NOTES ET MÉLANGES. 

Lambert (Mayer). Notes exégétiques 1 47 

Schwab (M.) Mots hébreux dans les Mystères du moyen âge 148 



BIBLIOGRAPHIE. 

Bâcher (W.) I. Varianten u. Ergànzungen des Textes desjerus. 

Talmuds. Traktat Sabbath, par B. Ratnbr 454 



320 TABLE DES MATIERES 

II. Bereschit Rabba mit kritischem Apparale u. Kom- 
mentare, par J. Thkodor 301 

Lambekt (Mayer). Die Aramaismen im Allen Testament, par 

E. Iyautzsch 1 52 

Lévi (Israël). Revue bibliographique, 4 e trimestre 4 902 et 1 er se- 
mestre 1 903 276 

Poznanski (S.) Beitràge zur Geschichte der Raschi-Commen- 

lare, par A. Berliner 310 

Weill (Julien). Der Mikrokosmos des Joseph ibo Saddik, par 

S. Horovitz 314 

Additions et rectifications 160 et 318 



ACTES ET CONFERENCES. 

Assemblée générale du 7 février 1 903 I 

Allocution de M. J.-H. Dreyfuss, président i 

Rapport de M. M. Schwab, trésorier ni 

Rapport de M. Lambert sur les publications de la Société pen- 
dant Tannée 1901-1902 vu 

Conférence de M. Maurice Bloch sur les Poésies d'Eugène 

Manuel xxi 

Procès-verbaux des séances du Conseil xli 

Sta tuts de la Société xlv 

Liste des membres de la Société au 31 mars 1 903 xlix 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERP, 59, RUE DUPLESSIS. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SÉANCE DU 1 FÉVRIER 1903. 
Présidence de M. J.-H. Dretfuss, président. 

M. le Président ouvre la séance en ces termes : 

Mesdames et Messieurs, 

Je ne vous ferai point de discours d'ouverture. La soirée offre de 
tels attraits, dont vous avez d'avance savouré le programme, que 
j'aurais mauvaise grâce à vous faire languir. 

Mesdames et Messieurs, le Président devrait être quelque peu rap- 
porteur; il devrait parler des événements importants de l'année 
écoulée. A ce point de vue, la tâche de votre Président est facile 
aujourd'hui. La Société des Études juives a vécu une année heu- 
reuse, puisqu'elle n'a point d'histoire. Elle a poursuivi le cours de 
ses destinées, soutenue par le talent de ses collaborateurs et la 
sympathie fervente de tous ceux qui, en France comme hors de 
France, s'intéressent à la science et à la littérature juives. 

Vous êtes venus en si grand nombre pour entendre de la bouche 
du savant et consciencieux secrétaire le compte rendu si intéres- 
sant des travaux scientifiques de l'année, pour vous féliciter de la 
situation matérielle de notre Société avec l'habile trésorier, si fé- 
cond, je n'ose pas dire en ressources, mais si fécond en surprises 
ingénieuses qui font, au bon moment, surgir un excédent, alors que 
l'on s'attendait à un déficit. 

Mais vous êtes venus surtout, Mesdames et Messieurs, pour en- 
tendre le conférencier, celui qui est toujours assuré de faire salle 
comble, celui qui sait, quelque sujet qu'il choisisse, exprimer avec 

ACT. ET GONF. A 



ACTES ET CONFERENCES 



tant d'art et tant de charme à la fois, tout ce qu'il contient d'es- 
sentiel et d'original, de précis et d'anecdotique, d'élevé et de 
délicat. 

M. Maurice Bloch, ce maître conférencier, a choisi cette fois un 
sujet dont le titre seul devait amener ici une affluence inusitée d'au- 
diteurs : les poésies d'Eugène Manuel, d'Eugène Manuel dont le 
nom rappelle tout ce qui est bon, tout ce qui est noble, tout ce qui 
est touchant, tout ce qui est digne d'être chanté, glorifié par la 
magie sublime de la poésie, tout ce qui est divin et tout ce qui est 
humain surtout, c'est-à-dire tout ce qui fait l'homme, le citoyen, le 
chef de famille, le soldat et l'ouvrier. 

Ce poète incomparable de la bonté, de l'humilité, du labeur, de 
la dignité morale, vous allez l'entendre, une fois de plus, célébré, 
d'abord, par une voix autorisée et éloquente, traduit ensuite, dans 
les plus belles de ses, œuvres, par de charmantes et distinguées 
interprètes. Et vos applaudissements, Mesdames et Messieurs, 
confondront tout à l'heure dans le même hommage et Je conféren- 
cier et les artistes, et la mémoire d'Eugène Manuel, et la digne et 
vénérée compagne de son existence. 

J'ai dit que notre Société a vécu une année heureuse : je me 
trompe. Elle a eu aussi ses épreuves, et des épreuves douloureuses. 
Elle pleure la perte de plusieurs de ses plus anciens et plus fidèles 
adhérents : de M. Léon Leven, qui fut un des plus dignes et des 
plus sympathiques représentants de cette famille qui consacre son 
activité féconde et bienfaisante au service du développement intel- 
lectuel, moral et économique de notre pays ; de M. le D r Edouard 
Meyer, dont la science de praticien fut à la hauteur du caractère 
de l'homme ; de M. Emile Ulmann, dont le nom est inscrit au 
frontispice de tant de monuments publics et privés qu'il a conçus et 
élevés par son inspiration et son talent d'architecte; de M. Fer- 
nand Ratisbonne, un de nos membres perpétuels, qui tenait de 
l'héritage de ses aïeux et de sa distinction personnelle ce goût déli- 
cat et sûr pour les choses intellectuelles. 

Qui n'a connu M. Hadamard, dont les vertus furent si hautes 
et la fermeté d'âme si inébranlable, qu'elles surent dominer la plus 
effroyable des catastrophes, celle où allaient sombrer pour jamais 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 7 FÉVRIER 1903 III 

la sécurité des siens et le bon renom de notre pays? Kn souvenir de 
l'intérêt bienveillant qu'il a témoigné à notre œuvre, sa digne veuve 
nous a fait parvenir un don important pour lequel nous lui expri- 
mons notre vive gratitude. Mais ce n'est pas le seul deuil qui, dans 
ces derniers temps, a frappé cette famille, déjà si cruellement 
éprouvée. La sœur de M. Hadamard, M me David Bruhl. qui de- 
puis la mort de son vénéré et à jamais regretté mari, nous avait 
conservé sa précieuse sympathie, a été ravie, elle aussi, il y a peu 
de jours, à la tendresse de ses enfants, de ses proches, à l'estime et 
au respect de tous ceux qui l'ont connue et qui se sont associés de 
cœur à l'admirable éloge funèbre prononcée par M. le Grand Rab- 
bin Zadoc Kahn, son allié, par celui qui a tant de fois présidé, après 
l'avoir fondée, la Société des Etudes juives. 

Vos regrets unanimes et votre souvenir ému honorent ceux que 
nous avons perdus, et votre sympathie chaleureuse sera pour leurs 
familles un adoucissement à leur douleur. 

Mesdames et Messieurs, il est une tradition juive qui recom- 
mande à l'orateur de terminer, en toutes circonstances, son dis- 
cours par quelque chose d'agréable, de réconfortant. Eh bien ! j'ai, 
en finissant, une bonne nouvelle à vous annoncer. Sans vous en 
douter, peut-être, notre Société des Études juives est près d'at- 
teindre sa vingt-cinquième année ; elle entre exactement dans sa 
vingt-quatrième année. Un quart de siècle d'existence ! Quel ma- 
gnifique historique à faire ! J'en laisse la tâche à mon heureux suc- 
cesseur. 

M. Moïse Schwab, trésorier, rend compte comme suit de la 
situation financière : 

Le budget de l'année 1902 comporte des dépenses imprévues, 
heureusement compensées par des recettes également imprévues. 
Ainsi, le n° 89 de la Revue a entraîné un supplément de dépenses 
de 260 francs pour intercalation de gravures ; par contre, le chiffre 
des honoraires du même numéro est d'une centaine de francs, 
inférieur à celui des autres numéros. En outre, vous avez accordé 
une souscription de 300 francs à .la publication d'un volume de 



IV ACTES ET CONFÉRENCES 

conférences faites ici même, et une égale somme a été dépensée 
pour frais d'une conférence faite en 1902 et le classement de votre 
bibliothèque, qui commence à prendre de l'extension. Enfin, une 
pareille somme de 300 francs a payé la traduction d'une nouvelle 
partie, en préparation, des œuvres de Flavius Josèphe. Ces dé- 
penses ont été largement couvertes par diverses recettes spéciales, 
savoir : un don de 200 francs qui nous a été fait par M me veuve 
David Hadamard en mémoire de son mari, qui fut notre fidèle 
sociétaire, puis les souscriptions aux œuvres de Josèphe accordées 
par le Consistoire central et le Consistoire israélite de Paris, d'une 
part, et les ventes, d'autre part. 

Recettes. 

En caisse au 1 er janvier 1902 85G fr. 25 c. 

Cotisations 7 . 033 » 

Souscription du Ministère de l'Instruction publique. 3*75 » 

Abonnements recueillis par le libraire 1 .500 » 

Souscriptions aux Œuvres de Josèphe 475 » 

Ventes diverses des publications de la Société 367 65 

Don de M me Hadamard en mémoire de son mari. . . 200 » 
Revenus des valeurs en dépôt chez MM. de Roth- 
schild frères et intérêts du compte courant 3 . 037 » 

Total 13.844 fr. 90 c. 



DÉPENSES. 

Impression du n° 86 de la Revue. . 1 .070 fr. 75 

— 87 .. 1.184 ». 

, „ n > 4.576 fr. 75 c. 

— 88 — .. 1.210 

— — 89 ..1.112 » 
Honoraires pour le n° 86 749 fr. 20 \ 

87 751 50 2.731 50 

— 88 627 » 

— — 89 603 80 



A reporter 7. 308 fr. 25c. 



ASSEMBLEE GÉNÉRALE DU 7 FEVRIER 1903 



Report 7.308fr. 25c. 

Appointements du secrétaire de la rédaction et du 

secrétaire -adjoint 2.400 » 

Impression d'un demi-volume des Œuvres de Jo- 

sèphe (net) 675 » 

Impressions diverses pour assemblée et conférences. 38 » 

Encaissements 104 20 

Magasinage et assurance 100 » 

Gratifications et gages, frais de bureau 299 15 

Frais de poste des quatre numéros et envois divers. 289 40 
— gravures du n° 89, photographies et cli- 
chés sur bois 260 » 

Honoraires au traducteur d'une nouvelle partie de 

Josèphe 300 » 

Souscription au volume Conférences, par M. Mau- 
rice Bloch 300 » 

Frais de déplacement d'un conférencier 150 » 

Classement de la Bibliothèque de la Société 150 » 



Total des dépenses 12 . 374 fr. 



» c. 



L'excédent est donc de 1 .470 fr. 90 c. 

Soyons tranquilles : cette somme ne restera pas longtemps 
liquide, nous en avons l'emploi. Elle servira à payer les frais 
d'impression d'un nouveau volume des Œuvres de Josèphe, qui est 
en préparation, et dont les frais de traduction ont été heureuse- 
ment soldés depuis longtemps. 

La situation avantageuse de votre budget est essentiellement due 
au bénéfice que donne la publication trimestrielle de votre Revue. 
S'il est vrai malheureusement que chaque année le nombre des 
souscripteurs diminue, par suite soit de décès, soit de défec- 
tions, en revanche le nombre d'abonnements recueillis par votre 
dépositaire n'a jamais été plus élevé. Puisse cet état prospère s'a- 
méliorer encore ! 

M. Mayer Lambert, secrétaire, lit le rapport sur les publications 
de la Société pendant l'année 1901-1902 (voir, plus loin, p. vu). 



VI ACTES ET CONFÉRENCES 

M. Maurice Bloch fait une conférence sur Les Poésies d Eugène 
Manuel (voir, plus loin, p. xxi). 

Il est procédé aux élections pour le renouvellement partiel du 
Conseil. Sont élus : 

MM. Albert-Lévy, Maurice Bloch, Hartwig Derenbouro, 
J.-H. Dreyfuss, Zadoc Kahn, Israël Lévi, D r Henri de Roth- 
schild, Maurice Vernes, membres sortants. 

Est élu président de la Société pour l'année 1903 : M. Sylvain 
Lévi. 



RAPPORT 



SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L'ANNÉE 1901-1902 

LU A L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 7 FÉVRIER 1903 



Par M. Mayer LAMBERT, secrétaire. 



Mesdames, Messieurs, 

C'est toujours avec un peu de remords que votre secrétaire prend 
la parole. Il sait que son rapport retarde l'heure de la conférence si 
impatiemment attendue. Mais croyez bien que nul n'en souffre plus 
que lui-même. Il compare l'agrément que vous devez ressentir à 
entendre un excellent orateur traiter un sujet unique et, comme ce 
soir, des plus intéressants, à la peine qu'il éprouve en s'efforçant 
de coudre par un fil ténu — parfois une ficelle — les articles si' 
divers dont se composent les quatre fascicules de la Revue. Com- 
bien il serait plus attrayant de se trouver en face de vastes et belles 
synthèses, de grands tableaux historiques et littéraires, au lieu 
d'avoir à rendre compte de minuties exégétiques, bibliographiques 
ou chronologiques. La science moderne, par la tâche qu'elle impose 
aux travailleurs, est bien faite pour nous inspirer la modestie. Elle 
nous donne à comprendre que nous sommes en ce monde des ou- 
vriers chargés d'apporter des pierres minuscules à un édifice dont 
nous ne connaissons pas le plan d'ensemble. Mais, s'il nous est inter- 
dit d'être ambitieux, nous ne devons pas non plus nous décourager, 
et si notre ouvrage n'est pas brillant, il est sérieux et utile. 



VIII ACTES ET CONFÉRENCES 

Certes, tout n'est pas matière de science. De même que les grif- 
fonnages d'un enfant ne peuvent pas entrer dans l'histoire de 
l'art, de même certaines œuvres ne méritent pas d'être étudiées, 
parce qu'elles n'ajoutent rien à la connaissance de l'esprit humain. 
Notre Revue s'efforce de les écarter, et, sauf exceptions, elle y 
réussit. 

Les études bibliques ont été, cette année, mieux représentées 
que les années précédentes, sans cependant occuper la place qui 
leur revient. M. le général Marmier — qui a fait de la topographie 
active à Madagascar et y a gagné ses deux derniers grades — a 
repris ses études sur la géographie de la Palestine '.lia mis à 
profit de nouveaux et fort précieux documents qui sont venus, il y 
a quelques années, jeter une vive lumière sur l'état du pays de 
Canaan avant la conquête hébraïque. En 1888, des paysans égyp- 
tiens trouvèrent à El-Amarna, sur la rive orientale du Nil, une 
quantité de tablettes écrites en assyrien, la langue officielle d'il y a 
4000 ans. Ce sont des lettres envoyées au roi d'Egypte par les 
fonctionnaires de la Palestine et rapportant les incursions des voi- 
sins et les luttes entre les gouverneurs de Canaan. Ces lettres con- 
tiennent une foule de noms de villes palestiniennes. La difficulté 
est de les identifier avec les localités mentionnées dans la Bible. 
M. Marmier, partant de cette idée ingénieuse que les lettres qui 
emploient les mêmes formules de politesse proviennent d'une même 
région, obtient des résultats très intéressants et qui attireront l'at- 
tention des spécialistes. 

Pour l'exégèse biblique nous relevons quelques notes de M. Bâ- 
cher" 2 , qui donne un excellent sens à un verset d'Isaïe, en chan- 
geant une lettre d'un mot ; de M. Kaminka 3 , qui montre, en s'ap- 
puyant sur le Psautier arménien, que le titre d'un psaume ne se 
rapporte pas à ce psaume 4 , mais au précédent; enfin de votre se- 
crétaire, qui continue, entre autres, la série de ses dittographies 
verticales. J'ai nommé ainsi la faute de copiste qui consiste à al- 

1 T. XLIII, p. 161 et suiv., et t. XLIV, p. 29 et suiv. 

8 T. XLIV, p. 283. 

3 T. XLIII, p. 269 et suiv. 

* T. XLIII, p. 129 et 268, et t- XLV, p. 122. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ IX 

térer un mot d'après le mot placé au-dessus ou au-dessous. C'est un 
accident qui produit parfois des erreurs curieuses dans le texte 
biblique. 

M. Chajes l a donné un certain nombre de notes lexicogra- 
phiques, en se servant de rapprochements suggestifs, sinon décisifs, 
entre des termes hébreux difficiles à expliquer et des ternies cor- 
respondants de l'arabe. 

Votre secrétaire a aussi écrit un article sur les anomalies du plu- 
riel en hébreu 2 . Vous lui pardonnerez de ne pas insister. 

La littérature biblique est continuée par les apocryphes, dont les 
uns complètent l'histoire juive, tels sont les Macchabées, d'autres 
racontent des histoires édifiantes, comme Tobit, d'autres enfin res- 
semblent aux Proverbes, comme le livre de Ben Sira, dont nous 
avons parlé longuement les années précédentes. Les apocryphes, 
comme vous le savez, n'existent presque tous qu'en grec, soit qu'ils 
aient été écrits primitivement en cette langue, soit que l'original 
hébreu ait disparu, ce qui est le cas le plus fréquent. On a discuté 
s'il en était ainsi pour Tobit. M. Israël Lévi 3 se range du côté de 
ceux qui croient que c'est une traduction de l'hébreu en s'appuyant 
sur une erreur du texte, causée par une confusion possible seule- 
ment en hébreu. 

Quelqu'un avait cru retrouver le texte hébreu du premier livre 
des Macchabées, dans un ras. de la Bibliothèque Nationale. C'eût 
été une belle découverte après celle du texte hébreu de l'Ecclésias- 
tique. Mais M. I. Lévi 4 démontre facilement que le manuscrit est 
une traduction d'un texte latin. Le traducteur, en effet, a transporté 
dans les noms propres les terminaisons latines. Le texte hébreu au- 
thentique des Macchabées est encore à trouver. 

Il n'y a aucune opinion scientifique dont on ne puisse prendre le 
contrepied. Il semblait établi que le premier livre des Macchabées 
avait une valeur historique plus grande que le second, où abondent 
les récits merveilleux. Un savant moderne, et non des moindres, 



1 T. XLIV, p. 223 et suiv. 

2 T. XLIII, p. 206. 

3 T. XLIV, p. 288. 

4 T. XLIII, p. 215. 



ACTES ET CONFERENCES 



M. Niese, a soutenu la thèse inverse. M. Lévi • fait voir que ses ar- 
guments ne sont pas concluants, et il s'en tient à l'opinion ancienne. 

M. Lévi 2 a, enfin, réuni un certain nombre de citations de l'Ec- 
clésiastique, par lesquelles on voit l'autorité dont cet apocryphe a 
joui auprès des Juifs et des Chrétiens. Ben Sira, l'auteur de cet 
ouvrage, a été le héros de toutes sortes de légendes. Par confusion 
avec Jésus de Nazareth, on lui a attribué une nativité miraculeuse, 
mais assez scabreuse. Un autre conte lui. donne pour femme une 
nommée Afiquia, qui sut éviter avec adresse une tentative du roi 
Salomon sur sa vertu. M. Lévi 3 pose un point d'interrogation sur 
ce nom d'Afiquia, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. 

A ce propos, mentionnons que M. Théodore Reinach rapporte, 
sur la naissance de Jésus lui-même, une légende dont il a cherché 
aussi vainement l'explication 4 . Un peintre italien de la Renaissance 
représente, au lieu de la crèche traditionnelle où l'enfant aurait été 
placé, le sarcophage d'un augure romain, qui aurait servi de ber- 
ceau. D'où est venue à l'artiste cette idée? Avis aux amateurs 
d'énigmes. 

Des noms plus historiques que celui d'Afiquia, mais parfois aussi 
difficiles à expliquer, ce sont ceux des docteurs du Talmud. 
M. Chajes-, qui a consacré un travail à cette onomastique, nous 
a donné quelques notes complémentaires, où il a utilisé les décou- 
vertes épigraphiques récentes. 

Dans cet ordre d'idées signalons l'explication que M. H. Deren- 
bourg G a donnée d'une épithète assez singulière décernée à un dieu 
nabatéen, et qui signifierait ivre sans avoir pris de vin. M. Deren- 
bourg en rapproche ingénieusement un passage d'Isaïe où Jérusa- 
lem est appelée « ivre, mais non de vin ». 

Ce sont aussi des noms de divinités auxquels M. Isidore Lévy 7 
a consacré une étude approfondie, en montrant que les textes tal- 



1 T. XLIII, p. 215 et suiv. 

* Ibid., p. 29. 

3 Ibid., p. 231. 

4 Ibid., p. 273 et suiv. 

" T. XL1V, p. 126 et suiv. 

* Ibid., p. 124. 

7 T. XLIII, p. 183 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XI 



mudiques peuvent nous fournir d'utiles renseignements sur les divi- 
nités adorées par les Sémites païens et qui prennent dans les inscrip- 
tions latines des noms tels que Jupiter Heliopolitanus ou qui ont 
conservé leur désignation sémitique comme Nadbak. Par la même 
occasion, M. Isidore Lévy parle des rites syriens concernant les 
endroits où l'on puisait de l'eau en l'honneur de divinités agricoles. 
Ces rites, dont quelques-uns se sont conservés jusqu'au siècle der- 
nier, ont leur équivalent dans la fête de l'eau qui était célébrée avec 
tant de réjouissances par les Juifs dans les dernières années du 
second temple à Jérusalem. Pour une fois dans l'année, la libation 
de vin était remplacée sur l'autel par de l'eau. Il n'en est plus resté 
dans les synagogues que les sept processions de Hoschana Rabba 
destinées à demander à Dieu d'envoyer la pluie. Je n'ai pas besoin 
de vous rappeler que la prière pour l'eau avait une grande impor- 
tance en Palestine, où les saisons de pluie sont fixes et où le 
manque d'eau amène des disettes épouvantables. Nous, au con- 
traire, nous nous plaignons parfois que les prières pour la pluie 
soient trop bien exaucées ! 

La littérature des apocryphes a été suivie par la littérature 
midraschique, qui contient parfois des matériaux dont les histo- 
riens peuvent faire leur profit, mais dont ils doivent user avec pru- 
dence. Dans son article sur les Dosithéenç M. Krauss avait cru 
pouvoir tirer d'un Midrasch nommé Les Chapitres de R. Elièzcr 
une indication sur les relations hostiles existant entre les Juifs et 
les Samaritains au ii e siècle avant l'ère vulgaire. M. Bùchler l 
montre que cette indication se rapporte à une période plus mo- 
derne de mille ans. C'est au vm e siècle que les Samaritains furent 
considérés par les Juifs comme tout à fait païens, et que l'on s'in- 
terdit même de manger leur pain. Mais dans la période talmu- 
dique les Samaritains étaient encore, à certains égards, traités 
comme des Juifs. 

La secte samaritaine s'est de plus en plus réduite et est sur le 
point de s'éteindre. Il en reste encore quelques familles à Naplouse- 
Même au temps où elle était florissante, cette secte n'a pas produit 

1 T. XLIV, p. 50 et suiv. 



XII ACTES ET CONFERENCES 

d'œuvres marquantes. Leurs chroniques, dont MM. Adler et Sélig- 
sohn ' publient un échantillon, ne valent pas grand chose. C'est 
un ramassis de légendes et de faits historiques travestis dont la 
fadeur n'est pas rachetée par le style. 

Une autre secte, qui eut aussi à son heure une grande impor- 
tance et qui est maintenant bien déchue, ce sont les Caraïtes. Au 
vm e siècle un nommé Anan, écarté de l'exilarcat à cause de son 
caractère, se révolta contre les Rabbanites. M. Poznanski 2 expose 
qu'Anan rallia, en quelque sorte, les débris de l'ancienne secte des 
Sadducéens, qui avait fleuri dix siècles plus tôt. Cependant Anan 
prétendit poser de nouveaux principes. 11 voulut supprimer la loi 
orale, mais il forma lui-même un nouveau Talmud, car un texte a 
toujours besoin de commentaires. Seulement comme il avait admis 
pour chacun la même liberté dont il avait usé, ses théories n'eurent 
aucune autorité, et l'anarchie qui ne cessa de régner chez les Ca- 
raïtes fut la cause principale de leur ruine. En effet, si le principe 
de la liberté de penser est fécond et utile, il est clair qu'il n'en est 
pas de même de la liberté d'agir. C'est l'obéissance à un pouvoir 
législatif reconnu qui a permis au judaïsme rabbanite de survivre à 
toutes les sectes auxquelles il a donné naissance. 

Le fondateur principal des écoles de Babylonie avait été Rab, le 
disciple et ami de Juda le Saint, qui lui donna l'investiture. A 
quelle date Rab créa- 1— il l'école de Sora? M. Isaac Halévy avait 
cru pouvoir apporter de nouvelles données pour l'établir. M. Epstein 3 
les détruit les unes après les autres et montre que M. Halévy, si 
sévère pour les historiens juifs modernes, n'échappe pas lui-même à 
la critique. Ce qui est particulièrement à retenir de l'article de 
M. Epstein, c'est la relation qu'il établit entre la rédaction de la 
Mischna et le développement des écoles de la Babylonie. Une fois 
que la loi orale fut mise par écrit, les Babyloniens cessèrent de 
dépendre des savants palestiniens. Ayant la Mischna à leur disposi- 
tion, ils purent la commenter et l'étendre par eux-mêmes et ils 
l'emportèrent bientôt en importance sur les écoles de la Palestine. 

1 T. XLIV, p. 188 et suiv. 

2 Ièid., p. 161. 

3 lbid. y p. 45 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XIU 

Les Palestiniens renoncèrent difficilement à la suprématie qu'ils 
avaient exercée si longtemps. Nous avons parlé l'année dernière 
du schisme qui faillit éclater à propos du calendrier. M. Epstein * 
revient sur cette question pour expliquer l'erreur de Ben Méir^ 
le rabbin palestinien. Celui-ci avait rapporté à la néoménie de 
Nisan une règle applicable à celle de Tisri, et son entêtement faillit 
couper en deux le judaïsme, car les fêtes n'auraient plus été 
célébrées en même temps par tous les Israélites. 

Les écoles palestiniennes, quoique moins influentes que celles de 
la Babylonie, n'en continuèrent pas moins d'exister. On le voit par 
une consultation adressée par les Juifs du Rhin en 960 au sanhédrin 
de Jérusalem et qui est rapportée par un voyageur juif du xir 9 siècle. 
La consultation portait sur une question de Icascher et sur la venue 
du Messie, dont les Juifs avaient entendu parler. La réponse qu'ils 
reçurent leur enleva toute illusion. Peut-être doit-on rattacher ces 
bruits concernant le Messie aux calculs que Saadia avait faits dans 
son livre de théologie pour fixer la date de son arrivée. S'il ne 
s'était pas trompé, c'est bien à cette époque que le Libérateur tant 
attendu serait venu. La mort épargna à Saadia la déception de voir 
ses calculs démentis par l'événement M. Bùchler 2 montre que la 
relation du voyageur juif, que l'on avait traitée de fausse, est abso- 
lument authentique. 

De la Palestine, les Juifs avaient passé en Egypte et dans tout le 
nord de l'Afrique. M. Monceaux 3 nous donne une étude très nourrie 
sur l'établissement des Juifs dans la Mauritanie. Une légende y fait 
déjà venir les Cananéens chassés de la Palestine par les Juifs. Les 
Israélites y étaient en grand nombre sous la domination romaine. 
Ils ont laissé de curieux monuments, comme la belle mosaïque de la 
synagogue d'Hammam Lif, représentant des paysages et d'autres 
scènes décoratives. Cette mosaïque était due à la générosité de dames 
juives du temps, dont les inscriptions ont conservé les noms. A Car- 
tilage, on a trouvé une nécropole juive, contenant environ deux 
cents caveaux. Les couloirs y sont ornés de motifs divers de sculp- 

1 T. XLIV, p. 230 et suiv. 

s Ilid., p. 237. 

3 Ibid., p. 1 et suiv. 



XIV ACTES ET CONFÉRENCES 

ture en partie colorés, de génies, de cavaliers, de scènes de la vie rus- 
tique. Ces tableaux agricoles forment un étrange contraste avec la 
destination de l'endroit. La présence des Juifs est aussi attestée par 
les polémiques, dont quelques-unes très acerbes, que les évêques ont 
dirigées contre eux depuis le 11 e siècle jusqu'à l'arrivée des Arabes. 
D'abord unis, les Juifs et les Chrétiens n'avaient pas tardé à se prendre 
en haine. Dès que l'Eglise chrétienne eut cessé d'être persécutée par 
les païens, elle se mit à persécuter les Juifs. Les Juifs, pour échapper 
aux vexations, se répandirent dans le Sud jusque chez les Berbères, 
de sorte que, lorsque les Arabes vinrent, beaucoup des tribus étaient 
gagnées au judaïsme. Ces tribus résistèrent aux nouveaux conqué- 
rants, et l'on a gardé le souvenir d'une vaillante juive, la Cahina, 
c'est-à-dire la magicienne, qui dirigea la lutte contre l'envahisseur. 
Moins heureuse que Jeanne d'Arc, elle ne put empêcher son pays 
d'être pris par l'ennemi et elle fut tuée. Un anonyme lui a consacré 
récemment une brochure intéressante que je signale à notre confé- 
rencier pour le jour où il parlera ou reparlera des héroïnes juives. 
Les Juifs de l'Afrique, qui descendent en partie de ces Juifs indi- 
gènes, sont donc plus anciens dans le pays que les Arabes, comme 
les Juifs de France sont venus dans notre patrie avant les Francs. 

En Tunisie, à Kairouan, il y eut au moyen âge une école célèbre 
de talmudistes. L'un d'eux, R. Nissim, composa un commentaire 
sur le Talmud, qu'on n'a retrouvé qu'en partie. M. Israël Lévi * 
en a donné un fragment provenant de la Gueniza du Caire. 

Dans le monde musulman, les Juifs exercèrent sur les Arabes 
une grande influence comme on le voit par les nombreuses légendes 
qui ont passé des premiers aux seconds, et dont M. Goldzieher nous 
fournit plusieurs exemples -. C'est ainsi que des auteurs musulmans 
appliquent aux juges des temps des Oméyades l'anecdote talmudique 
suivante : Un plaideur avait envoyé une lampe à un juge pour se 
le rendre favorable, mais son adversaire lui avait envoyé de son 
côté un mulet. Le premier voyant que le juge ne semblait pas lui 
donner raison, voulut lui rafraîchir discrètement la mémoire et lui 



1 T. XLIV, p. 294. 

' T. XLIII, p. 1 et suiv., et t. XLIV, p. 63 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XV 

dit : Ma cause est plus lumineuse qu'une lampe. Le magistrat lui 
répliqua avec non moins de discrétion : « Un mulet a brisé ta 
lampe. » — L'idée que Dieu est présent au chevet du malade, et que 
rendre visite à un malade, c'est, par conséquent, rendre visite à 
Dieu, a passé des Juifs aux Arabes. Inversement des locutions 
arabes ont été adoptées par les Juifs, comme l'expression « Qu'il 
ne m'arrive pas de mal tant que l'âne ne montera pas sur l'échelle », 
employée par les copistes juifs et dont les Mahométans se servent 
pour désigner une chose impossible. Ibn Ezra, célèbre grammairien 
et philosophe, se plaignant de la malchance qui le poursuivait, em- 
prunte aux Arabes cette plaisanterie : « Si je vendais des draps 
mortuaires, personne ne mourrait ! » 

Pour terminer ce qui concerne les Juifs de l'Orient ' , nous men- 
tionnerons les articles de M. Séligsohn sur des azharot, ou poésies 
contenant les 613 préceptes, composées par un juif persan. D'autres 
poésies 2 racontent les persécutions qui eurent lieu en Perse au 
xvn e siècle, et qui auraient eu pour cause le vol d'un poignard 
appartenant au roi. Un seigneur l'aurait pris et l'aurait vendu à 
des Juifs. (Test sur eux que retomba la colère du souverain. Il est 
vrai qu'un voyageur français, Chardin, dit que le poignard fut 
vendu à un Indien. Quoi qu'il en soit, ce qui est sûr, c'est que le roi 
de Perse chassa les Juifs d'Ispahan. 

Passons de l'Orient à l'Occident. M. Lévi 3 nous parle d'un curieux 
procès qui eut lieu entre Juifs au xiv e siècle dans la Franche- 
Comté. Le comte de Montfaucon avait contracté une dette envers 
un nommé Samuel. L'associé de celui-ci, Samson, lui en donna 
quittance sans avoir été payé. Les héritiers de Samuel traduisirent 
Samson devant un tribunal de rabbins, qui le condamna à payer le 
montant de la créance. Samson disait qu'il n'avait donné quittance 
que sous menace de mort. Il en appela a d'autres rabbins, qui lui 
donnèrent raison, M. Lévi détermine l'endroit où se produisit l'af- 
faire et donne des détails sur les rabbins qui y prirent part. 

M. Kayserling continue ses notes instructives, mais attristantes 

1 T. XL1V, p. 101. 

2 laid., p. 87 et suiv., et 244 et suiv. 

1 T. XLI1I, p. 237 et suiv., et XLIV, p. 73 et suiv. 



XVI ACTES ET CONFÉRENCES 

sur les Juifs d'Espagne ' . C'est surtout de Cordoue, la patrie de 
Maïmonide, que notre collaborateur s'est occupé cette année. La 
persécution de 1391 exerça ses ravages dans cette ville. Près de 
deux mille Juifs y furent tués. Le roi d'Espagne en ut très irrité, 
parce que le massacre des Juifs diminuait ses revenus. Il punit les 
meurtiers en leur imposant une amende énorme, qu'il ne parvint 
pas, d'ailleurs, à se faire payer. 

Cette même persécution s'étendit à l'île de Majorque, où la. popu- 
lation juive, très mélangée, se convertit en masse au christianisme. 
Les descendants de ces Juifs forment encore aujourd'hui un groupe 
distinct que l'on appelle Chuetas, ou mangeurs de porc. 

A Cordoue, il y eut de bonne heure des marranes ou néo-chré- 
tiens. Mais pour avoir abandonné la religion de leurs pères, ils n'en 
étaient pas plus tranquilles. En 1477, ils faillirent être massacrés 
et durent se réfugier à Séville. L'un deux est connu comme poète, 
quoique de son métier il fût fripier. Il se prit de querelle avec un 
autre poète, également converti, qui était commandeur d'un ordre 
militaire : tous deux se jetaient à la face leur origine juive. Seu- 
lement le commandeur écrivait dans le langage des Halles et le 
fripier mettait de l'élégance dans ses vers. D'ailleurs, malgré sa 
conversion, celui-ci resta juif de cœur. 

Une fois l'inquisition établie à Cordoue, les marranes expièrent 
durement leur attachement secret à leur ancienne religion. Les 
autodafés se succédèrent chaque année. Celui de 1665, où trois 
néo-chrétiens furent brûlés vifs, fut l'occasion de grandes réjouis- 
sances. Les actes de foi ne cessèrent qu'à la fin du xvm e siècle. C'est 
surtout parce que les autodafés se maintinrent en Espagne jusqu'à 
une époque très rapprochée de nous, que l'inquisition de ce pays a 
acquis une réputation de férocité, justifiée d'ailleurs. Mais l'inqui- 
sition en France, à une époque plus ancienne, fut, comme nous l'a 
montré M. Salomon Reinach, tout aussi cruelle. 

L'expulsion des Juifs d'Espagne faillit entraîner celle des Juifs de 
Naples; Charles-Quint, jaloux des lauriers de Ferdinand d'Aragon, 
voulut les expulser. Il envoya une lettre en français au prince 

1 T. XLI1I, p. 123 et suiv., 253 et suiv., 275 et suiv. ; t. XLIV, p. 297 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XVII 

d'Orange pour le consulter à ce sujet. Nous ne savons ce que 
celui-ci répondit, mais Jes Juifs restèrent. 

En Allemagne il n'y eut jamais d'expulsion totale comme en An- 
gleterre, en France et en Espagne. Mais, plus qu'ailleurs, les Juifs y 
eurent à se défendre contre les accusations de meurtre rituel. 
M. Hildenfinger * nous parle d'une de ces accusations qui se pro- 
duisit à Waldkirch, en 1503, et qui eut son contre-coup sur l'Al- 
sace. Deux voleurs avaient prétendu avoir aidé les Juifs à saigner 
— non pas tuer — un enfant chrétien, et ils auraient distribué le 
sang à d'autres Israélites. On arrêta plusieurs Juifs, dont deux 
moururent en prison. Finalement un des accusateurs finit par ré- 
tracter ses dires, et les Juifs restants furent remis en liberté. 11 est 
encore heureux que la dénonciation ait été reconnue fausse, car elle 
aurait pu autrement grossir le dossier des crimes rituels recueilli 
par les gens bien pensants. 

La tranquillité intérieure a rarement régné chez les Juifs quand 
ils n'étaient pas persécutés ; c'est, d'ailleurs, le fait des peuples 
libres, comme l'a déjà remarqué Montesquieu, de discuter et même 
de se disputer. A Amsterdam, où les marranes espagnols s'étaient 
réfugiés et avaient repris leur ancienne religion, libéraux et ortho- 
doxes pouvaient difficilement s'entendre. A propos de questions 
concernant la cabbale et le Icascher, on se plaignit de l'attitudenTun 
président de synagogue et on le fit excommunier par un célèbre 
rabbin polonais. L'anathème ne paraît pas avoir produit grand effet, 
mais il y eut scission dans la communauté, et les dissidents fon- 
dèrent une nouvelle synagogue. Cela valait mieux que d'allumer 
des bûchers pour supprimer les hérésies I 

C'est encore des disputes entre Juifs et même entre chefs reli- 
gieux que nous raconte M. Ginsburgér dans son article sur Elie 
Schwab, rabbin de Haguenau au XVII e siècle a . Ce pasteur eut tout 
de suite maille à partir avec ses collègues au sujet de l'étendue de 
sa circonscription. Puis il eut à batailler au sujet de fonctionnaires 
de la communauté que l'on voulait congédier sans son assentiment. 

1 T. XLIV, p. 129 et suiv. 
* Ibii , p. 260. 

ACT. ET GONF. p 



XVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

A ces querelles intestines se joignirent des procès intentés par les 
magistrats, parce qu'il avait hébergé des Juifs étrangers. Elie 
Schwab mourut, dit-on, d'aliénation mentale, ce qui n'a pas lieu 
d'étonner, avec tous les tracas que lui avaient donnés ses ouailles. 
C'était une rude tâche que de diriger ces vieilles communautés 
d'Alsace-Lorraine, où la discorde était à l'état endémique. Mais 
c'était peut-être préférable à l'indifférence 1 

Quoique les Juifs aient été expulsés de France au xiv e siècle, on 
en retrouve de temps à autre en différents endroits, en dehors 
de l'Alsace-Lorraine, du Comtat, de Bordeaux et de Bayonne. 
Au xvn e siècle on voit par un document publié par M. Cré- 
mieux 1 qu'un Juif, nommé Lévj, était chargé à Marseille de 
percevoir un impôt sur les Juifs étrangers de passage. Ce Lévy, 
devançant certain publiciste antisémite, prenait pour juif maint 
chrétien et lui extorquait de l'argent. M. Crémieux reproduit les 
lettres de plaintes dirigées contre ce personnage par ses victimes. 
Nous ignorons, d'ailleurs, en quoi consistait le droit que les Juifs 
devaient payer. 

Plus surprenante encore est la présence de Juifs en Bretagne au 
XVI e et au xvii e siècles. Et cependant le fait est attesté par des ins- 
criptions tombales que M. Schwab a recueillies 2 . L'une a été 
trouvée à Quimperlé. C'est un petit poème funéraire à la mémoire 
d'un certain Salomon, fils de Jacob Sémahès, mort en 15^4, près 
de deux siècles après l'expulsion des Juifs de France. Son nom in- 
dique un Juif espagnol, venu peut-être de Bordeaux. Le second 
monument se trouve sous une porte d'un couvent de sœurs à Lan- 
derneau et rappelle par une inscription hébraïque et espagnole le 
souvenir d'Isaac de Machora, qui prit part dans l'armée anglo- 
batave à l'attaque des ports français en 1694. Il y fut blessé et 
mourut quelques semaines après. Il était sans doute originaire de la 
Hollande, et il est peu probable, comme paraît le croire notre sa- 
vant collègue, qu'il ait résidé en Bretagne. 

Nous touchons à l'histoire contemporaine avec la notice que 

1 T. XLIV, p. 301. 

■ T. XLIII, p. 117 et suiv. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XIX 



M. Salomon Reinach 1 a consacrée à une famille juive de Novallara 
(Italie). Un certain Lazare Lévi, natif de Novallara, fît, en 1781, 
un voyage en France, et, étant à Lion, fit la connaissance d'une 
demoiselle Mailfert, qu'il épousa, sans d'ailleurs se convertir lui- 
même au christianisme. C'est un fait très remarquable que le ma- 
riage ait été autorisé à cette époque dans ces conditions. De cette 
union naquit un fils, Servandio, qui fut professeur de mathématiques. 
Comme sous la Restauration un Juif ne pouvait occuper de poste 
dans un lycée de France, on l'envoya à l'île Bourbon. Mais le navire 
fut jeté sur les côtes d'Angleterre, et Lévi resta dans ce pays jus- 
qu'à l'avènement de Louis-Philippe. Il reprit alors du service dans 
sa patrie. Il se maria en secondes noces avec la sœur d'OIinde Ro- 
drigue et fut le beau-père du savant très distingué Alexandre 
Bertrand, mort tout récemment et dont M. Salomon Reinach a été 
l'auxiliaire et est devenu le successeur, au musée de Saint-Germain. 
Le chapitre généalogique qui relie l'humble marchand italien au 
célèbre membre de l'Institut est caractéristique pour l'histoire des 
Juifs modernes. 

Pour clore cette revue de la Revue, il me reste à relever le3 no- 
tices bibliographiques de M. Bâcher 2 , sur des ouvrages de littéra- 
ture et d'histoire talmudique, de M. Eppenstein 3 , sur un diction- 
naire hébréo -persan, publié par M. Bâcher, de M. Kont 4 sur les 
travaux de la Société Israélite de Hongrie, de votre secrétaire 5 sur 
des ouvrages grammaticaux parus en Allemagne, entre autres la 
27 e édition d'une grammaire hébraïque (quand donc un ouvrage 
sur l'hébreu aura-t-il vingt- sept éditions en France?) et enfin la 
Revue bibliographique de M. Israël Lévi, précieux répertoire de 
toutes les publications intéressant les études juives, parsemée de no- 
tices que les auteurs feront bien de méditer. 

En outre de la Revue, la Société a fait paraître la suite des 
œuvres de Flavius Josèphe, le Contre Apîon. Le présent fascicule 

1 T. XLIII, p. 135 et suiv. 

2 Ibid., p. 139 et suiv., p. 310 et suiv. ; XL1V, p. 32 et suiv* 
' T. XLII, p. 152 et suiv. 

* Ibid., p. 154 et suiv. 

5 Ibid., p. 306 et suiv. ; XLIV, p. 307 et suiv. 



XX ACTES ET CONFÉRENCES 

offre un intérêt tout particulier, car c'est une réponse aux antisé- 
mites d'il y a 2000 ans. On y voit que les procédés n'ont pas depuis 
beaucoup varié. La traduction de ce fascicule est due à la plume 
élégante et fidèle de M. Léon Blura. Les notes sont de M. Théodore 
Keinach, qui dirige cette publication. On y retrouvera — ai-je besoin 
de le dire? — cette sûreté et cette sobriété qui distinguent les anno- 
tations de notre éminent collaborateur. Nous devons aussi des remer- 
ciements à un autre M. Blum, dont vous n'avez pas oublié la con- 
férence chaude et éloquente qu'il nous fit l'an dernier sur la Décla- 
ration des droits de l'homme. Mais, par contre, cet orateur mérite 
un blâme pour n'avoir pas acquitté sa dette envers la Société des 
Etudes juives. Nous attendons encore que M. Blum écrive sa confé- 
rence. Ce reproche, nous ne l'adresserons pas à l'orateur de ce soir, 
car nous aurons avec M. Bloch l'avantage d'entendre d'abord et de 
relire ensuite ce qu'il nous dira de M. Eugène Manuel. Ce sera 
double plaisir et double profit ! 



LES 

POÉSIES D'EUGÈNE MANUEL 



CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 7 FÉVRIER 4903 

Par M. Maurice BLOCH. 



Mesdames, Messieurs, 

« Vers 18G6, je sortais tous les jours du Théâtre-Français, bras 
dessus bras dessous, avec mon cher maître Régnier; — c'est Coque- 
lin qui parle — nous passâmes devant la Librairie Nouvelle et, 
jetant un coup d'oeil sur la vitrine, nous y aperçûmes, encore 
revêtu de la bande virginale « Vient de paraître », un volume 
intitulé modestement : Pages Intimes. — Régnier me demanda si je 
connaissais l'ouvrage, et, sur ma réponse négative : « Il est, me 
dit-il, d'un professeur de mon fils, un homme que j'aime beau- 
coup. . . Venez chez moi, je veux vous lire quelques pages. » 

Mesdames, Messieurs, je ne suis point Régnier; mais, à défaut, 
nous avons d'excellents artistes que vous aurez le plaisir d'entendre 
tout à l'heure. Peut-être, après les avoir écoutés et applaudis, 
quelques-uns d'entre vous feront-ils ce que fit Coquelin : il courut 
acheter les poésies de Manuel et les apprit par cœur. 

C'était en 1866. Mais les premiers essais poétiques de Manuel 
avaient paru dans la Revue des Deux-Mondes quelques années aupa- 
ravant. Et lorsque Fauteur, peu de temps avant sa mort, s'occupa 
de l'édition complète et définitive de ses œuvres, il jeta un coup 



XXII ACTES ET CONFERENCES 

d'œil en arrière ; il se demanda si ses poésies, qui remontaient à 
près d'un demi- siècle, n'avaient pas trop vieilli, si elles répon- 
daient bien encore aux sentiments, aux aspirations de l'heure 
présente. 

Je retrouve bien dans cette inquiétude la modestie de Manuel ; 
mais il avait trop de bon sens, trop de goût pour ne pas sentir qu'il 
était plus que jamais dans le mouvement, qu'il était, comme on dit, 
en plein dans l'actualité, et ce sera toujours de l'actualité de parler 
de ces choses dont nous entretient Manuel. 

C'est d'abord le foyer domestique « avec ses devoirs, ses bon- 
heurs, ses deuils » ; c'est encore « la vie des humbles, des déshé- 
rités avec ses réalités cruelles et ses navrants secrets ». 

Ce qui vous frappera surtout en lisant Manuel, c'est la grande 
place qu'il donne dans ses œuvres aux petits, aux humbles, à tous 
ceux qui souffrent, à tous ceux qui pleurent. Et, à cet égard, nul 
n'a peut-être mieux jugé l'œuvre de Manuel que Manuel lui-même. 
Dans une excellente notice sur Octave Feuillet, il résume ainsi son 
opinion sur le romancier : a La noblesse remplit presque à elle 
seule les romans et les pièces d'Octave Feuillet, comme les rois et 
les princes dans notre théâtre classique. Et l'on en arrive à se 
demander s'il n'y a pas en tout cela un peu trop de gentilhommerie 
et d'honneur à la façon de l'ancienne France, si cette société où se 
complaît l'auteur et dont l'état civil est toujours emprunté à l'ar- 
moriai, est vraiment celle qu'il importe d'étudier et de donner pour 
modèle à l'exclusion de toute autre . . . Octave Feuillet avait le 
droit de circonscrire ses études, mais il ne nous est pas interdit de 
le regretter, en songeant à toutes les fenêtres que Dumas et 
d'autres ont ouvertes si largement sur le dehors. Et quelle place 
restait-il pour la vie réelle, pour les passions d'un autre ordre où 
l'amour n'est pas tout, pour les problèmes sociaux, pour les 
misères, pour les convoitises, pour les romans de chaque jour et les 
drames de la rue ? » 

N'y a-t-il pas là comme un retour d'Eugène Manuel sur lui- 
même et comme une indication du rôle de l'écrivain dans la démo- 
cratie moderne ? Ce qui manque à Octave Feuillet, vous le trouverez 
chez l'auteur des Pages Intimes et des Poèmes Populaires. Suivez- 



LES POESIES D'EUGENE MANUEL XX1I1 



le : i! vous conduira dans la mansarde de l'ouvrier, dans le garni de 
la pauvre veuve, dans la roulotte du saltimbanque, dans les fossés 
des fortifications où fréquentent les rôdeurs, et jusque dans les 
cabanons des hôpitaux. Et partout il retrouve l'humanité, et par- 
tout il nous intéresse à elle. 

L'écrivain excelle à donner la note touchante ; ses pensées sont 
parfois de la plus exquise délicatesse : 

Vous avez tous voyagé la nuit en chemin de fer ; parfois, en 
regardant par la portière du wagon, quand tout dort, quand tout est 
plongé dans Fobscurité, vous avez pu voir au loin une petite lu- 
mière. Qui veille si avant dans la nuit? Quelles sont les occupa- 
tions ou les préoccupations, les ennuis ou les chagrins de celui ou 
de celle qui envie peut-être le sommeil de ses voisins, qui se croit 
seul, abandonné au monde? Erreur ! Un voyageur a vu la lumière, 
un voyageur a donné une pensée à la personne qui souffre, qui 
pleure ou qui rêve. — Et ce voyageur est le poète. 

Vers tous ces inconnus mon rêve se transporte, 
Sans qu'ils sachent jamais qu'à travers l'ombre un cœur, 
Dans ce wagon qui fuit, a battu près du leur. 

La pensée, je le répète, est des plus délicates, et ce genre de 
pensées abonde dans Manuel. 
N'est-ce pas lui qui dit dans les Abandonnés : 

Je ne sais rien qui soit plus triste 
Que ces vieux tombeaux délaissés, 
Où jamais ne vient le fleuriste 
Et que la mousse a tapissés. 

Et le poète, qui vient de voir nombre de tombes disparaissant 
sous les couronnes, le poète s'arrête devant une pierre nue, où 
personne ne dépose un souvenir, où personne ne vient même dire 
une prière. Personne? Si, le poète. 

Dans ta tombe déserte et nue 
Du moins ma prière descend. 
Repose en paix, âme inconnue, 
Reçois le salut du passant. 



XXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

J'ai dit que la pensée du poète allait à ceux qui souffrent, à ceux 
qui pleurent. Mieux encore! Sa pensée va vers ceux auxquels on 
ne pense pas; sa pensée va vers ceux auxquels on ne pense plus. 
Et quoi d'étonnant qu'on oublie ceux qui ne sont plus! On oublie 
même ceux qui sont encore. Combien de fois n'est-il pas arrivé à 
chacun de nous de vouloir rendre visite à un vieil ami! Et l'on 
remet au lendemain, et au surlendemain, 

Et la lettre de mort un matin vient nous dire : 

« Vous ne le verrez plus jamais. . . Priez pour lui. » 

Quelle expérience, quelle triste expérience des choses de la vie ! 
Ah I le poète a beaucoup vu, beaucoup réfléchi. Il a été le témoin 
de bien des misères ; il a connu bien des spectacles désolants ; mais 
il ne partira pas de là pour maudire ou blasphémer; non, il en 
profitera pour ouvrir nos âmes aux plus beaux sentiments dont 
l'âme humaine est capable, à la bonté, à la pitié. 

Voyez la Mort du Saltimbanque ! — Après la représentation en 
plein air, le saltimbanque est tombé malade ; le voilà cloué sur son lit 
de souffrances. Un jeune paillasse, sans quitter son maillot rose, 
court à travers champs pour chercher le médecin ; la femme 
colosse, qui tout à l'heure débitait le boniment, est là morne, stu- 
péfaite, se demandant qui assurera le pain du lendemain. Et le 
pauvre saltimbanque regrette, à ce moment suprême, de n'avoir 
pas donné à ses enfants un autre métier que le sien. Que vont-ils 
devenir sans lui? Et, dans tous ces pitres aux accoutrements 
bizarres, aux contorsions grotesques, l'écrivain nous montre des 
hommes qui pensent, qui sentent, qui souffrent comme nous. Ah! 
dans tous ces petits tableaux, je rends hommage à l'invention de 
l'artiste, au talent de l'écrivain, mais je ne serais pas touché si je 
ne retrouvais dans chaque vers le cœur d'un homme bon et sen- 
sible, le cœur d'un homme qui aime les hommes et qui me les fait 
aimer. Descartes disait : « Je pense, donc je suis. » Manuel dit 
mieux : « J'aime, donc je suis. » 

Dans ces conditions, vous ne vous étonnerez pas quand je vous 
dirai que de la poésie d'Eugène Manuel découle un enseignement 
particulièrement élevé. J'ai bien le droit de parler d'enseignement 



LES POÉSIES D'EUGENE MANUEL XXV 

à propos d'un écrivain qui a si longtemps instruit la jeunesse, qui 
avait mission d'instruire la jeunesse, car ce fut une mission pour 
lui. Eugène Manuel ne pouvait être de ceux qui se contentent d'en- 
seigner aux élèves un peu de grec et de latin ; 

Je n'ai point enchaîné l'homme et tout son destin 
Aux superstitions du grec et du latin. 

Il visait plus haut, il voulait enseigner ce qui est vrai, ce qui 
est beau : 

Le vrai fut mon souci; le beau fut mon idole. 

Et alors cet homme que je vous ai montré tout à l'heure bon et 
sensible, cet homme, la douceur, la bienveillance même, devient 
sévère et exigeant Et il est sévère et exigeant parce qu'il est bon 
et sensible. Et, en effet, qui veut aimer les hommes doit travailler 
pour eux; qui veut aimer les hommes doit lutter pour eux; qui veut 
aimer les hommes doit souffrir pour eux. 

Lutter, souffrir, voilà le vrai but de la vie, voilà le privilège des 
élus. « C'est ainsi que Dieu forge une àme », comme dit Manuel lui- 
même dans cette belle poésie Y Histoire d'une Ame, où l'auteur 
nous montre une àme que Dieu choisit avec amour, à qui il suscite 
chaque jour de nouvelles épreuves; il la blesse, il la frappe, 

11 la durcit comme un émail, 
Il la trempe comme une épée. 

Et si Manuel développe cette idée, ce n'est pas parce qu'il y trouve 
une 

Admirable matière à mettre en vers français, 

c'est parce que c'est bien là l'expression de sa pensée. Ce qu'il dit 
en vers, il l'a répété en prose à ses collègues, à ses subordonnés» 
à la jeunesse scolaire. Et c'est à cette jeunesse scolaire, espoir e* 
avenir de notre pays, qu'il disait un jour à la distribution des prix 
du lycée Louis-le-Grand à propos du surmenage : « Le surmenage 
(puisque ce mot a pris une place démesurée dans les préoccupa- 
tions de ce temps) est un danger, sans doute, pour l'enfant et pour 



XXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

le jeune homme, mais il est presque une obligation pour l'homme 
digne de ce nom. Dans la lutte de la vie, il est la condition même du 
combat. L'histoire ne se souvient que des nations qui se sur- 
mènent, elle oublie dédaigneusement celles qui abdiquent et se 
reposent. . . Et les individus comme les peuples ne font de belles 
ou d'utiles choses qu'en dépassant la mesure ordinaire de l'activité 
et de l'effort. » 

Et après avoir passé en revue les différentes professions où il faut 
se surmener, Manuel ajoute que le professeur doit se surmener au 
profit de ses élèves. Et il a fait comme il a dit. Chez Manuel, 
l'homme, le fonctionnaire, le poète ne font qu'un. 

Lisez encore la poésie intitulée Grandeur Morale, où l'auteur des 
Pages Intimes nous invite, en un magnifique langage, à contempler 
le plus beau des spectacles qu'il soit donné à l'homme de contempler 
ici-bas. — Vous croyez peut-être qu'il s'agit de l'immensité de 
l'océan, des astres étincelants? Non, c'est quelque chose de plus 
beau et de plus difficile à trouver, malheureusement, le spectacle 
d'un homme qui a le sentiment de la justice : 

Mais il est un spectacle à mes yeux plus auguste 
Que ce fourmillement de mondes de'couverts ; 
C'est, dans le dernier coin perdu de l'univers, 
Debout sur notre globe infime, un homme juste! 

Il est intéressant de rapprocher de ces vers ce que je lis dans 
Bulletin de l'arbitrage entre nations du 25 juin 1901 : « Pendant la 
période mensuelle qui vient de s'écouler, la mort a frappé dans les 
rangs de l'armée de la paix et enlevé à notre cause plusieurs soldats 
et non des moindres . 

« Nous avons tout d'abord à déplorer la perte de M. Eugène Ma- 
nuel. . . ; il était des nôtres, non seulement à cause de son exquise 
bonté, mais surtout à cause de l'harmonieuse et belle notion qu'il 
avait de la justice. » 

Il y a des écrivains qui ont chanté le bon vin et qui ont prêché 
d'exemple en vidant les bouteilles. D'autres ont chanté l'amour et ont 
aussi prêché d'exemple. Manuel chante le devoir et à son tour il prê- 
che d'exemple. Et dans ces conditions je comprends que certains ro- 



LES POESIES D'EUGENE MANUEL XXV11 

manciers à l'imagination brillante ont dû lui paraître insuffisants pour 
l'éducation d'une démocratie au XX e siècle. Eugène Manuel veut que 
le poète devienne l'auxiliaire du savant, du moraliste, du pédagogue, 
de l'hygiéniste, de tous ceux qui se préoccupent d'améliorer le sort 
des masses, de tous ceux qui se dévouent à ces grands problèmes 
sociaux d'où dépend la condition de l'humanité, et à cet égard, je 
dois le rappeler, Manuel a été un précurseur. Que n'a-t-on pas dit 
sur l'alcoolisme depuis quelque temps ! S'il est une question à l'ordre 
du jour, c'est bien celle de l'alcoolisme. Les murs de la ville de Paris 
sont en ce moment couverts d'affiches, portant en grosses lettres : 

L'alcoolisme, ses dangers ! 

« C'est une erreur de dire que l'alcool est nécessaire aux ouvriers 
qui se livrent aux travaux fatigants, qu'il donne du cœur à l'ouvrage, 
qu'il répare les forces », etc. . . 

Mais il y a plus de trente ans qu'Eugène Manuel avait dit cela 
dans son drame Les Ouvriers. Il serait inutile de poser des affiches 
si tout le monde sentait et pensait comme l'ouvrier Marcel : 

Le cabaret ?. . . merci ! L'on sait ce qu'on y gagne ! 
Singulier goût d'aimer à battre la campagne ! 
Je n'ai jamais compris, sobre dès le matin, 
Les éblouissements de ce comptoir d'e'tain. 
Voyez-vous, ma raison, qu'un pareil soupçon blesse, 
Fait de la tempérance un titre de noblesse. 
La misère et le vice ont besoin de l'oubli : 
J'aime trop mon bon sens pour le voir affaibli, 
Et nous n'avons pas trop de notre intelligence, 
Nous autres, pour combattre et vaincre l'ignorance l . 

L'an dernier, le Congrès de la Ligue de l'Enseignement se réunis- 
sait à Lyon et il émettait le vœu de voir se fonder partout des 
œuvres où « la jeunesse pourrait trouver non seulement un milieu 
fraternel et des distractions, mais les moyens de compléter cette 
éducation civique et morale qui fait le bon citoyen » . 

1 Les Ouvriers, scène VI. 



XXVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

Le bon citoyen I Celui qui parlera et agira comme l'ouvrier 
Marcel : 

Je suis les cours publics ; il s'en fait à foison. 
J'apprends tant bien que mal à forger ma raison. 
A quoi sert d'habiter une pareille ville 
Si c'est pour y moisir comme une âme servile ! ? 

Ah ! je comprends qu'après avoir écouté de pareils vers, 
Alexandre Dumas fils ait écrit à Manuel : « Je suis très heureux 
de notre communion d'idées. Ma conviction est que nous pouvons et 
devons servir à autre chose qu'à l'amusement du public, et que c'en 
est fini de la littérature et du théâtre qui concluent au mariage 
d'Arthur avec Henriette ou à l'enlèvement de M me X. par M. Z. 
Sans rien enlever au théâtre de sa passion, de son intérêt, de sa 
gaîté, de son mouvement, on peut, je le crois, le faire servir aux 
solutions que la société demande à tout le monde sans pouvoir les 
trouver toute seule. C'est donc avec un grand plaisir que j'ai vu le 
succès des Ouvriers et je vous en aurais félicité tout d'abord, si je 
n'avais craint de me poser en maître vis-à-vis d'un homme qui 
débutait si vaillamment. » 

Le drame des Ouvriers fut donné au Théâtre-Français le 17 
janvier 1870. En juin 1873, Manuel y faisait représenter une autre 
pièce en vers, FJ Absent, où il aborde les questions si délicates de 
l'éducation, de l'autorité paternelle, des droits de l'enfant. 

La Comédie-Française a conservé d'autres souvenirs encore de 
Manuel. Je parle de ces belles tirades patriotiques applaudies en 
1870-1871 pendant ce siège mémorable de Paris. Moments terribles, 
moments pleins de grandeur quand Paris, enfermé dans le cercle de 
fer des Prussiens, mourant de faim, mourant de froid, se consolait 
en écoutant ces belles poésies que vous trouverez dans le volume 
Pendant la guerre. On se serait cru revenu aux beaux jours de la 
Grèce antique où la poésie guerrière enflammait les cœurs et assurait 
le gain des batailles. 

On a raison de dire qu'il n'y a parfois rien de plus éloquent qu'une 

1 Les Ouvriers, scène VI. 



LES POESIES D'EUGENE MANUEL XXIX 

statistique dans sa sécheresse. Ouvrez le volume d'Edouard Thierry, 
La Comédie Française pendant les deux sièges. — Je prends au 
hasard : 

1 er août. — Envoi des vers de Manuel Pour les blessés. 
8 août. — Ecrit à Manuel pour lui demander s'il donne ses droits 
d'auteur de samedi à la recette qui sera versée dans la caisse 
des souscriptions publiques. 
16 octobre. — Coquelin nous lit une jolie pièce de vers d'Eugène 

Manuel, intitulée Les Pigeons de la République. 
25 octobre. — Matinée. Foule immense aux abords du Théâtre. 
Programme de la matinée. 

Conférence de M. Legouvé sur l'alimentation morale pendant 
le siège. 

Fragments d'Horace. 

Pour les blessés, à-propos patriotique d'Eugène Manuel. 
Les Cuirassiers de Reichshoffen. (Bergerat.) 
La Marseillaise, chantée par M lle Agar. 
28 octobre. — M. Guyot, directeur du Théâtre de Passy, demande 

la copie des Blessés de Manuel. 
11 novembre. — Ecrit à Manuel pour le prier de nous donner une 

pièce de vers que M lle Croizette dirait dimanche. 
1 er janvier. — Le compliment de Manuel a fort bien réussi. 
3 février. — Les vers d'Eugène Manuel sur Henri Regnault ont pro- 
duit un très grand effet. 

Il y a une grande variété de ton dans ces poésies patriotiques : 
ici la note touchante : Pour les blessés, la Visite au Fort ; là un 
superbe cri d'indignation : La Mort d'Henri Regnault; puis encore 
une poésie d'une allure toute guerrière, où certains vers sonnent 
comme un clairon, telle La Chanson de Mort. 

La poésie Pour les blessés mériterait de nous arrêter. C'est un 
dialogue entre un soldat blessé et une jeune femme qui s T est faite 
infirmière. Cette pièce de vers porte en dédicace un nom que je ne 
me rappelle pas sans une pieuse émotion. Beaucoup d'entre vous 
ont connu celle dont je parle; ce fut une grande Juive, une grande 
Française, à qui le gouvernement de la République décerna la 



XXX ACTES ET CONFÉRENCES 

croix de la Légion d'honneur pour ses services patriotiques, 
M me Coralie Cahen. Nulle plus qu'elle ne méritait l'hommage du 
poète ; c'est bien à elle que s'adressent ces vers : 

Ah ! que le ciel vous paye en bonheur, femmes saintes, 
Qui parmi les sanglots, les cris aigus, les plaintes, 
Avez réalisé ce sublime dessein, 
D'unir en un seul corps l'ange et le médecin ! 

Ce que j'aime dans ces poésies patriotiques d'Eugène Manuel, 
c'est cette forte confiance dans les destinées de la patrie ; c'est la 
fière espérance dont il fait tressaillir nos âmes. Aimons la France 
comme le vieil Alsacien Moser, qui ne désespère pas devoir l'Alsace 
redevenir française; il espère sur son lit de mort; il espère même 
dans la tombe. Et il veut que le jour, où le drapeau tricolore flottera 
en Alsace, on vienne sur sa tombe lui crier ces trois mots : v Moser ! 
c'est fait! » 

Les choses d'ici-bas présentent parfois un spectacle bien ironique. 
Des milliers de naïfs répètent volontiers que les Juifs sont des 
Allemands, des Prussiens. Et les Prussiens proscrivent les poésies 
de Manuel dans cette Alsace que nous avons tant aimée et que le 
poète porte en son cœur. Les Alsaciens ne l'ont pas oublié; et aux 
fêtes de Noël, quand on se réunit devant le vieux sapin venu de 
là- bas, des forêts des Vosges, et qu'on parle du pays absent, c'est à 
Manuel qu'on s'adresse pour chanter ce que chacun sent au fond du 
cœur. Voyez X Anniversaire récité en 1878 à la fête de l'Arbre de 
Noël des Alsaciens-Lorrains au Trocadéro. 

Manuel a été le chantre de nos deuils, de nos espérances et de 
nos gloires nationales. 

Si la France a perdu de son prestige militaire en 1870, elle a 
gardé le premier rang dans les choses de la pensée. Deux hommes 
surtout ont jeté sur elle un éclat incomparable : Pasteur et Victor 
Hugo. Quand la France célèbre la mémoire de Pasteur, c'est à 
Manuel qu'on s'adresse pour composer la poésie récitée au Festival 
du Trocadéro (11 mai 1886). Et quand la France célébrait les 
quatre-vingts ans de Victor Hugo, c'est à Manuel qu'on s'était adressé 
pour composer les vers récités à la Porte Saint-Martin (27 février 



LES POÉSIES D 1 EUGENE MANUEL XXXI 

1882). Je Fai vue souvent, dans le cabinet de travail de Manuel, la 
feuille de laurier d'orque Victor Hugo détacha de la couronne qui lui 
fut offerte par la Ville de Paris et que le grand octogénaire vint 
remettre, les larmes aux yeux, à M me Manuel. 

Il est un point sur lequel Victor Hugo et Eugène Manuel pou- 
vaient s'entendre : c'est l'amour des enfants. Les enfants tiennent 
une très grande place dans la poésie moderne. Eugène Manuel ne 
pouvait pas les oublier. Il y a quelque temps on a fait grand bruit à 
propos d'une pièce de théâtre où l'auteur montrait que la naissance 
d'un enfant rendait, pour ainsi dire, le divorce impossible. — Dans 
La Robe de Manuel, la séparation devient impossible, non par la 
présence de l'enfant, mais par le souvenir même de l'enfant qui 
n'est plus. 

L'enfant qui n'est plus! Ah! pourquoi les enfants meurent -ils ? 
Victor Hugo s'est posé la terrible question. Manuel aussi met le 
point d'interrogation, et, sans perdre son temps à résoudre le 
problème insoluble, il constate dans bien des poésies cette chose, 
cette triste chose, la mort impitoyable frappant ces êtres charmants, 
gracieux, si nécessaires à notre existence. Et tant qu'il y aura des 
parents et des enfants, on se sentira ému à la lecture de ces poésies 
comme le Berceau, le Rosier, VEau qui dort, les Petits Cercueils, 
le Soufflet. 

Le dirai-je ? Les enfants sont des ingrats : tous connaissent les 
fables de La Fontaine, qui exécrait les enfants ; beaucoup ignorent 
combien ils ont été aimés par Victor Hugo, Laprade et bien d'autres 
encore qu'il serait trop long de nommer. Je n'oublie pas Eugène 
Manuel, qui, lui aussi, est le poète des enfants ! 

Et comment ne l'aurait-il pas été, lui qui les a si bien connus, lui 
qui en a fait une si fine psychologie, qui a si bien décrit leur état 
d'âme dans des études pédagogiques déjà anciennes, quelque peu 
oubliées, mais fort intéressantes *? 

Victor Hugo "ne veut pas qu'on mette l'enfant au collège, il dit 
aux mères : 

. . . Laissez-nous cet enfant, 
1 Voir à l'appendice. 



XXXII ACTES ET CONFERENCES 

Nous ne lui donnerons que de bonnes pensées. 

Dieu deviendra visible à ses yeux enchantés, 

Car nous avons des fleurs, des rameaux, des clartés. 

Ces fleurs, ces rameaux, Manuel veut que l'enfant les trouve 
au collège même. Et, dans une distribution des prix au lycée 
de Vanves, l'Inspecteur général montre avec orgueil seize hec- 
tares de jardins et de cours mis à la disposition des élèves, et il 
dit aux enfants : « Vos chants se mêleront à ceux des oiseaux ; 
au sortir de la classe d'histoire naturelle, vous pourrez saisir 
le coléoptère en son gîte, poursuivre le papillon sur sa fleur, ou 
cueillir dans vos buissons la plante rustique dont le maître vous 
aura dit les merveilles ! Ce sera la réalité d'un rêve que nous 
avons fait souvent : ouvrir pour les enfants des chemins plus 
fleuris-. . . » Et le poète — car cette prose est elle-même de 
la poésie — demande qu'on mette encore dans les jardins de 
Vanves une volière, un aquarium, une ménagerie pour amuser 
les écoliers. Celui-là qui s'exprimait ainsi a bien été le poète des 
enfants ! 

Il est, dans les poésies de Manuel, un caractère que je crois 
devoir vous signaler tout particulièrement ce soir. Dans les Trois 
Peuples, l'auteur a écrit ce qui suit : 

Trois peuples m'ont donné ce qu'il me faut pour vivre : 
Les Romains et les Grecs, et mon vieux peuple hébreu! 

Mon vieux peuple hébreu! Manuel ne l'a jamais oublié. Voici une 
éloquente profession de foi : « Né dans le judaïsme je meurs dans 
ce culte que j'aime parce qu'il est tout plein de la croyance en Dieu, 
parce qu'il a traversé les âges dans le malheur, la persécution et 
l'opprobre immérité, parce qu'il prêche toutes les grandes vérités 
dont ma conscience morale a besoin. . . Philosophe spiritualiste, je 
trouve dans ce culte, que j'ai reçu en naissant, tous les éléments 
essentiels de mes besoins religieux ; et ceux que la réflexion et la 
science y ont ajoutés ne me troublent ni dans mes respects ni dans 
mes préférences. Sur ce point comme dans beaucoup d'autres on 
trouvera dans mes vers les meilleures de mes pensées et de mes 



LES POÉSIES D'EUGÈNE MANUEL XXXIII 

sentiments l ; » Ces sentiments et ces pensées se sont manifestés 
non seulement par des paroles, mais par des actions. — En 1860, 
quelques hommes de cœur se réunissaient un soir à Paris et, après 
un échange de conversations, ils fondaient l'œuvre la plus belle, la 
plus féconde de toutes celles dont s'honore le judaïsme, Y Alliance 
Israélite. Les noms de ces hommes méritent d'être rappelés : 
c'étaient Aristide Astruc, Isidore Cahen, Jules Carvalho, Charles 
Netter, puis celui que l'Alliance a encore la bonne fortune d'avoir à 
sa tête aujourd'hui, et moi la bonne fortune d'avoir dans mon audi- 
toire ce soir, M. Narcisse Leven ; enfin Eugène Manuel. L'appel 
aux souscripteurs, vrai chef-d'œuvre en son genre, est de la plume 
d'Eugène Manuel. Membre du Comité central de l'Alliance israé- 
lite, Eugène Manuel fut encore membre du Consistoire central, où il 
représentait la circonscription de Lyon. 

A la date du 4 mars 1899, le Manuel général de F Instruction pri- 
maire publiait, adressée aux instituteurs et aux institutrices de 
France, une lettre admirable sur la tolérance ; elle est signée d'Eu- 
gène Manuel et l'auteur y revendique hautement son titre d'israélite : 
« Vous saurez donc, si vous ne le saviez pas, que j'appartiens, par 
mes origines et ma naissance, à ce culte israélite. . . Mon père 
était un médecin israélite de Paris, et mon grand-père paternel un 
bien modeste citoyen israélite de Versailles. Je possède encore son 
certificat de civisme daté de 1*792, et son nom — le mien — figure 
parmi ceux des habitants de cette ville qui firent avec empresse- 
ment des dons à la Patrie. . . » 

Voilà des souvenirs de famille dont vous retrouvez la trace dans 
les œuvres du poète. L'auteur des Pages Intimes n'a pas oublié 
l'enfant qui suivait les cours d'hébreu de Samuel Cahen, le traduc- 
teur de la Bib'e. L'auteur des Pages Intimes n'a pas oublié qu'il 
était le petit-fils d'Israël Lovy, ce fameux ministre officiant dont 
l'arrivéo à Paris fut une bonne fortune pour la Communauté. Avec 
plus d'ambition et moins de piété, Israël Lovy aurait pu se faire 



1 Nous extrayons ces lignes si intéressantes des dispositions testamentaires 
d'Eugène Manuel. M me Manuel a bien voulu nous permettre de prendre copie 
de quelques passages. 

ACT. ET CONF. G 



XXXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

un nom sur les premières scènes lyriques. Il préféra se donner à la 
synagogue. 

Manuel a consacré à la mémoire de son grand-père des souve- 
nirs bien intéressants dans les Archives de 1850. C'est Israël Lovy 
qui, le premier, imagina de donner aux ministres officiants le cos- 
tume qu'on leur voit aujourd'hui. C'est lui qui, le premier, organisa 
les chœurs d'enfants : « Il réunissait des journées entières ses 
jeunes choristes chez lui; il enseignait avec une infatigable patience 
ces enfants, étrangers pour la plupart aux premiers principes de la 
musique ; et quand il leur faisait répéter les chants qu'il écrivait 
pour eux, le violon en main, l'œil étincelant, il était vraiment beau 
à voir ; c'était l'enthousiasme du lévite et de l'artiste à la fois, et 
lorsqu'il entonnait au temple un hymne sacré, c'était toute la majesté 
d'un pontife. J'étais bien jeune quand je l'accompagnais à la syna- 
gogue et quand, assis non loin de lui, j'assistais à ces fêtes dont la 
mémoire m'est chère encore... » tellement chère que Manuel 
éprouvait le besoin de chanter en vers ce qu'il avait dit en prose 
et il écrivait la poésie Le Lévite : 

Voilà la toque du vieux temps 
Avec la robe aux plis flottants 
Que retenait une ceinture. 
C'est un pontife, c'est un roi! 
Un reflet de la Sainte Loi 
Illumine cette peinture- 

* Tel au Temple il réapparaissait 

Quand sous le dais il se dressait, 
Interprète de la prière, 
Puissant, radieux, inspiré, 
Et d'un chœur d'enfants entouré, 
Dominant l'assemblée entière! 

Puis, il chantait 

D'autres poésies encore sont puisées à la source hébraïque : Le 
Verset, La Place du Pauvre, Lm Veillée du Médecin, Rachat l . 

1 II y a quelques années M. le rabbin Raphaël Lévy fondait V Œuvre de 
travail et de placement qui eut son siège rue Saint-Gilles. Il s'occupa de re- 
cueillir des adhésions. Manuel envoya la sienne, accompagnée de la poésie 



LKS POESIES D'EUGÈNE MANUEL XXXV 

Vous connaissez le joli quatrain qui est à la fin des Pages Intimes : 

Enfants, à votre première heure, 
On vous sourit, et vous pleurez. 
Puissiez-vous, quand vous partirez, 
Sourire, alors que l'on vous pleure ! 

C'est une traduction, fort heureuse d'ailleurs, d'une petite poésie 
hébraïque : « Le matin, quand tu ouvris les jeux au soleil levan 
qui brillait - tu as pleuré, un pleur amer, et nous étions tou 
joyeux ; — le soir, quand tu t'endormiras pour te reposer à l'ombre 
du Tout-Puissant, tu souriras à ce dernier jour, et derrière toi la 
douleur éclatera. » 

Un souvenir intéressant se rattache aux Ouvriers. Il y a près 
d'un demi-siècle se fondait à Paris la Société de Patronage pour les 
apprentis israélites. A peine fondée, elle reconnut qu'il ne suffisait 
pas d'envoyer les enfants à l'école, il fallait les instruire. On décida 
d'ouvrir des cours du soir, et pour être sûr qu'ils seraient faits 
régulièrement et conformément aux intentions des fondateurs, Eu- 
gène Manuel s'avisa d'un moyen bien simple : il vint faire les cours 
lui-même. Et c'est de là, de ce contact journalier avec les apprentis 
juifs qu'a jailli dans l'esprit du poète l'idée de son drame : Les 
Ouvriers. 

Quant à ses poésies patriotiques, si Manuel a aimé la France, 
c'est qu'il éprouvait un profond sentiment de reconnaissance pour le 
pays qui, le premier, a émancipé sa race. Ce fut le devoir de toute 
sa vie de payer à sa patrie en affection et en dévouement ce qu'il en 
avait reçu en indépendance et en dignité. Il nous a livré ce noble 
secret dans son étude sur Adolphe Franck. Après nous avoir 
montré Franck, professeur au Collège de France, en possession de 
la chaire du droit de la nature et des gens, faisant de l'étude du 
Droit l'objet de toutes ses recherches (philosophie du droit civil, 
philosophie du droit pénal, philosophie du droit ecclésiastique), 
Eugène Manuel ajoute : « Ce qui lui faisait si profondément aimer 
et si passionnément enseigner la nature du Droit et son essence 

Rachat. Le manuscrit, tout entier de la main du poète, figure dans le registre 
des adhésions qui se trouve chez le fondateur de l'œuvre. 



XXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

même, c'est qu'il était un produit direct, une émanation historique 
des grandes vérités que le Droit proclame ; c'est que de 1789 et de 
la Déclaration des droits de l'homme était sortie l'émancipation de 
sa race ; c'est que la place même qu'il occupait, la parole qu'il 
faisait entendre, toute sa liberté, toute sa dignité, tout son repos, 
tout son honneur, tout ce qui le faisait l'égal des autres* hommes 
était le fruit de cette conquête nouvelle, en était l'usage désormais 
assuré. » Est-ce de Franck, est-ce de Manuel qu'il s'agit dans ces 
dernières lignes? Tout ce qui se dit de l'un s'applique si bien à 
l'autre! — Adolphe Franck, Eugène Manuel ! On peut rapprocher 
les noms de ces deux hommes; tous deux ont occupé une haute 
situation dans l'enseignement ; tous deux ont été professeurs 
d'idéal. 

Dans son beau livre Les Doctrines de haine, Anatole Leroy- 
Beaulieu dit qu'on se plaint, en France, de rabaissement, de la 
déchéance morale. Les Juifs, dit-on, n'y seraient pas étrangers, 
eux qui auraient le souci des intérêts matériels bien plus que de ces 
grandes et belles choses : Dieu, la patrie, la famille. 

Leroy-Beaulieu proteste contre cette assertion, et il n'oublie pas, 
à l'appui de sa protestation, de citer ces deux noms : Adolphe 
Franck, le philosophe spiritualiste ; Eugène Manuel, le poète de la 
religion, de la patrie, de la famille. 

En 1882, Eugène Manuel faisait de ses différentes œuvres un 
choix qu'il publiait en un petit volume : Poésies du Foyer et de 
l'École. 

Ce petit volume parut en même temps que la Revue de Famille 
fondée par Jules Simon. Jules Simon, en présentant sa nouvelle 
Revue aux lecteurs, disait : « Je crois que la France morale est à 
refaire », et il saluait avec joie l'apparition de ce nouveau volume 
dont la pensée répondait si bien à la sienne, et il réclamait le 
concours de Manuel, ce même Manuel que d'aucuns ont voulu nous 
donner comme le type du poète vraiment chrétien. Quel triomphe 
pour la morale juive, cette morale que Manuel a deux fois connue, 
et parce qu'il l'a apprise dans les livres, et parce qu'il l'a vue 
pratiquer autour de lui ! J'insiste sur ce point, et je vous le 
signale à vous, Mesdames, qui vous occupez de l'éducation de vos 



LES POÉSIES D'EUGÈNE MANUEL XXXVII 

enfants. Si Manuel a été ce qu'il a été, c'est-à-dire le poète de la 
famille, c'est parce qu'il a vécu à ce foyer domestique où tant 
d'êtres chéris lui ont donné les plus beaux exemples : le grand- 
père, le lévite ; puis la pieuse grand'mère, qui apprenait à l'enfant à 
bégayer du matin au soir un verset où il est question de la vérité 
et de la justice; puis le père, le D r Moyse Manuel, le médecin des 
pauvres, l'ami des pauvres, le philanthrope à qui la ville de Paris 
donnait une médaille pour son dévouement pendant le choléra de 
183*2; puis la mère, dont les lettres moitié français, moitié hébreu 
ne respirent que la tendresse et le dévouement, cette excellente 
Amélie Manuel, dont le seul souvenir dictait la conduite de son fils: 

Quant à moi, je n'ai pas à chercher mon devoir, 
Je n'ai qu'à regarder ses yeux pour le savoir. 

Puis encore l'oncle Jules Lovy, le joyeux chroniqueur du Figaro, 
qui apprenait à son neveu, dès l'âge de douze ans, à trouver des 
rimes et à allonger des alexandrins ; Jules Lovy, qui, au dire d'un 
biographe, a édifié tant de réputations et n'a oublié que la sienne ! 
Et sans sortir de sa famille, Eugène Manuel trouvait encore son 
meilleur collaborateur, pour ce livre devenu classique, ce livre bien 
fait pour faire aimer et connaître notre pays, La France, par 
Eugène Manuel et Lévi-Alvarès, son beau-frère. Lévi-Àlvarès, 
nom célèbre dans la pédagogie française ! Dans son livre L En- 
seignement des Filles en France, M. Gréard a rendu un bel hom- 
mage au premier des Lévi-Àlvarès, le fondateur des cours d'éduca- 
tion pour les filles. 

Ah ! c'est bien dans ce milieu que devaient éclore Les Poésies du 
Foyer et de V École» 

Et j'oublie celle à qui l'auteur des Pages Intimes a consacré plus 
d'un hommage ému : 

Nous nous retrouvons aujourd'hui, 
Quelque foyer que soit le nôtre, 
Toi, mon soutien, moi, ton appui, 
Tous deux ensemble, et l'un pour l'autre. 

Vous devinez que je parle de la compagne d'élite, fille elle-même 



XXXVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

de pédagogue * , de la collaboratrice de tous les jours, l'associée, à 
qui le poète disait : « Quand il s'agit de faire le bien, je suis 
lécolier, tu es le maître. » 

Obstacles ni dédains ne lassent ton courage. 
Je dis : Que ferons-nous? — Tu réponds : « À l'ouvrage! » 

Et hier s'ouvre la Pouponnière, aujourd'hui le Home, demain la 
Maison de convalescence de Saint-Germain, et combien d'autres 
œuvres, dirigées, secondées par celle qui me fait l'honneur de m'é- 
couter, à qui je suis heureux d'adresser un témoignage public de 
reconnaissance, et pour le bien qu'elle a fait, et pour celui qu'elle 
fera longtemps encore, je l'espère. 

Mesdames, Messieurs, j'ai essayé de vous donner une idée des 
poésies de Manuel. Et toutefois le dirai-je? le meilleur nous 
échappe. 

Pour connaître vraiment Manuel, il faudrait lire encore — 
d'abord ses œuvres en prose. — Elles ont été imprimées, et quoi- 
que éparpillées, il sera facile de les recueillir *. 

Mais ce qui n'a pas été imprimé, ce sont nombre de poésies que 
Manuel n'a pas cru devoir mettre au grand jour. Elles n'ajouteront 
certes pas à sa valeur littéraire ; mais elles sont curieuses, car elles 
révèlent un état dame. On y voit un Manuel bon enfant, souriant, 
ami de la gaîté, avec une pointe de malice, avec des saillies spi- 
rituelles qui ne dépassent jamais la mesure. Surtout on y voit 
cette préoccupation constante de faire plaisir aux autres. Mais 
combien ceci est plus marqué encore dans ses lettres ! Et après 
en avoir lu et de celles qu'il envoyait et de celles qu'il recevait, 
je me suis dit que si j'avais une épithète à mettre au nom de 
Manuel, je n'en connaîtrais qu'une : Le bon Manuel ! Car il 
fut bon. Là-dessus j'aurais tant de choses à dire que je ne dis 
rien. 



1 Le père de M me Manuel, M. Hirsch, fut longtemps professeur au collège de 
Metz ; puis il quitta son pays natal pour professer à Paris, où il forma nombre 
d'excellents élèves. 

' Voir à l'appendice. 



LES POÉSIES D'EUGÈNE MANUEL XXXIX 

Mesdames, Messieurs, en tête des poésies de Manuel, vous 
trouverez une petite pièce de vers : La Source. Elle finit ainsi : 

A travers bois ma source fuit. 
Elle est humble et fait peu de bruit. 
Mais elle est pure : on y peut boire. 

J'ose protester contre les premiers vers, ne fût-ce qu'en souvenir 
des deux cents représentations des Ouvriers données sur la pre- 
mière scène dramatique du monde, le Théâtre-Français. — Mais 
j'approuve pleinement le dernier vers. Oui, la source est pure, on 
peut y boire. 

Cette source pure, image de l'œuvre du poète, est l'image même 
de sa vie. Et je voudrais que ce vers fût gravé sur le monument 
qu'on va élever à la mémoire d'Eugène Manuel. Vous savez, Mes- 
dames et Messieurs, qu'on va élever un buste à Manuel. Un comité 
s'est déjà formé qui a réuni d'illustres adhésions et dont le prési- 
dent officieux, en attendant que je puisse dire officiel, est une 
haute personnalité du gouvernement 1 . Je souhaite que ce comité 
aboutisse à bref délai. J'appelle de tous mes vœux le jour de l'inau- 
guration du monument, car ce jour on verra, non pas des juifs, 
des protestants, des catholiques, mais des Français unis pour 
rendre hommage à un Français et communier en sa mémoire dans 
l'amour du vrai, du beau et du bien. 



APPENDICE. 



L'œuvre en prose d'Eugène Manuel est considérable. 

Signalons d'abord une se'rie d'articles pédagogiques publiés dans le 
Conseiller de l'Enseignement (années 1852, 1855). Il y a des aperçus fort 
intéressants sur les différents caractères d'e'coliers, sur l'obligation qui 
s'impose aux maîtres de varier la discipline, de connaître le milieu 

1 Nous avons droit de la nommer : c'est M. Fallières, président du Sénat. 
A son adhésion se joignent celles de MM. Gréard, Liard, Rabier, Claretie, 
Sully-Prudhomme, Anatole Leroy- Beaulieu, Buisson, Bourgeois, Roujon. J'en 
passe et des meilleurs. 



XL ACTES ET CONFERENCES 

auquel appartiennent les enfants; sur les programmes d'enseignement, 
qui ne doivent pas être uniformes dans notre pays, mais qu'il faut 
savoir approprier aux différents besoins locaux et industriels; sur l'édu- 
cation physique (le maître doit être quelque peu médecin) ; sur l'in- 
fluence des parents ; sur les récompenses, les pensums. — Le nombre de 
ces articles est de 11. 

Pour les autres travaux pe'dagogiques nous rappellerons ce qu'a dit 
M. Edgard Zévort, de la part qui revient à Manuel dans les réformes 
universitaires ' : « Outre la part qu'il a prise aux sérieuses discussions 
qui ont amené l'élaboration du plan d'études de 1880, et à la rédaction 
de la note sur les principes des nouvelles méthodes, M. Manuel a fait 
connaître dans d'innombrables documents officiels ses vues générales 
sur l'organisation de l'enseignement secondaire. La réunion de ses rap- 
ports au Ministre sur le certificat d'aptitude et sur l'agrégation des 
jeunes filles, de ses rapports au Conseil supérieur sur l'institution d'une 
agrégation des jeunes filles et sur la condition des maîtres répétiteurs, 
de ses discours de présidence aux lycées Michelet, Gondorcet, Rollin, 
Janson et Louis-le-Grand formerait un excellent volume de pédagogie, 
aussi intéressant par le fond pour les hommes spéciaux, qu'agréable par 
la forme pour les hommes du monde. Le plus important de ces discours, 
pour l'objet qui nous occupe est celui qui fut prononcé à l'inauguration 
du collège Michel-l'Hospital, à Riom, le 30 octobre 1886. » 

La Bévue de Famille, la Bévue contemporaine, la Bévue Bleue ont publié 
d'Eugène Manuel des articles littéraires ou des nouvelles (études sur 
Octave Feuillet, Jules Simon, Legouvé; une Visite à Chateaubriand; le 
bi-centenaire de Corneille; un Congrès féministe ; le Ménage Laurent), etc. 

A mentionner encore les éditions d'André Chénier, de J.-B. Rousseau 
précédées d'excellentes études sur ces auteurs ; des articles dans le 
grand Dictionnaire Dezobry {Lamennais, Musset, Molière, M m9 de Main- 
tenon) ; l'article Poésie dans le Dictionnnaire pédagogique; les discours 
prononcés à l'inauguration de la statue de Brizeux, à Lorient; de Sou- 
lary, à Lyon. 

Manuel a écrit nombre de préfaces fort intéressantes pour différents 
ouvrages entre lesquels nous rappelons les Etudes orientales, d'Adolphe 
Franck ; les Conférences de ÎOdéon (série iv) ; YEcole, d'Edouard Petit. 
Choix de Poésies de Frédéric Bataille, etc., etc. 

J'ai parlé plus haut de La France, cet excellent volume dû à la col- 
laboration d'Eugène Manuel et de Lévi-Alvarès. 

Les Archives Israélites ont également publié quelques articles d'Eugène 
Manuel, entre autres sur l'utilité de faire connaître la Bible aux enfants. 

1 L'Enseignement secondaire de 4880 à 1890, par Edgard Zevort. __^^_^ 



PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES DU CONSEIL 



SEANCE DU 30 MAI 1902. 
Présidence de M. J.-H. Drbvfuss, président. 

Le Conseil décide de demander au Consistoire Israélite de Paris 
l'autorisation d'annexer sa bibliothèque à celle que le Consistoire a 
établie place des Vosges. 

M. Théodore Reinach rappelle que le Conseil, à l'occasion du 
vingt-cinquième anniversaire de la fondation de la Société, a résolu 
de publier un Index général de la Revue. Il ne reste plus qu'à trouver 
un collaborateur capable d'entreprendre ce travail. 11 a été parlé 
aussi d'un banquet, mais la question, n'étant pas urgente, peut être 
ajournée. 

M. Rubens Duval fait une communication sur quelques mots 
syriaques. 



SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 1902. 
Présidence de M. Maurice Vernes. 

Il est donné lecture d'une lettre du Consistoire israélite de Paris, 
qui souscrit à vingt- cinq exemplaires des Œuvres de Flavius 
Josèphe. En même temps, il informe la Société qu'il est disposé à 
faire droit à la demande qui lui a été adressée touchant l'installa- 
tion de la bibliothèque de la Société dans le local de la place des 
Vosges. 

A ce propos, M. Israël Lévi, qui a visité le local, fait remarquer 
que de long'emps le transfert de la bibliothèque n'y pourra pas être 



XL1I ACTES ET CONFERENCES 

fait. M. Salomon Reinach dit que justement Y Alliance Israélite sera 
saisie par lui d'un projet de construction d'une bibliothèque dans 
les terrains appartenant à F Ecole normale d'Auteuil : là seraient 
transportés les livres de l'Alliance et éventuellement ceux des autres 
bibliothèques juives qui voudraient y être réunies. M. Salomon Rei- 
nach demande au Conseil d'émettre un vœu favorable à ce projet. 

Après diverses observations portant surtout sur l'emplacement de 
cette bibliothèque, qui serait ainsi située à une extrémité de Paris, 
le Conseil se rallie à la proposition de M. Salomon Reinach. Il 
décide, en outre, que si l'Alliance israélite donne suite à ce projet 
et est disposée à accueillir la bibliothèque de la Société, cette faveur 
sera sollicitée. 

Le Conseil s'entretient ensuite des conférences de l'hiver 1902- 
1903. 

M. Salomon Reinach fait une communication sur un passage de 
TEvangile de Jean. 



SÉANCE DU 3i DÉCEMBRE 1902. 
Présidence de M. J.-H. Dreyfuss, président. 

M. Israël Lévi demande l'autorisation, en attendant le transfert 
définitif de la bibliothèque, d'en faire déposer les livres dans une 
salle qui lui a été offerte par le secrétariat du Consistoire israélite 
de Paris. 

Cette autorisation est accordée. 

Le Conseil apprend avec plaisir que l'Alliance israélite a ratifié 
toutes les propositions de M. Salomon Reinach et que les travaux 
de construction de la bibliothèque d'Auteuil commenceront pro- 
chainement. 

La date de l'Assemblée générale est fixée au 7 février 1903. 
M. Maurice Bloch fera, à cette occasion, une conférence sur Les 
Poésies tf Eugène Manuel. Des pièces de vers seront récitées par 
des artistes. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL XL1I1 

M. Sylvain Lévi sera proposé aux suffrages de la Société pour la 
présidence. 

Sont reçus membres de la Société : 

MM.Gyula Welcsz, rabbin à Nagy-Bistosc,Trencsen (Autriche- 
Hongrie), à titre d'associé étranger, et Ernest Ginsburger, rabbin, 
demeurant à Paris, présentés par MM. Israël Lévi et Schwab. 

M. Schwab, trésorier, expose le projet de budget pour l'année 
1903. 

Recettes. 

Souscriptions diverses . . 6 . 600 fr . 

— du Ministère 315 

Ventes par le libraire 1 .425 

— de numéros et volumes divers 500 

Revenus des valeurs chez MM. de Rothschild 3.000 

To/,al 11.900fr. 

Dépenses. 

Impressions des quatre numéros de la Revue 4.800 fr. 

Honoraires des quatre numéros 2 . 800 

— du secrétaire de la rédaction et du secré- 
taire-adjoint 2.400 

Frais de bureau et divers pour conférences et impres- 
sions, souscriptions, encaissements, etc 1.500 

Total 11.500 fr. 

Excédent de recettes 4' fr. 



SEANCE DU 20 FEVRIER 1903. 

Présidence de M. Sylvain Lévi, président. 

M. le Président remercie le Conseil de l'avoir présenté aux suf- 
frages de la Société. Il donne lecture d'une lettre de M me Eugène 



XL1V ACTES ET CONFÉRENCES 

Manuel exprimant sa gratitude pour l'hommage rendu à la mémoire 
de son regretté mari. 

Il est procédé à la nomination des membres du bureau : l'ancien 
est réélu; le choix du second vice- président est ajourné à la pro- 
chaine séance. Les membres du Comité de publication sont égale- 
ment réélus. 

M. Théodore Reinach veut bien promettre de faire prochaine- 
ment une conférence sur le prophète Jèrèmw. 

Le Conseil s'entretient de l'utilité des conférences telles qu'elles 
ont été faites jusqu'ici. M. Paul Grunebaum serait d'avis qu'au 
lieu d'être réservées uniquement aux membres de la Société, elles 
fussent destinées aussi à tous ceux qu'intéressent les questions dont 
s'occupe la Revue. Par là la Société se conformerait mieux à son 
programme. Des convocations générales seraient portées à la con- 
naissance du public et des invitations particulières adressées à tous 
ceux qui sont connus pour leur amour de la science. La question 
sera discutée à la plus prochaine séance du Conseil. 

Sont reçus membres de la Société : 

MM. Elkan A. Adler, de Londres, à titre d'associé étranger, et 
Julien Weill, rabbin de Versailles, présentés par MM. Zadoc 
Kahn et Israël Lévi. 

M. Israël Lévi informe le Conseil que M. Henri Bruhl, pour per- 
pétuer le souvenir de son regretté père, M. David Bruhl, qui fut 
membre de la Société pendant plus de vingt ans, fait don d'une 
somme de 400 francs. 

Le Conseil, pénétré de reconnaissance pour cet acte de piété 
filiale, décide que le nom de David Bruhl figurera désormais au 
nombre des membres perpétuels . 

Les Secrétaires, 

Mayer Lambert et Lucien Lazard. 



SOCIETE DES ETUDES JUIVES 

RECONNUE D'UTILITÉ PUBLIQUE PAR DÉCRET EN DATE DU 6 DÉCEMBRE 1896 



STATUTS 



TITRE PREMIER. — But de la Société. 

Article premier. — La Société des Études juives, fondée en 1880, 
a pour objet de favoriser le développement des études relatives à 
l'histoire et à la littérature juives, et principalement à l'histoire et 
à la littérature des Juifs en France. 

Elle a son siège à Paris. 

Art. 2. — La Société poursuit son but : 1° par la publication 
d'une Revue périodique ; 2° par la publication d'ouvrages relatifs 
aux études juives et par des subventions ou des prix accordés aux 
ouvrages de ce genre ; 3° par des conférences et lectures. 

TITRE IL — Composition de ta Société. 

Art. 3. — La Société se compose : 1° de membres actifs, qui 
doivent être Français et jouir de leurs droits civils et politiques ; 
2° d'associés étrangers. Les uns et les autres peuvent être : A : 
membres fondateurs ; B : membres perpétuels ; C : membres sous- 
cripteurs. 

Art. 4. — Les membres souscripteurs sont ceux qui payent une 
cotisation annuelle d'au moins 25 francs. Les membres perpétuels 
sont ceux qui versent en une seule fois la somme de 400 francs au 
moins. F. es membres fondateurs sont ceux qui versent en une seule 
fois la somme de 1,000 francs au moins. 

Art. 5. — Les membres nouveaux sont nommés par le Conseil 
sur la présentation de deux membres de la Société. 

Art. 6. — La qualité de membre de la Société se perd : 1° par 
démission ; 2° par la radiation prononcée par le Conseil pour motifs 
graves, le membre intéressé ayant été préalablement appelé à four- 

ACT ET GONF. D 



XLVI STATUTS DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

nir des explications, sauf recours à l'Assemblée générale ; 3° pour 
les membres titulaires, par défaut de payement de la cotisation 
annuelle. 

TITRE III. — Administration et fonctionnement . 

Art. 7. — La Société est dirigée par un Conseil composé d'au 
moins vingt et un membres. 

Art. 8. — Les membres du Conseil sont élus pour trois ans par 
l'Assemblée générale parmi les membres actifs. Le Conseil est re- 
nouvelé annuellement par tiers. Les membres sortants sont rééli- 
gibles. 

Le vote par correspondance est admis. 

Art. 9. — Le bureau du Conseil, qui est en même temps le bu- 
reau de la Société, se compose d'un président, f*e deux vice-prési- 
dents, de deux secrétaires et d'un trésorier. 

Art. 10. — Le président est choisi parmi les membres du Con- 
seil et nommé pour un an par l'Assemblée générale. Le président 
n'est pas rééligible immédiatement. 

Le vote par correspondance est admis. 

Art. 11. — Le Conseil élit dans son sein les autres membres du 
bureau. 

Art. 12. — Le Conseil se réunit au moins six fois par an. 

Art. 13. — Le trésorier représente la Société en justice et dans 
tous les actes civils. 

Art. 14. — Toutes les fonctions de membre du Conseil d'admi- 
nistration sont gratuites. 

Art. 15. — L'Assemblée générale se compose des membres actifs 
de la Société ; elle se réunit au moins une fois par an. 

Art. 16. — L'ordre du jour de l'Assemblée générale est réglé par 
le Conseil Toute proposition signée de vingt-cinq membres de la 
Société est inscrite de droit à cet ordre du jour. Elle devra être 
notifiée au Conseil un mois avant la réunion de l'Assemblée gé- 
nérale. 

Art. 17. — L^ssemblée générale entend, une fois par an, un 
compte rendu de la situation financière et morale de la Société, 
approuve les comptes de l'exercice, pourvoit au renouvellement 



STATUTS DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES XLV1I 

des membres du Conseil et à la nomination du président ; elle vote 
sur la modification des statuts dont il est question au titre VI, et 
sur la dissolution de la Société dont il e. t question au titre VII. 

Art. 18. — Le compte rendu annuel de la situation financière et 
morale est publié par le Conseil et adressé à tous les membres et 
aux Ministres de l'Instruction publique et de l'Intérieur. 

Art. 19. — Les délibérations du Conseil d'administration rela- 
tives à l'acceptation de dons et legs, les délibérations de l'Assemblée 
générale relatives aux acquisitions et échanges d'immeubles, alié- 
nations de biens dépendant des fonds de réserve et prêts hypothé- 
caires ne sont valables qu'après l'approbation du Gouvernement. 

TITRE IV. —Ressources de la Société. 

Art. 21. — Les ressources annuelles de la Société se composent : 
l°des cotisations annuelles des membres titulaires ; des versements 
des membres perpétuels et fondateurs ; 2° des subventions qui 
peuvent lui être accordées ; 3° du produit de la vente de la Revue 
et autres publications de la Société ; 4° du revenu de ses biens et 
valeurs de toute nature. 

Art. 23. — Le fonds de réserve est placé en rentes nominatives 
sur l'Etat ou en obligations nominatives de chemins de fer, dont le 
minimum d'intérêt est garanti par l'État. Il peut être également 
employé en acquisition d'immeubles pourvu que ces immeubles 
soient nécessaires au fonctionnement de la Société, ou en prêts hy- 
pothécaires, pourvu que le montant de ces prêts réuni aux sommes 
garanties par les autres inscriptions ou privilèges qui grèvent l'im- 
meuble ne dépasse pas les 2/3 de sa valeur estimative. 

TITRE V. — Modification des Statuts. 

Art. 24. — Les présents statuts ne peuvent être modifiés que 
par l'Assemblée générale, sur la proposition du Conseil ou de vingt- 
cinq membres de la Société. 

Art. 25. — L'Assemblée générale ne peut modifier les statuts 
qu'à la majorité des deux tiers des votants. 

Le vote par correspondance est admis. 



XLVII1 STATUTS DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

Art. 26. — Les modifications des statuts votées par l'Assemblée 
générale sont soumises à l'approbation du gouvernement. 

TITRE VI. — Dissolution de la Société. 

Art. 27. — La dissolution de la Société peut être prononcée par 
une Assemblée générale convoquée spécialement à cet effet sur l'ini- 
tiative du Conseil ou sur la demande du quart des membres de la 
Société. 

Art. 28. — La dissolution ne pourra être prononcée que si elle 
est votée par au moins les deux tiers des membres de la Société 
présents à l'assemblée ou votant par correspondance. Le vote par 
correspondance est admis. Ce vote sera soumis à l'approbation du 
gouvernement. 

Art. 29. — En cas de dissolution ou en cas de retrait de la re- 
connaissance de l'association comme établissement d'utilité pu- 
blique, l'Assemblée générale désigne un ou plusieurs commissaires 
chargés de la liquidation des biens de l'association. Elle attribue 
l'actif net à un ou plusieurs établissements analogues publics ou re- 
connus d'utilité publique. Cette délibération est soumise à l'appro- 
bation du gouvernement. Dans le cas où l'Assemblée générale 
n'ayant pas pris les mesures indiquées, un décret interviendrait pour 
y pourvoir, les détenteurs des fonds, titres, livres et archives ap- 
partenant à l'Association s'en dessaisiront valablement entre les 
mains du commissaire liquidateur désigné par ledit décret. 

TITRE VII. — Règlement intérieur. 

Art. 30. — Un règlement adopté par l'Assemblée générale et 
approuvé par le Ministre de l'Intérieur, après avis du Ministre de 
l'Instruction publique, arrête les conditions de détail propres à as- 
surer l'exécution des présents statuts II peut toujours être modifié 
dans la même forme. 



LISTE DES MEMBRES 



DE LA 



SOCIETE DES ÉTUDES JUIVES 

AU 31 MARS 1903. 



Membres fondateurs '. 

Camondo (feu le comte A. de). 
Camondo (feu le comte N. de). 

* Gunzbourg (le baron David de), l re ligne, n° 4, St-Pétersbourg. 

* Gunzbourg (le baron Horace de), l re ligne, n° 4, St-Pétersbourg. 
Lévy-Crémieux (feu). 

Poliacoff (feu Samuel de). 

Rothschild (feu la baronne douairière de). 

Rothschild (le baron Henri de), faubourg Saint-Honoré, 33. 

Rothschild (feu le baron James de). 

Membres perpétuels *. 

Albert (feu E.-J.). 

Bardac (Noël), rue de Provence, 43 3 . 

Bischoffsheim (Raphaël), député, rue Taitbout, 3. 

Bruhl (feu David). 

Cahen d'Anvers (feu le comte). 

1 Les Membres fondateurs ont versé un minimum de 1,000 francs, 
i * 'Les Membres perpétuels ont versé 400 francs une fois pour toutes. 

3 Les Sociétaires dont "le nom n'est pas suivi de la mention d'une ville de- 
meurent à Pari9. 



L LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 

Camondo (le comte Moïse de), rue Hamelin, 19. 
Dreyfus (feu Nestor). • 

Friedland (feu). 
Goldschmidt (feu S.-H.). 

*Harkavy (Albert), bibliothécaire, Gr. Pouchkarska} a, 47, Saint- 
Pétersbourg. 
Hecht (feu Etienne). 
Hirsch (feu le baron Lucien de). 
Kann (feu Jacques-Edmond). 
Kohn (feu Edouard). 

Lazard (A.), boulevard Poissonnière, 17. 
Lévy (feu Calmann) . 

* Montefioke (Claude), Portman Square, 18, Londres. 
Oppenheim (feu Joseph). 

Penh a (Immanuel delà), avenue d'Eylau, 15. 
Penha (feu M. de la). 
Ratisbonne (feu Fernand). 
Reinach (feu Hermann- Joseph). 
RtciNACH (Théodore), rue Hamelin, 9. 
Rothschild (feu le baron Adolphe de). 
Troteux (Léon), rue de Mexico, 1, le Havre. 

Membres souscripteurs '. 

* Adler (Elkan N.), Copthall avenue, 48, Londres, E. C. 
*Adler (Rev. D r Hermann), Chief Rabbi, 6 Craven Hill, Hyde 

Park, Londres. 
Albert- Lévy, professeur à l'École municipale de chimie et de 

physique, rue de Vaugirard, 16. 
*Allatini (MM.), Salonique. 
Alliance Israélite universelle, 35, rue de Trévise (175 fr.). 

* Allianz (Israelitische), I. Weihburggasse , 10, Vienne, Au- 

triche. 



1 La cotisation des Membres souscripteurs est de 25 francs par an, sauf ppur 
ceux dont le nom est suivi d'une indication spéciale. L'astérisque indique les 
associés étrangers. 



AU 31 MARS 1903 LI 



* Arditi, rabbin des Écoles de l'Alliance israélite, Tunis. 

* Bâcher (Wilhelm), professeur au Séminaire israélite, Erzsebet- 

korut, 9, Budapest. 
*Balitzer (S.-A. ), chef d'institution, Delftschevaart, 32, Rotterdam. 
Basch, rue Rodier, 62. 
Bauer (J.), rabbin, Avignon. 
Bechmann (E.-G.), rue Copernic, 34. 
Becker (Henri), docteur es lettres, rue de la Victoire, 47. 

* Bergmann (J.), rabbin, Friedek, Silésie d'Autriche. 
Bickart-Sée, rue de Lisbonne, 30. 

* Bibliothèque Esra, Dietelsgasse, Cracovie. 

* Bibliothèque de la communauté de Breslau. 

* Bibliothèque de la communauté de Kœnigsberg. 

* Bibliothèque de la communauté israélite de Vienne, Sei- 

tenstettengasse, 4, Vienne, I. 
*Blau (Ludwig), professeur au Séminaire rabbinique, Bàrczay- 

Gasse, 15, Budapest. 
Bloch (Abraham), grand rabbin d'Alger. 
Bloch (Armand), grand rabbin de Belgique, Bruxelles. 
Bloch (îsaac), grand rabbin, Nancy. 
Bloch (Maurice), boulevard Bourdon, 13. 

* Bloch (Philippe), rabbin, Posen. 
Blocq (Mathieu), Toul. 

Blum (Victor), le Havr